Le bureaucrate n’avait à peu près aucun intérêt avant que les flics ne toquent à sa porte. Le même n’en gagne guère une fois arrêté. Pris dans les rets de la machine judiciaire, le terne Joseph K a beau clamer son innocence, il le fait en pure perte, se débat sans espoir. Coupable parce qu’il est. Et qu’il participe de ce totalitarisme rampant dont Kafka a fait la trame de ses ouvrages.
Un document exceptionnel ! En divulguant le texte d’un appel circulant de blog en blog et appelant des activistes à se réunir prochainement à la porte d’un lycée parisien pour tout casser, A.11 frappe un grand coup. Et apporte - incidemment - une pierre à l’édifice anti-bande de Christian Estrosi, ce texte tout juste adopté et qui incrimine l’intention. Même sur les blogs, force reste à la loi !
Il y a un mois, au fin fond de l’Amazonie péruvienne, des communautés indiennes se révoltaient contre l’exploitation de leurs terres par des entreprises privées et contre la politique du gouvernement d’Alan Garcia sur la question. Après de violents affrontements, le gouvernement a - un peu - reculé. Tout sauf anodin dans un continent en pleine mutation.
On s’émousse, on se lasse. A force de voir nos prétendus représentants se jouer des frontières de la décence et afficher leur mépris des règles éthiques, ce sont nos propres limites qui s’en trouvent repoussées. Et nous serons bientôt - si rien ne se passe - à l’image des Italiens, si habitués aux turpitudes de leur président qu’ils ne savent même plus ce que morale veut dire.
C’était en 1994. Il y a une éternité. Le débat était relancé sur la peine de mort. On citait l’influence de films récemment projetés : Léon et surtout Tueurs Nés. La mouvance anarcho-autonome n’existait pas encore officiellement mais se taisait déjà aux interrogatoires. Une équipée folle avait semé la mort. Audry Maupin avait trouvé la sienne. Florence Rey vient d’être libérée. Lettre ouverte.
Un cauchemar ou le paradis, c’est selon. Née de rien et déjà tentaculaire, incroyablement kitsch et clinquante, ville de tous les records du luxe et paradis de l’exploitation, elle est l’absolu symbole du désir capitaliste et de ses excès flamboyants. Dubaï comme stade ultime du capitalisme, dit l’intellectuel Mike Davis en un essai passionnant. Avec lui, plongée dans "la ville des mille et une villes".
On a déjà beaucoup dit sur l’intervention des nervis de la CGT à la Bourse du Travail, occasion pour les syndicalistes de sortir la matraque et les lacrymos contre les sans-papiers. On n’avait pas encore vu - par contre - les photos du commando : la CSP 75 vient d’en diffuser deux, qui montrent des hommes très patibulaires et le bâton à la main. Edifiant… Ça méritait bien un nouveau (et bref) billet.
Qu’il s’agisse de mettre Calais en état de siège, de faire cesser une free-partie improvisée au Bois de Boulogne ou d’intervenir dans une kermesse scolaire à Corbeil-Essonnes, les policiers s’escriment - matraque en avant - pour que force reste à la loi. Logique, donc, qu’ils ne puissent être partout. Et qu’ils aient raté, il y a une semaine, ce rassemblement de nazis européens…
Il en est des rencontres musicales comme des religions : certaines virent au chamanisme, au culte irrationnel sous perfusion magie noire. Depuis que j’ai fait la connaissance auditive de Screamin Jay Hawkins, je ne suis plus le même homme : j’ai abandonné mon crucifix pour un os dans le nez et je passe mes journées à psalmodier "I Put a Spell on you". Gare à toi, on n’en sort pas indemne…
Le propos porte mieux quand il se fait concret, s’appuyant sur des tranches de (dure) vie. "Votre voisin n’a pas de papiers" compile ainsi des témoignages de sans-papiers, pour dire l’errance et la galère. "La chasse aux enfants", lui, s’interroge sur la façon dont notre corps social s’habitue peu à peu à l’inhumanité. Avec ces deux ouvrages, retour sur l’institutionnalisation de la barbarie.
C’était avant-hier à la Bourse du Travail, une honteuse équipée barbouzarde de membres de la CGT pour déloger les sans-papiers. Une histoire de gros bras attaquant des femmes et des enfants à coups de lacrymos et de matraques. Si l’affaire est (un peu) connue, elle méritait des éclaircissements. Anita et May, présentes peu après les faits, s’en chargent. Récit, son et photos.
Des syndicalistes armés comme des nervis de bas-étage ? Ce devait être pour affronter les chiens de garde - en uniforme - du capital. Non ? Pour s’attaquer à des patrons indignes et peu respectueux du droit du travail, alors. Non plus ? Ben… je ne vois pas… Il ne s’agissait pas d’aller défoncer le crâne de quelques sans-papiers, quand même ? Rhôôôô, la CGT ne ferait jamais ça…
La voix de son maître, voilà qui résume très bien le torchon. Comme le maître en question, Vincent Bolloré ne fait pas mystère de ses inclinations pour le pouvoir en place, la voix se fait très servile,voire obscène. En tout cas, pour l’usager du métropolitain, "Direct Soir", gratuit lancé en 2006, fait désormais partie du quotidien, qu’il le destine à la poubelle où à une lecture attentive. Gris, le quotidien...
Ancien guérillero guévariste, Miguel Benasayag a connu les prisons de la dictature argentine. Une fois libéré, il a terminé ses études en France avant de publier plus de 25 ouvrages sur la psychanalyse, la philosophie et les mathématiques fondamentales. Ce penseur essentiel m’a gentiment reçu chez lui pour parler de radicalité, d’amour, de sciences et d’engagement. Entretien.
Chroniques d’un éducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd’hui, on retrouve Najib, sous contrôle judiciaire et qui risque de voir levé son sursis avec mise à l’épreuve. Trois mois après sa comparution, toujours rien de concret, si ce n’est un rendez-vous avec la juge d’application des peines. Autant dire qu’il peut retourner quatorze mois en taule…
Ce devait être le grand rassemblement contre les lois anti-terroristes, une réponse logique au barnum sécuritaire de Tarnac. Ça a été un peu décevant : une affluence réduite (en comparaison de la mobilisation de janvier) au rendez-vous de la Fontaine des Innocents, hier, 1 000 personnes à vue de nez, et une manif qui s’égaille rapidement dès les premières lacrymos tirées. Photos.
Ils ont frappé fort ! Lors des festivités tekno du 1er mai - organisées cette année dans l’illégalité - , les forces de l’ordre
sont intervenues, saisissant une trentaine de systèmes de sonorisation. Inacceptable pour les teufeurs, qui ont protesté - hier à Paris - contre cette saisie sans précédent, laquelle s’inscrit dans un contexte de re-politisation des free-parties. Compte-rendu et entretien.
Ça commence comme ça, généralement, l’addiction aux musiques déviantes : tu écoutes un morceau qui a tout pour rebuter tes oreilles, un attentat aux bonnes mœurs musicales, et tu te retrouves scotché d’admiration, à réécouter en boucle ce papier de verre mélodique en geignant de plaisir. Bien sûr, ça ne marche qu’avec des purs morceaux de génie. "Sister Ray", du Velvet, est de ceux-là.
Outre le nanisme (Louis XIV faisait 1m61 tout mouillé) et le port de talonnettes, notre président et le regretté roi Soleil partagent un joli nombre de points communs : un amour immodéré du pouvoir, une cour servile prête à tout pour obtenir une faveur et… une inclinaison pour le faste versaillais. Rencontre post-mortem avec le prédécesseur du roi Sarkozy, fervent supporter de sa politique.
Je ne sais pas vous. Mais moi : j’attends. Quoi ? L’appel, le nouveau et vibrant appel du 18 juin qui, en toute la France, fera se lever une armée de résistants face aux attaques gouvernementales contre les valeurs fondamentales de la République et le modèle social à la française. Soit : ce n’est peut-être pas demain la veille… Mais tout vient toujours à point, non ?
L’affaire est entendue : toute personne dotée d’un cerveau est légitimement indigné par ce président qui bling-blingue à tire-larigot. De même que tout citoyen conscient des affaires du monde ne rêve que d’une chose, brûler toutes les banques, patrons dedans. Et pourtant : on ne le fait pas. Qu’est-ce à dire ? Notre indignation serait confisquée ? Divagation autour de la question.
Dans l’effroyable combat que se livrent quotidiennement le Bien et le Mal, Le Figaro a choisi son camp. Et le journal, menant pied à pied la lutte contre le laxisme sécuritaire, ne rate pas une occasion d’apporter son soutien au régime et à ses exécutants les plus fidèles, les hommes en bleu. La preuve aujourd’hui, avec un article joliment mensonger sur les rapports entre police et population.
C’est une dépêche AFP tombée hier qui nous a mis la puce à l’oreille. "La Fraternité des Précaires frappe encore". Bizarre. La Fraternité des Précaires ? Késaco ? Après enquête, on a trouvé qui était derrière tout ça (enfin, pas tout seul) : un certain Christian Chapiron, Alias Kiki Picasso. Un des fondateurs du groupe Bazooka qui révolutionna le graphisme à la fin des années 70. On l’a fait parler.
El Alto, octobre 2003 : dans les hauteurs de La Paz, une insurrection se prépare. Révulsés par leur gouvernement, des milliers de Boliviens prennent la rue et affrontent l’armée. Un mouvement social qui aura raison du président Lozada, contraint à une piteuse fuite. Le journaliste Raul Zibechi revient sur ce conflit et met à nu ses mécanismes. Autopsie d’une victoire populaire.
Les archives du blog En Sueur
Un document exceptionnel ! En divulguant le texte d’un appel circulant de blog en blog et appelant des activistes à se réunir prochainement à la porte d’un lycée parisien pour tout casser, A.11 frappe un grand coup. Et apporte - incidemment - une pierre à l’édifice anti-bande de Christian Estrosi, ce texte tout juste adopté et qui incrimine l’intention. Même sur les blogs, force reste à la loi !