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Il semblait intouchable. Avocat de Charlie Hebdo, scénariste de BD à succès, figure médiatique et pseudo-icône des libertés publiques, Richard Malka avait tout du gendre idéal. Sauf que l’affaire Siné a mis en évidence les contradictions du personnage. Un grain de sable qui risque de gripper la belle machine à auto-promo de l’avocat. Son dernier effet de manche ?

Richard Malka, avocat médiatique victime de ses propres effets de manche

mardi 12 août 2008, par JBB

J’ai toujours éprouvé une très grande méfiance à l’encontre des apôtres de la pureté, y compris lorsqu’ils se présentent comme des chevaliers blancs au service de la justice (…) et qu’ils avancent sous la bannière de sentiments censés être généreux. Ce sont pour moi les plus dangereux.”

Quand il tient ces propos [1], Richard Malka n’imagine sans doute pas qu’ils puissent s’appliquer à lui-même. Ils lui correspondent pourtant à la perfection…

Un chevalier blanc ? Disons que le personnage a tout du héros des temps modernes. Avocat doué, il a débuté à 23 ans dans le cabinet de Georges Kiejman, avant de se spécialiser en droit de la presse et de voler de ses propres ailes. Passionné de bandes-dessinées, il s’est mis au scénario, multipliant les collaborations et les succès d’édition. Héros médiatique, il s’est fait sacrer défenseur des libertés publiques avec le procès à grand spectacle de la publication des caricatures danoises dans Charlie Hebdo. Et il accède à la postérité par la grâce du septième art et d’un documentaire de Daniel Leconte, C’est dur d’être aimé par des cons, sur les écrans en septembre. Ça fait beaucoup, non ?

Oui.

A tel point qu’il faut tout reprendre dans l’ordre.

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Avocat d’un hebdomadaire satirique devenu plus bête que méchant, Richard Malka, la quarantaine dynamique et overbookée, peut se féliciter de compter l’un des meilleurs carnets d’adresse médiatique de tout Paris. Rien d’étonnant : sa triple casquette de spécialiste reconnu du droit de la presse, d’ami de Philippe Val et de défenseur de quelques grands noms de la profession ouvre bien des portes. Et forge les amitiés.

Entre amis, on se soutient. Les médias ont ainsi longtemps gardé un silence complice sur l’envers du personnage, taisant le rôle de Richard Malka auprès de la multinationale Clearstream. Avocat de la chambre de compensation luxembourgeoise, il est pourtant celui qui s’est acharné pendant huit ans à faire taire l’un des leurs, le journaliste Denis Robert. Contre Révélation$, livre dans lequel l’enquêteur s’interrogeait sur le rôle trouble joué par Clearstream dans les transactions financières internationales, l’avocat a lancé des procédures à tour de bras. Une tactique payante, décrite par cet extrait d’un article de François Maliet dans CQFD.

En 2001, quand Denis Robert a publié Révélation$, un bouquin d’enquête sur le fonctionnement quelque peu opaque de la désormais célèbre institution financière, cette dernière s’est dégotée un avocat rompu à ce type de joute. Qui, sinon le bavard de l’hebdo le plus attaqué de France, assurerait cette mission sans coup férir ? À l’époque, Charlie essuyait les foudres des ultra-cathos de l’AGRIF : « [Ils] avaient mis au point une stratégie de harcèlement judiciaire. [Leur] idée étant : on fait un procès systématiquement. Si on les gagne, tant mieux, ça va assécher leurs finances, et si on les perd, ce n’est pas grave, ça leur occasionnera quand même des frais importants », expliquait Richard Malka en 2002, dans le hors-série Dix ans de bonheur de Charlie Hebdo. L’acharnement des soutanes tatillonnes le mit à bonne école puisqu’on retrouve sensiblement la même stratégie systématique contre Denis Robert. L’écrivain doit faire face à une trentaine de procédures judiciaires, pas toutes diligentées par Clearstream il est vrai. Contacté par CQFD, Richard Malka minimise : « Je ne l’ai poursuivi qu’à six ou sept reprises. » Six ou sept ! Soit le nombre de procès intentés par les ultra-cathos contre Charlie à l’époque où il se plaignait de leur « harcèlement ».

Avec la bagatelle de 31 procès pour diffamation sur le dos, Denis Robert s’est peu à peu étouffé. N’a cessé de perdre du terrain, même s’il luttait pied à pied. Et a fini par rendre les armes le 10 juin dernier, jurant dans un billet publié sur son blog de ne plus jamais s’exprimer sur l’affaire Clearstream : “J’ai pris la décision de refuser toute interview liée à la chambre de compensation luxembourgeoise et de ne plus l’évoquer sur Internet, dans les journaux, à la radio, à la télévision”, explique le journaliste, ajoutant un peu plus loin : “C’est une victoire de Clearstream, de ses avocats, de ses juristes, de ses dirigeants, des banquiers de son conseil d’administration. Une victoire de la censure.

Après huit ans de lutte, le héros est fatigué. Et paraît bien décidé à tenir sa promesse : "Je me suis promis de ne plus évoquer publiquement quoi que ce soit se rapportant à Clearstream, je vais m’y tenir, explique Denis Robert, joint par téléphone. Tout ce que je peux vous dire, c’est que Richard Malka est mon meilleur ennemi : il a pourri ma vie !

Jeu, set et match.

Fin de l’histoire ? Non. Il aura fallu que Denis Robert rende les armes pour entrevoir un petit espoir de vengeance. Une mince lueur de justice liée à l’affaire Siné, dont le journaliste a été le déclencheur involontaire.

Rappel : tout démarre avec un article de Télérama le 11 juin, revenant sur la décision du journaliste de ne plus jamais prononcer le nom de Clearstream. L’auteur du papier, Weronika Zarachowicz, le termine par un post-scriptum qui va mettre le feu aux poudres : "Ironie de l’affaire : Clearstream a pour (excellent) avocat Richard Malka, qui défend aussi Charlie Hebdo. La liberté de la presse, ça va un temps… il faut bien vivre." Et vlan !

La réplique ne se fait pas attendre. En quelques phrases tenant davantage de l’arme lourde que de l’éditorial, l’ami de Richard Malka et directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, Philippe Val, prend une semaine plus tard la défense de l’avocat, rapporte la malaisée justification de ce dernier,

"Je suis spécialisé dans les affaires de presse. Je me bats, par passion, pour une information de qualité, élément essentiel de la démocratie. Dans le journalisme, la qualité a des critères : c’est le contraire de la calomnie, de l’utilisation démagogique de fantasmes et de la création de boucs émissaires, même s’il s’agit d’une société luxembourgeoise. Ce n’est pas tant Denis Robert que j’ai fait condamner, mais une pratique journalistique, désormais coutumière sur Internet, où l’affirmation que la cause est bonne remplace la preuve et l’exactitude."

avant de piétiner le travail de Denis Robert, réduisant celui-ci à de la diffamation.

Cet éditorial sera la vilénie de trop. Sept jours plus tard, le dessinateur Siné l’évoque dans une chronique pour Charlie, celle qui va mettre le feu aux poudres : "Concernant l’édito lynchage de Philippe Val sur Denis Robert, je me contenterai, prudemment, du blanc qui va suivre".

Derrière, Siné enchaîne sur la conversion supposée de Jean Sarkozy au judaïsme, paragraphe malvenu qui servira de prétexte à son lynchage en place publique. Avec l’accusation d’antisémitisme, l’affaire était partie pour être réglée en trois coups de cuillère à pot. Sauf que…

Tout ne se passe pas comme prévu. Siné résiste. Ses amis se mobilisent. Les soutiens affluent. L’affaire fait du bruit, un max de bruit. Un vacarme dommageable à Philippe Val et à Richard Malka. En un mot : de la mauvaise pub.

"Ça fait des remous. C’est peut-être le seul truc qui peut faire chavirer Malka et Val, cette histoire. Pour eux, quelques semaines avant la sortie au cinéma de C’est dur d’être aimé des cons, ça ne pouvait pas plus mal tomber. C’est un point positif, finalement : alors que Denis Robert se bat depuis huit ans en pure perte, toute l’histoire sort d’un seul coup au grand jour. Ça pète et on y voit enfin plus clair. Pour nous, c’est un peu une victoire", remarque au téléphone Yan Lindingre.

Le dessinateur, ami de Denis Robert et l’un de ses soutiens les plus actifs, a raison : l’affaire Siné tombe très mal pour l’avocat qui s’était mitonné une rentrée aux petits oignions. Soit deux mois de promo intensive.

Au programme, la sortie de C’est dur d’être aimé par des cons, documentaire qui a déjà valu à Malka une montée des marches lors du dernier festival de Cannes (le film de Daniel Leconte faisait partie de la sélection officielle). A l’époque, l’avocat avait paradé sur les plateaux, promu ultime rempart de la liberté de la presse. Et ne s’était pas privé de raconter comment il était entré dans l’histoire, avec un grand H : "On a immédiatement conscience que c’est un procès qui va avoir une ampleur exceptionnelle. Cela arrive rarement dans une carrière d’avocat : on porte non seulement la responsabilité de défendre son client mais on garde à l’esprit cette idée que la cause est bien plus importante que son simple travail”, avait-il notamment expliqué lors d’une conférence de presse cannoise.

Dommage : le costume de serviteur d’une cause illustre et de glorieux défenseur des libertés publiques risque désormais d’être plus difficile à endosser.

Comme sera aussi plus ardu à porter celui de citoyen éclairé soucieux d’informer sur les travers du sarkozysme. Un rôle joué lors de la publication des deux premiers tomes de La Face Karchée de Nicolas Sarkozy, bande-dessinée satirique par Richard Malka (scénario), Philippe Cohen (texte) et Riss (dessin). Annoncée pour novembre 2008, la sortie du troisième opus de cette série à succès [2] n’a non plus rien à gagner à la récente polémique.

Jeu, set et match : Richard Malka est finalement la première victime de l’affaire Siné.

Tant l’image publique qu’il s’était patiemment composé n’a cessé de voler en morceaux depuis quelques semaines.

Et c’est ainsi que Denis Robert sera vengé.

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Comment disait-il, déjà ?

Ah oui : "J’ai toujours éprouvé une très grande méfiance à l’encontre des apôtres de la pureté y compris lorsqu’ils se présentent comme des chevaliers blancs au service de la justice."

C’est exactement ça…

Notes

[1] Propos tenus par lors d’une interview à Sceneario.com après la publication de Section Financière, bande-dessinée dont Richard Malka a été le scénariste.

[2] Le premier tome s’est écoulé à plus de 500 000 exemplaires. De quoi mettre du beurre dans les épinards…

10 Messages de forum

  • C’est Delfeil de Ton qui le raconte là :

    http://bibliobs.nouvelobs.com/comment/reply/6623

    Je comprend mieux le silence de Cabu sur Siné.

    Les arrière-cuisines sont rarement ragoutantes.

    Arf !

    Zgur

    Voir en ligne : http://zgur.20minutes-blogs.fr

    • Un complément d’information 16 août 2008 18:23, par JBB
      Oui, c’est marrant de voir combien les intérêts d’argent et de pouvoir prennent vite le pas sur tout le reste. Même quand il s’agit de relancer Charlie au début des années 1990 et alors qu’on peut supposer que les gars y croient vraiment et qu’ils ont le feu sacré… Alors que non. Enfin : pas tous.
  • En tout cas, Mr Malka aime les affaires à sensations :

    Voir en ligne : Elle filme des jeunes qui se torturent : elle est accusée de complicité de violence

  • Et Kiejman, l’autre avocat de Charlie

    17 août 2008 19:20, par Zgur

    On pourrait aussi s’intéresser utilement à la carrière de Georges Kiejman, l’autre avocat de Charlie Hebdo, avec Malka, dans l’affaire des caricatures de Mahomet.

    S’il a au début de sa carrière défendu et sauvé la tête de Pierre Goldman, il s’est plus récemment illustré dans une tentative de procédure à l’amiable pour le divorce des Sarkozy. cf http://www.bakchich.info/article1798.html

    Entretemps, ce courtisan mitterrandiste (Le Canard enchaîné avait raconté en son temps comment Kiejman avait sprinté dans les jardins de l’Elysée pour prendre tout le monde de vitesse et féliciter en premier François Mitterrand pour sa prestation télévisée d’un 14 juillet) a été ministre délégué à la justice, puis ministre de la communication.

    "Georges Kiejman s’est également illustré comme un pourfendeur de la liberté de la presse. Durant l’été 1990, dans un article publié par la revue « Débat », il avait demandé un renforcement des sanctions contre les journalistes coupables de diffamation en écrivant qu’il est urgent de « ramener les journalistes à leurs responsabilités ». http://www.humanite.fr/1991-05-18_Articles_-GEORGES-KIEJMAN-AVOCAT-BIEN-EN-COUR

    Un joli perdreau, non ?

    Arf !

    Zgur

    Voir en ligne : http://zgur.20minutes-blogs.fr

    • Et Kiejman, l’autre avocat de Charlie 17 août 2008 22:59, par JBB

      Mince, je ne savais pas que Malka avait été à si bonne école. J’ignorais tout de Kiejman (ou presque), à commencer par ce que tu racontes. Mais je ne savais pas non plus qu’il avait été à trois reprises ministre délégué. Tu as raison : c’est un joli perdreau…

      En tout cas, m !erci pour ces informations bienvenues :-)

  • Un compte-rendu de la dernière plaidoirie de Maître Malka, au procès de Denis Robert jeudi dernier vient d’être mis en ligne par un site sardon :

    Voir en ligne : Les fantasmes de Maître Malka

  • Partialité

    11 décembre 2008 01:14, par Bernard H

    Ce qui est impressionnant, c’est qu’à votre tour, vous salissez avec gourmandise Malka et Val et blanchissez Denis Robert sans vous posez une seconde les questions de fond qui importent et qui sont :
    - L’enquête de Denis Robert est-elle autre chose que de la diffamation ? (il faudrait expliquer ce qu’est une chambre de compensation, et que ce n’est pas une nébuleuse mafieuse destinée au blanchiment, mais c’est compliqué et moins vendeur).
    - R. Malka a t-il fait autre chose que son travail d’avocat ? A mon avis, non.

    Subsidiairement, la remarque de Siné avait-elle un intérêt quelconque au-delà du fait de critiquer pour critiquer, un peu gratuitement, et de dire que ceux qui trouve sa critique gratuite et infondée sont des adeptes de la censure rampantes ?

    • Partialité 11 décembre 2008 14:15, par JBB

      "Ce qui est impressionnant, c’est qu’à votre tour, vous salissez avec gourmandise Malka et Val et blanchissez Denis Robert sans vous posez une seconde les questions de fond qui importent"

      Je me suis posé cette question. Et je crois sincèrement qu’il n’en est rien.

      En l’occurrence, Denis Robert se serait-il trompé en partie que cela ne justifierait pas l’avalanche de procès auxquels il a eu le droit, non plus que la façon dont sa profession - pourtant bien habituée à se tromper et à invoquer le droit à l’erreur (Joffrin vient de le faire encore récemment, en expliquant à propos des errements de Libé sur Tarnac que "les journalistes n’ont pas la science infuse"…) - l’a lâchement laissé se débrouiller tout seul.

      Pour Val, nous ne pourrons être d’accord : je le tiens - et je ne suis pas le seul - pour un exemple absolu de ce que l’opportunisme et la mahonneteté intellectuelle peuvent produire de pire. Il est un ayatollah perverti et dévoyé qui mènent des combats personnels en les habillant de pseudo-principes.

      Enfin, Richard Malka ne fait sans doute que son travail d’avocat en faisant taire de la plus ignoble des façons Denis Robert. Mais alors : qu’il nous épargne ses grands couplets sur la défense de la liberté de la presse.

      Ce que je crois, c’est que ces gens-là, Val et Malka, sont des jocrisses, des tartuffes et des jeanfoutres. Tandis qu’on ne peut reprocher à Denis Robert - au pire - que de s’être trompé ; ce qui ne semble pas être le cas.

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