ARTICLE11
 
 

lundi 6 juillet 2009

Le Charançon Libéré

posté à 20h01, par JBB
21 commentaires

En Grèce, la tentation de la lutte armée : du lard ou du cochon ?
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C’est simple : ça n’arrête pas. Depuis l’assassinat d’Alexandros Grigoropoulos, cet adolescent tué par une balle policière le 6 décembre 2008, les groupuscules grecs d’extrême-gauche n’ont pas relâché une seconde la pression. Pas de la même façon, pourtant : deux d’entre eux, Lutte Révolutionnaire et la Secte des Révolutionnaires, multiplient les attentats. Le retour de la stratégie de la tension ?

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En Grèce, ça bouge. Sévère. Depuis quelques années, déjà. Et spécialement depuis la mort d’Alexandros Grigoropoulos1, ce jeune de 15 ans descendu par un policier le 6 décembre 2008. Disons même que cela n’arrête plus, carrément. Un exemple ? Vendredi, une bombe artisanale a explosé devant un bureau des services fiscaux, des cartouches de gaz ont fait boum en face d’un bureau athénien de l’immigration et la voiture de service du président du conseil d’État a été détruite par une explosion. Tout cela en une seule journée, excusez du peu…

Sur les dents, les activistes grecs ? Au regard de ces derniers temps : oui. On peut même dire qu’ils font preuve, depuis quelques mois, d’une activité qui n’a pas eu d’égale depuis les années 1970. Ce qui tombe bien, puisque c’est justement ce parallèle qui m’intéresse. Comme lors des années de plomb italiennes, il me semble que deux types d’activisme d’extrême-gauche se font jour, l’un se revendiquant clairement de la lutte armée et nageant en eaux troubles, l’autre pratiquant une forme de combat qui - pour l’instant du moins - le tient écarté de la tentation du sang. Certains me reprocheront une distinction nulle et non avenue, seulement marquée de mon désir de dénicher des chevaliers blancs purs et parfaits combattant sans se salir les mains ; pas grave, j’assume. D’autres me feront remarquer que les choses sont à la fois plus perméables et compliquées que ça ; pas grave, j’assume itou. Les derniers pointeront les éventuelles méconnaissances et erreurs de ce billet ; ça tombe bien, ça le fera évoluer.

*

Lutte armée ?

Il est deux organisations historiques qui ont longtemps (beaucoup plus longtemps qu’ailleurs en Europe) trusté le haut du pavé de la lutte armée grecque. Leur naissance et leur combat sont indissociables de la Dictature des colonels, régime ultra-autoritaire issu du coup d’État mené le 21 avril 1967 par une junte militaire, soutenue par l’Otan et la CIA qui souhaitaient plus que tout éviter une arrivée au pouvoir de la gauche. Il s’agit du plan Promethée, conçu par l’Otan et qui a permis aux Colonels de régner jusqu’en juillet 1974, tandis que les États-Unis installaient leurs troupes en Grèce et y consolidaient leurs intérêts.

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L’organisation du 17-Novembre  : nommé ainsi en référence au 17 novembre 1973, jour où une rébellion estudiantine fut matée dans le sang par la Junte des colonels2, et fondé en 1975, le groupe (dit aussi 17-N) s’est attribué au fil des années la responsabilité de 23 morts et plus de 50 blessés. D’inspiration marxiste et anti-américaine, très longtemps insaisissable, l’organisation a notamment revendiqué en 1975 la mort de Richard Welch, chef d’antenne de la CIA à Athènes, en 1988 celle de l’industriel Alexander Athanasiadis-Bodosakis, en 1990 celle de Pavlos Bakoyannis, membre du parti La Nouvelle Démocratie, en 1994 celle de Michael Vranopoulos, ancien gouverneur de la Banque de Grèce, ou encore - son dernier coup d’éclat - en 2000 celle de Stephen Saunders, attaché militaire britannique. Le choix des cibles - industriels, financiers, hommes d’armée et anciens tortionnaires de la dictature - explique le soutien populaire dont a pu se prévaloir pendant de longues années cette organisation ; sa conversion à des thèmes nationalistes dans les années 1990, son recours à une phraséaologie ridicule et le choix de « cibles » beaucoup moins justifiables (entre autres, un journaliste de droite s’étant opposé à la dictature ou de très banals élus) explique itou le divorce croissant avec la population grecque.
L’organisation du 17-Novembre finit par être démantelée en 2002 : un attentat raté déclenche alors une vague d’arrestation de supposés membres du groupe, quinze d’entre eux (l’implication de tous étant très loin d’être avérée, voir cet autre article du Monde Diplomatique) étant jugés en 2003 et condamnés, dans un climat délétère et très peu respectueux des règles de droit, à des milliers d’années de prison. Fin d’un cas à part dans le monde de la lutte armée, pour la plus grande joie des services secrets américains et britanniques qui attendaient la chute de 17-N avec impatience.

Lutte Révolutionnaire du Peuple  : le groupe aurait été fondé en 1971 par Christos Kassimis, pour lutter contre la Dictature des colonels autant que pour combattre les intérêts américains. Il a arrêté ses activités en 1995 et est beaucoup moins connu que son alter-égo du 17-Novembre. S’il est responsable selon la police de 250 attentats et 11 assassinats, il faut noter qu’il n’en a revendiqué que deux et s’attaquait surtout à des cibles matérielles. Un procès mené en 2003 a néanmoins condamné quatre de ses membres présumés (dont un seul, Christos Tsigaridas, a reconnu sa participation à l’organisation) à de longues peines d’emprisonnement.

Depuis le début des années 2000 et la fin des organisations du 17-Novembre et de Lutte Révolutionnaire du Peuple, un groupe grec a repris le flambeau de la lutte armée d’extrême-gauche, Lutte Révolutionnaire . Née en 2003, il s’est jusqu’à alors cantonné à des attentats matériels (contre des commissariats de police, des cars de police ou un complexe judiciaire), à deux exceptions près : un attentat raté en 2006 contre le ministre de l’Intérieur et l’attaque à la kalachnikov de trois policiers en janvier 2009. Si l’organisation a revendiqué treize attentats depuis sa création (dont une attaque à la roquette contre l’ambassade américaine d’Athènes le 12 janvier 2007, ce qui lui vaut d’être inscrit sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne tandis que les États-Unis ont fait savoir qu’ils offriraient une prime d’un million de dollars à qui les mettrait sur la piste des responsables), Lutte Révolutionnaire semble surtout avoir accéléré le rythme de ses actions à compter de l’assassinat de l’adolescent Alexandros Grigoropoulos et de l’apparition d’un autre groupe revendiquant la lutte armée, La Secte des Révolutionnaires . Ce dernier, lancé en février 2009 et quasi inconnu au bataillon, serait née d’une scission avec Lutte Révolutionnaire.

Depuis janvier 2009, Lutte Révolutionnaire et La Secte des Révolutionnaires ne mâchent pas leur besogne et mettent les bouchées doubles. A preuve, cette liste des principales actions revendiquées :

 × Le 5 janvier 2009, deux hommes tirent à la kalachnikov et avec un pistolet mitrailleur MP5 contre trois policiers gardant le ministère de la Culture à Exarchia, le quartier contestataire d’Athènes. Revendiquée par le groupe Lutte Révolutionnaire en un manifeste de sept pages qui paraîtra dix jours plus tard dans le journal satirique To Pontiki sous le titre Promesse de sang nouveau, l’attaque blesse gravement l’un des policiers, âgé de 21 ans.

 × Le 3 février, trois hommes mitraillent le poste de police de Korydallos, dans la banlieue ouest d’Athènes, avant de lancer une grenade qui n’explose pas. Le groupe Secte des révolutionnaires réclame la responsabilité de l’action en un texte déclarant, après une longue référence à la Fraction Armée Rouge, que « la vie de chaque flic ne coûte pas plus qu’une balle ». Il appelle à réserver le même sort à « des cadres haut placés, des grand journalistes, des fonctionnaire de l’État […] et des capitalistes ».

 × Le 17 février, la façade de la chaîne privée de télévision Alter est mitraillée par quatre individus portant cagoule ou casque de moto. Les mêmes lancent aussi contre le bâtiment un engin explosif de fabrication artisanale (soit une cannette de bière remplie de poudre et une mèche), qui n’explose pas, avant de prendre la fuite sur deux motos. Le groupe Secte des révolutionnaires s’attribue la paternité de l’opération par écrit, affirmant qu’il a frappé la chaîne TV pour « envoyer un message à tous les journalistes : le temps où vous étiez hors d’atteinte des tirs est terminé ». « Messieurs les journalistes, nous sommes arrivés cette fois à votre porte, la prochaine fois vous nous trouverez chez vous », conclut le texte3.

 × Le 18 février, Lutte Révolutionnaire revendique une tentative d’attentat contre une banque (Citibank) d’Athènes). Bourrée de 60 kilos de nitrate d’ammonium, la voiture placée devant l’immeuble de quatre étages n’explose pas en raison d’un montage électrique défectueux.

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 × Le 9 mars, Lutte Révolutionnaire, encore, revendique un attentat à la bombe contre une autre agence Citibank à Filothei (Athènes) : l’explosion ne provoque que des dégâts matériels.

 × Le 12 mai, une bombe explose, à l’aube et dans la banlieue d’Athènes, devant une succursale de la banque grecque Eurobank : l’attentat, qui n’a fait que des dégâts matériels, est attribué à Lutte Révolutionnaire.

 × Le 17 juin, le policier antiterroriste, Nektarios Savas, devient la première victime d’un attentat revendiqué par un groupe grec depuis l’assassinat, en 2000, de l’attaché militaire de Grande-Bretagne. L’agent est descendu par plusieurs balles de 9 mm tirées à bout portant alors qu’il planquait dans sa voiture et devant le domicile d’un homme protégé après avoir témoigné contre un membre du groupe Lutte révolutionnaire du peuple, aujourd’hui dissous. Les trois auteurs de l’attentat repartent comme ils étaient arrivés : en moto. Le groupe Secte des révolutionnaires s’attribue la responsabilité de l’exécution.

*

Et activisme…

Cette liste de date ci-dessus correspond aux attentats les plus marquants, œuvres des deux groupes revendiquant clairement l’action violente - voire davantage. En parallèle, d’innombrables opérations contestataires sont menées, chaque jour et depuis le début de l’année, sur le riche terreau grec des luttes sociales4. Une multitude de groupuscules informels multiplient des actions ciblées contre les banques5, les symboles du luxe marchand et ceux de l’autorité de l’État. Véritable inventaire à la Prévert, voici quelques-unes de ces organisations : Groupe anarchiste des Enfants de la Nuit, Conspiration des cellules de feu (qui a revendiqué le 9 avril des attentats incendiaires contre quatre importantes églises orthodoxes d’Athènes, du Pirée et de Salonique), Cellules hors-la-loi Carpe Noctem, Noyau pour l’Action Guérilla, Ombres enragés, Bande de la Conscience - Extrémistes de Perama, Groupes d’Incendiaires Nocturnes, Commando Teslas de Nikolaou, Fractions des Nihilistes (qui a notamment revendiqué un attentat contre un commissariat en construction, le 19 mai) ou Unités pour la Dégradation.

Ces groupuscules, dont aucun n’a fait couler le sang, se montrent pleins de vitalité, de dynamisme et d’imagination. Et ils montent les opérations les plus diverses, depuis des braquages jusqu’au blocage de distributeurs de billets au moyen de mousse adhésive, en passant par des attentats « au camping-gaz » contre des banques, des incendies de rames de métro (le 2 mars, une quinzaine d’hommes cagoulés ont incendié neuf wagons de la ligne Pirée-Kifissia, dédiant notamment l’opération à Julien Coupat), l’attaque d’entreprises emblématiques du capitalisme du désastre (ainsi de l’entreprise de bâtiment Kion, attaquée à coups de pierres et de bâtons le 13 février en raison de son rôle dans la gestion et la construction des prisons grecques) ou d’assauts contre des concessionnaires automobiles.

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En clair : ça n’arrête pas. Ce que confirme une rapide consultation du calendrier des opérations menées de mi janvier à mi-mars, agenda établi après-coup par le site Non Fides : pour un peu, la liste donnerait le tournis…
Ainsi de la journée du 12 février, qui voit s’enchaîner quasiment non-stop les actions :

La ‘Conspiration des Cellules de Feu Athènes-Thessalonique’ revendique douze attaques incendiaires successives (de nuit et de jour). A 2 h du matin, la série commence avec une attaque contre les bureaux de Pangalos (politicien du PASOK) et contre le jeep du journaliste Panagiotou qui travaille pour le quotidien ‘Nation’. Cinq minutes plus tard, deux distributeurs de billets de la Banque Nationale sont incendiés à Petrolano (…). Simultanément, un engin incendiaire avec des camping-gaz explose à l’entrée de la Banque de la Poste, relate le site Non Fides.
Le matin, la maison de Babiniotis, un recteur conservateur, est attaquée avec un engin composé de camping-gaz. Un deuxième engin explose devant la maison de Doxiadis, un intellectuel aristocratique. Une minute plus tard, un troisième engin est laissé devant un autre filiale de la Banque de la Poste et découvert avant d’exploser par des agents de sécurité.
Peu après 6 h du matin, un inconnu grimpe jusqu’au deuxième étage de la maison du procureur Papangelopoulos (le chef de l’anti-terrorisme). Le gardien de nuit était parti à 6h tandis que l’agent de sécurité ne vient qu’à 7h. L’inconnu a placé un engin incendiaire qui a provoqué un incendie limité.
À 12 h 15, un engin incendiaire laissé devant la porte de l’appartement de Basil Foucault (juge de la Haute Cour de Justice, impliqué dans le procès contre le 17 Novembre) au septième étage explose et provoque des dégâts légers.
À 1 2h 17, un engin incendiaire explose devant la porte des bureaux du procureur Stavros Georgiou au quatrième étage (impliqué dans le procès contre le 17 Novembre). Dans l’après-midi, un engin incendiaire explose dans les bureaux du criminologue Panousis.
À 16 h 07, un engin incendiaire explose devant les bureaux du quotidien Rizospastis.
À 16 h 10, un engin incendiaire explose devant la porte de l’appartement familial de Pangalos (membre du PASOK).
À 16 h 30, un engin incendiaire explose devant les bureaux politiques de Pangalos, situés au troisième étage.
À Thessalonique, un engin incendiaire explose pendant la nuit devant une Banque de la Poste. Un deuxième engin est placé devant les bâtiments de la Défense Nationale. Au cours de l’après-midi, trois attaques incendiaires sont réalisés contre les bureaux du quotidien ‘Nouvelles’, contre les bureaux de ‘Macédoine Demain’ et contre les bureaux des partis de la coalition gouvernementale.

Oui : impressionnant.

*

L’un pour disqualifier les autres ?

Le plus étonnant dans cette activité débordante est finalement le peu d’écho qu’elle rencontre chez nous. Les médias l’évoquent peu, sinon pour mentionner les attentats les plus massifs conduits par Lutte Révolutionnaire et la Secte des Révolutionnaires, organisations n’ayant sans doute pas grand chose à envier au jusqu’au boutisme développés, en d’autres temps, par la Fraction Armée Rouge ou par les Brigades Rouges. Une focalisation qui permet de faire l’impasse sur l’agitation sociale entretenue, depuis plusieurs mois, par des activistes qui semblent bien décidés à ne rien lâcher et montrent - avec un panache et une audace impressionnants - le chemin à suivre. Eux me plaisent, qui font brûler des distributeurs de banque, s’équipent de bâtons pour attaquer les commissariats ou font péter des engins explosifs bricolés à base de camping-gaz, autant feux d’artifice que machines à gros boum ; les autres, qui jouent aux gros méchants, beaucoup moins…

En filigrane, la même question qui revient à chaque fois que des groupes armés prétendent légitimer seuls la lutte armée : à qui profite le crime ? Si le climat insurrectionnel entretenu par les multiples groupuscules anarchistes semble logique et justifié (d’autant qu’il est soutenu par une grande frange de la jeunesse et une partie de la population), il en va tout autrement des actions ciblées décidées par deux organisations aux revendications aussi peu connues que lisibles. Parce qu’elles sont prétextes à des vagues d’arrestation massives - l’attaque des trois policiers menée le 5 janvier a entraîné un bouclage en règle du quartier contestataire Eksarhia et l’interpellation d’une centaine de personnes. Et parce qu’elles permettent toutes les manipulations d’État (remember la façon dont le réseau Gladio a joué de la stratégie de la tension dans l’Italie des années 19906). Il me semble bien que les prophètes de la peur et du sang jouent toujours contre leur prétendu camp. Volontairement ou non.

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1 Voir autour du sujet ce papier du Monde Diplomatique, « Aux banques ils donnent de l’argent, aux jeunes ils offrent... des balles » : « Il faut dire que le meurtre d’Alexis n’a rien d’une « bavure » : son nom s’ajoute à la longue liste d’assassinats et d’actes de torture restés impunis, commis contre des manifestants ou des immigrants, remarque notamment l’auteur, Valia Kaimaki. En 1985, en effet, un autre jeune de 15 ans, Michalis Kaltezas, fut tué par un policier, que blanchit ensuite un système judiciaire plus troué qu’une passoire. Les forces de l’ordre athéniennes n’agissent pas différemment de leurs homologues d’autres pays d’Europe. Mais, en Grèce, les blessures de la dictature demeurent ouvertes. L’inconscient collectif n’a pas oublié cette nuit de sept années ; cette société ne pardonne pas aussi facilement que d’autres. »

2 En novembre 1973, les étudiants de l’Institut polytechnique d’Athènes s’étaient barricadés dans le bâtiment, protestant contre la dictature militaire. Le mouvement fut rapidement réprimé par la force et dans le sang, le 17 novembre, faisant 44 morts selon un bilan officiel.

3 A mon sens, rien ne justifie les attaques physiques contre les médias. Mais… le comportement des dits-médias lors du procès des membres du 17-Novembre en mars 2003, tous tombant dans une incroyable hystérie pro-étatique et s’enflammant avec ardeur pour un événement qualifié de « mère de tous les procès », explique peut-être en partie cette volonté des membres de la Secte des Révolutionnaires de s’en prendre aux journalistes. De même que les médias - encore une fois - n’ont guère fait honneur à leur mission lors des émeutes de décembre 2008 : « Dans la propagande étatique relayée par les médias, surtout la télévision, deux éléments frappent, écrit notamment Valia Kaimaki, toujours dans Le Monde Diplomatique. Le premier concerne le rôle des immigrés dans les événements. Il a été dit que le pillage des magasins brûlés était le fait d’immigrants affamés. La télévision a même souligné que, en Asie, c’était « une pratique courante : manifester, casser, voler ». Or les éléments violents se recrutaient avant tout parmi les autochtones, révoltés contre un système politique corrompu. Et, si des Roms ont pris part aux déprédations, c’était surtout pour venger les leurs, victimes oubliées de la répression policière… »

4 Rappelons que, depuis des années, les grèves - catégorielles et sectorielles - se multiplient aussi en Grèce, aussi bien contre les gouvernements de la droite (Nouvelle Démocratie, ND) que contre ceux de la gauche (Mouvement socialiste panhellénique, Pasok).

5 Banques auxquelles le gouvernement grec a offert - crise financière oblige… - un joli cadeau de 28 milliards d’euros.

6 Rappelons que nombre d’historiens et journalistes, ainsi que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Francesco Cossiga, voient la main de la CIA dans l’assassinat d’Aldo Moro en mai 1978 et estiment que les hommes du réseau Gladio ont manipulé les membres des Brigades Rouges pour s’assurer que la Démocratie Chrétienne et le Parti communiste Italien ne concluraient jamais d’alliance de gouvernement.


COMMENTAIRES

 


  • super état des lieux et fine analyse

    avec le golpe du Honduras et les manips style Gladio, comme un vieux parfum des années 70

    encore un effort et on retrouve les années 60 peace and love - et vu que Cohn bendit is back...

    on est vraiment dans une époque post-moderne y’a pas à dire

    Voir en ligne : http://rue-affre.20minutes-blogs.fr/

    • « encore un effort et on retrouve les années 60 peace and love »

      Cool, il doit y avoir deux ou trois cartons qui traînent au fond de mon frigo, je ne savais pas quoi en faire…

      « on est vraiment dans une époque post-moderne »

      Ah ça, on rigole sec. :-)



  • lundi 6 juillet 2009 à 21h34, par Ubifaciunt

    Question über compliquée, comme tu le dis JBB, que celle de la situation grecque, a fortiori depuis l’assassinat d’Alexis.

    D’autant plus compliquée qu’elle dépasse, pour une fois, les traditionnels enjeux de la politique grecque puisque c’est la première fois que des très jeunes (comprendre par là des gosses de 12 à 17 ans) s’impliquent politiquement. A coup de manifs/attaques devant les prisons, commissariats et autres.

    Pour dire simplement, outre comme on l’a remarqué les sigles et groupes fantoches/situ/poético-rigolax (Cellules hors-la-loi Carpe Noctem, Fraction des Nihilistes...) qui ne sont que des émanations éphémères des nombreux groupes affinitaires existant là-bas ; Lutte Révolutionnaire prête complètement le flanc, a priori, à toutes les interrogations du type Gladio (Personne n’en parle dans les rues ni ne semble les connaître...). Et il faut compter avec la Nouvelle Vague, donc

    Pour reprendre ton titre, il n’y a absolument pas de tentation de lutte armée en Grèce puisque la tradition de la lutte armée est là depuis la guerre civile (un peu comme dans les révolutions ouvrières françaises du XIXe jusqu’à la Commune). Et que des attaques lourdes sont considérées comme « normales » -dans leur proportion gardée appliquée à la société grecque-.

    Maintenant, la question du « retour de bâton » post joyeusetés de décembre 2008 a déjà été évoquée avec les camarades. Pendant les événements et depuis. Pendant, c’était simple. « On vit un truc extraordinaire, on verra bien après, on profite et si ils nous chauffent, on répliquera à la hauteur ». Depuis, le gouvernement n’agit pas tant sur la répression en tant que telle que sur celle, plus insidieuse, des sans-papiers tout en favorisant la percée et l’action des groupes d’extrême-droite. Avec toutes les collusions possibles évoquées dans ton billet.

    Pour la peine, un chouette texte analytique d’un des nombreux squatts athéniens ayant ouvert après décembre :

    Il faut continuer…

    …Pour des raisons historiques, sociales voire personnelles, pour la lutte des classes, et bien sûr du fait de l’assassinat d’Alexis par le flic Korkoneas, nous sommes de ceux-elles qui se sont rencontré-e-s dans les rues et les occupations d’un décembre en révolte. Un événement majeur, une étincelle qui a enflammé paix sociale et consensus, un début d’explosion sociale sans précédent. Une explosion qui a remis en cause à tant de niveaux l’étouffante normalité de nos vies. Ce décembre en fête a tout chamboulé : ignorance et solitude se sont transformées en un « nous » gai, sauvage et collectif qui a conquis les rues. Ce décembre a attaqué la démocratie, ses fantasmes et les gardiens qui l’accompagnent ; il n’avait aucune revendication, ne priait pour rien ni personne, il autogérait son quotidien dans les bâtiments occupés. Cette fête de décembre a engendré une critique acerbe du soliloque marchand en détruisant et en pillant les lieux sacrés de la consommation, en redistribuant les richesses, en paralysant le centre-ville. Décembre a ignoré les gauchisantes trahisons qui voulaient jouer le rôle d’intermédiaires, les laissant bégayer leurs âneries sociologiques dans les écrans de télé. Décembre a fait taire les cris d’orfraie des journalistes en montrant de manière manifeste que celui qui veut comprendre ce qui se passe n’a qu’à sortir de chez lui. Même si ce ne fut que provisoire, ce décembre en révolte a supprimé le rôle du Spectacle et la distinction entre les sexes : dans les situations où le plus important n’est pas celui-celle qui fait mais ce qui se passe, des milliers de personnes opèrent comme un corps uni.

    D’un autre côté, ils se sont mis en branle dés qu’ils ont su se réorganiser, l’État, les patrons et toutes les autres canailles qui ont toujours eu intérêt à ce que rien ne change. Ils se sont prévalus du retour à la normale pour mettre au travail toutes les forces disponibles : les flics et les milices paramilitaires, bien sûr, mais aussi les sociologues et les artistes engagés. Les autres, ils disent que ce ne sont là qu’extrémistes, gangs, anti-grecs, provocateurs… Et que ces gens-là, les extrémistes, les anti-grecs iraient même jusqu’à remettre en cause le droit des autres à fêter paisiblement Noël. La pseudo-autocrtique de ces adultes envers leurs enfants a amené l’arrestation de 265 révolté-e-s et la détention préventive de 65 d’entre eux-elles. Ces autres ont tout fait pour transformer les événements de décembre en une « triste parenthèse » de sorte qu’à la fin, les extrémistes et les anti-grecs soient puni-e-s, et que ceux-elles qui se soient laissé entraîner aient bien retenu la leçon…

    Il faut continuer…

    ...une forme de réalité continue à se nourrir de la révolte de décembre. Dans ce conflit, chaque camp reste en lutte. Ce n’est qu’à travers le prisme de décembre qu’on peut comprendre des événements tels que l’attaque à l’acide contre la syndicaliste Konstantina Kouneva, la tentative d’attentat à la grenade contre le centre social d’aide aux immigrants, mais aussi les déclarations sur la restructuration de l’arsenal militaire et législatif de l’état, ainsi que la volonté affichée de réveiller les réflexes les plus réactionnaires de la société.

    Mais, dans le même temps, des larges pans de la société développent constamment discours, actions, et pratiques subversives qui ont comme point de référence les événements de décembre. Que ce soit dans les stations de métro, les gares, les centres de la bureaucratie syndicale, les bureaux, les secrétariats des hôpitaux, les parcs et jardins publics, dans les quartiers et jusqu’aux lieux con-sacrés du Spectacle et de la marchandise, les initiatives autogérées se diffusent, s’enrichissent, deviennent des outils, des méthodes, des inventions du quotidien et des moyens d’attaque contre le Capital et la démocratie, deviennent des éléments constitutifs d’une vaste procédure de radicalisation qui, de par sa durée, son intensité et sa qualité, devient une nouvelle forme de société.

    Il faut continuer…

    …de tout ce qui précède, d’où que nous soyons, nous avons collectivement décidé la réappropriation du bâtiment abandonné du 61, rue Patission. Que cet espace soit le point de départ de la vie que nous voulons construire. Qu’il devienne un espace autogéré ouvert à tou-te-s à partir duquel nous allons prendre part à la conspiration pour la destruction de ce monde. Qu’il soit contre toute forme de hiérarchie et de pouvoir, contre toute médiation politique et commerciale, contre tout rôle spectaculaire et toute distinction entre les sexes. Et puissent, dans cet effort, des complices nous rejoindre…

    LA RÉVOLTE À VENIR EST DÉJÀ PARTOUT

    SOLIDARITÉ AVEC KONSTANTINA KOUNEVA

    LIBÉRATION IMMÉDIATE DE TOU-TE-S LES EMPRISONNÉ-E-S DE LA RÉVOLTE DE DÉCEMBRE

    • Eheh, j’espérais bien ton intervention. C’est même un peu pour toi que j’ai écrit : « Les derniers pointeront les éventuelles méconnaissances et erreurs de ce billet ; ça tombe bien, ça le fera évoluer. » :-)

      [HS : d’ailleurs, je n’ai rien oublié. Un retour sur les émeutes en texte et photos serait… euh… muy bueno… enfin : vachement cool, quoi.]

      « il n’y a absolument pas de tentation de lutte armée en Grèce puisque la tradition de la lutte armée est là depuis la guerre civile (…). Et que des attaques lourdes sont considérées comme ’normales’ (…). »

      Précision bienvenue, camarade, c’est vrai que ça n’a jamais arrêté. Et c’est un peu hallucinant - pour quelqu’un qui n’a pas mis les pieds là-bas ou discuté avec des activistes du coin - de voir, en effet, combien la société a l’air de composer avec les attentats. Quand on compare à la France, en alerte over-über-rouge-niveau135-maximum-de-la-mort-qui-tue pour des bombes qui remontent à 1996 (hors bombinettes corses), on se dit qu’on vit pas vraiment sur la même planète…

      « le gouvernement n’agit pas tant sur la répression en tant que telle que sur celle, plus insidieuse, des sans-papiers »

      Oui. J’ai d’ailleurs vu qu’il y a avait eu fin mai-début juin des manifs d’immigrés assez tendues, pour protester contre des interpellations policières racistes. Et la Grèce, sur la question des sans-papiers, a toujours été l’un des pays les moins ouverts d’Europe, elle qui considère comme un délit l’accueil des clandestins.

      [HS : j’ai commencé à durcir mes muscles pour demain…]



  • Dis-moi, ce n’est pas à Amiens que tu étais la semaine dernière, mais à Athènes ?

    Bravo pour l’article

    See ya !

    Voir en ligne : kprodukt, mon blog actif et militant enfin quand j’ ai le temps(?)



  • Superbe article. Merci.



  • lundi 6 juillet 2009 à 23h26, par jediraismêmeplus

    Merci de ce billet car ce qui se passe en Grèce est caché . Juste la remarque que les activistes ou les groupes de lutte armée sont sûrement infiltrés (au moins)car l’Etat joue son jeu : le but est de liquider cette contestation spontanée mais qui s’est trop mal structurée pour pouvoir gagner on dirait.



  • C’est très impressionnant, sais-tu, quand tu t’attelles à ce genre de travail...

    En tout cas, merci d’éclairer nos lanternes.

    Voir en ligne : http://escalbibli.blogspot.com



  • Pas évident du tout de déceler si des « barbouzards » gouvernementaux (gouvernementeurs) sont derrière ces actions violentes. Mais il est vrai qu’il y a qu’en même quelques fâcheux précédents pour au moins se poser la question de « à qui profite le crime » et de tenter d’y répondre. Tu le fais très bien (si, si pas de fausse modestie !) et c’est important car la Grèce pourrait bien être le laboratoire européen d’une plus vaste tentative de manipulation de l’opinion, discréditant la véritable opposition de gauche, et ayant pour but de valider des mesures encore plus dures, c’est à dire fascisantes, qui nous pendent au nez. Cela pourrait bien arriver prochainement lorsque la seconde vague (encore plus violente que celle de l’an passé) de la crise économique va se pointer et qu’enfin un maximum de gens, totalement démunis, voudront se révolter car ils se seront rendus compte combien ils se sont fait sodomisés depuis quelques décennies par les vautours politiques, patronaux et financiers.

    • mercredi 8 juillet 2009 à 18h04, par yelrah

      L’idée du labo me titille,

      la Grèce est un petite nation, économiquement et démographiquement, impact suportable, bien excentrée du reste de l’europe, facile à isolé médiatiquement ...

      • @ Wuwei : tu as parfaitement résumé la situation (si, si pas de fausse modestie !) Avec cette nuance que je ne suis pas sûr qu’on puisse voir éclore chez nous des activistes (je veux parler de ces groupuscules anar qui multiplient les actions, pas des deux groupes qui sortent les armes) à la sauce grecque avant un bon moment : chez eux, cela relève d’une longue tradition ; chez nous… ben voilà, quoi… c’est pas demain la veille. Mais - crise économique et sociale aidant - qui sait ?

        @ Yelrah : « facile à isolé médiatiquement ... »

        Oui, la Grèce a un petit côté Honduras-de-l’Europe.



  • dimanche 12 juillet 2009 à 11h26, par oliv

    merci pour tous ces articles...chaque fois tu pointe un sujet que l’on devrait trouver sur toutes la blogosphere dite de gauche et dite révolutionnaire...mais quand il s’agit réellement d’actes révolutionnaires les belles paroles se retrouvent souvent muettes...Il y a qu’ici que j’ai pu trouver un récit objectif et précis sur la grece ou encore sur les événements de strasbourg...merci

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