ARTICLE11
 
 

jeudi 18 décembre 2008

Le Charançon Libéré

posté à 11h01, par JBB
15 commentaires

Depuis hier, l’égalité des chances partout ! Mais… pas à Mayotte, quand même ?
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Quel talent ! En un discours prononcé hier, Nicolas Sarkozy a laissé libre cours à son amour des valeurs de la République, ponctuant chaque phrase de grands mots et belles idées. Un moment si émouvant… Et qu’importe si « le sens de la fraternité », « l’exigence républicaine » et « le défi du métissage » vantés par le président sont chaque jour foulés aux pieds. A Mayotte, par exemple…

C’est simple : j’en ai encore des frissons partout.

Des petits picotements sous la peau.

Et le coeur qui bat la chamade.

Que voulez-vous ?

C’était beau.

Magnifiquement lyrique.

Superbement enthousiasmant.

La classe…

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Oh… bien sûr : il en est qui pointeront l’hypocrisie de la posture.

Qui dénonceront la distance séparant encore les grands mots de la triste réalité.

Qui s’insurgeront de ce que cet homme qui n’a cessé de fouler aux pieds toute notion réelle d’égalité des chances - en attisant les haines, jouant de la répression, sabrant les crédits à l’éducation dans les zones sensibles et quartiers populaires, accroissant les inégalités sociales… - s’en fasse aujourd’hui le lyrique promoteur à bon compte.

Qui se scandaliseront de voir le président rejouer, les mêmes trémolos dans la voix, les scènes de ce plan Marshall pour la banlieue qui devait - déjà ! - faire avancer la cause de l’égalité des chances, avant d’apparaître comme un vaste et indécent coup de bluff.

Mais non : je ne serai pas de ceux-là.

Tant le présidentiel discours m’a ému jusqu’aux larmes.

Et touché au plus profond.

A tel point que je ne peux m’empêcher de vous livrer quelques extraits de ce splendide discours vantant les valeurs de la République, l’égalité entre tous les citoyens, la dignité humaine, toussa-toussa…

Hop :

« C’est le miracle de la République d’avoir permis à la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à l’universalisme. C’est le miracle de la République d’avoir permis à la France d’être une grande patrie faite d’une multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d’être et de penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans que soient effacées les histoires personnelles et les destins particuliers. (…) Le miracle de la République, c’est d’avoir donné à la France le sens de la fraternité, c’est-à-dire de la compréhension, du respect et de la solidarité. »

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"La République, c’est le mouvement, c’est le progrès, c’est l’appel de la justice. C’est un rêve toujours inaccompli, c’est un projet toujours inachevé. (…) C’est ce que les générations qui nous ont précédés nous ont légué de plus précieux. La République, c’est un idéal que nous n’avons pas le droit de trahir. C’est un projet de société. C’est un projet politique que nous avons le devoir de continuer."

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« Le plus grand danger qui menace notre modèle républicain, c’est que la République devienne une idéologie désincarnée. On trahit l’idéal républicain en s’abritant derrière les grands principes pour ne pas combattre les injustices, les inégalités, les discriminations. La République, ce ne doit pas être un dogme, ce doit être une exigence, une exigence politique, une exigence sociale, une exigence morale. »

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« Quel est l’objectif ? Relever le défi du métissage que nous adresse le XXIe siècle. Le défi du métissage, la France l’a toujours connu. Elle l’a toujours relevé. Elle a toujours au cours des siècles métissé les cultures, les idées, les histoires. Son universalisme est le fruit de ce constant métissage qui n’a cessé de s’enrichir d’apports nouveaux et de bâtir sur tant de différences mêlées les unes aux autres un sentiment commun d’appartenance et un patrimoine unique de valeurs intellectuelles et morales qui s’adressent à tous les hommes. »

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C’est vrai ça : la République est si belle…

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1 Photos de l’intérieur du centre de rétention de Pamandzi, à Mayotte, mises à disposition par Amnesty International qui les a envoyées, avec la vidéo plus bas, aux ministres de l’Intérieur et de l’Immigration dans le cadre de la Journée internationale des migrants. Les clichés et la vidéo montrent - sans qu’il ne soit besoin de davantage de commentaires - les conditions indignes et scandaleuses qui sont faites aux clandestins parqués dans l’enceinte du centre de rétention. Crédit photo : Private.


COMMENTAIRES

 


  • […] il en est qui pointeront l’hypocrisie de la posture.

    Ah ben, pas moi, ça non. (Que d’émotions ! Je n’ai encore plus un seul mouchoir de sec...).

    Voir en ligne : http://carnetsfg.wordpress.com/

    • jeudi 18 décembre 2008 à 20h59, par JBB

      Oui, mais c’est toujours pareil avec toi : il suffit que Sarkozy entonne l’un de ses grands refrains pour que tu sois émues jusqu’aux larmes. Un peu de tenue, que diable !

       :-)



  • « Le plus grand danger qui menace notre modèle républicain, c’est que la République devienne une idéologie désincarnée
    Pour El Nino rien ne vaut une belle idéologie bien incarnée par le Medef, le CAC40, Hortefeux, MAM, les centres de rétention, la chasse aux sans-papiers, les arrestations arbitraires,...(liste pestilentielle non exhaustive).

    • jeudi 18 décembre 2008 à 21h01, par JBB

      C’est ça qui est bien avec les grands mots : pour peu qu’on ait guère de conscience, on peut mettre tout et n’importe quoi derrière. Y compris le pire.



  • Comme Wuwei, je trouve que c’est une bien grosse et douloureuse incarnation de la République qu’on nous met chaque jour.

    Sur les clandestins à Mayotte, D. Mermet a diffusé en 2006 une série de reportages édifiants (voir http://www.la-bas.org — taper « Mayotte »).

    • jeudi 18 décembre 2008 à 21h10, par JBB

      « je trouve que c’est une bien grosse et douloureuse incarnation de la République qu’on nous met chaque jour. »

      Oui. Le truc marrant (enfin… façon de parler), c’est que sortent le même jour deux vidéos édifiantes, celle-ci sur Mayotte et celle sur les prisons françaises (je mets pas le lien, je pense que tout le monde en a entendu parler). Ça a quelque chose de rassurant de voir que ces indignes lieux fermés et cachés finissent un jour par être exposés sur la place publique.



  • Pourquoi ne pas faire un renvoi vers un billet précédent du même auteur ? C’était pourtant un texte qui posait déjà beaucoup de questions sur le non droit en vigueur à Mayotte (ou la multitude des droits possibles sur un territoire hors de la République telle qu’on la conçoit). A la fin de l’année, on s’aperçoit que rien n’a changé, alors que des ministres sont passés là entre deux avions et ont fait des propositions qui auraient encore abaissé l’état de droit. Mayotte semble un territoire abandonné, mais les Comores encore plus, et se rend-on compte que la première ville mahorie du monde, c’est Marseille ! Cela concerne des gens qui deviendront français ou qui sont français déjà, qui sont en métropole aussi et qui demanderont des comptes demain au sujet du mépris dans lequel on a tenu leurs parents dans ces îles trop isolées.

    Voir en ligne : http://champignac.hautetfort.com

    • jeudi 18 décembre 2008 à 21h17, par JBB

      Waouh, quelle mémoire ! Tu m’impressionnes.

      Je ne sais même pas si j’aurais réussi à retrouver ce billet… :-)

      Pour le reste (je sais : c’est une triste habitude), tout d’accord avec toi sur la situation de non-droit et le désintérêt général sur la question. Alors que l’endroit est pourtant celui où la question de l’accueil des migrants et de l’effet des lois sur l’immigration se pose - et de très très loin - avec le plus d’acuité.



  • Le billet (et commentaires) du Charançon auquel Dominique fait référence est très bien. Une seule hésitation : d’après Olivier Bonnet, la photo du minot entouré de CRS n’a pas été prise aux Comores, mais à Paris — ce qui ne change rien à la politique des expulsions, évidemment.

    • vendredi 19 décembre 2008 à 11h50, par JBB

      Précision bienvenue.

      Cette photo a été tellement utilisée que plus personne ne sait d’où elle provient. Si je ne me trompe (ma mémoire est très mauvaise…), je l’avais placée en ce billet pour sa valeur symbolique, et non parce qu’elle aurait pu être prise à Mayotte. Mais tu as raison : ça peut prêter à confusion.



  • Hier, on écoutait distraitement ces sortes de refrains en se disant que c’étaient les paroles d’un pourri... qui travaille pour son propre magasin...

    Maintenant, avec Sarkozy, ce ne sont plus des paroles de pourri mais le sperme de ses nègres-blancs élyséens attachés à écrire ses discours pour mieux nous baiser... tout en rendant magnifique... l’idole...

    Qui est-ce qui se marre dans l’histoire ?

    Vous croyez que c’est vous, grâce au Charançon libéré...

    Allons donc ! C’est lui, le Izokrate SS... au sexe encéphalique...

    Rien qu’une façon de nous pisser dessus.

    • vendredi 19 décembre 2008 à 11h55, par JBB

      A part lui, personne ne rigole. Et je ne suis même pas sûr que ça le fasse tant rire que ça : quand on se croit investi d’une mission et qu’on se prend au sérieux, on ne prend même plus la peine de savourer sa position.



  • en fait je les compris comme ça !

    C’est le miracle de ma profonde bêtises d’avoir permis à la France de prendre une identité si forte avec le front nationale. C’est encore ma profonde bêtise qui permis à la France qu’une grande patrie finisse par se mettre en colère par une multitude de petite histoires ou de lois moribondes pour notre propre causes, de partager les chèques cadeaux de la crises, une façon d’être et de penser en requin tigre du cac 40.(...)Le miracle de ma bêtise ; c’est de n’avoir pas compris le sens de la fraternité, c’est-à-dire de la compréhension, du respect et de la solidarité. »

    Ma bêtises, c’est le mouvement compulsif, c’est le progrès, c’est l’appel du pied aux lobbies scientologue . C’est le rêve inaccompli de mes amis du medef de ne plus parler aux syndicats, c’est un projet de licenciements massif.(...) C’est ce que les vieux qui nous ont précédés nous ont laisser comme flouses. Ma bêtise, c’est un idéal que je garde bien aux chaud dans mon gros porte monnaies . C’est un projet de société. C’est un projet de voles organiser que nous avons le devoir de continuer. »

    « Le plus grand danger qui menace nos acquits, c’est que ma bêtise devienne une idéologie désincarnée. On trahit ces propre amis en s’abritant derrière les vitres blindée des limousines tous en ne combattant pas les injustices, les inégalités, les discriminations. Ma bêtise, ce doit être un dogme, une exigence,une politique,une casse sociale, et une morale de curé pour tous le monde.

    « Quel est l’objectif ? Relever mes compte en banque que m’adresse des traideurs du XXIe siècle sur la paille. Le défit du racket organiser, la France l’a toujours connu. Elle l’a toujours organisé. Elle à toujours pris le blé chez les pauvre bougre qui se sont levé le matin aux aurore pour les sombres impôts. Son universalisme est le fruit de ce constant mélange de collabos et de police qui n’a cessé de s’enrichir aux détriments des sans papier et anarcho-autonome. Elle bâti sur du Bouygues tant de différences mêlées les unes aux autres un sentiment commun de profonde sodomie intellectuelles et morales qui s adressent à tous les hommes. »

    j’ai du me tromper... !

    • 10 fois plus de mort par la Chikungunya à la Réunion que dans le monde pour la grippe aviaire,

      Très important la grippe aviaire..

      le chlordécone interdit en métropole mais pas aux Antilles, cancer malformations foetales ect...

      Pas important le chlordécone la-bas...

      Quelle misère est moins pénible au soleil ?

      • vendredi 19 décembre 2008 à 11h53, par JBB

        @ Krop : bien vu, ta version est beaucoup plus réaliste que celle que le petit piètre de la nation a donné à entendre. Tant chez lui, il est de mots qui ne veulent rien dire et d’autres - jamais prononcés - qui signifieraient beaucoup.

        @ yelrah : que veux-tu ? C’est si loin…

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