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		<title>Article11</title>
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		<title>L'&#233;crit en habit de &#171; Dressing &#187;</title>
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		<dc:date>2013-04-09T23:32:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Joseph Ponthus</dc:creator>

		<description>Quatre ans que Jane Sauti&#232;re n'avait publi&#233;. On avait h&#226;te de lire son dernier livre, consacr&#233; au th&#232;me du v&#234;tement. Oui, cette fois, pas de prison, pas de maternit&#233;, mais des habits de tous les jours, de deuil ou de f&#234;te. L'occasion, &#224; la sortie de ce sublime &#171; Dressing &#187;, de revenir avec cette amie de route sur notre propre histoire, faite aussi de mots et de routes. Sortie du placard et lettre ouverte. C'est peu dire que nous ayons une affection m&#226;tin&#233;e d'admiration pour Jane Sauti&#232;re. Boulevers&#233;s (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1274-877c7.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quatre ans que Jane Sauti&#232;re n'avait publi&#233;. On avait h&#226;te de lire son dernier livre, consacr&#233; au th&#232;me du v&#234;tement. Oui, cette fois, pas de prison, pas de maternit&#233;, mais des habits de tous les jours, de deuil ou de f&#234;te. L'occasion, &#224; la sortie de ce sublime &#171; Dressing &#187;, de revenir avec cette amie de route sur notre propre histoire, faite aussi de mots et de routes. Sortie du placard et lettre ouverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est peu dire que nous ayons une affection m&#226;tin&#233;e d'admiration pour Jane Sauti&#232;re. Boulevers&#233;s par la lecture de ses &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.article11.info/?Ceux-qu-on-enferme-fragments#a_titre&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Fragmentations d'un lieu commun&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (Verticales, 2003) et de &lt;i&gt;Nullipare &lt;/i&gt; (Verticales, 2008), nous l'avions rencontr&#233;e avec L&#233;mi pour un entretien (Article 11 papier, n&#176;2, &#171; &lt;a href=&quot;http://www.article11.info/?Jane-Sautiere-Etre-la&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#202;tre l&#224;&lt;/a&gt; &#187;) qui, comme cela arrive parfois, se prolongea par la certitude d'avoir v&#233;cu une belle rencontre. Qui en entra&#238;na donc logiquement d'autres. C'est presque tout aussi logiquement que je lui proposai d'&#233;crire la post-face de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.article11.info/?Coup-de-vieux-coup-de-maitre-le#a_titre&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Nous... La cit&#233;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (Zones, 2012&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;), ouvrage lui-m&#234;me prolongement et parall&#232;le des chroniques &#171; S&#233;vice social &#187; du site et du journal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a nous fait beaucoup de lignes, tout &#231;a, de prolongements, de parall&#232;les, de lignes qui se croisent, de lignes qui s'&#233;crivent et parfois se d&#233;tournent. Comme, aujourd'hui, h&#233;las, la mienne et celle d'&lt;i&gt;Article11&lt;/i&gt;. Rien de bien m&#233;chant, juste un peu d'amertume.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, les mauvaises nouvelles &#233;tant souvent compens&#233;es par les bonnes, c'est en fin de semaine derni&#232;re qu'est sorti le nouveau livre de Jane, &lt;i&gt;Dressing&lt;/i&gt;, toujours chez Verticales. Elle avait essay&#233; de la jouer modeste au t&#233;l&#233;phone : &#171; &lt;i&gt;Oh, tu verras, c'est trois fois rien, c'est juste une histoire d'habits et une visite de mon placard... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors voil&#224;, puisque tout est li&#233; en mati&#232;re de trame, de fil et de ligne dans l'habit ou dans l'&#233;crit, puisse cette petite lettre ouverte &#224; Jane signer et signifier autant la joie de la rencontre, du temps partag&#233; que ce soit avec elle, avec les loulous de Nanterre tout autant qu'avec ceux et celles, connus ou inconnus, fid&#232;les commentateurs ou simples lecteurs d'&lt;i&gt;Article11&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La vie continue, d'autres habits seront us&#233;s, d'autres placards ouverts, d'autres lignes trac&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En esp&#233;rant s'y rejoindre.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_5733 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L318xH475/sautiere-99ec1.gif' width='318' height='475' alt='GIF - 16.5 ko' style='height:475px;width:318px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ch&#232;re Jane&lt;/strong&gt;,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tu voudrais, je crois, que ton livre soit ouvert comme on ouvre une armoire pleine d'habits ; tu pr&#233;f&#232;rerais m&#234;me, mais le souvenir de tes lignes du d&#233;but est d&#233;j&#224; aussi vaporeux que la mousseline, qu'une armoire soit ouverte comme on va lire un livre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, je ne sais dans quel sens prendre l'affaire. Ils ont &#233;crit et ils s'habillent, les gars de &lt;i&gt;Nous... La cit&#233;&lt;/i&gt;, pour lesquels tu as fait cette si belle post-face. Peut-&#234;tre m&#234;me qu'ils se sont habill&#233;s avant que d'&#233;crire. On va dire que les deux vont ensemble ; trame li&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois le manuscrit rendu, ce que notre bouquin ne peut forc&#233;ment plus dire ni raconter, il y avait ce qui devait &#234;tre la derni&#232;re audience pour Riadh, celle o&#249;, au vu de toute son avanc&#233;e, il &#233;tait jug&#233; pour sa demande d'effacement de casier judiciaire. Je n'&#233;tais plus &#233;ducateur sur le quartier et avais grug&#233; quelques heures &#224; mon patron pour venir le soutenir malgr&#233; tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au pied de la tour du tribunal, Riadh &#233;tait en avance ; il &#233;tait habill&#233;. Pas de cette fa&#231;on ostentatoire qui montre que le loulou de banlieue veut calquer au mod&#232;le du syst&#232;me judiciaire r&#233;gnant, non, pas de costard clinquant. Pas de cette fa&#231;on du gars qui surjoue son m&#244;me de banlieue, non, surtout pas de jogging. Quelque chose d'&#233;vident, petit pull noir cintr&#233; qui laisse d&#233;passer le col d'une chemise blanche, pantalon ajust&#233;, chaussures, sourire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je sais que, pour la premi&#232;re fois de ma carri&#232;re &#8211; qui n'en &#233;tais plus une &#8211; j'eus le sentiment qu'un m&#244;me venait mieux habill&#233; que moi &#224; une audience, veste et cravate de rigueur. Je l'ai pris en photo.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa posture, sa s&#233;r&#233;nit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son &#233;vidence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors, je crois que j'ai d&#251; trouver une excuse &#224; la con pour ne pas assister au jugement, pr&#233;textant un truc &#224; faire. Je savais que c'&#233;tait fini, tout &#231;a ; il avait trouv&#233; ses habits, sa fa&#231;on d'&#234;tre l&#224;. Le tribunal ne m'a pas d&#233;menti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce que tu racontes dans &lt;i&gt;Dressing&lt;/i&gt;, que tu sous-entends, &#224; quel point le v&#234;tement impressionne &#8211; et j'entends aussi par l&#224; le sens impressionniste. Un rien, une &#233;vidence, comme je disais, comme tu l'&#233;cris.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puisque tu ne nous as pas &#233;pargn&#233;s dans ta jolie post-face, c'est &#224; mon tour de t'en vouloir un peu : tu ne parles presque que de toi, dans ton &lt;i&gt;Dressing&lt;/i&gt;, dans tes armoires et tes placards ; et ceux que tu d&#233;voiles en creux, j'aurais aim&#233; les lire. Ces parents du d&#233;but, bien plus. Ces d&#233;tenus dans les coursives au hasard de talons-aiguille. Ces vendeurs de Rochechouart. Les lire plus, comprendre leur propre rapport &#224; ces v&#234;tements que tu portes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais je sais que je me plante et qu'en parlant de toi, tu ne parles que d'eux, &#224; moins, encore une fois, que ce ne soit l'inverse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me plante d'autant plus que je sais avoir eu cette chance infinie, rare, de continuer &#224; voir Riadh, Sylvain, Alex et Rachid apr&#232;s avoir travaill&#233; avec eux, non plus en tant qu'&#233;ducateur, mais que co-auteur, obligations &#233;ditoriales obligent &#8211; elles ont bon dos, les obligations, on s'est plus amus&#233; d'elles pour continuer &#224; se voir qu'on ne les a subies...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'en reviens aux habits. Se faire un point d'honneur &#224; venir cravat&#233; &#224; n'importe quelle audience, aux f&#234;tes du quartier aussi, garder toujours le bout de tissu dans la poche avant du sac au cas une comparution imm&#233;diate... Marteler avant chaque jugement pr&#233;vu le paternel &#8211; ou maternel ? &#8211; &#171; &lt;i&gt; Et surtout, tu viens bien sap&#233;, hein ! &lt;/i&gt; &#187;, ce &#224; quoi il m'&#233;tait invariablement r&#233;pondu &#171; &lt;i&gt;Oui, oui, t'inqui&#232;te... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et s'inqui&#233;ter quand m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un des nombreux travers de notre m&#233;tier de b&#226;tard, de social-tra&#238;tre, de contr&#244;leur qui explique au contr&#244;l&#233; qu'il vaut mieux &#234;tre poli et ras&#233; de frais plut&#244;t que d'envoyer tout valser et cramer alors qu'il aurait toutes les raisons pour le faire. Mais je ne t'apprends rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au fil du temps, ma cravate est devenue source d'inqui&#233;tude. &#171; &lt;i&gt; Y a qui qu'est jug&#233; aujourd'hui ?&lt;/i&gt; &#187; Pour d&#233;samorcer l'affaire, je dus venir aussi cravat&#233; sans raison. Les remarques se portaient alors sur les chaussures qui n'&#233;taient pas cir&#233;es, la chemise pas repass&#233;e, la coiffure n&#233;glig&#233;e ; bref, ce qui fait accord, ou non.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce moment miraculeux que tu as d&#251; relever dans le bouquin o&#249; ils se demandent comment venir habill&#233;s avant d'aller &#224; une conf&#233;rence &#224; Paris ; un peu comme, je crois, quand la Bovary trace ses futurs trajets dans la capitale sur une carte en r&#234;vassant &#224; ses futures tenues et &#224; l'amant r&#234;v&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rachid, Sylvain, Alex et Riadh, chacun &#224; leur fa&#231;on, ne se v&#234;tent plus comme on entendrait qu'ils le fassent. D&#233;sormais ils s'habillent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne me rappelle plus comment ils &#233;taient lors de votre premi&#232;re rencontre avant l'&#233;criture de la post-face dans ce troquet de Nanterre. Ils devaient &#234;tre aussi coinc&#233;s dans leurs paroles que dans leurs habits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je sais, en revanche, que la deuxi&#232;me fois, lors de la f&#234;te de sortie officielle de &lt;i&gt;Nous... La cit&#233;&lt;/i&gt;, tu les as trouv&#233;s beaux et que moi aussi &#8211; d'ailleurs, j'ai encore nos photos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette petite lettre ne parle pas trop de ton livre, il n'en a pas besoin, ou plut&#244;t si. Le v&#234;tement cache tout autant qu'il r&#233;v&#232;le. Comment aurais-je pu croire qu'un simple bouquin sur des fringues m'aurait autant &#233;mu et fait r&#233;fl&#233;chir ? Comment aurais-je pu croire que quatre gosses soient devenus des hommes en s'habillant, en &#233;crivant, puisqu'il est d&#233;sormais clair que ce fut pour eux indissociable ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'aurais voulu que &#231;a parle plus de toi pour te rendre mieux hommage, mais en terminant, je me rends compte qu'ils te doivent aussi et que ce serait plus juste si ces mots parlaient d'eux, ou, pour mieux dire, de nous...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien &#224; toi,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ponthus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Bonus photographique&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_5744 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH333/a-28-b746c.jpg' width='500' height='333' alt='JPEG - 64.7 ko' style='height:333px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Helen Levitt - New York, circa 1945
&lt;/dd&gt; &lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_5735 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/d-11.jpg' width='400' height='587' alt='JPEG - 62.4 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item>
		<title>&#171; Garder la p&#234;che &#187; - Entretien avec G&#233;, ex-marin p&#234;cheur breton</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Garder-la-peche-Entretien-avec-Ge</link>
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		<dc:date>2013-01-18T12:42:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>Joseph Ponthus</dc:creator>

		<description>&#171; J'ai commenc&#233; quand j'&#233;tais au CM2. J'allais avec mon p&#232;re &#224; la daurade ou au bar, l'&#233;t&#233;. Je me souviens qu'&#224; la visite m&#233;dicale de l'&#233;cole, quand ils m'avaient demand&#233; le m&#233;tier que je voulais faire, je r&#233;p&#233;tais : &#171; La p&#234;che, la p&#234;che !!! &#187; [...] Mes parents ne voulaient pas. Surtout pas. Ils devaient penser que c'&#233;tait un m&#233;tier dur, un m&#233;tier &#224; la con. Et que, des fois, tu ne rentres pas. &#187; Cela faisait longtemps qu'on r&#234;vait de cet entretien, le peu qu'on savait de lui laissant augurer une belle rencontre : (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Entretiens-" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1258-38adc.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; J'ai commenc&#233; quand j'&#233;tais au CM2. J'allais avec mon p&#232;re &#224; la daurade ou au bar, l'&#233;t&#233;. Je me souviens qu'&#224; la visite m&#233;dicale de l'&#233;cole, quand ils m'avaient demand&#233; le m&#233;tier que je voulais faire, je r&#233;p&#233;tais : &#171; La p&#234;che, la p&#234;che !!! &#187; [...] Mes parents ne voulaient pas. Surtout pas. Ils devaient penser que c'&#233;tait un m&#233;tier dur, un m&#233;tier &#224; la con. Et que, des fois, tu ne rentres pas. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela faisait longtemps qu'on r&#234;vait de cet entretien, le peu qu'on savait de lui laissant augurer une belle rencontre : marin-p&#234;cheur, &#238;lien, Breton, ayant particip&#233; &#224; ce qui furent parmi certaines des manifs les plus redout&#233;es par les CRS etc. Mais il &#233;tait souvent en mer, et les campagnes duraient un mois. Une fois revenu pour une ou deux semaines &#224; terre, il fallait bien d&#233;compresser. Du coup, pas trop le temps pour qu'on se voit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, &#224; trente-huit ans, il a quitt&#233; le m&#233;tier voici six mois, apr&#232;s plus de vingt ans de p&#234;che. On file &#224; Lorient et on le trouve dans un rade, tel qu'on l'avait r&#234;v&#233;, la sacr&#233;e d&#233;gaine et la putain de gueule. Les yeux fins qui semblent regarder loin derri&#232;re la ligne de flottaison. La barbe &#233;vidente. Le perfecto bien &#233;lim&#233; et, quand il l'enl&#232;ve apr&#232;s les demis qu'on ne compte plus, le tatouage sur l'avant-bras : &#171; &lt;i&gt;Kentoc'h mervel eged boud saotret&lt;/i&gt; &#187;. &lt;i&gt;Plut&#244;t la mort que la souillure&lt;/i&gt;. La devise embl&#233;matique du duch&#233; de Bretagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les bi&#232;res, donc, et partir en piste dans les bars lorientais pour se jauger un peu, causer du m&#233;tier, le sien, la forme de l'article, le n&#244;tre. Rentrer alors que la rue tangue foutrement. On doit se voir le lendemain. Coup de fil. Un bateau a sombr&#233; pr&#232;s de Belle-&#206;le. Le Bara Bendez. C'&#233;taient des gars de Houat, des gars de son &#238;le.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Deux jours plus tard, toujours sous le choc. C'est enfin l'heure de l'entretien et l'on ne peut commencer autrement que sur cette funeste note. Il est plus taiseux qu'au bar. Certaines anecdotes ne passeront pas au filtre de l'entretien. C'est le d&#233;but de l'apr&#232;s-midi et il tourne au caf&#233;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_5637 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH381/a-25-9dda5.jpg' width='500' height='381' alt='JPEG - 51 ko' style='height:381px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;William Turner, &#171; Fishermen at sea &#187;, 1796
&lt;/dd&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les deux gars, c'&#233;tait des mecs de mon bled, trois cents habitants l'hiver, forc&#233;ment que je les connaissais. Le patron-p&#234;cheur a &#233;t&#233; un de mes patrons. Quand t'apprends des nouvelles comme &#231;a, t'as les boules, mais si tu ne penses qu'&#224; &#231;a, t'arr&#234;tes de bosser. Et j'en connais, des mecs qui ont arr&#234;t&#233; de bosser &#224; cause de la peur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et j'en connais aussi, des mecs qui sont partis. Au moins vingt-cinq. Le plus p&#233;nible, c'est les disparus : ne pas retrouver les corps. Quand on ne les retrouve pas, il faut attendre cinq ans avant que la personne ne soit d&#233;clar&#233;e morte. Pour la femme et les enfants, pas le droit &#224; la pension ni &#224; toucher l'assurance-vie pendant tout ce temps-l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils ont retrouv&#233; le bateau, mais pas encore les gars. Faut dire que le coin du Skeul, c'est un coin bien dangereux quand m&#234;me. En plus, ils devaient naviguer &#224; touche avec la falaise, vu qu'ils &#233;taient partis r&#233;cup&#233;rer les casiers pour les araign&#233;es. Ce coin-l&#224;, t'as beau y passer cinquante fois, conna&#238;tre la passe par c&#339;ur, tu ne sais jamais comment &#231;a va &#234;tre. Il suffit d'un paquet de mer, plus de moteur, le bateau retourn&#233;, et c'est fini.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i&gt;Il suffit d'un paquet de mer, plus de moteur, le bateau retourn&#233;, et c'est fini.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ils venaient de Houat, comme moi. Mon p&#232;re, il faisait la p&#234;che. Ma m&#232;re &#233;tait femme au foyer, elle allait au go&#233;mon, elle allait chercher le bois, elle &#233;levait les enfants. Sur une &#238;le, tu ne connais pas trop les autres boulots, tu ne les imagines m&#234;me pas, surtout quand t'es un mec. Et puis moi, je ne me voyais surtout pas dans un bureau, peut-&#234;tre aussi parce que j'avais un peu peur du continent...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je voulais faire la p&#234;che. Au coll&#232;ge, j'ai &#233;t&#233; interne sur le continent mais je voulais vraiment faire la p&#234;che. Je n'imaginais que &#231;a, et il faut bien reconna&#238;tre qu'&#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait plus facile &#224; Houat. Pas trop de mis&#232;re : toujours du poisson &#224; bouffer, on se satisfaisait de peu, on n'avait pas de frais de transports, pas l'habitude d'aller au cin&#233;ma... Une facilit&#233; de logement pour ceux qui &#233;taient de l'&#238;le. Faire la p&#234;che, et puis la vendre. Et &#231;a payait bien, sans compter la godaille. La godaille, c'est une sorte de droit coutumier du p&#234;cheur qui est de plus en plus remis en cause : c'est de la paie en poisson, en fra&#238;che, suivant les prises. Du beau poisson, de la lotte par exemple. Tu pouvais choisir de le vendre en direct, de le garder pour toi ou de le donner &#224; la famille ou aux amis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Donc mon p&#232;re &#233;tait &#171; &lt;i&gt;p&#234;cheur de cailloux&lt;/i&gt; &#187;, c'&#233;tait ce qu'il disait. En fait, c'&#233;tait de la coquille Saint-Jacques. Il avait ses coins. &#192; chaque fois qu'il revenait &#224; la maison, il gal&#233;rait tellement il transportait de coquilles, les gens lui demandaient ce qu'il charriait, il r&#233;pondait : &#171; &lt;i&gt;Non, rien, c'est juste des cailloux... &lt;/i&gt; &#187; Y a rien de plus discret qu'un p&#234;cheur. Tout le monde conna&#238;t les coins, mais personne ne veut les dire, ou alors &#224; la famille ou aux potes. On gagnait du fric donc, dans la famille, mais on bossait comme des chiens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai commenc&#233; quand j'&#233;tais au CM2. J'allais avec mon p&#232;re &#224; la daurade ou au bar, l'&#233;t&#233;. Je me souviens qu'&#224; la visite m&#233;dicale de l'&#233;cole, quand ils m'avaient demand&#233; le m&#233;tier que je voulais faire, je r&#233;p&#233;tais : &#171; &lt;i&gt; La p&#234;che, la p&#234;che !!! &lt;/i&gt; &#187; Et j'ai commenc&#233; &#224; aller un peu sur les bateaux. Mes parents ne voulaient pas. Surtout pas. Ils devaient penser que c'&#233;tait un m&#233;tier dur, un m&#233;tier &#224; la con. Et que, des fois, tu ne rentres pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;part, quand j'allais sur le bateau, c'&#233;tait juste pour des petites p&#234;ches &#224; la ligne. Puis je suis parti au filet, c'&#233;tait plus loin, la premi&#232;re houle du large. J'avais entre quatorze et seize ans, j'&#233;tais employ&#233; comme novice. On partait &#224; la journ&#233;e. Au bout d'un mois, la premi&#232;re paie, quinze mille francs ! On pouvait encore vraiment faire du fric, &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis c'&#233;tait le chalut, on &#233;tait partis &#224; la langoustine, vers minuit, &#231;a durait une semaine, j'&#233;tais en troisi&#232;me et je n'allais plus tous les jours &#224; l'&#233;cole... Du coup, je voulais aller &#224; &#201;tel, en &#233;cole maritime. Il y avait des cours sur les cartes marines, le balisage des bou&#233;es et des phares, de l'oc&#233;anographie, et puis de la physique &#8211; c'est oblig&#233; &#8211; avec Newton et le calcul des forces.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mes premi&#232;res paies, c'&#233;tait ma m&#232;re qui les g&#233;rait. J'ai d&#251; lutter un peu avec elle mais je me suis barr&#233; assez vite, en fait. Quand tu gagnes ta vie, tu n'as plus de comptes &#224; rendre. Je suis all&#233; sur le continent. Alors que je gagnais quinze mille francs sur les deux mois d'&#233;t&#233; et de p&#234;che &#224; quinze ans, ma m&#232;re continuait &#224; me donner de l'argent de poche, du genre trente francs par mois. Je me disais que quelque chose n'allait pas...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui me plaisait, c'&#233;tait surtout que les journ&#233;es de p&#234;che n'&#233;taient jamais les m&#234;mes, c'&#233;tait toujours du nouveau. &#199;a a bien chang&#233;, depuis. Avant, il y avait encore du turbot, de la julienne, plus aujourd'hui. L'usage intensif des filets a fait beaucoup de mal, c'est s&#251;r, mais maintenant, on t'accable de contr&#244;les. C'est le &#171; oui &#187; &#224; Maastricht qui a fait le plus de mal au m&#233;tier. L'Europe r&#233;glemente tout : les esp&#232;ces et les zones, sans aucune consid&#233;ration locale.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i&gt;Les journ&#233;es de p&#234;che n'&#233;taient jamais les m&#234;mes, c'&#233;tait toujours du nouveau.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple, celui du merluchon. On n'avait plus le droit de le p&#234;cher mais, dans certaines zones, il s'est remis &#224; y en avoir partout. Du coup, le temps que &#231;a remonte &#224; ces cons-l&#224; qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau... En fait, il y a des quotas de p&#234;che, exactement de la m&#234;me mani&#232;re qu'il existe des quotas de pollution : tu peux revendre ou acheter &#224; un autre p&#234;cheur des quotas de poissons suivant ce que tu as pris ou non. La politique europ&#233;enne, je ne suis pas trop dedans, mais j'en vois les cons&#233;quences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant, on avait le droit &#224; des tarifs sp&#233;ciaux sur ce qu'on appelle &#171; l'export &#187;. C'&#233;tait pour les clopes, l'alcool, tout ce qu'on embarquait pour un mois de mer. Il faut bien qu'on tienne un peu. Aujourd'hui, presque plus rien. &#199;a gr&#232;ve forc&#233;ment le budget. C'est comme le prix du gasoil. C'est entre autres pour &#231;a que &#231;a a p&#233;t&#233; en 1994. La fameuse manif de Rennes. Le prix du poisson avait bien baiss&#233;, il y avait eu des signes avant-coureurs, on en parlait entre nous &#224; la radio sur les bateaux. Seulement, comme on est sur les m&#234;mes canaux que la Marine nationale, on se doutait bien qu'ils &#233;taient au courant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques jours plus t&#244;t, une image avait bien tourn&#233;. C'&#233;tait &#224; Rungis, et on voyait un CRS qui s'&#233;tait servi de la crosse de son arme pour frapper un p&#234;cheur. &#192; Rennes, ce jour-l&#224;, on voyait bien qu'on &#233;tait remont&#233;s et qu'ils avaient la trouille. Je m'en rappelle tr&#232;s bien, j'avais vingt ans, et &#231;a avait &#233;t&#233; une journ&#233;e m&#233;morable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinq mille p&#234;cheurs, venus de toute la Bretagne, avec nos femmes et nos enfants. On &#233;tait un paquet de monde. Au d&#233;part, les femmes et les enfants devant, soutenant nos revendications. Et nous derri&#232;re. Quand &#231;a a commenc&#233; &#224; chauffer, quand les CRS ont balanc&#233; des grenades de dispersion, on est pass&#233;s en premi&#232;re ligne, et on &#233;tait sacr&#233;ment bien outill&#233;s. C'est l&#224; o&#249; les CRS ont commenc&#233; &#224; devenir blancs. Parce que nous, c'est pas des manifs d'&#233;tudiants. Les gars arrachaient des panneaux de signalisation et les balan&#231;aient dans les tibias et les chevilles des flics qui n'&#233;taient alors pas prot&#233;g&#233;s. Ils ont vraiment bien mang&#233;. Feux de d&#233;tresse, barres de fer, panneaux...&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est l&#224; o&#249; les CRS ont commenc&#233; &#224; devenir blancs. Parce que nous,c'est pas des manifs d'&#233;tudiants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'&#224; l'&#233;poque, les p&#234;cheurs, c'&#233;taient encore des plus beaux b&#233;b&#233;s qu'aujourd'hui. Maintenant, il y a l'automatisation sur les bateaux, que ce soit pour charger ou d&#233;charger les caisses, tirer les filets, mais ce n'&#233;tait pas encore le cas &#224; l'&#233;poque, il fallait par exemple casser la glace pour conserver le poisson. Les flics ont eu plus de cinquante bless&#233;s. Et c'est suite &#224; cette manif qu'ils ont commenc&#233; &#224; revoir leur &#233;quipement et &#224; avoir des combinaisons de Robocop, alors que nous, on &#233;tait juste en tee-shirts avec notre rage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; ce moment que l'&#201;tat a commencer &#224; chercher &#224; diviser pour mieux r&#233;gner. Ils ont donn&#233; des subventions &#224; certains et pas &#224; d'autres. Aux ports les plus importants, comme &#231;a les petits se trouvaient dans la merde et ne pouvaient s'unir. Les chalutiers ont touch&#233; mais pas les filets. Je ne pense pas qu'on retrouve un jour ce qui s'est pass&#233; &#224; Rennes, une telle solidarit&#233;, tout le monde ensemble... Toute la p&#234;che.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les manifs, il y a eu aussi celle contre la venue de Sarkozy au Guilvinec en 2007, o&#249; il insulte le gars qui dit qu'il va lui foutre un coup de boule. On voulait y monter mais on s'&#233;tait fait bloquer avec les potes par les CRS &#224; Quimperl&#233;. On redescend sur Lorient, on manifeste, je vois un copain de Groix qui va se faire attraper par les CRS, j'y vais pour l'aider et l&#224;, &#224; cinq m&#232;tres, tir tendu de flash-ball dans le visage. M&#226;choire explos&#233;e. En plus, &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait pas des flash-ball &#224; ressort, mais &#224; poudre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis rest&#233; deux semaines &#224; l'hosto. Ce n'est m&#234;me pas du fil qu'il m'avaient mis pour recoller les morceaux mais du barbel&#233;. Toutes les semaines, pendant deux mois, je me faisais recoudre. Et je suis rest&#233; insensible de la m&#226;choire pendant deux ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui, j'ai arr&#234;t&#233; le m&#233;tier depuis six mois. J'ai pas de gamins, je suis c&#233;libataire. J'ai arr&#234;t&#233; parce que je p&#233;tais les plombs, j'&#233;tais trop fatigu&#233;. Le plus dur, c'&#233;tait le mauvais temps, la pluie, les vagues, et les mauvais bateaux. Et quand tu rentrais &#224; terre. &#199;a d&#233;pendait de la dur&#233;e de la mar&#233;e, mais tu rentres avec un langage plus cru &#8211; en mer tu enl&#232;ves les pincettes, mais quand tu reviens, tu vois plein de gens d'un coup, tu as le mal de terre, tu d&#233;gueules et tu as besoin d'un r&#233;&#233;quilibrage, dans tous les sens du terme. Au bout d'un mois de mer, juste en voyant la c&#244;te approcher, tu peux devenir malade.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors, &#224; terre, je partais en piste. Je prenais de tout : alcool, shit, LSD, coke. Impossible de dormir. La pression, le stress, l'angoisse. Le rythme &#224; terre n'est pas le m&#234;me que celui des quarts du bateau. Je m'en mettais tellement que le plus dur, &#231;a a toujours &#233;t&#233; les d&#233;buts de campagne de p&#234;che, et pas les fins, au bout d'un mois. Les premiers jours, sous l'effet des produits, tu d&#233;gustes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; &#171; &lt;i&gt;Alors, &#224; terre, je partais en piste. Je prenais de tout : alcool, shit, LSD, coke. Impossible de dormir. La pression, le stress, l'angoisse.&lt;/i&gt; &#187; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, &#231;a va un peu mieux, au bout de six mois &#224; terre, j'arrive &#224; m'endormir plus t&#244;t, vers les six heures du matin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si jamais j'avais des gosses, &#231;a serait niet. Cat&#233;gorique. Pas les bateaux. &#199;a ne paie plus. Aujourd'hui, je connais des gars qui rentrent d'un mois de p&#234;che avec une paie de cent euros, des patrons qui ne rentrent m&#234;me plus dans leurs frais et qui doivent de l'argent. Et surtout, il n'y a plus ce c&#244;t&#233; humain. Il n'y a plus que des grosses bo&#238;tes. Il n'y a plus cette ambiance, ce c&#244;t&#233; marin qu'on ne pourra jamais d&#233;finir, parce que &#231;a, il n'y a que sur les bateaux que &#231;a s'&#233;prouve. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Wajdi Mouawad, luciole incendiaire</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Wajdi-Mouawad-luciole-incendiaire</link>
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		<dc:date>2012-10-15T17:15:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Joseph Ponthus</dc:creator>

		<description>Il est tard et je viens de finir l' &#171; Anima &#187; de Wajdi Mouawad qui est aussi, beaucoup, la mienne. Le choc. Il faudra voir demain, et Wahhch Debch &#8211; le h&#233;ros &#8211; qui ne verra jamais demain, est tout comme moi engonc&#233; dans le cauchemar des b&#234;tes et la nuit des vivants. Au r&#233;veil, a few years ago, le soleil et les oiseaux se levaient dans la vall&#233;e sacr&#233;e d'oliviers que Delphes surplombe. J'avais emport&#233; Incendies comme une &#233;vidence, ce drame antique &#233;crit &#224; Montr&#233;al qui aurait &#233;t&#233; fait pour &#234;tre lu ici, (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Litterature-" rel="directory"&gt;Litt&#233;rature &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L112xH150/arton1217-472d8.jpg&quot; width='112' height='150' style='height:150px;width:112px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est tard et je viens de finir l' &#171; Anima &#187; de Wajdi Mouawad qui est aussi, beaucoup, la mienne. Le choc. Il faudra voir demain, et Wahhch Debch &#8211; le h&#233;ros &#8211; qui ne verra jamais demain, est tout comme moi engonc&#233; dans le cauchemar des b&#234;tes et la nuit des vivants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au r&#233;veil, &lt;i&gt;a few years ago&lt;/i&gt;, le soleil et les oiseaux se levaient dans la vall&#233;e sacr&#233;e d'oliviers que Delphes surplombe. J'avais emport&#233; &lt;i&gt;Incendies&lt;/i&gt; comme une &#233;vidence, ce drame antique &#233;crit &#224; Montr&#233;al qui aurait &#233;t&#233; fait pour &#234;tre lu ici, jou&#233; ici, au seuil du mont Parnasse, au nombril de ce monde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a certainement une raison, ma m&#233;moire s'arr&#234;te l&#224;, je ne peux pas monter plus haut, mais l'histoire peut se poursuivre encore longtemps, de fil en aiguille, de col&#232;re en col&#232;re, de peine en tristesse, de viol en meurtre, jusqu'au d&#233;but du monde &lt;/i&gt;&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Incendies, &#233;d. L&#233;m&#233;ac / Actes Sud-Papiers, 2003, p.41' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le sanctuaire, mettant mes pas dans ceux des petits pieds enfl&#233;s d'&#338;dipe, je pleurais. De joie, de mythe, d'aurore, d'&#233;motion, de pr&#233;sages, d'histoire ; qu'importe, j'&#233;tais &#224; Delphes, centre du monde, et je pleurais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas moi qui pleure, c'est toute la vie qui coule&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Id., p. 25' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le mur de sout&#232;nement du temple, l&#224; o&#249; les noms des esclaves affranchis pour avoir particip&#233; &#224; la construction du sanctuaire sont inscrits, un rouge-gorge semblait me veiller.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_5350 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH375/IMG_2462-96da7.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 986.2 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Il faut en passer par l'antique Gr&#232;ce pour comprendre Mouawad, les cadavres souill&#233;s de sang et de poussi&#232;re, l'histoire qui se d&#233;vide comme une bobine de fil, irr&#233;m&#233;diable, le r&#244;le du destin et le vol des corbeaux ; la filiation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Corbeaux, rouges-gorges, mais aussi chiens-loups, chauve-souris, termites, cochons qu'on &#233;gorge, chevaux &#233;piques, coccinelles, chats domestiques, in&#233;vitables charognards ; dans &lt;i&gt;Anima&lt;/i&gt;, c'est l'animalit&#233; de l'homme que Mouawad d&#233;crit, c'est l'animalit&#233; qui &#233;crit, c'est un choeur antique dont le coryph&#233;e et la morale seraient absents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre convoi s'est remis en route. Mes cong&#233;n&#232;res ont pouss&#233; des cris stridents. Ils savent sans savoir. Nous roulerons toute la nuit, nous verrons le jour se lever, ce sera notre dernier soleil. Il n'aura pas achev&#233; sa course que nous serons, tout un chacun ici, cochons et truies, jet&#233;s sans m&#233;nagement aux orties des terreurs&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Anima, &#233;d. L&#233;m&#233;ac / Actes Sud, 2012, p.149' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_5351 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH375/IMG_2469-358fc.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 575.7 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Nulle facilit&#233; litt&#233;raire. &lt;i&gt;Anima&lt;/i&gt; prend comme une morsure de chien-loup et ne l&#226;che plus sa proie, terrifi&#233;e et avide. Quelque part entre l'Am&#233;rique, le roman noir, le Liban, la prose po&#233;tique, la Gr&#232;ce donc et son th&#233;&#226;tre, Mouawad bouleverse une nouvelle fois notre rapport &#224; la filiation, &#224; l'inhumanit&#233;, &#224; l'&#233;criture. Il est si cruel et si plaisant de sentir que l'on se fait happer et broyer par la griffe de l'auteur et les m&#226;choires du chien-loup.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;cart&#233; mes m&#226;choires comme m'a appris &#224; le faire la chienne qui m'a mis au monde, laissant voir le gouffre au fond de ma gorge, et j'ai &#233;mis dans son visage, l'aboiement de ma race, celui qu'aux nuits sans &#233;toiles, sans lune et sans espoirs, dans la crainte de ne plus jamais voir le soleil se lever, nous aboyons pour faire trembler les fondements de la terre, r&#233;veiller la lumi&#232;re et faire advenir le jour&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Id., p.312' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_5353 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH375/IMG_2408_1-c060a.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 703.1 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Par moments, l'angoisse sourd, fait poser le livre, &#233;treint, rend insupportable la crudit&#233; de l'&#233;criture, la cruaut&#233; de la lecture, les recoins obscurs, peu reluisants, de la bestialit&#233; qui sommeille. Montent les larmes, et non celles du crocodile.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire s'&#233;crit, est &#233;crite. Devient mythe. &#171; &lt;i&gt;L'exp&#233;rience est une lanterne que l'on porte attach&#233;e dans le dos et qui n'&#233;claire jamais que le chemin parcouru&lt;/i&gt; &#187; aurait &#233;crit Confucius, autre mythe s'il en est.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les lanternes de Mouawad seraient des lucioles &#8211; &lt;i&gt;lampyris noctilucta&lt;/i&gt; &#8211; dans ce qui est sans doute l'un des plus beaux passages d'&lt;i&gt;Anima&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous luisons loin de l'&#233;clat du jour, loin des villes et loin des humains. Nous sommes les poussi&#232;res anciennes d'innocences oubli&#233;es. Nous existons encore. Il y aura &#233;ternellement des t&#233;n&#232;bres o&#249; il nous sera possible de tracer nos lignes &#233;vanescentes et cela durera tant que dureront les nuits obscures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leur disparition sera notre disparition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sera la fin des temps primitifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y aura plus personne pour transporter, dans l'intimit&#233; des lacs et des rivi&#232;res, des &#233;clats phosphorescents qui sauront r&#233;pondre aux &#233;toiles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais tant que la lumi&#232;re aveuglante n'aura pas d&#233;cim&#233; le monde des ombres, nous pourrons &#233;grainer nos lueurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous n'abandonnerons pas. Nous luirons&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Id., p.262' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La pr&#233;gnance des lucioles, la beaut&#233; de Delphes, l'horreur des viols, l'attente de l'aurore, le cri du chien-loup, la fureur des incendies, tout se bouscule et se m&#233;lange dans ce roman total, ce roman totem.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il serait trop juste qu'un autre auteur total &#8211; Beckett ou Faulkner ; ici Michon &#8211; conclu&#226;t.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est vous, corbeaux l&#224;-dessus volant que nul ne saurait acheter, dont on n'a pas l'usage, qui ne parlez et n'&#234;tes mang&#233;s que dans les pires disettes (&#8230;) chers corbeaux &#224; qui le Seigneur a donn&#233; des ailes d'un noir mat, un cri qui casse, un vol de pierre, et par la bouche de Linn&#233; Son serviteur le nom imp&#233;rial de&lt;/i&gt; Corvus corax&lt;i&gt;. C'est vous chemins. Ifs qui mourez comme des hommes. Et toi soleil&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Pierre MICHON, Vie de Joseph Roulin, &#233;d. Verdier, 1988, p.73' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_5354 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH375/IMG_2443-2-c4dfb.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 525.3 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;Incendies&lt;/i&gt;, &#233;d. L&#233;m&#233;ac / Actes Sud-Papiers, 2003, p.41&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_5355 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/9782742783366.jpg' width='400' height='568' alt='JPEG - 11.1 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Id., p. 25&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;Anima&lt;/i&gt;, &#233;d. L&#233;m&#233;ac / Actes Sud, 2012, p.149&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_5356 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/anima.jpg' width='500' height='816' alt='JPEG - 55.3 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Id., p.312&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Id., p.262&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-6' id='nb2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Pierre MICHON, &lt;i&gt;Vie de Joseph Roulin&lt;/i&gt;, &#233;d. Verdier, 1988, p.73&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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