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		<title>Last day, last night...</title>
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		<dc:date>2012-03-07T19:49:36Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ubifaciunt</dc:creator>

		<description>Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, c'est le dernier jour de taf, et la derni&#232;re nuit. Alors, entre la premi&#232;re permission de sortie accord&#233;e &#224; un gars incarc&#233;r&#233; depuis plus de quatre ans et l'au revoir avec les loustics habituels, c'est peu dire qu'on n'a pas ch&#244;m&#233; et qu'il y eut quelques &#233;motions.... C'&#233;tait donc la derni&#232;re journ&#233;e au taf et la perm d'Hakim avait &#233;t&#233; accept&#233;e. De haute lutte. La derni&#232;re avait &#233;t&#233; refus&#233;e contre toute attente. (...)

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1143-66eed.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, c'est le dernier jour de taf, et la derni&#232;re nuit. Alors, entre la premi&#232;re permission de sortie accord&#233;e &#224; un gars incarc&#233;r&#233; depuis plus de quatre ans et l'au revoir avec les loustics habituels, c'est peu dire qu'on n'a pas ch&#244;m&#233; et qu'il y eut quelques &#233;motions....&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait donc la derni&#232;re journ&#233;e au taf et la perm d'Hakim avait &#233;t&#233; accept&#233;e. De haute lutte. La derni&#232;re avait &#233;t&#233; refus&#233;e contre toute attente. Lui, vingt-quatre ans, incarc&#233;r&#233; depuis quatre ans et demi pour stups, &#224; six mois de sa date de lib&#233;ration et dont nous recevons un courrier voici deux mois pour qu'on l'aide &#224; pr&#233;parer sa sortie. C'est Hassan, un de ses potes du quartier, qui lui avait conseill&#233; de nous &#233;crire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;ponse au pr&#233;c&#233;dent refus, on avait sorti l'artillerie lourde pour que le juge accepte finalement de laisser sortir Hakim. Non seulement les attestations de rendez-vous officielles de rendez-vous avec la Mission locale ou d'autres partenaires mais aussi une note de situation &#233;crite &#224; l'encre de notre &#233;nervement face &#224; une d&#233;cision abrutie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est d&#233;but janvier 2012 que nous recevons un courrier de M. Hakim F. sollicitant notre Association en vue d'une aide &#224; la r&#233;insertion pour sa sortie de prison pr&#233;vue pour juin 2012. Ce courrier fait suite &#224; des discussions que M. F. a eues avec un de ses amis, r&#233;sidant sur un quartier de Nanterre dont M. F. est originaire, et qui a conseill&#233; &#224; celui-ci de nous solliciter au vu de notre exp&#233;rience d'accompagnement en mati&#232;re judiciaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous rentrons donc en contact avec le Service P&#233;nitentiaire d'Insertion et de Probation (SPIP) du Centre de D&#233;tention de *** o&#249; M. Yvon L., &#233;ducateur en charge du suivi de M. F. depuis trois ans, nous indique les modalit&#233;s &#224; suivre afin de pouvoir pr&#233;tendre &#224; une autorisation d'acc&#232;s pour visiter le d&#233;tenu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous &#233;changeons d&#232;s lors autour de la situation de M. F. avec M. L. Celui-ci est ravi que le d&#233;tenu se soit saisi de la proposition de son ami puisque le SPIP se trouvait quelque peu en difficult&#233; dans les propositions d'accompagnement et d'aide &#224; la sortie faites &#224; M. F. En effet, celui-ci a pu se montrer sinon vindicatif, du moins peu conciliant quant &#224; ses conditions de d&#233;tention. D&#232;s lors, une aide ext&#233;rieure venue d'un professionnel recommand&#233; par le r&#233;seau amical semblait tout &#224; fait opportune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De fait, nous rencontrons M. F. pour la premi&#232;re fois le mercredi 18 janvier 2012. En pr&#233;sence de M. L., nous expliquons les modalit&#233;s de prise en charge qui peuvent &#234;tre effectu&#233;es par notre service dans le cadre de la libre adh&#233;sion propre &#224; la pr&#233;vention sp&#233;cialis&#233;e. Par ailleurs, nous proposons &#224; M. F. d'int&#233;grer un chantier &#233;ducatif mis en place par notre association consistant en une initiation &#224; la recherche en sciences sociales autour des probl&#233;matiques judiciaires. M. F. se montre enthousiaste par cette proposition qui l'am&#232;nera &#224; travailler sur sa situation et &#224; s'inscrire dans des structures de droit commun comme l'Universit&#233; Paris X, le CNRS, et la Mission locale de Nanterre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En concertation avec M. L., et en accord avec le projet de r&#233;insertion de M. F. qui souhaite ouvrir un commerce &#224; sa sortie de prison, nous prenons par ailleurs contact avec la responsable de l'aide &#224; la cr&#233;ation d'entreprise pour la Cit&#233; des M&#233;tiers de Nanterre et intervenant r&#233;guli&#232;rement &#224; la Maison d'arr&#234;t des Hauts-de-Seine afin de convenir d'un rendez-vous en vue d'une &#233;ventuelle permission de sortie. Celle-ci se montre tout &#224; fait dispos&#233;e &#224; recevoir M. F. en entretien, de m&#234;me que la conseill&#232;re professionnelle &#171; r&#233;f&#233;rente justice &#187; pour la Mission Locale de Nanterre, en vue d'une inscription qui permettra &#224; M. F. d'enclencher des d&#233;marches d'insertion d&#232;s sa lib&#233;ration.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les rencontres hebdomadaires que nous avons avec M. F., ainsi que les entretiens t&#233;l&#233;phoniques r&#233;guliers avec M. L. nous font voir l'&#233;volution extr&#234;mement positive d'un jeune auparavant en grande d&#233;licatesse avec l'institution. M. F. se montre de plus en plus impliqu&#233; dans son projet de r&#233;insertion. &#192; ce titre, la demande de permission de sortie pour le 22 f&#233;vrier 2012, consistait exclusivement en un entretien avec M&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;lle&lt;/sup&gt; Laetitia C. une doctorante en sciences sociales participant au chantier &#233;ducatif mis en place par notre Association, en un entretien &#224; la Cit&#233; des m&#233;tiers afin d'envisager au mieux le projet de cr&#233;ation d'entreprise et en un rendez-vous en vue d'une inscription &#224; la Mission locale de Nanterre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#232;s lors, nous ne pouvons que d&#233;plorer que cette permission ait &#233;t&#233; refus&#233;e, faisant courir le risque &#224; un jeune retrouvant peu &#224; peu confiance dans l'institution de retomber dans ses travers, ses ressassements et ses aigreurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est enfin &#224; signaler que, dans le cadre du chantier &#233;ducatif, M. F. produit des textes d'un int&#233;r&#234;t ind&#233;niable, marqu&#233;s non seulement de son exp&#233;rience personnelle, mais d'une qualit&#233; de r&#233;flexion et de maturit&#233; d&#233;velopp&#233;e apr&#232;s ses cinq ann&#233;es de d&#233;tention et de sa volont&#233; de ne pas reproduire les erreurs qu'il a pu effectuer par le pass&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il r&#233;sulte de tous ces &#233;l&#233;ments que nous soutenons fortement toute demande de permission de sortie qui pourrait &#234;tre accord&#233;e &#224; M. F. dans la perspective de sa r&#233;insertion.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si avec &#231;a, ils n'acceptaient pas la nouvelle demande de perm, on &#233;tait bons pour changer de boulot ou pour tuer un juge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils accept&#232;rent, de 10 heures &#224; 19 heures.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;veil &#224; 6 heures du matin. Rendez-vous &#224; 8 heures 30 avec Laetitia, histoire de faire les cent bornes qui nous s&#233;parent du centre de d&#233;tention ensemble. On stresse un peu dans la bagnole, on s'interroge. Comment &#231;a peut faire de passer une journ&#233;e dehors quand &#231;a fait plus de quatre ans qu'on a pour horizon les murs de la prison ? Comment &#231;a fait de retrouver les bruits qui ne sont pas ceux du cliquetis des clefs et des serrures, des odeurs autres que celles renferm&#233;es par les murs de la taule ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hakim sort &#224; l'heure. Selon l'usage, je signe le papier de prise en charge du d&#233;tenu pour la journ&#233;e. Comme d'habitude, une attestation est remise au d&#233;tenu en cas de contr&#244;le d'identit&#233;. Pour ma part j'ai bien lu le formulaire qui stipule que si le d&#233;tenu n'est pas de retour &#224; l'heure, je serai consid&#233;r&#233; comme &#171; &lt;i&gt;complice d'&#233;vasion&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une heure de bagnole avant d'arriver &#224; la Mission locale pour le premier rendez-vous. Hakim, pass&#233; le premier moment d'excitation, est plut&#244;t mutique. On le laisse tranquille apr&#232;s avoir d&#233;bit&#233; les banalit&#233;s habituelles. Au milieu du trajet, je lui fais quand m&#234;me cette remarque. &#171; &lt;i&gt; Bon, juste pour te rappeler les choses qui f&#226;chent. T'es toute la journ&#233;e sous ma responsabilit&#233;, donc je ne te quitte pas d'une semelle. &lt;/i&gt; &#187; Il se raidit. &#171; &lt;i&gt;Ouais putain, c'est bon, tu me connais ! Je suis pas un gamin, t'inqui&#232;te, il me reste trois mois &#224; faire, je ne vais pas m'&#233;vader. Si je te dis que j'ai besoin d'&#234;tre seul une heure, c'est bon, quoi... &lt;/i&gt; &#187; Sauf que ce ne sera pas possible. Essayer de ne pas trop le brusquer maintenant. &#171; &lt;i&gt;S'il se passe quoi que ce soit, &#231;a sera pour ma pomme, Hakim, et &#231;a, tu sais bien que c'est pas possible...&lt;/i&gt; &#187; Il grommelle bien qu'il ne se passera rien et se renfrogne, se tait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Nanterre, il retrouve les rues, voit les travaux qui ont chang&#233; sa ville, m'indique la route pour aller &#224; la Mission locale, comme si je ne la connaissais pas. Le rencard se passe bien, Hakim, avec son art consomm&#233; de la vanne, indique qu'il a eu une grande exp&#233;rience en commerce international, mais pas de dipl&#244;me. Gestion des stocks, acheter au meilleur co&#251;t, revendre, relation client&#232;le, paiement des engagements, &#231;a le conna&#238;t, pas de souci. Alors, pour ouvrir son &#233;picerie, &#231;a ne sera pas dur, il faudrait juste qu'on l'aide &#224; remplir les dossiers...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Midi, l'heure d'aller manger chez la maman. C'est qu'il a faim Hakim, et la perspective du couscous familial le fait saliver. Le comit&#233; d'accueil est impressionnant, fr&#232;res, s&#339;urs, oncles, tantes, cousins, cousines, et de la marmaille qui court partout. On met une dizaine de minutes &#224; dire bonjour &#224; tout le monde. Hakim embrasse ses neveux qu'il n'avait jamais vus et dont il avait seulement entendu parler. &#171; &lt;i&gt; Mais oui, c'est lui, c'est Tonton, tu peux lui faire un bisou ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tr&#232;s vite, comme une l&#233;g&#232;re g&#234;ne, entre sa maman et lui. Les voix s'&#233;l&#232;vent un peu. On commence &#224; manger et il quitte la table. Revient. Puis repart, on entend la porte d'entr&#233;e qui claque. La maman nous ressert, alors que nos portions &#233;taient d&#233;j&#224; pharaoniques. &#171; &lt;i&gt; Faut manger, hein, regardez, vous &#234;tes tout maigres, allez, encore peu de semoule, j'ai pass&#233; la matin&#233;e &#224; la faire et j'ai pris ma journ&#233;e de travail, alors faut manger, hein...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que faire ? Descendre alors qu'il a d&#251; partir voir des potes &#224; la cit&#233;, attendre ici en mangeant ? Attendre un peu, voir dans combien de temps il va revenir... La maman en profite pour nous remettre deux bonnes louches de couscous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un quart d'heure plus tard, Hakim rapplique. &#171; &lt;i&gt;Hakim ! Faut que tu manges, hein, regarde, t'avais envie d'un couscous et t'as rien mang&#233; ! Et reste un peu avec nous, arr&#234;te avec les copains, regarde, y a toute la famille qui est l&#224; pour toi et toi, tu vas avec eux...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'assoit, picore une bouch&#233; de couscous, se rel&#232;ve, passe un coup de fil. &#171; &lt;i&gt;Bon, je file, l&#224;. J'en ai pour juste une heure. Je vais faire des courses &#224; le D&#233;fense... &#192; tout de suite. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me l&#232;ve. &#171; &lt;i&gt; Attends, Hakim. Je t'accompagne. On fait comme on avait dit&lt;/i&gt;. &#187; C'est le moment o&#249; tout va se jouer, sans doute. Toutes les conversations ont cess&#233;, je le regarde dans les yeux et je sens que dix paires d'yeux nous regardent. &#171; &lt;i&gt;Non, non, tranquille, t'inqui&#232;te. J'en ai juste pour une heure, il ne se passera rien. &lt;/i&gt; &#187; Je profite du fait qu'il y ait du monde dans le salon et balance l'ogive, en for&#231;ant un peu le trait. &#171; &lt;i&gt;Non, Hakim, je te l'ai d&#233;j&#224; dit, ce n'est pas possible. Je suis responsable de toi, c'est gr&#226;ce &#224; moi que tu sors, il suffit d'un contr&#244;le de flics, d'un accident, de je ne sais quoi, et c'est moi qui prends. Et si je prends, &#231;a veut dire que l'Assoce elle coule, que je n'ai plus de boulot, et que je suis condamn&#233;. &lt;/i&gt; &#187; Murmures dans le salon. La daronne embraye direct. &#171; &lt;i&gt;Hakim ! &#201;coute ce qu'il te dit, l'&#233;ducateur, allez, tu vas avec lui, et la fille, elle reste l&#224; avec nous... Allez-y tous les deux, de toute fa&#231;on, c'est que pour des habits, hein... &#187;&lt;/i&gt; Les oncles et tantes opinent. De guerre lasse, Hakim balance que oui, allez, on y va.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En bas de la tour, en attendant son pote qui doit passer nous prendre en bagnole, une 307 roule doucement et trois gueules de cons nous d&#233;visagent salement. Forc&#233;ment, la BAC. &#171; &lt;i&gt;Ah c'est des jeunots, je les connais pas, ceux-l&#224;... Ils ont d&#251; arriver depuis moins de cinq ans...&lt;/i&gt; &#187; lance Hakim. Son pote arrive ; la trentaine, bien sap&#233;. Hakim lui dit de ne surtout pas s'inqui&#233;ter, que c'est son &#233;ducateur, qu'il est oblig&#233;, tout &#231;a... Pas de souci pour Djamal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la D&#233;fense, c'est courses de v&#234;tements pour Hakim. En speed, un t-shirt, une veste, un jeans, des baskets. Et deux-trois potes &#224; voir aussi, toujours en speed, des anciens cod&#233;tenus. Au magasin de sport, il demande &#224; un vendeur le rayon &#171; piscine &#187;. Je lui demande ce qu'il va bien pouvoir faire d'un maillot de bain ou...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Non, des claquettes. Deux paires, une pour moi et une pour un pote.
&lt;br /&gt;- Putain Hakim, d&#233;sol&#233;, mais &#231;a brise un peu le mythe... Un mec qui sort pour la premi&#232;re fois depuis cinq ans, il s'ach&#232;te des claquettes !
&lt;br /&gt;- Ben oui, mais j'en ai besoin... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La daronne n'arr&#234;te pas d'appeler. Et quand est-ce que tu rentres, et t'as vu l'heure, et t'as achet&#233; des gels-douche, et tu rentres quand, et t'es o&#249; et avec qui ? Hakim joue un peu le jeu, juste un peu. On rentre, le temps de se changer, de s'engueuler vite fait avec la maman &#8211; quoi, tu ressors d&#233;j&#224; ? &#8211; et c'est reparti pour la tourn&#233;e des cit&#233;s, histoire de saluer les anciennes connaissances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques bises appuy&#233;es, le plus souvent des poign&#233;es de main, Hakim a le bonjour s&#233;lectif. &#192; peine le temps de rester cinq minutes avec chacun et de passer au caf&#233; boire un cr&#232;me dont il r&#234;ve depuis cinq ans. Au bar, il s'allume une clope. Tout le monde le regarde avec des gros yeux. &#171; &lt;i&gt; Ah oui, c'est vrai, merde ! J'avais entendu &#224; l'&#233;poque qu'on n'avait plus le droit mais &#231;a date d'apr&#232;s que je sois tomb&#233;...&lt;/i&gt; &#187; On finit en terrasse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la bagnole du retour, c'est projets sur projets. La libert&#233;, la sortie, la prochaine perm qu'il demandera, trois jours pour voir sa famille, les conneries o&#249; ne surtout pas replonger, la libert&#233;.
On arrive avec cinq minutes d'avance sur l'heure de retour impos&#233;e. &#199;a sera bon pour la prochaine demande glisse Hakim au surveillant de l'entr&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La lourde se referme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Encore une heure de route pour revenir &#224; Nanterre. &#199;a s'est bien pass&#233; pour Laetitia &#224; la maison avec les femmes. Elles ont pas mal discut&#233; avec la maman. Celle-ci a m&#234;me avou&#233; qu'elle stressait pour la sortie du fiston. &#171; &lt;i&gt; Au moins, l&#224; o&#249; il est, ils le tiennent bien. Mais quand il va revenir... Non, franchement, je pr&#233;f&#232;re le savoir l&#224;-bas...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la cit&#233;, encore dans la bagnole, on tambourine &#224; la fen&#234;tre. C'est Najib, un de ceux qui participe &#224; l'&#233;criture du bouquin. &#171; &lt;i&gt; Wesh Ubi, bien ou bien ? Ah, t'es l&#224; aussi Laetitia ? Bon alors, il est sorti ? Parce qu'on n'a pas r&#233;ussi &#224; le voir mais d'autres &#224; la cit&#233;, oui... Vous &#233;tiez l&#224; &#224; quelle heure ? Et vous faites quoi l&#224;, vous partez ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On raconte un peu la journ&#233;e et on dit que non, on va s'envoyer quelques verres pour f&#234;ter le dernier jour au rade portugais puis qu'on fera un petit tour du quartier pour saluer ceux qu'on voit. &#171; &lt;i&gt;Ah ouais, le rade portugais... Moi &#224; part ses entrec&#244;tes du midi, vous risquez pas de m'y voir...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez Dos Santos, le premier blanc de la soir&#233;e &#8211; un super &lt;i&gt;vinho verde&lt;/i&gt; &#8211; a un go&#251;t trop rapide. Il en faut un deuxi&#232;me. Dans une heure ou deux, c'est fini tout &#231;a. Une clope dehors en regardant les tours dans la nuit. Troisi&#232;me verre, on refait les sept ans qu'on a v&#233;cus avec le patron et quelques habitu&#233;s. Dos Santos finit par ne plus ranger la bouteille. &#171; &lt;i&gt;Bon, ben, tu te sers, hein...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la porte entrouverte, la t&#234;te de Najib d&#233;passe. &#171; &lt;i&gt;Hey, c'est la combienti&#232;me bouteille ? &lt;/i&gt; &#187; rigole-t-il en entrant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu prends quelque chose ?
&lt;br /&gt;- Non, merci. Je passais juste dire bonsoir vite fait. Et &#224; bient&#244;t.
&lt;br /&gt;- Merci, m'sieur ; &#224; bient&#244;t. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La boutanche est bient&#244;t finie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'te dois combien, chef ?
&lt;br /&gt;- Bon, on va dire trois verres &#224; deux euros, allez, cinq euros pour ce soir... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il doit &#234;tre vers les 21 heures et c'est parti pour la tourn&#233;e des halls. Dire au revoir aux gars, et que s'ils ont un quelconque souci, ils peuvent passer d'ici un mois dans mon futur bureau puisque je deviens r&#233;f&#233;rent justice pour un organisme public.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Et &#231;a consiste en quoi ?
&lt;br /&gt;- Ben je serai deux jours par semaine &#224; la maison d'arr&#234;t, essayer de trouver aux gars des formations, des boulots, je ne sais quoi pour qu'ils puissent sortir plus vite, et dans mon bureau, je recevrai les sortants, pareil, pour trouver des formations ou voir ils en sont dans leurs sursis mise &#224; l'&#233;preuve.
&lt;br /&gt;- Super, Ubi, on est contents pour toi. T'inqui&#232;te, s'il y a quoi que ce soit, on te dit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le parking du centre commercial, c'est la foule des grands soirs. Une bonne quinzaine de jeunes de vingt &#224; vingt-cinq ans. Ceux avec lesquels on avait bien gal&#233;r&#233; deux ans avant de commencer &#224; pouvoir bosser.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les nouvelles du jour et d'Hakim que certains ont vu. Hassan, celui qui lui avait conseill&#233; de nous &#233;crire, vient me voir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Bon, c'est dommage mais le principal c'est que ce soit bien pass&#233;, je le verrai &#224; sa prochaine perm...
&lt;br /&gt;- Ah, au fait Hassan, &#231;a tombe bien, je voulais te dire...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je lui raconte le futur boulot. Il est enchant&#233;. Faut dire qu'Hassan, c'est un peu le r&#233;f&#233;rent justice du quartier. Au courant de toutes les histoires, de tous les avocats, de toutes les peines, il file autant de coups de main qu'il peut aux mecs qui sont dedans. Et il nous a conseill&#233; &#224; deux de ses potes. Hakim, donc, et ses cinq ans, puis Mehdi, qui fait appel des sept ans qui lui ont &#233;t&#233; donn&#233;s en premi&#232;re instance. L&#224; aussi, pris pour stups. Et &#231;a se chiffre en sacr&#233; nombre de kilos.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu gardes le m&#234;me 06 ?
&lt;br /&gt;- Oui, oui, Hassan, pas de probl&#232;me.
&lt;br /&gt;- Non, parce que les deux-l&#224;, &#231;a va, c'est r&#233;gl&#233;. L'autre, il a eu sa perm ; et l'avocat de Mehdi, il a bien re&#231;u les papiers que vous lui avez fax&#233;s. Mais y a une autre histoire que je voudrais t'envoyer...
&lt;br /&gt;- Pas de souci...
&lt;br /&gt;- Oui, mais celle-l&#224;, c'est du s&#233;rieux. Et le gars n'est pas encore pr&#234;t. Je te tiendrai au courant... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du s&#233;rieux ? Il m'envoie des mecs chop&#233;s avec trois kilos de coke, cinquante mille ecstasys, tomb&#233;s pour sept et cinq ans. Mais la prochaine, c'est du s&#233;rieux ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hassan se retourne vers les autres. Prend une voix de stentor. &#171; &lt;i&gt; Bon maintenant, messieurs, on dit tous au revoir &#224; Ubi !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gars sourient, agitent les bras, hurlent &#171; &lt;i&gt; Au revoir !&lt;/i&gt; &#187;. Limite haie d'honneur. Et que j'ai int&#233;r&#234;t &#224; revenir aussi, sinon &#231;a va barder...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ne pas se retourner. Les larmes montent. Je d&#233;bite quelques banalit&#233;s &#224; Laetitia, que j'ai de la chance, qu'ils sont vraiment bien, que... La voix se serre. Garder ces moments-l&#224;, de douleur et de joie, bien enfouis. La v&#233;rit&#233; ne se fait que sur les tombes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De retour &#224; la maison, j'esp&#232;re qu'Hakim dort bien dans sa cellule. Moi, je vais avoir un peu de mal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; On s'est aim&#233; comme on se quitte... &#187;</title>
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		<dc:date>2012-03-01T23:01:18Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ubifaciunt</dc:creator>

		<description>Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, apr&#232;s sept ans de bons et loyaux se(r)vices, l'on est amen&#233; &#224; quitter son taf. Et inutile de dire que ce n'est pas de gaiet&#233; de c&#339;ur et qu'icelui est aussi gros que le temps pass&#233; &#224; la cit&#233; et le regret de la quitter. Car, quand il y a de l'amour, une s&#233;paration n'est jamais tendre... *** C'est Jean-Claude Izzo qui disait, je crois en t&#234;te d'un des chapitres de sa trilogie , que ce sont de dr&#244;les d'amours (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1140-a7f34.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, apr&#232;s sept ans de bons et loyaux se(r)vices, l'on est amen&#233; &#224; quitter son taf. Et inutile de dire que ce n'est pas de gaiet&#233; de c&#339;ur et qu'icelui est aussi gros que le temps pass&#233; &#224; la cit&#233; et le regret de la quitter. Car, quand il y a de l'amour, une s&#233;paration n'est jamais tendre...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;dl class='spip_document_5029 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH241/P2245988-101bb.jpg' width='500' height='241' alt='JPEG - 1.7 Mo' style='height:241px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est Jean-Claude Izzo qui disait, je crois en t&#234;te d'un des chapitres de sa trilogie&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Total Kh&#233;ops / Chourmo / Solea, S&#233;rie Noire, Gallimard.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;, que ce sont de dr&#244;les d'amours que celles que l'on partage avec une ville. Marseille, Nanterre, m&#234;me combat, l'Alg&#233;rie est si pr&#232;s. La vie n'est gu&#232;re qu'une lutte contre la mort, on voit partir les uns, revenir les autres, on ne sait pas trop o&#249; l'on se situe soi-m&#234;me dans ce rapport que la ville entretient &#224; ceux qu'elle abrite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une page se tourne ; des dissensions internes, la R&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques, des concours de circonstances auront eu raison d'une petite &#233;quipe d'&#233;ducateurs &#8211; pourquoi non, comme presque partout ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sept ans plus tard et l'histoire se finit. Les m&#244;mes ont grandi et nous avec. Certains sont morts, d'autres partis. Nanterre n'a pas tant chang&#233;, vieille ville communiste ; mais aujourd'hui le FN y a son si&#232;ge. L'histoire se finit et l'on aura bien travaill&#233;. Certains ont trouv&#233; des boulots, d'autres ont r&#233;ussi &#224; quitter l'oppressant foyer familial, on a &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; des maternit&#233;s pour des naissances, on a pleur&#233; au cimeti&#232;re, on a enrag&#233; en appel pour des sept ans qui furent prononc&#233;s, on a fum&#233; encore une clope dehors avec Mohamed, Anouar, Richard ou Ahamada en se marrant devant la bagnole de la BAC qui se la joue banalis&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;dl class='spip_document_5030 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH375/P7027840-e481f.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 3.5 Mo' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;L'histoire se finit et ce n'est pas une raison pour ne pas gueuler contre Toufik qui n'a toujours pas repris rendez-vous &#224; la Mission locale alors qu'il passe en proc&#232;s dans trois mois, pour ne pas demander une derni&#232;re chance de permission de sortie pour Hakim, pour ne pas manger chez une daronne et accepter &#8211; le bide pourtant bien rempli &#8211; une troisi&#232;me fourn&#233;e de tajine parce que sinon elle risque de fort se vexer ; faire comme si on faisait partie du d&#233;cor, faire partie des murs, pour toute sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lire et relire les projets amass&#233;s dans les ordis, les notes de situation &#224; destination du tribunal, les comptes rendus des moments pass&#233;s dans la rue depuis 2005. Que va-t-il en rester, de toutes ces traces, l'Association disparue. Va-t-on tout br&#251;ler ? Va-t-on mettre en archives ; et o&#249;, et dans quelles mains et sous quels yeux tomberont tous ces textes o&#249; tant de bribes de vie sont consign&#233;es ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Relire Marc-Aur&#232;le, aussi, pour se rassurer un peu. &#171; &lt;i&gt;La lumi&#232;re de la lampe brille et conserve son &#233;clat jusqu'&#224; ce qu'elle s'&#233;teigne ; la justice, la sinc&#233;rit&#233; et la sagesse s'&#233;teindront-elles avant l'heure ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l'heure o&#249; les souvenirs rappliquent : les soirs de printemps o&#249; la cit&#233; revit, tout le monde dehors jusqu'&#224; minuit dans la douceur de mai, les blagues sans fin, les derniers verres, le match du lendemain &#224; refaire une milli&#232;me fois ; les jours d'hiver o&#249; le vent souffle entre les tours et o&#249; l'on aimerait tant que les dealers ouvrent la porte d'un des halls enfum&#233;s de shit et nous invitent pour baisser un peu l'&#233;charpe et la capuche, les m&#244;mes et leurs conneries.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;dl class='spip_document_5032 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH481/P5167103-3c0a3.jpg' width='500' height='481' alt='JPEG - 1.4 Mo' style='height:481px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le monde continue de mal tourner &#8211; il reste tant &#224; faire &#8211; et ce n'est pas parce que l'on part que... C'est toutes ces histoires qui continueront sans nous, ou autrement. De toute fa&#231;on, les m&#244;mes &#233;taient l&#224; bien avant nous. &#192; quoi bon croire que nous sommes indispensables...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la derni&#232;re semaine. Un petit de treize berges m'apostrophe depuis sa fen&#234;tre :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Wesh Ubi, alors t'es mut&#233; ?
&lt;br /&gt;- Comment &#231;a ?
&lt;br /&gt;- Ben en fait, je sais pas ce que &#231;a veut dire 'mut&#233;' mais c'est les grands qui ont dit &#231;a... &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tendre sourire. Je lui explique que oui, on se barre, que c'est fini tout &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Mais qui on va faire chier alors ?
&lt;br /&gt;- Ben, j'en sais rien, les flics, par exemple...
&lt;br /&gt;- Ah non ! Les flics, c'est obligatoire ; vous, c'&#233;tait pour le plaisir. &#187;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;dl class='spip_document_5031 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH551/P5167034-b2cd4.jpg' width='500' height='551' alt='JPEG - 2.2 Mo' style='height:551px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Sinon un deuil, du moins une s&#233;paration. Une certaine id&#233;e d'un service qui se veut encore public, du temps qu'on prenait &#224; r&#233;fl&#233;chir aux situations, gruger des statistiques inop&#233;rantes et insens&#233;es, r&#233;sister &#224; sa fa&#231;on, de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que reste-t-il de nos amours ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des souvenirs, bonheurs fan&#233;s, quelques photos, un livre &#233;crit avec certains&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#192; para&#238;tre en septembre 2012, &#233;ditions Zones.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;, de l'amertume. Une ville que l'on n'a pas fini d'aimer et o&#249; il fera toujours bon revenir pour parler du vieux temps, celui qui ne reviendra plus.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;dl class='spip_document_5033 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH375/P1145850-c9927.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 3.4 Mo' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D&#233;cid&#233;ment,&lt;/i&gt; 'on peut regretter les meilleurs temps mais non pas fuir aux pr&#233;sents'. &lt;i&gt;Ce n'est pas de moi, mais de Montaigne.&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ce n'est pas de moi mais de Jean-Marc Rouillan, in &#171; Extorsion de regrets &#187;, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;dl class='spip_document_5044 spip_documents spip_documents_center player spip_documents_logo'&gt; &lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/IMG/mp3/05_titine_boy_-_j_represente_mes_tours.mp3&quot; title='MP3 - 4.4 Mo' type=&quot;audio/mpeg&quot;&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L52xH52/mp3-a863e.png' width='52' height='52' alt='MP3 - 4.4 Mo' style='height:52px;width:52px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:120px;'&gt;Titine Boy, &#171; J'repr&#233;sente mes tours &#187;
&lt;/dd&gt; &lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Total Kh&#233;ops / Chourmo / Solea, S&#233;rie Noire, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &#192; para&#238;tre en septembre 2012, &#233;ditions Zones.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Ce n'est pas de moi mais de Jean-Marc Rouillan, in &#171; Extorsion de regrets &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, octobre 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le temps de tuer la bouteille</title>
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		<dc:date>2011-08-24T09:05:29Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ubifaciunt</dc:creator>

		<description>Il y a un peu de moins de deux ans, on se r&#233;jouissait ici de pouvoir encore rendre hommage &#224; l'un des derniers g&#233;nies vivants de la chanson fran&#231;aise. Aujourd'hui, on aurait pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas avoir &#224; &#233;crire ces mots trop tremp&#233;s, mais il le fallait, tant pour lui, l'ami Leprest, que pour nous, simples amoureux de ses chansons. Alors, plut&#244;t que de chialer, buvons un coup ; c'est s&#251;r qu'il aurait pr&#233;f&#233;r&#233;... Allain, La Bretagne n'est pas si loin de la Normandie ; apr&#232;s tout il n'y a gu&#232;re que le (...)

-
&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;dl class='spip_document_4675 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/vig_leprest.jpg' width='160' height='80' alt='JPEG - 11.1 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Il y a un peu de moins de deux ans, on se r&#233;jouissait &lt;a href=&quot;http://www.article11.info/spip/Allain-Leprest-avec-deux-ailes&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;ici&lt;/a&gt; de pouvoir encore rendre hommage &#224; l'un des derniers g&#233;nies vivants de la chanson fran&#231;aise. Aujourd'hui, on aurait pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas avoir &#224; &#233;crire ces mots trop tremp&#233;s, mais il le fallait, tant pour lui, l'ami Leprest, que pour nous, simples amoureux de ses chansons. Alors, plut&#244;t que de chialer, buvons un coup ; c'est s&#251;r qu'il aurait pr&#233;f&#233;r&#233;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Allain,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Bretagne n'est pas si loin de la Normandie ; apr&#232;s tout il n'y a gu&#232;re que le Mont-Saint-Michel, le cidre et l'andouille pour faire fronti&#232;re. Un port breton, &#231;a ne doit pas trop te changer de par chez toi, le blanc du matin en terrasse &#224; regarder la mer, la vague lecture du journal du coin, distraite. La page des mariages, celle des enterrements, les maisons et les voitures &#224; vendre. En page culture, un entrefilet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il fait grand soleil mais d'un coup, il pleut sur la mer. Le muscadet d&#233;gouline au cul des bateaux, la main tremble &#224; la lecture des quelques lignes, vaporeuses : &#171; &lt;i&gt;Allain Leprest, chanteur exigeant et &#224; l'&#233;criture rare, s'est donn&#233; la mort &#224; 57 ans &#224; Antraigues, ville de Jean Ferrat. &lt;/i&gt; &#187; Relire trois fois, puis dix. Ne pas y croire. C'&#233;taient la clope, le crabe ou le pinard qui devaient t'avoir, Allain, pas maintenant, et pas en plein soleil. Reboire un coup vite fait, chercher &lt;i&gt;l'Huma&lt;/i&gt;. Une page compl&#232;te et deux superbes textes, &#233;crits dans l'urgence de la douleur et de l'amiti&#233;. Feuilleter les autres canards, dont &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; qui pond quelques lignes honteuses - putain d'ennemis de classe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le soir, on organisait un d&#233;bat autour des m&#233;dias alternatifs avec quelques amis d'&lt;i&gt;Article 11&lt;/i&gt;. On avait pass&#233; la journ&#233;e &#224; attendre dans le jardin que le ciel se couvre et qu'il pleuve sur la mer. Toujours rien. L'espoir de grisaille &#233;tait tomb&#233; &#224; l'eau. Et puis les gens sont arriv&#233;s, on a parl&#233; de toi avec certains qui te connaissaient, d'autres pas, et on t'a bien &#233;videmment d&#233;di&#233; la soir&#233;e et tous les verres qui seraient bus. Inutile de te dire, mon bon Allain, qu'au fin fond de la Bretagne tu as &#233;t&#233; plus arros&#233; que les fleurs et qu'on &#233;tait joyeux, surtout, de savoir que certains allaient te d&#233;couvrir, et donc t'aimer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sale gueule de bois le lendemain. Je ne sais si c'&#233;tait la f&#234;te de la veille ou la lecture des hommages des pleureurs professionnels dans les journaux du matin, mais voil&#224;, toujours sans trop y croire, on a compris que tu n'&#233;tais plus vraiment l&#224;. Je repense au concert d'Aubervilliers, il y a deux mois, o&#249; j'avais tann&#233; l'ami Jean-Luc pour qu'il vienne te voir pour la premi&#232;re fois. Comme tout le monde, je crois qu'il s'&#233;tait pris une baffe d'&#233;motion en plein poitrail. Et ses mots, quelques jours plus tard :&#171; &lt;i&gt;C'est la m&#234;me impression qu'aux derniers concerts de Bashung que j'avais vus ; un truc qui vient de si loin...&lt;/i&gt; &#187; Je n'avais pas voulu voir le mauvais augure. Le muscadet a un go&#251;t &#226;cre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne pleuvra pas sur la mer jusqu'&#224; la fin du s&#233;jour. Pas de flotte. Jamais.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_4674 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/Leprest.jpg' width='400' height='300' alt='JPEG - 22.4 ko' style='height:300px;width:400px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ivry-sur-Seine, cette apr&#232;me. Avoir regard&#233; encore une fois ce matin le DVD du concert au Bataclan en s'envoyant quelques verres ; s'&#234;tre habill&#233; de noir malgr&#233; le soleil et la chaleur de l'&#233;t&#233; banlieusard. Un humble cimeti&#232;re, entre les tours. Du monde, &#233;mu. Retrouver des amis. Les applaudissements au cercueil qui avance, comme aux plus beaux de tes rappels. Le maire d'Ivry prend la parole pour un sacr&#233; hommage au coco et au mec que tu fus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis, c'est au tour d'une messag&#232;re de faire part d'un texte bafouill&#233; par le ministre de la Culture. Je laisse le correspondant de &lt;a href=&quot;http://www.paris-normandie.fr/article/societe/en-live-lhommage-a-allain-leprest&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&lt;i&gt;Paris Normandie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; raconter mieux que moi : &#171; &lt;i&gt;&#192; la lecture du message du ministre de la Culture des cris s'&#233;l&#232;vent, des sifflets retentissent.&lt;/i&gt; &#171; R&#233;cup&#233;ration ! &#187; &lt;i&gt;hurle une partie du public. Les premiers couplets de l'Internationale partent dans la foule et ponctuent la fin de la lecture du message de Fr&#233;d&#233;ric Mitterrand&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='On lira d'ailleurs avec profit ce billet de Flor&#233;al Melgar sur l'excellent (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'ensuivent des textes de comparses, de coll&#232;gues, d'amis. Romain Didier conclut mais ne peut finir, tout autant bouff&#233; que nous par l'&#233;motion. Les haut-parleurs qui murmurent tes chansons font fredonner les gens dans la foule &#224; qui des &#339;illets sont donn&#233;s pour te rendre un dernier hommage. Les m&#234;mes &#339;illets que ceux qu'on d&#233;pose sur la tombe de Blanqui ou au Mur des F&#233;d&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'y aura pas de dernier hommage, pas plus que de flotte. Jamais. Tu restes parmi nous, nos luttes, nos d&#233;sespoirs et nos joies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On quitte le cimeti&#232;re, et puis on va au caf&#233; ; des gens trinquent &#224; ta sant&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors Allain, on boit un coup ? Allez, un dernier, pour la route...&lt;/p&gt; &lt;div class='spip_document_4678 spip_documents spip_documents_center'&gt; &lt;object classid='clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000' codebase='http://fpdownload.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,0,0' width='560' height='345'&gt; &lt;param name='movie' value='http://www.youtube.com/v/uJfZrTduhuE?version=3&amp;hl=fr_FR' /&gt; &lt;param name=&quot;quality&quot; value=&quot;high&quot; /&gt; &lt;param name='class' value='' /&gt; &lt;!--[if !IE]&gt; &lt;--&gt; &lt;object data=&quot;http://www.youtube.com/v/uJfZrTduhuE?version=3&amp;hl=fr_FR&quot; width='560' height='345' type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot;&gt; &lt;param name=&quot;quality&quot; value=&quot;high&quot; /&gt; &lt;param name='class' value='' /&gt; &lt;param name=&quot;pluginurl&quot; value=&quot;http://www.macromedia.com/go/getflashplayer&quot; /&gt; &lt;/object&gt; &lt;!--&gt; &lt;![endif]--&gt;
&lt;/object&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] On lira d'ailleurs avec profit ce &lt;a href=&quot;http://nosenchanteurs.wordpress.com/2011/08/20/ta-gueule-frederic/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;billet&lt;/a&gt; de &lt;a href=&quot;http://florealanar.wordpress.com/2010/06/05/presentation/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Flor&#233;al Melgar&lt;/a&gt; sur l'excellent &lt;a href=&quot;http://nosenchanteurs.wordpress.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;blog&lt;/a&gt; de Michel Kemper&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item>
		<title>Loulou / Michel</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?LOULOU-MICHEL</link>
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		<dc:creator>Ubifaciunt</dc:creator>

		<description>S&#233;vice social, c'est normalement les chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Sauf que l'&#233;ducateur n'a pas toujours &#233;t&#233; banlieusard : aujourd'hui, l'on plonge donc dans le pass&#233; et hors la capitale. Direction la lointaine Normandie o&#249; Loulou et Michel, handicap&#233;s mentaux en bisbille avec les cr&#234;peries, se vengent de belle mani&#232;re. Cette chronique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;e dans le deuxi&#232;me num&#233;ro de la version papier d'Article11 &#215; &#171; Il ne s'agit pas d'&#233;crire une (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;dl class='spip_document_1893 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/sevice_social-4.jpg' width='160' height='80' alt='JPEG - 30.8 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt; S&#233;vice social, c'est normalement les chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Sauf que l'&#233;ducateur n'a pas toujours &#233;t&#233; banlieusard : aujourd'hui, l'on plonge donc dans le pass&#233; et hors la capitale. Direction la lointaine Normandie o&#249; Loulou et Michel, handicap&#233;s mentaux en bisbille avec les cr&#234;peries, se vengent de belle mani&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;Cette chronique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;e dans le &lt;a href=&quot;http://www.article11.info/spip/Numero-2-back-dans-les-bacs&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;deuxi&#232;me num&#233;ro&lt;/a&gt; de la version papier d'Article11&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;&#171; &lt;i&gt;Il ne s'agit pas d'&#233;crire une souffrance (la v&#244;tre ou la mienne). Il s'agit d'&#234;tre l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;a href=&quot;http://www.article11.info/spip/Jane-Sautiere-Etre-la&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Jane Sauti&#232;re&lt;/a&gt;)&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;C'est une masse, Loulou, une vraie masse, une de celles qui te porterait une carcasse de cheval mort sur ses &#233;paules. Et vu qu'il rugit plus qu'il ne parle, forc&#233;ment, &#231;a rajoute &#224; l'aust&#233;rit&#233; du personnage. La bonne trentaine, un m&#232;tre quatre-vingt-dix pour le double de kilos, il a ce visage du Van Gogh tel qu'on l'imagine dans sa chambre d'hosto du c&#244;t&#233; d'Arles : tignasse rouquine &#233;bouriff&#233;e, yeux bleus hagards, gestes saccad&#233;s que seuls les m&#233;docs viennent calmer. On sort son ordonnance et sa pipette, d'o&#249; l'on verse trois gouttes de liquide rouge dans un petit verre d'eau. Loulou boit, rugit une derni&#232;re fois, ses yeux se r&#233;vulsent, il dort comme un plomb.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a fait un peu peur &#224; Michel, de voir son compagnon de chambre s'&#233;crouler comme &#231;a. Sa moustache jaunie par le tabac peine &#224; masquer ses rides de sexag&#233;naire. Il est d&#233;j&#224; sec et petit, il s'affaisse encore plus, les veines de ses mains gonflent et ses mains se nouent, la crise d'angoisse le gagne, il sue &#224; grosses gouttes, baragouine quelque chose, cherche ses m&#233;docs, s'en engouffre une pl&#226;tr&#233;e. Une bave blanch&#226;tre lui vient aux commissures des l&#232;vres. Il sourit b&#233;atement et tombe &#224; son tour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premier soir. Bienvenue chez les fous. Une bonne vingtaine de vacanciers handicap&#233;s mentaux &#224; encadrer pour un boulot alimentaire de deux semaines. Les failles de la psychose &#233;tendent leurs pr&#233;cipices : de paranos en d&#233;lirants, d'autistes en schizophr&#232;nes. Le Nid de Coucous, &#224; c&#244;t&#233;, me semble un champ de fleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dernier soir. La cr&#234;perie est r&#233;serv&#233;e pour f&#234;ter le d&#233;part. A Gouville-sur-Mer, Normandie, nous n'aurons pas vu la mer, la faute aux emmerdes, aux m&#233;docs, aux gendarmes venus ramener celles et ceux qui faisaient le mur - haut de dix m&#232;tres - tous les soirs. Les remparts de la b&#226;tisse doivent avoir plus de deux cents ans et abrit&#233; autant d'humiliations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vingt bornes dans le bocage pour trouver ce que le Routard promet d'&#234;tre &#171; &lt;i&gt;un accueil chaleureux et des cr&#234;pes originales&lt;/i&gt; &#187;. On gare les trois v&#233;hicules. Les demoiselles r&#233;ajustent leurs jupes, les messieurs leurs cravates. Le patron sort sur le pas de sa porte. &#171; &lt;i&gt;Ah, mais, vous comprenez, en fait, &#231;a va pas &#234;tre possible. C'est pour la m&#234;me raison que j'accepte pas les chiens dans mon &#233;tablissement, enfin, les animaux quoi...&lt;/i&gt; &#187; Loulou hurle &#224; la mort comme ces grands fauves qu'on &#233;gorge ; derri&#232;re lui, le reste de la troupe mugit sa r&#233;volte. Je trouve une cabine et appelle les gendarmes qui ne se d&#233;placeront pas : au t&#233;l&#233;phone ils disent &#171; &lt;i&gt; en avoir bien marre de ceux-l&#224; depuis dix jours&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur la route du retour, Michel n'en finit pas de taper m&#233;thodiquement le poing contre la porti&#232;re, Natacha, une petite blonde ch&#233;tive que le vent emporterait, pleure &#224; gros bouillons, Loulou a ouvert la fen&#234;tre et hurle toujours. Je serre les dents et mets la premi&#232;re cassette venue dans l'autoradio. La voix de Piaf essuie les verres au fond du caf&#233; et monte doucement dans les neuf places du camion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je souris instinctivement, Loulou referme la fen&#234;tre. Je monte le volume et &#231;a commence &#224; fredonner derri&#232;re. Michel bat de la t&#234;te en rythme, accompagn&#233; par la grande carcasse de Loulou. &#171; &lt;i&gt; &#199;a a l'air de vous plaire, Edith, alors je fous le son &#224; fond, et on fait un peu de route, &#231;a vous dit ?&lt;/i&gt; &#187; On met &#224; peine deux heures pour faire l'aller-retour jusqu'au Mont-Saint-Michel, go&#251;ter les grandes mar&#233;es. &#192; cent trente sur les nationales, Natacha pleure de rire et de joie. La m&#244;me n'en finira jamais de chanter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la vieille b&#226;tisse, on nous attend de pied ferme. On ne comprend pas trop nos mines r&#233;jouies. Certains essaient d'inviter des filles &#224; danser, s'essuient des refus et continuent &#224; taper dans leurs mains en grommelant ce qui ressemble &#224; des chansons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Six heures du matin, les gendarmes d&#233;boulent en hurlant et me demandent de les suivre jusqu'&#224; leur voiture. A l'int&#233;rieur, Loulou et Michel sont menott&#233;s. Ils sentent furieusement l'alcool, ont les mains sanglantes, rient &#224; tout bout de champ. On roule une petite demi-heure pour arriver devant la cr&#234;perie. Loulou et Michel rient de plus belle. On descend de la bagnole, je marche sur des &#233;clats de verre pendant cinquante m&#232;tres et arrive devant une vitrine fracass&#233;e. Le patron, sur le pas de la porte, a une carabine &#224; la main. L'int&#233;rieur est ravag&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils sont fiers comme des rois ; et de rire &#224; la nuit, &#224; la vitrine et aux gendarmes. Je suis des leurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dis, quand reviendras-tu ?</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Dis-quand-reviendras-tu</link>
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		<dc:date>2011-04-02T10:48:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Ubifaciunt</dc:creator>

		<description>Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, c'est la journ&#233;e de la femme et l'on trace la route vers le Nord - deux amoureux enlac&#233;s sur la banquette arri&#232;re, jeunes banlieusards heureux de quitter la cit&#233; pour quelques heures. Comme un air de vacances, une excursion avec Barbara en fond sonore. Profitant encore de la libert&#233;. C'&#233;tait la journ&#233;e de la femme, et tu gueulais pour la forme dans la bagnole, ton ch&#233;ri qui dormait dans tes bras, toi le (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;dl class='spip_document_1893 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/sevice_social-4.jpg' width='160' height='80' alt='JPEG - 30.8 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, c'est la journ&#233;e de la femme et l'on trace la route vers le Nord - deux amoureux enlac&#233;s sur la banquette arri&#232;re, jeunes banlieusards heureux de quitter la cit&#233; pour quelques heures. Comme un air de vacances, une excursion avec Barbara en fond sonore. Profitant encore de la libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait la journ&#233;e de la femme, et tu gueulais pour la forme dans la bagnole, ton ch&#233;ri qui dormait dans tes bras, toi le soutenant ; Barbara chantait dans l'autoradio.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La journ&#233;e avait &#233;t&#233; belle ; pour toi, comme impr&#233;vue. Pour le chantier &#233;ducatif du moment, on emmenait trois jeunes visiter une imprimerie, &#224; trois cents bornes de notre banlieue. Deux annulent au dernier moment, l'un &#233;tant au ski, l'autre malade. Le dernier &#233;tait ton amoureux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, connaissant ses silences proc&#233;dant d'autant de timidit&#233; que de r&#233;serve, on t'appelle, &#224; huit heures du mat', pour te proposer de nous accompagner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le beau temps est au rendez-vous, cap au nord, fronti&#232;re belge, on parle de frites et de tabac moins cher, de ton homme qui commence &#224; ronfler paisiblement sur la banquette arri&#232;re, apr&#232;s sa petite nuit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aire d'autoroute, station-service. Caf&#233;, clopes, chiottes. La bagnole qui nous suivait depuis vingt bornes s'est arr&#234;t&#233;e elle aussi. Elle est marqu&#233;e &#171; 115, Samu social de Paris &#187;. Un gars, gueule ab&#238;m&#233;e et traits tir&#233;s, en descend le premier. S'allume une clope et en propose au monsieur et &#224; la dame qui descendent &#224; leur tour. Sort de la petite monnaie et les enjoint &#224; accepter au moins le caf&#233; puisqu'ils ne fument pas. Ils refusent &#224; nouveau. &#171; &lt;i&gt;On verra quand on sera arriv&#233;s &#224; Bruxelles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la porti&#232;re, tu veilles celui qui dort et me demandes de faire gaffe &#224; lui, le temps que tu ailles pisser. Pas l'occasion, donc, d'aller saluer ceux que je pr&#233;sume &#234;tre des coll&#232;gues. C'est sans doute mieux, au fond, que certaines histoires restent muettes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La route s'&#233;tire et il finit par se r&#233;veiller. Vous vous cherchez un peu, tu voudrais bien prendre sa place &#224; l'arri&#232;re car c'est la journ&#233;e de la femme apr&#232;s tout ; il est fatigu&#233; et se rengorge, se rendort, ou fait semblant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'imprimerie, nous sommes presque &#224; la bourre, il en voit cependant assez de ce qu'il aimerait &#234;tre son futur m&#233;tier, plut&#244;t que tous les plombiers, secr&#233;taires, vendeurs, comptables, ou ma&#231;ons qu'on a pu lui proposer comme BEP. Tu regardes les machines et l'imagines sans doute plus tard dans son bleu, comme ces ouvriers qui prennent leur pause d&#233;jeuner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le Nord, en plus d'&#234;tre la journ&#233;e de la femme, c'est Mardi gras et Carnaval. Les gosses des &#233;coles sont d&#233;guis&#233;s en pirate ou en f&#233;e. Un s'est peinturlur&#233; de noir. C'est le seul qu'on verra ici, &#224; part ton homme ; vous n'&#234;tes d&#233;guis&#233;s qu'en banlieusards qui viennent en visite et se font beaux, casquettes nickels, sweats repass&#233;s, baskets de marque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On gal&#232;re un peu pour trouver une friterie. Entre les briques rouges des rues, vous vous prenez le bras bien plus qu'au quartier, comme deux amoureux normaux loin du regard des autres, vous riez aux &#233;clats. J'essaie de me faire lointain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant de rentrer, on passe en Belgique, histoire de dire, d'acheter des clopes, d'&#234;tre &#224; l'&#233;tranger. Pas de douaniers en vue, rien &#224; d&#233;clarer, trois bonnes heures de retour en bagnole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il ne veut toujours pas laisser sa place sur la banquette. Tu le rejoins et il s'endort dans tes bras. Les bouchons arrivent avec la r&#233;gion parisienne. Je mets Barbara, plus pour ne pas m'&#233;nerver que pour autre chose. C'est l&#224; o&#249; tu me demandes qui c'est, de remettre la chanson et de monter le son.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On va pour se quitter et je dis &#224; ton homme que je l'appelle le lendemain, apr&#232;s avoir eu le tribunal au t&#233;l&#233;phone. A la fen&#234;tre, tu fredonnes la vertu des femmes de marins, pas encore celle des d&#233;tenus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu voudras que je te copie le CD ?
&lt;br /&gt;- Oh, oui, avec plaisir !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_4488 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L397xH30/inter-5f7ba.jpg' width='397' height='30' alt='JPEG - 1.7 ko' style='height:30px;width:397px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;div class='spip_document_4487 spip_documents spip_documents_center'&gt; &lt;object classid='clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000' codebase='http://fpdownload.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,0,0' width='480' height='390'&gt; &lt;param name='movie' value='http://www.youtube.com/v/nUE80DTNxK4?fs=1&amp;hl=fr_FR&amp;rel=0' /&gt; &lt;param name=&quot;quality&quot; value=&quot;high&quot; /&gt; &lt;param name='class' value='' /&gt; &lt;!--[if !IE]&gt; &lt;--&gt; &lt;object data=&quot;http://www.youtube.com/v/nUE80DTNxK4?fs=1&amp;hl=fr_FR&amp;rel=0&quot; width='480' height='390' type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot;&gt; &lt;param name=&quot;quality&quot; value=&quot;high&quot; /&gt; &lt;param name='class' value='' /&gt; &lt;param name=&quot;pluginurl&quot; value=&quot;http://www.macromedia.com/go/getflashplayer&quot; /&gt; &lt;/object&gt; &lt;!--&gt; &lt;![endif]--&gt;
&lt;/object&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le drapeau noir sur la marmite</title>
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		<description>Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, l'on parle de voisins plus que de gosses, de Vall&#232;s et de femmes, de deuils et de r&#233;voltes, des restes de la banlieue rouge, de la Pologne et du Chili en passant par le Vi&#234;t Nam ; et puis surtout, de cette saine conviction que - &#224; la fin - les patrons paieront ! Un jour. Bient&#244;t. La cinquantaine, toujours son impeccable chemisier &#224; fines rayures bleues, le chignon grisonnant et le sourire discret. Un (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;dl class='spip_document_1893 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/sevice_social-4.jpg' width='160' height='80' alt='JPEG - 30.8 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, l'on parle de voisins plus que de gosses, de Vall&#232;s et de femmes, de deuils et de r&#233;voltes, des restes de la banlieue rouge, de la Pologne et du Chili en passant par le Vi&#234;t Nam ; et puis surtout, de cette saine conviction que - &#224; la fin - les patrons paieront ! Un jour. Bient&#244;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La cinquantaine, toujours son impeccable chemisier &#224; fines rayures bleues, le chignon grisonnant et le sourire discret.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un petit pavillon de banlieue, un peu &#224; l'&#233;cart des &lt;i&gt;big&lt;/i&gt; barres HLM, un pavillon quelconque avec des roses dans la descente du garage et une haie de thuyas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Jamais un mot plus haut que l'autre, &#224; peine si je me souviens l'avoir entendue se plaindre lors de la mort de sa m&#232;re, voici un an, d'un cancer &#224; la con, apr&#232;s autant d'agonie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre pavillon, &#224; c&#244;t&#233;, local o&#249; l'on re&#231;oit les jeunes, rue tranquille o&#249; tous nos voisins savent, depuis le temps, les &#233;clats de voix et ceux, plus rares, des carreaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puisqu'il n'y a pas que les barres HLM qui cachent la souffrance, il y a aussi les voisines d'en face, la vieille fille et sa m&#232;re, elle aussi &#224; l'agonie. Les prolos d'&#224;-c&#244;t&#233; qui passent leur temps &#224; traficoter des carcasses de bagnoles en essayant de couvrir le son de la meuleuse par celui de TF1. La Polonaise, ou l'Ukrainienne - on ne sait pas trop -, qui retape sa baraque depuis trois ans avec le berger allemand qui garde violemment l'entr&#233;e, et puis la baraque du marinier dont je voudrais tant croire qu'il soit mort noy&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis elle, donc, la cinquantaine, qui vit encore avec son p&#232;re, un r&#233;fugi&#233; politique vietnamien d'au moins soixante-quinze ans et qui parle ce si beau fran&#231;ais de l'ancienne Indochine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est plus lui qu'on conna&#238;t, &#224; vrai dire. Ses petits pas et puis sa canne qui se brandit pour dire bonjour, les odeurs de cuisine dans la cour, ce qu'on imagine de l'immense biblioth&#232;que &#224; travers les rideaux. Son rituel &#171; &lt;i&gt;Alors, comment &#231;a va la jeunesse ? &lt;/i&gt; &#187; &#224; chaque fois qu'il nous voit. Depuis cinq ans, je ne sais s'il demande de mes nouvelles ou de celles des m&#244;mes avec lesquels on bosse. Ma r&#233;ponse h&#233;site &#224; chaque fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je fume une clope sur le trottoir. Il me fait la morale depuis sa fen&#234;tre, puis referme, c'est vrai qu'il fait un peu froid. Deuxi&#232;me clope. Sa fille arrive au bout de la rue, elle semble avoir envie de s'attarder, ce qui est plut&#244;t rare. &#201;change de quelques banalit&#233;s, on parle du papa qui a un peu de mal &#224; faire son deuil et qui se laisse un peu aller, le froid de ce d&#233;cembre, les m&#244;mes avec lesquels on bosse ; le boulot. D'un coup, elle se fige.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cent onze licenciements.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;...&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;La semaine prochaine.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;...&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Et ils nous l'ont appris aujourd'hui.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Oh putain... Et vous savez qui ils virent ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Non.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Et... Comment &#231;a se fait ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;D&#233;cision des actionnaires. 15 % de b&#233;n&#233;fices de plus en un an et d&#233;cision des actionnaires.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Et y aurait une solution ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un temps. Son regard devient froid, tranchant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; R&#233;volution !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa force. Celle de son p&#232;re contenue, qui h&#233;bergeait ici des r&#233;sistants chiliens fuyant Pinochet, celle de sa m&#232;re venant de mourir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On pense &#224; s&#233;questrer le PDG.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle, son statut de cadre et sa cinquantaine bien mise, crispant son poing.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je repense &#224; Vall&#232;s, &#224; la fin de &lt;i&gt;L'Insurg&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand les femmes s'en m&#234;lent, quand la m&#233;nag&#232;re pousse son homme, quand elle arrache le drapeau noir qui flotte sur la marmite pour le planter entre deux pav&#233;s, c'est que le soleil se l&#232;vera sur une ville en r&#233;volte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fikret</title>
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		<description>S&#233;vice social, c'est normalement les chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Sauf que l'&#233;ducateur n'a pas toujours &#233;t&#233; banlieusard : aujourd'hui, l'on plonge donc dans le pass&#233; et hors la capitale. Direction la lointaine Lorraine o&#249; les gens ne sont pas forc&#233;ment moins rudoy&#233;s par l'existence qu'aux alentours de Paris. (Cette chronique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;e dans le premier num&#233;ro de la version papier d'Article11) . . &#171; Il ne s'agit pas d'&#233;crire une souffrance (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;dl class='spip_document_1893 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/sevice_social-4.jpg' width='160' height='80' alt='JPEG - 30.8 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;S&#233;vice social, c'est normalement les chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Sauf que l'&#233;ducateur n'a pas toujours &#233;t&#233; banlieusard : aujourd'hui, l'on plonge donc dans le pass&#233; et hors la capitale. Direction la lointaine Lorraine o&#249; les gens ne sont pas forc&#233;ment moins rudoy&#233;s par l'existence qu'aux alentours de Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;(Cette chronique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;e dans &lt;a href=&quot;http://www.article11.info/spip/Veni-vidi-imprimi&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;le premier num&#233;ro&lt;/a&gt; de la version papier d'Article11)&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;.&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;.&lt;/center&gt;
&lt;center&gt; &#171; &lt;i&gt;Il ne s'agit pas d'&#233;crire une souffrance (la v&#244;tre ou la mienne). Il s'agit d'&#234;tre l&#224;. &lt;/i&gt; &#187; Jane Sauti&#232;re &lt;/center&gt;
&lt;center&gt;.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but des ann&#233;es 2000, dans un foyer Sonacotra situ&#233; au c&#339;ur d'une zone commerciale un peu sordide ; il y a moins de vieux travailleurs immigr&#233;s que de gens un peu paum&#233;s, abrutis par les m&#233;docs et le ch&#244;mage d'une Lorraine qui a, comme ailleurs, foir&#233; sa reconversion industrielle. Des grands fous, aussi, depuis qu'il n'y a plus assez de lits en psychiatrie ; des grands fous qui vont une fois le mois prendre leurs narcoleptiques &#224; l'hosto du coin. Et des demandeurs d'asile en attente du pr&#233;cieux papier que la R&#233;publique fran&#231;aise, l'universelle patrie des droits de l'homme voudra bien leur offrir pour enfin reconna&#238;tre leur qualit&#233; de r&#233;fugi&#233; politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a Timur, le titulaire de la chaire d'histoire &#224; la facult&#233; de Grozny, Tch&#233;tch&#233;nie, sp&#233;cialiste de la R&#233;volution fran&#231;aise et de Robespierre. Les soldats russes vinrent br&#251;ler sa maison et lui laiss&#232;rent cinq minutes pour aller chercher sa femme et ses deux enfants qui dormaient &#224; l'int&#233;rieur. Cach&#233;s sous les essieux du premier camion venu, ils &#233;taient si heureux de d&#233;barquer &#224; Strasbourg, cinq jours plus tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a Durukan, le Kurde de Turquie, militant communiste et partisan d'Abdullah &#214;calan, dont le dos reste marqu&#233; par les s&#233;ances de torture, barre &#224; mine chauff&#233;e au fer rouge et m&#233;thodiquement appliqu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a des Arm&#233;niens et des Az&#233;ris qui arrivent presque &#224; se parler, et Magomed, dont le seul r&#234;ve est d'avoir des papiers ainsi qu'un petit bout de jardin pour pouvoir faire pousser un peu de paprika. Je passerai mon temps &#224; essayer de lui expliquer que, pour ces deux choses-l&#224;, le sol lorrain est aussi peu prodigue que la R&#233;publique fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis il y a Fikret, et toute sa bande de Bosniaques. Les cousins, les femmes, et tant d'enfants. Les caf&#233;s au matin quand nous allons le voir, les clopes de contrebande dont il nous r&#233;gale, l'atelier de m&#233;canique clandestin qu'il chapeaute pour gratter quelques dizaines d'euros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gosses, comme pour la plupart des demandeurs d'asile, sont sa fiert&#233; et son honneur. &#201;lev&#233;s &#224; l'&#233;cole de la R&#233;publique, ils parlent d&#233;j&#224; fran&#231;ais et traduisent les courriers officiels que re&#231;oivent les parents. &#199;a ne va pas sans remettre en question la m&#233;diterran&#233;enne fonction paternelle, mais au moins, comme &#231;a, ils pourront s'en sortir dans leur nouveau pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et, &#224; tout prendre, on se comprend plut&#244;t pas mal, entre mauvais anglais et allemand bancal. On parle de Tito et de 1914 ; la terre de Lorraine se fait alors le prolongement de celle de Yougoslavie, entre lignes de front et guerres absurdes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est l'hiver et la neige qui tombe sur le plateau fait penser aux montagnes vers Sarajevo ; Fikret pleure d&#233;j&#224; en sachant que s'il obtient son statut de r&#233;fugi&#233;, il ne pourra jamais rentrer dans son pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tous les matins, nous apportons le courrier. Les enfants traduisent les documents officiels et les parents attendent les nouvelles des quelques membres de la famille rest&#233;s au pays. Fikret nous ressert un caf&#233; et fait tourner les clopes. Il &#233;crit au pays, aussi : &#171; &lt;i&gt; Je vais bien, ne t'en fais pas&lt;/i&gt; &#187;, de sa plus belle plume cyrillique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a ne va pas quand il n'y a pas de lettres. &#199;a gueule contre l'Office fran&#231;ais de protection des r&#233;fugi&#233;s et apatrides qui ne r&#233;pond pas, alors que putain, le dossier a &#233;t&#233; envoy&#233; voici huit mois, &#231;a gueule contre la grand-m&#232;re qui n'&#233;crit plus et dont on ignore si les Serbes ont eu la peau ; m&#233;lange de r&#233;signation slave et de &lt;i&gt;mektoub&lt;/i&gt; musulman, on reprend un caf&#233; et j'&#233;prouve la vieille fonction du vaguemestre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un matin, le conseil de famille se tient dans les douze m&#232;tres carr&#233; de la chambre paternelle. Tous les enfants sont l&#224;, alors qu'ils devraient pourtant &#234;tre &#224; l'&#233;cole ; il y a aussi des femmes et des cousins que je n'ai jamais vus. Les regards sont tendus et mon entr&#233;e passe presque inaper&#231;ue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au bout de quelques minutes, Fikret me remarque et prend la lettre du pays qui pend &#224; ma main. Il la lit, prend un bol et se sert une rasade de liquide jaun&#226;tre. Boit une grande goul&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je lui demande de me rejoindre, un peu &#224; l'&#233;cart, je baisse la voix : &#171; &lt;i&gt; Tu sais, Fikret, j'ai rien &#224; te dire, mais quand m&#234;me, un bol de pastis pur &#224; onze heures du mat' devant tes gosses, je sais pas si c'est le meilleur truc &#224; faire&#8230; En plus, t'es musulman, non ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il me regarde, impose le silence et un cercle, m'invite &#224; le rejoindre au milieu. Il commence &#224; parler, dans son fran&#231;ais t&#226;tonnant : &#171; &lt;i&gt; Faut je te dise quelque chose, ami. Quelques ann&#233;es, &#224; Sarajevo, vu mon fr&#232;re tu&#233; mort sous mes yeux par mitraillette. Vu sa femme prise nue par soldats et les yeux de ses enfants. Je suis d&#233;j&#224; mort, tu comprends, je suis d&#233;j&#224; mort. Alors alcool, cigarettes, je sais que mourir plus vite mais, de toute fa&#231;on, c'est que mieux parce que je suis d&#233;j&#224; mort. Tu comprends ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout le monde me scrute ; silences.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je souris &#224; Fikret, tends la main vers le bol.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item>
		<title>Un sur mille</title>
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		<dc:date>2010-07-27T15:11:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Ubifaciunt</dc:creator>

		<description>Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, en bons agents de la paix sociale et de la pr&#233;vention de la d&#233;linquance, plong&#233;s dans la concoction d'un clip aux allures d'insurrection sur-arm&#233;e, l'on &#233;vite, sinon une &#233;meute, &#224; tout le moins une belle bavure polici&#232;re. Et l'on se prend d'estime pour un chef flic. Dr&#244;le de boulot&#8230; Ce billet est d&#233;di&#233; au ministre Hortefeux, ceci pour lui prouver que m&#234;me les sites ouvertement anarchistes et flicophobes, (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;dl class='spip_document_1893 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/sevice_social-4.jpg' width='160' height='80' alt='JPEG - 30.8 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt; Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, en bons agents de la paix sociale et de la pr&#233;vention de la d&#233;linquance, plong&#233;s dans la concoction d'un clip aux allures d'insurrection sur-arm&#233;e, l'on &#233;vite, sinon une &#233;meute, &#224; tout le moins une belle bavure polici&#232;re. Et l'on se prend d'estime pour un chef flic. Dr&#244;le de boulot&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce billet est d&#233;di&#233; au ministre Hortefeux, ceci pour lui prouver que m&#234;me les sites ouvertement anarchistes et flicophobes, parfois repris (grand honneur) par les &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/07/26/brice-hortefeux-porte-plainte-contre-deux-sites-internet-juges-anti-policiers_1392386_3224.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;cyber-monstres&lt;/a&gt; Le Jura Libertaire et Indymedia-Grenoble&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Nos hommages aux inculp&#233;-e-s, en esp&#233;rant qu'ils n'y perdent pas de plumes et (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;, aiment la police. Enfin, une fois sur mille... &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ils sont plus de deux cents. Casqu&#233;s, cagoul&#233;s, porteurs de battes de base-ball ou de flingues. Le plus jeune doit avoir sept ans, le plus &#226;g&#233; vingt-quatre. Trois grosses bagnoles sont gar&#233;es sur une dalle pourtant pi&#233;tonne entre cinq tours de dix-sept &#233;tages. Un autoradio crache &#224; fond du gros rap ricain. Il est &#224; peine deux heures de l'apr&#232;s-midi, premier jour des vacances. Il fait grand soleil et l'on d&#233;barque tranquillou avec deux coll&#232;gues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus d'un mois que les m&#244;mes attendent &#231;a. Nous aussi, d'ailleurs, un peu. Parce qu'un tournage de clip sur le quartier, c'est l'assurance de voir &#224; peu pr&#232;s tout le monde en m&#234;me temps et au m&#234;me endroit. Et en plus, les chanteurs sont des gars qu'on encadre&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Recherche de salles de concert, de producteurs, relations presse, faut pas (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le matin, ils avaient tourn&#233; la premi&#232;re partie dans les caves, histoire de bien coller au clich&#233; du ghetto. Et l'apr&#232;me, donc, c'est la s&#233;rie de prises de vue dans les endroits symboliques du quartier, avec le maximum de figurants possibles. Et toujours histoire de coller au c&#244;t&#233; trop ghetto, les gars ont demand&#233; &#224; ce que chacun fasse son possible pour venir fringu&#233; &#171; en mode warrior &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La semaine derni&#232;re, Malik a m&#234;me command&#233; cinquante cagoules et autant de flingues en plastique pour ceux qui n'auraient pas de d&#233;guisement. Il est venu nous voir ensuite, la bouche en c&#339;ur, demandant &#224; ce qu'on l'accompagne r&#233;cup&#233;rer sa livraison, pour peu qu'un banal contr&#244;le de police peine &#224; croire qu'il s'agissait juste d'accessoires indispensables &#224; la r&#233;alisation d'une &#339;uvre vid&#233;omusicale. De retour sur le quartier, en derni&#232;re faveur, si jamais la maman tombait dessus &#224; la maison ou une banale perquisition au domicile familial&#8230; Nous voil&#224; donc &#224; garder pendant une semaine cinquante cagoules et autant de flingues au si&#232;ge de l'Association.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#199;a nous prend une bonne demi-heure de serrer toutes les mains et de prendre des nouvelles des uns et des autres. Les gars insistent bien pour nous filer une cagoule et pour qu'on figure dans le clip mais on refuse poliment. C'est pas qu'on n'a pas envie de faire &#171; wesh, wesh ! &#187; et les marioles devant la cam&#233;ra mais notre conscience professionnelle nous invite &#224; rester vigilants, des fois que&#8230; On se s&#233;pare donc et on se pose &#224; trois endroits diff&#233;rents : Anne reste pr&#232;s du groupe de chanteurs, Laurianne, la nouvelle coll&#232;gue, se place un peu en retrait, tandis que je vais voir les plus grands, au bord de l'avenue, pour tailler le bout de gras en regardant toutes les trente secondes ce qui pourrait d&#233;bouler.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le tournage commence. Les m&#244;mes sont surexcit&#233;s et surjouent &#224; merveille leur r&#244;le de petits ca&#239;ds. La petite cinquantaine de filles s'est regroup&#233;e &#224; l'&#233;cart et s'&#233;change des confidences &#224; l'oreille. Malik, Mehdi et Ren&#233;, les chanteurs, se donnent comme des poss&#233;d&#233;s. Ed a coup&#233; le son de l'autoradio et fait vrombir le moteur. Une dizaine de scooters passe et repasse. Les cagoules se marrent et les battes d&#233;fient le ciel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Yazid arrive vers moi en cavalant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ubi, y a les keufs !
&lt;br /&gt;- Ils sont combien ?
&lt;br /&gt;- Au moins six voitures&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je saute du muret, fais vingt m&#232;tres, et vois au loin les bleus enfiler leurs casques. Fon&#231;ant voir les coll&#232;gues, je crie aux gars :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bougez pas, faites rien, on g&#232;re&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mini r&#233;union de crise, Anne court voir les keufs, je choppe le premier chanteur venu par le paletot.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais vous deviez pas pr&#233;venir la mairie et le commissariat ?
&lt;br /&gt;- Ah oui, c'est vrai, mais on a oubli&#233;&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Anne m'appelle et hurle dans le portable :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;T'es avec Ren&#233;, l&#224; ? Dis-lui de venir. Et tout de suite ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant ce temps, le cam&#233;raman fait faire des mouvements de foule aux figurants, genre chasse &#224; l'homme. Et de les faire traverser l'avenue en criant, en courant, les battes et les flingues dress&#233;s. Les petits s'en donnent &#224; c&#339;ur joie, je vois les flics se rapprocher et une bagnole arriver &#224; toute allure, freiner &#224; mort. Une parka rouge en descend. Les m&#244;mes sont maintenant tous sur le parking de l'autre c&#244;t&#233; de l'avenue, cinquante m&#232;tres les s&#233;parent des premiers flash-balls. Je cherche les coll&#232;gues dont je suis sans nouvelles depuis dix minutes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A vue d'&#339;il, une bonne soixantaine de flics en tenue anti-&#233;meute, une quinzaine de mecs de la BAC, Anne et Laurianne au beau milieu de tout ce petit monde &#224; discuter avec la parka rouge. Ren&#233; arrive enfin. On s'avance. Trois malabars en civil essaient de nous emp&#234;cher de passer. La parka rouge s'avance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Monsieur le Commissaire, je vous pr&#233;sente donc Ubifaciunt, &#233;ducateur sp&#233;cialis&#233;, ainsi que Ren&#233;, un des membres du collectif.
&lt;br /&gt;- Enchant&#233;.
&lt;br /&gt;- Enchant&#233;, Monsieur le Commissaire&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a la cinquantaine bien fournie, les cheveux blancs, et il ne paie vraiment pas de mine, le commissaire. L'air presque d&#233;bonnaire si ce n'&#233;tait son regard per&#231;ant. Il prend Ren&#233; &#224; l'&#233;cart quelques instants. Revient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et bien maintenant, allons-y.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La femme OPJ &#224; ses c&#244;t&#233;s le regarde d'un air ahuri.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Mais, Monsieur le Commissaire, vous &#234;tes s&#251;r que vous ne voulez pas&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il la toise tellement qu'elle ne finit m&#234;me pas sa phrase. Elle rajuste son ceinturon, son flingue, son casque. Il est d&#233;j&#224; parti et sort une main de sa parka rouge pour la mettre sur l'&#233;paule de Ren&#233;. On se regarde vite fait avec Anne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;A l'ancienne, hein ?
&lt;br /&gt;- Tu m'&#233;tonnes ! A l'ancienne&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On sourit. L'OPJ nous suit, une peu tremblante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il arrive, se met au milieu des deux cents furieux, r&#233;clame la parole. La rumeur enfle que mais si, putain, c'est bien le commissaire, et il vient comme &#231;a, tout seul et pas arm&#233;, franchement respect le gars ! Le courage et l'honneur seront toujours des vertus cardinales. Le silence se fait naturellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Messieurs, bonjour. La moindre des choses quand on organise une petite sauterie, c'est de pr&#233;venir les voisins. Maintenant, j'ai rencontr&#233; vos &#233;ducateurs et un de vos amis, ils m'ont assur&#233; que vous alliez terminer le tournage et qu'il n'y aurait pas de d&#233;bordements. Je vais donc faire retirer mes hommes. Ne restez pas sur la voie publique et, &#224; l'avenir, merci d'&#233;viter de me faire d&#233;placer pour si peu&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il remet les mains dans ses poches, discute une dizaine de minutes avec quelques m&#244;mes venus le voir. L'OPJ, &#224; cinq m&#232;tres, semble halluciner et remettre en cause tous ses cours de l'&#233;cole de police.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il vient nous voir avant de partir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Je vous laisse mon portable, au cas o&#249;&#8230;
&lt;br /&gt;- Merci, Monsieur le Commissaire, on vous appelle d&#232;s que le tournage est termin&#233;.
&lt;br /&gt;- C'est aussi ce que je voulais dire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinq minutes plus tard, plus aucun keuf. Le tournage se finit en une demi-heure. On appelle comme convenu. Les grands sont unanimes &#224; saluer la classe du commissaire, que franchement &#231;a fait plaisir et que c'est pas comme les abrutis qu'il c&#244;toient tous les jours, et qu'&#224; leur prochaine garde-&#224;-vue, ils demanderont illico &#224; voir le bon Dieu plut&#244;t que les seins de la femme OPJ maintenant qu'ils le connaissent. On sugg&#232;re &#224; Ren&#233;, Mehdi et Malik de lui &#233;crire une lettre de remerciement avec une copie du clip une fois que celui-ci sera mont&#233;. Ils opinent du chef. Quant aux petits, encore tout excit&#233;s et n'ayant pas tout compris, ils se mettent dans l'id&#233;e d'aller au supermarch&#233; du coin pour taper des bonbecs et des canettes. Ils se d&#233;merderont avec la BAC, rest&#233;e fureter dans le coin. Puis avec les grands, qui seront encore plus impitoyables que les flics sur ce coup-l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Nos hommages aux inculp&#233;-e-s, en esp&#233;rant qu'ils n'y perdent pas de plumes et continuent &#224; porter la bonne parole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Recherche de salles de concert, de producteurs, relations presse, faut pas croire non plus qu'on ne fait qu'aller en taule ou &#224; la Mission Locale...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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<item>
		<title>&#171; Sans risquer de se br&#251;ler un jour&#8230; &#187; (vol. II)</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Sans-risquer-de-se-bruler-un-jour</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.article11.info/~%07ge/?Sans-risquer-de-se-bruler-un-jour</guid>
		<dc:date>2010-06-18T23:03:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ubifaciunt</dc:creator>

		<description>Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, l'on sort d'un mois de chantier &#233;ducatif avec six sacr&#233;s gaillards. Deuxi&#232;me &#233;pisode : on peint, on chante, on se bat, on s'excuse et on commence &#224; craquer dans tous les sens. Et ce sont les Chaussettes Noires, &#233;trangement ressurgies du pass&#233;, qui nous apaisent et nous montrent la voie&#8230; &#215; - Le vol I est &#224; lire ICI. &#215; - Il fait donc au bas mot 30&#176;C dans la tour pour ce jour de reprise. Les gars me (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;dl class='spip_document_1893 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/sevice_social-4.jpg' width='160' height='80' alt='JPEG - 30.8 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, l'on sort d'un mois de chantier &#233;ducatif avec six sacr&#233;s gaillards. Deuxi&#232;me &#233;pisode : on peint, on chante, on se bat, on s'excuse et on commence &#224; craquer dans tous les sens. Et ce sont les Chaussettes Noires, &#233;trangement ressurgies du pass&#233;, qui nous apaisent et nous montrent la voie&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
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&lt;center&gt;&lt;i&gt;Le vol I est &#224; lire &lt;a href=&quot;http://www.article11.info/spip/spip.php?article834&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;ICI&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
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&lt;p&gt;Il fait donc au bas mot 30&#176;C dans la tour pour ce jour de reprise. Les gars me gonflent depuis le d&#233;but de la journ&#233;e. La premi&#232;re semaine s'est bien d&#233;roul&#233;e, alors, forc&#233;ment, ils ont un peu pris la confiance. &#192; la bourre ce matin et ce midi, pauses impromptues, un je ne sais quoi de suffisance, l'absence injustifi&#233;e de Yannick ce matin, son texto en d&#233;but d'apr&#232;me pour dire qu'il en a pour trois jours, et toujours le MP3 de C&#233;dric &#224; fond &#8211; et bordel que &#231;a r&#233;sonne dans cette tour &#8211; , rien de grave en soi mais assez pour faire monter un peu la pression et n&#233;cessiter une l&#233;g&#232;re remise au point.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Premier clash, du coup, fatalement. Les gars se braquent, gueulent dans tous les sens ; arc-bout&#233; sur mes principes et ma volont&#233; que &#231;a marche, j'oublie que j'ai des m&#244;mes super fragiles en face de moi, et conscient de leurs possibilit&#233;s qu'eux-m&#234;mes sans doute ignorent, devient encore plus exigeant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacun retrouve son rouleau en grommelant. C&#233;dric monte encore le son du MP3, Michel et Sergio se taisent ostensiblement, Ahmed et Yacine gr&#232;vent du z&#232;le avec application ; dans mon coin, je me dis que le vrai boulot &#8211; c'est-&#224;-dire les emmerdes &#8211; commence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On tire un peu plus vite et fort sur nos clopes &#224; la pause de l'apr&#232;me, quelques vannes sans conviction pour d&#233;tendre, sinon l'atmosph&#232;re, du moins nos propres angoisses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sir&#232;nes qui s'approchent et s'arr&#234;tent sur le boulevard &#224; cinquante m&#232;tres de l&#224;. Les gars courent aussi vite qu'ils peuvent dans leurs combinaisons pour aller voir ce qu'il se passe. Desmond et son quad sont contr&#244;l&#233;s par quatre flics. Du coup, les jeunes balancent, &#224; d&#233;faut de caillasses ou de pinceaux, du moins quelques noms d'oiseaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les keufs se retournent dans notre direction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Putain, vous faites chier, les gars ! Vous faites ce que vous voulez quand vous &#234;tes entre vous, mais l&#224; je vous rappelle que vous &#234;tes en situation de boulot. Si vous voulez que &#231;a retombe sur la gueule de votre employeur, en l'occurrence nous, continuez comme &#231;a&#8230;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Wesh Ubi, c'est bon, vazy, qu'est-ce que t'as &#224; t'&#233;nerver ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;C'est bon les gars, allez, maintenant on se casse, y a des pinceaux qui nous attendent&#8230;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Ouais, c'est &#231;a, puis y a un poto qui voit qu'on le l&#226;che&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re ne pas demander &#224; qui est adress&#233; le dernier &#171; &lt;i&gt;Esp&#232;ce de sale connard&lt;/i&gt; &#187; qu'Ahmed marmonne entre ses dents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De retour dans les escaliers, chacun trouve le moyen de s'isoler comme il peut, capuche sur le cr&#226;ne, &#233;couteurs dans les oreilles ou descente de trois &#233;tages. Pour C&#233;dric, c'est pas d'&#233;couteurs, et la musique &#224; fond. Et inutile de lui demander de bosser. On se retape donc une nouvelle fois les merdes estampill&#233;es Skyrock, en plus il ne trouve rien de mieux &#224; faire que de chanter en m&#234;me temps. Plus qu'une heure &#224; tenir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Soudain, le mode de lecture al&#233;atoire de son MP3 a un moment de gr&#226;ce. Intro que je pense reconna&#238;tre m&#234;me si je me dis que c'est impossible que&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C&#233;dric commence &#224; chanter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oh Daniela, la vie n'est qu'un jeu pour toi&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Oh Daniela, pourtant, ne crois pas&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus de doute possible. Putain, mais il est all&#233; la chercher o&#249;, celle-l&#224; ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Que tu peux, oh Daniela, jouer avec l'amour&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;clate d'un rire qui doit r&#233;sonner jusqu'au rez-de-chauss&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Sans risquer de te br&#251;ler un jour&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je monte &#224; son &#233;tage et le regarde comme s'il venait de me r&#233;citer les cent premiers vers de l'Iliade en grec ancien. Il baisse &#224; peine le son.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bah ouais, Ubi, tu crois quoi ? Je suis un ancien tu sais&#8230; Eddy Mitchell, ma gueule !&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Euh, ouais C&#233;dric, sauf que c'est les Chaussettes noires, mais t'as raison, Eddy Mitchell, c'&#233;tait le chanteur.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Ah ouais, c'est vrai ! M&#234;me que y avait Dick Rivers aussi !&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Ah non, &#231;a, c'&#233;tait les Chats sauvages&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On commence &#224; d&#233;battre des Y&#233;-y&#233;, du Golf-Drouot, des santiags &#224; Eddy et de la banane &#224; Dick. Du coup, les autres hurluberlus rappliquent et demandent &#224; &#233;couter la chanson. C&#233;dric ne se sent plus et active le mode &#171; repeat &#187; pour apprendre la chanson &#224; ses potes. Au bout d'une demi-heure, nous sommes six &#224; chanter Daniela dans la cage d'escalier, certains s'essayant m&#234;me &#224; faire les deuxi&#232;mes voix. Sur le chemin du retour, Sergio s'approche de moi et me glisse &#224; l'oreille &#171; &lt;i&gt;Et au fait, &#8216;Stand by me', tu la connais ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Je me r&#233;veille le lendemain sur les coups de quatre heures. Comme une sale intuition pour la journ&#233;e qui s'annonce. Je pressens que les gars ne seront pas plus &#224; l'heure que d'habitude, et en plus, cette fois, on a rendez-vous &#224; la Mission Locale pour l'atelier CV. Je commence &#224; stresser, impossible de retrouver le sommeil.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Marcher un peu dans le matin de Paris pour essayer de me calmer. Je repense aux Y&#233;-y&#233;, &#224; la Hardy, caf&#233; sur le zinc, forc&#233;ment au Dutronc des &#171; &lt;i&gt;Cinq heures. Paris s'&#233;veille&lt;/i&gt; &#187; et les gars doivent roupiller s&#233;v&#232;re ou finir leur poker. Six heures, je monte encore en pression et la lecture des faits divers du &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; ne m'a m&#234;me pas distrait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme pr&#233;vu, je poireaute. Ahmed et Yacine arrivent d'un pas de promeneur vingt minutes &#224; la bourre, mains dans les poches, sifflotant comme si de rien n'&#233;tait. C&#233;dric va chercher Michel qu'il suppose &#234;tre encore endormi, Sergio tra&#238;nasse un jus d'orange et un croissant &#224; la main. &#171; &lt;i&gt;Bah alors Ubi, qu'est-ce que tu fous, on y va ou pas ? Parce qu'on t'attend l&#224;&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Et en plus, ils se foutent de ma gueule. Je l&#232;ve la voix. Ahmed me regarde d'un air de d&#233;fi : &#171; &lt;i&gt; Ta gueule, arr&#234;te de nous faire chier, connard&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Je m'approche de lui. &#171; &lt;i&gt;Pardon, t'as dit quoi, l&#224; ?&lt;/i&gt; &#187; Nos fronts se touchent presque. &#171; &lt;i&gt;Je vais te casser la bouche&#8230; Tu veux qu'on se batte, c'est &#231;a ?&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me pas le temps de r&#233;agir qu'il enl&#232;ve sa veste, m'agrippe par le col et me plaque contre une bagnole. Dix secondes avant que ses potes ne s'interposent et nous s&#233;parent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ahmed part en hurlant : &#171; &lt;i&gt;De toute fa&#231;on, je me casse, pas la peine de compter sur moi pour la suite, je veux mon ch&#232;que avant vendredi sinon je br&#251;le tout et je vous fume tous, bande de fils de putes !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le trajet jusqu'&#224; la Mission Locale se fait dans le silence. On arrive un quart d'heure &#224; la bourre. Le mec qui fait l'atelier CV commence en disant que la ponctualit&#233;, c'est quand m&#234;me la premi&#232;re des politesses. Les gars se renfrognent encore plus. Quant &#224; moi, j'ai une furieuse envie de le claquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Midi, r&#233;union de crise avec les coll&#232;gues et le directeur. On en a paum&#233; un pour l'instant, maintenant faut faire en sorte de pas paumer les autres avant d'avoir termin&#233; le chantier. Moins d'une heure avant de trouver quoi faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et l&#224;, on se rend compte que, bien plus qu'Ahmed, c'est moi qui ai d&#233;conn&#233; sur toute la ligne. Que les gosses ne font que r&#233;agir &#224; la pression que je leur mets et &#224; celle, bien plus insidieuse et perverse, que je me mets. Que cette pression se cristallise sur un truc &#224; la con &#8211; le respect des horaires &#8211; alors que tout le reste se passe bien. D&#232;s lors, on ne voit qu'une solution, a priori paradoxale : que ce soit moi qui m'excuse, que je leur avoue mes faiblesses et mes doutes, et qu'on invente ensemble un je ne sais quoi, loin de nos angoisses et du couperet de la trotteuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Bon, Messieurs, faut que je vous dise quelque chose. On sera peut-&#234;tre &#224; la bourre cette apr&#232;me &#224; la Mission Locale mais c'est pas grave. Je voulais sinc&#232;rement vous pr&#233;senter mes excuses&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gars, &#233;tonn&#233;s, me regardent et semblent se demander si c'est du lard ou du halouf.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oui, &#231;a a &#233;t&#233; violent ce matin, et j'y suis forc&#233;ment pour quelque chose. Si je suis aussi chiant avec vous ces jours-ci, c'est parce que je sais que vous en &#234;tes capables. Pas seulement d'arriver &#224; l'heure et de bien bosser, mais de comprendre et de r&#233;fl&#233;chir avec tout ce que &#231;a implique. Alors, forc&#233;ment, quand vous faites vos petits cons, &#231;a m'&#233;nerve. Et depuis quelques jours, je m'acharne &#224; faire une fixette sur les horaires. Et j'ai pas su vous montrer assez vos r&#233;ussites. Je vous ai mis en difficult&#233; et j'en suis vraiment d&#233;sol&#233;. Maintenant, c'est clair qu'Ahmed n'avait pas &#224; r&#233;agir comme &#231;a. Vous inqui&#233;tez pas, on le l&#226;chera pas et je l'appelle tout &#224; l'heure pour lui dire ce que je vous dis l&#224;. Reste une question, comment on fait &#224; partir de maintenant pour que de tels trucs ne se reproduisent plus, parce que ce ne doit pas &#234;tre plus agr&#233;able pour vous que pour nous&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le silence est tout aussi profond que ce matin en allant &#224; la Mission Locale ; il est bien moins pesant aussi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Yacine l'ouvre :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bon Ubi, va peut-&#234;tre falloir y retourner, l&#224; ; on a assez perdu de temps, non ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sourires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fin de journ&#233;e, sur le chemin du retour au RER, Yannick tchatche tranquillou avec Rachid et St&#233;phane devant le bar PMU. Il nous tombe dessus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oh vraiment, je suis d&#233;sol&#233; mais j'avais un truc trop important&#8230; Bon, ben j'imagine que c'est mort pour que je revienne, non ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Ben non, pas forc&#233;ment, tu fonces voir ton toubib, et comme t'as quarante-huit heures pour d&#233;clarer un arr&#234;t de travail, tu lui expliques que t'as pas pu venir bosser pour je ne sais quelles raisons.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Hey, mais j'&#233;tais pas malade !&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;L&#224;, apr&#232;s, tu te d&#233;merdes, c'est plus notre probl&#232;me, mais on voit que &#231;a pour que &#231;a passe.&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Bougez pas, je reviens tout de suite ! Bougez surtout pas, hein !!!&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une demi-heure plus tard, Yannick revient, tout sourire, brandissant son arr&#234;t de travail comme un troph&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but de la derni&#232;re semaine. Ce week-end, Michel a demand&#233; un pr&#234;t &#224; ses parents pour s'acheter un fer &#224; souder. C'est la premi&#232;re fois que ses vieux acceptent, &#171; &lt;i&gt;maintenant qu'il bosse&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais, plus que le boulot, c'est l'assaut sur la flotille pour Gaza qui pr&#233;occupe la troupe. Du coup, pas de musique dans l'escalier mais &lt;i&gt;France Info&lt;/i&gt; toute la journ&#233;e. C&#233;dric balance l'argument massue : &#171; &lt;i&gt;Non, mais de toute fa&#231;on, qu'est-ce qu'ils nous font chier, Isra&#235;l ? Putain mais s&#233;rieux, ils sont aussi nombreux que les Belges et ils font chier la terre enti&#232;re ! Franchement, alors que tout &#231;a c'&#233;tait de la faute aux Allemands, alors ils ont qu'&#224; aller attaquer les Allemands une bonne fois pour toutes et on n'en parle plus&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En avance sur les travaux, la derni&#232;re semaine se finit &#224; son rythme. Un shibani de l'immeuble, qui appr&#233;cie particuli&#232;rement que ce soit des petits jeunes qui bossent, ram&#232;ne le th&#233; &#224; la menthe et les p&#226;tisseries au miel. Les gars r&#234;vent &#224; ce qu'ils vont faire de leur paie, &#224; la Coupe du Monde qui va commencer, &#224; la f&#234;te organis&#233;e par l'organisme HLM pour la livraison du chantier, aux possibilit&#233;s professionnelles qu'ils ont d&#233;couvertes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Yacine va essayer de monter sa bo&#238;te, il a pris des rencards avec la Chambre de commerce et d'industrie, C&#233;dric va se payer son BAFA, Michel tenter de faire une validation d'acquis en m&#233;canique, Sergio envisage d'entamer une formation dans les m&#233;tiers du d&#233;m&#233;nagement et attend surtout de pouvoir acheter le maillot de l'Argentine, Yannick attend bien plus sereinement le rendez-vous avec le Juge d'application des peines, avec la garantie de belles attestations de suivi, d'insertion et de boulot.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Dernier jour, au si&#232;ge de l'organisme HLM. Les cinq gars &#8211; Ahmed s'est excus&#233; au t&#233;l&#233;phone de ne pouvoir &#234;tre pr&#233;sent &#8211; au milieu d'un ar&#233;opage de cravat&#233;s et d'&#233;lus venus r&#233;ceptionner le chantier, boire un coup, et sans doute aussi un peu voir &#224; quoi &#231;a ressemble, un jeune de banlieue. Chips, Coca et cidre, les gars se d&#233;tendent peu &#224; peu et commencent &#224; se l&#226;cher, un cravat&#233; lambda vient me voir : &#171; &lt;i&gt;Ah, alors c'est vous l'animateur ? Mais c'est qu'ils sont dr&#244;les, en vrai !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Yannick et C&#233;dric sont occup&#233;s aupr&#232;s du boss r&#233;gional de l'organisme HLM &#224; essayer de gratter un contrat, Michel a privatis&#233; deux bouteilles de cidre, Sergio et Yacine tentent de draguer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les trois paquets de chips aux crevettes ruin&#233;s, les gars s'approchent de nous : &#171; &lt;i&gt;Bon, c'est bien sympa l'ap&#233;ro, mais si vous nous invitiez &#224; manger pour f&#234;ter &#231;a ?&lt;/i&gt; &#187; Clin d'&#339;il de validation de mon directeur. Michel se fait porte-parole et ose poser la question qui f&#226;che : &#171; &lt;i&gt;Et avec le sandwich, on aura le droit de prendre un suppl&#233;ment fromage et une boisson ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dehors, grand beau temps, limite si, &#224; l'approche de la sandwicherie, les potes du quartier ne font pas une haie d'honneur aux h&#233;ros de la peinture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fin du repas, les gars enl&#232;vent enfin leurs combinaisons, les roulent en boule, les scotchent et en font une sorte d'&#233;norme ballon d'un m&#232;tre de diam&#232;tre. Ils l'embrassent et le brandissent &#224; tour de r&#244;le : &#171; &lt;i&gt;Champions du monde de la peinture !&lt;/i&gt; &#187; C'est au tour de C&#233;dric. &#171; &lt;i&gt;Et avant le match, l'hymne !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il sort le MP3.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gars chantent.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;div class='spip_document_3695 spip_documents spip_documents_center'&gt; &lt;object classid='clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000' codebase='http://fpdownload.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,0,0' width='400' height='300'&gt; &lt;param name='movie' value='http://video.google.com/googleplayer.swf?docid=-3536645816597370432&amp;hl=en&amp;fs=true' /&gt; &lt;param name=&quot;quality&quot; value=&quot;high&quot; /&gt; &lt;param name='class' value='' /&gt; &lt;!--[if !IE]&gt; &lt;--&gt; &lt;object data=&quot;http://video.google.com/googleplayer.swf?docid=-3536645816597370432&amp;hl=en&amp;fs=true&quot; width='400' height='300' type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot;&gt; &lt;param name=&quot;quality&quot; value=&quot;high&quot; /&gt; &lt;param name='class' value='' /&gt; &lt;param name=&quot;pluginurl&quot; value=&quot;http://www.macromedia.com/go/getflashplayer&quot; /&gt; &lt;/object&gt; &lt;!--&gt; &lt;![endif]--&gt;
&lt;/object&gt; &lt;/div&gt;
&lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Et ils se mettent &#224; taper le foot au beau milieu de la rue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils jouent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils jouent autant qu'ils vivent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>&#171; Sans risquer de se br&#251;ler un jour&#8230; &#187; (vol. I)</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Sans-risquer-de-se-bruler-un-jour,834</link>
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		<dc:date>2010-06-12T00:20:03Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ubifaciunt</dc:creator>

		<description>Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, l'on sort d'un mois de chantier &#233;ducatif avec six sacr&#233;s gaillards. Premier &#233;pisode : on pr&#233;pare, on recrute, et on commence &#224; bosser dans des cages d'escalier. Pour l'instant, les vannes fusent, l'ambiance est bonne, l'insouciance r&#232;gne. Pour l'instant. Profitons-en en attendant la suite... Trois jours qu'on peint. Il fait au bas mot 30 &#176;C dans la cage d'escalier de la tour, 100 % d'humidit&#233;, on bosse &#224; la (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-La-France-des-Cavernes-" rel="directory"&gt;La France-des-Cavernes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;dl class='spip_document_1893 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/sevice_social-4.jpg' width='160' height='80' alt='JPEG - 30.8 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt; Chroniques d'un &#233;ducateur de rue dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Aujourd'hui, l'on sort d'un mois de chantier &#233;ducatif avec six sacr&#233;s gaillards. Premier &#233;pisode : on pr&#233;pare, on recrute, et on commence &#224; bosser dans des cages d'escalier. Pour l'instant, les vannes fusent, l'ambiance est bonne, l'insouciance r&#232;gne. Pour l'instant. Profitons-en en attendant la suite...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trois jours qu'on peint. Il fait au bas mot 30 &#176;C dans la cage d'escalier de la tour, 100 % d'humidit&#233;, on bosse &#224; la lumi&#232;re des n&#233;ons sous les odeurs de peinture. A l'&#233;tage du dessus, le MP3 de C&#233;dric n'en finit pas de cracher la Sexion d'assaut et Mister you. Je renonce &#224; lui demander pour la milliardi&#232;me fois de baisser le son. Le rap moisi tambourine dans mon cr&#226;ne, la peinture pue, on a d&#251; ramasser un &#233;tron qu'un locataire avait l&#226;ch&#233; entre midi et une heure au huiti&#232;me &#233;tage. Les gars sont encore arriv&#233;s avec un quart d'heure de retard pour bosser, j'ai encore pouss&#233; ma gueulante dans le vent et les rires. Deux heures de l'apr&#232;me et je commence &#224; en avoir ras-le-cul de ce chantier de merde.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce chantier, donc. Le truc qu'on bosse dessus depuis six mois. Un des classiques des &#233;ducateurs en pr&#233;vention sp&#233;cialis&#233;e. En gros, on propose &#224; des jeunes majeurs de bosser quelques temps avec nous pour avoir, &#233;videmment, une paie, mais surtout un parcours d'insertion personnalis&#233;. On ne prend qu'un petit groupe de gars, forc&#233;ment, et si possible ceux qui sont le plus dans la merde, que ce soit aux niveaux judiciaire, familial, ou psychologique. Ou autre. Ou tout &#231;a &#224; la fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le chantier en lui-m&#234;me importe peu. Tu peux repeindre des tours de la cit&#233;, partir nettoyer une mar&#233;e noire, traire des vaches ou m&#234;me essuyer les verres au fond d'un caf&#233; pour peu que les jeunes soient pay&#233;s, au minimum au SMIC, et que tu proposes un accompagnement social coh&#233;rent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ici, quatre journ&#233;es par semaine sont consacr&#233;es au boulot &#224; proprement parler, la cinqui&#232;me &#224; se former : visites m&#233;dicales &#224; la m&#233;decine du travail, formation sur l'hygi&#232;ne et la s&#233;curit&#233; dans les m&#233;tiers du b&#226;timent, notions de droit du travail, atelier CV pour montrer comment on peut masquer le fait d'avoir fait trois ans de taule ou d'avoir quitt&#233; le bahut avant la troisi&#232;me, ouverture de droits S&#233;cu pour ceux qu'ont jamais boss&#233; officiellement auparavant, ouverture de compte en banque pour ceux qui ont eu l'habitude de ne palper que du liquide de toute leur existence, propositions concr&#232;tes de formations ou de contrats.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici six mois, on arrive donc &#224; obtenir d'un des principaux b&#226;illeurs sociaux du quartier l'assurance d'un chantier d'un mois. Deux cages d'escalier d'HLM de dix-sept &#233;tages &#224; repeindre ; on cale les financements et les interventions des assoces partenaires. Voici trois mois, on descend sur le quartier annoncer la nouvelle : &#171; &lt;i&gt;H&#233;, les gars, on a du boulot &#224; vous proposer&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Beau soir de mars sans giboul&#233;es. Tout le monde est dehors, on va voir les plus grosses t&#234;tes cram&#233;es ainsi que ceux qui avaient particip&#233; &#224; des chantiers pr&#233;c&#233;dents. On pr&#233;sume que, le lendemain, tout le quartier sera au courant. D&#232;s lors, on va passer deux mois &#224; insister sur le parcours d'insertion, &#224; essayer de r&#233;cup&#233;rer les CV et les lettres de motiv', partant du principe qu'un boulot est un boulot, et qu'il n'y a aucune raison qu'on c&#232;de au copinage et &#224; la facilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Belles soir&#233;es de mars o&#249; &#231;a d&#233;bat du futur salaire, o&#249; certains se marrent &#224; l'id&#233;e de voir leurs potes tenir un pinceau alors qu'ils ne savent m&#234;me pas rouler un stick, o&#249; on enrage de n'avoir que la lettre de motiv' et pas le CV de Rachid, dossier incomplet, alors qu'il est promis &#224; un an de taule selon son Sursis Mise &#224; l'Epreuve s'il ne trouve pas un boulot tr&#232;s vite, o&#249; l'on pense &#224; des jeunes &#224; engager et o&#249; d'autres se d&#233;couvrent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Coup de fil un dimanche soir, vers 23 heures 30. Sentant le plan foireux et consid&#233;rant que ce gosse-l&#224; n'appelle jamais sans de bonnes raisons et de mauvaises nouvelles, je d&#233;croche :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Wesh Ubi, c'est Ahmed, tu vas bien ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;&#8230;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Non, c'est juste pour dire que je venais de d&#233;poser mon CV et ma lettre de motiv' dans la bo&#238;te &#224; lettres de votre local.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me pas le temps de lui dire que je suis ravi de sa candidature mais qu'il aurait quand m&#234;me pu attendre le lendemain matin pour me pr&#233;venir et il a d&#233;j&#224; raccroch&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la touchante lettre de Sergio, 19 berges, d&#233;scolaris&#233; depuis plus de cinq ans. De l'habitus de classe qui transpire par tous les pores :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Objet : candidature pour le poste d'ouvrier,&lt;/i&gt;
(&#8230;)
&lt;i&gt;Ce poste de peintre en b&#226;timent m'int&#233;resse car j'ai d&#233;j&#224; diverses exp&#233;riences dans ce domaine. Je suis dynamique, ponctuel, puis j'aime le travail d'&#233;quipe et le travail bien fait, ces qualit&#233;s sont souvent appr&#233;ci&#233;es pour cette sp&#233;cialit&#233;.&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;Cela m'occupera &#233;galement, ayant en ce moment beaucoup de temps libre.&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;Je reste &#224; votre enti&#232;re disposition (&lt;i&gt;&#8230;&lt;/i&gt;)&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis tous ceux pour lesquels nous ne sommes pas dupes, pas plus qu'eux d'ailleurs. Des raisons tout aussi respectables : pour la thune, seulement, pour rel&#226;cher un peu la pression familiale, pour nous faire plaisir aussi un peu, pour les conseils des potes qui l'avaient d&#233;j&#224; fait, pour passer le temps autrement qu'en tenant les murs de la cit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Premier jour, six candidats retenus parmi les dix ayant postul&#233;. Ils ne sont que cinq &#224; l'embauche ; Jonathan ne viendra jamais. Message laiss&#233; dans la nuit de nos t&#233;l&#233;phones pour nous dire qu'il allait au chevet de sa grand-m&#232;re mourante, et qu'il aurait un peu de retard ce matin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinq, donc, et autant d'histoires individuelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Yannick, grand gaillard de 24 ans, que le glaive de la justice menace violemment. Droit et int&#232;gre comme un gars de la cit&#233; qui n'a pas envie de retourner au trou.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ahmed, qu'on conna&#238;t depuis cinq ans et avec qui on n'a jamais r&#233;ussi &#224; aller au bout de quelque chose. Le genre &#224; tout planter au moment o&#249; &#231;a commence &#224; r&#233;ussir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C&#233;dric, qui vit entre la rue et chez son fr&#232;re, dans une merde noire, qui s'est frit&#233; avec le P&#244;le emploi, qui s'est frit&#233; avec la Mission locale, qui s'est frit&#233; avec son assistante sociale apr&#232;s trois mois d'h&#244;tel d'urgence, qui ne parle plus qu'&#224; nous, vite fait, quand on passe devant son hall d'immeuble, qui en veut &#224; la terre enti&#232;re, sans doute &#224; juste titre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Yacine, ayant besoin de thunes pour ses projets, fiable et bosseur, dur &#224; cerner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis Sergio, le d&#233;conneur pince-sans-rire de la bande en plus d'&#234;tre dans l'habitus de classe, au fond pr&#232;s du radiateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Embauche &#224; neuf heures, distribution des combinaisons et des chaussures de s&#233;curit&#233;. Les gars mettent en boule la combi sous les t-shirts et gardent leurs baskets pour faire les cent m&#232;tres qui nous s&#233;parent de la premi&#232;re tour. Trop peur de se faire griller par leurs potes, genre comme s'ils &#233;taient debout &#224; neuf heures et que tout le quartier n'&#233;tait pas d&#233;j&#224; au courant. T&#226;cher de sauver les apparences, au moins le premier jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rencontre avec Thomas, l'encadrant technique du chantier. La petite quarantaine, peintre depuis une bonne dizaine d'ann&#233;es, et on imagine sans peine un bon gros parcours de vie maussade dans la musette.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mont&#233;e au dix-septi&#232;me. M&#233;lange d'odeur de pisse, de shit et de pizza refroidie, restes de la nuit. On commence &#224; lessiver. La Saint-Marc peine &#224; masquer la puanteur, les narines commencent &#224; s'habituer. Les gars bossent en silence, ils ont oubli&#233; les MP3 &#224; la maison, dans le d&#233;part, en speed de peur d'&#234;tre en retard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une heure de pause &#224; midi. On r&#233;gale le caf&#233; et Yannick balance d'un coup ses emmerdes judiciaires : &#171; &lt;i&gt;Euh, Ubi, en fait je veux bien que t'appelles la Cour d'appel pour savoir combien de temps il me reste &#224; faire.&lt;/i&gt; &#187; Thomas saute sur l'occasion, cartes sur table : &#171; &lt;i&gt; Vous savez, les gars, quand je suis sorti du trou, je suis rest&#233; deux ans &#224; la rue. Et puis, c'est gr&#226;ce &#224; un chantier comme &#231;a que j'ai commenc&#233; &#224; m'en sortir. Aujourd'hui, c'est mon taf.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ni trop, ni trop peu, juste de quoi susciter la curiosit&#233;. Les gars se taisent un instant, le regardent plus profond&#233;ment. Puis, c'est les questions en rafale. L'apr&#232;me va se passer &#224; parler de taule dans l'odeur de Saint-Marc et le bruit des MP3.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fin de journ&#233;e, sur les cent m&#232;tres qui nous s&#233;parent du local technique, les gars ne songent m&#234;me pas &#224; enlever leurs combinaisons, pris dans une discussion sur le fait qu'un &#233;ducateur puisse t&#233;moigner en faveur d'un jeune devant un juge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les potes du quartier commencent &#224; descendre de chez eux, pour certains, leur journ&#233;e de boulot va commencer. On traverse le boulevard. Un cri, du haut d'une fen&#234;tre : &#171; &lt;i&gt;Alors, les Picasso ?&lt;/i&gt; &#187; Sergio hurle en retour : &#171; &lt;i&gt;Wesh, j'suis autant lessiv&#233; qu'on a lessiv&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_3646 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L400xH300/P5311550x-28461.jpg' width='400' height='300' alt='JPEG - 132.1 ko' style='height:300px;width:400px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me jour. Les gars sont &#224; la bourre, yeux tir&#233;s par un r&#233;veil sans doute &#224; l'arrach'. Certains se sont couch&#233;s vers les trois heures, apr&#232;s l'entra&#238;nement de foot et les parties de poker.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;but de la peinture &#224; proprement parler, rien de bien compliqu&#233;, rechampi sur les coins et les bordures, et tout au rouleau pour le reste. Les gars s'appliquent, turbinent, ne prennent pas de pause de la matin&#233;e, certains songent &#224; faire une sieste &#224; midi plut&#244;t qu'&#224; manger.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sergio, particuli&#232;rement rapide et efficace, se bouffe une vanne d'Ahmed : &#171; &lt;i&gt;De toute fa&#231;on, vous les Portugais, c'est toujours pareil ; en fait, c'est parce qu'il y a une &#233;mission de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; qui cartonne chez vous. Ils enferment dix personnes pour bricoler dans une baraque et le dernier &#224; avoir termin&#233;, il est &#233;limin&#233; &#224; la fin de chaque semaine. &#199;a s'appelle &#8216;Le Ma&#231;on faible'.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Six &#233;tages de faits, d&#233;j&#224;, en une matin&#233;e. A ce rythme-l&#224;, le chantier va pas durer deux semaines. D&#232;s lors, on n'aura de cesse d'expliquer aux gars comment ne pas aller trop vite, allonger les pauses tout en respectant la commande, arriver &#224; l'heure mais &#233;tirer le temps, ne pas se tuer &#224; la t&#226;che, et calculer tranquillement les efforts pour livrer le chantier &#224; la date pr&#233;vue ; du travail d'orf&#232;vre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sergio ne se lave pas les mains avant de rentrer bouffer. Devant l'incompr&#233;hension g&#233;n&#233;rale, il n'attend m&#234;me pas que quelqu'un lui demande pourquoi. &#171; &lt;i&gt;Ben ouais, pour deux raisons. D&#233;j&#224; parce qu'on reprend dans une heure et qu'on va se resalir. Et puis surtout parce qu'hier, j'avais dit &#224; mes parents que je faisais de la peinture et qu'ils ont pas vu les t&#226;ches&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Ils n'ont pas d&#251; tout comprendre &#224; nos explications du matin, ou alors le r&#233;veil de la sieste &#233;tait bien difficile, puisqu'ils arrivent tous avec un quart d'heure de retard l'apr&#232;s-midi. Faut dire qu'avec la splendide injonction paradoxale qu'on leur a servie&#8230; En tout cas, trois de leurs potes sont pass&#233;s voir Thomas pour lui demander s'il n'y avait pas du boulot ou des places en rab, vu qu'il y a un absent. Les nouvelles vont vite, et on n'en est qu'au deuxi&#232;me jour.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;.&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, premi&#232;re journ&#233;e de formation. Michel a pris la place vacante de Jonathan dont on est toujours sans nouvelles. Michel, &#231;a fait quatre ans qu'il bosse. &#192; la sauvage. Le pro de la r&#233;paration deux-roues. Tu lui files la mobylette Peugeot d'Arlette Laguiller, il t'en fait une Vespa que Mastroianni n'aurait pas reni&#233;e. Sa copine l'engueule tous les soirs parce qu'elle croit qu'&#224; sa calandre &#224; elle, il pr&#233;f&#232;re les joints de culasse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Michel comme pour les autres, la visite m&#233;dicale n'aura pas &#233;t&#233; vaine. Tous ressortent avec des ordonnances. Dans la salle d'attente, une heure auparavant, les infirmi&#232;res avaient distribu&#233; des questionnaires destin&#233;s &#224; cerner un peu le profil m&#233;dical, QCM o&#249; il fallait indiquer poids, taille, vaccinations, hospitalisations, prises de traitement &#233;ventuelles et, au beau milieu la feuille, ces quatre lettres : &#171; ATCD &#187;. En majuscules, en &#233;vidence. Et trois lignes pointill&#233;es &#224; compl&#233;ter en dessous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sergio s'approche de moi et me demande ce que &#231;a veut dire. Comme j'en sais pas plus que lui, je lui indique que les infirmi&#232;res assises derri&#232;re leur bureau, &#224; trois m&#232;tres de nous, se feront un plaisir de lui r&#233;pondre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Euh, pardon m'dame&#8230;&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Oui ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;&#171; ATCD &#187;, &#231;a veut dire quoi ?&lt;/i&gt;
&lt;br /&gt;- &lt;i&gt;Ah, c'est pour savoir si vous avez d&#233;j&#224; eu des ant&#233;c&#233;dents&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un temps. Sergio r&#233;fl&#233;chit, il semble soulag&#233;, puis, le plus s&#233;rieusement du monde :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ah !!! C'est pour savoir si on est d&#233;j&#224; all&#233;s au commissariat&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les trois-quarts de la salle d'attente manquent de s'&#233;touffer, un gars de la s&#233;cu vient m&#234;me voir si tout va bien, Sergio encha&#238;ne, toujours aussi s&#233;rieux : &#171; &lt;i&gt;Ben quoi, c'est logique, non ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Du coup, on est quelques uns &#224; sortir prendre l'air pour esp&#233;rer calmer notre fou-rire et fumer quelques clopes. Matin&#233;e de mai ensoleill&#233;e en centre-ville, les gars en profitent pour mater les filles passant dans la rue principale du haut d'un muret que prot&#232;ge une grille. Et se mettent dans l'id&#233;e de faire un concours du meilleur dragueur. Sauf que ces cons-l&#224; sont &#224; cinq agglutin&#233;s &#224; une grille qui surplombe de deux m&#232;tres le trottoir et qu'ils sont aussi discrets qu'une bande de flics en civil dans une manif de lesbiennes. De fait, le sixi&#232;me est le seul &#224; finir effectivement &#224; poil, en l'occurrence devant la toubib.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mecs se chauffent mutuellement, montent la voix au fur et &#224; mesure que passent les conqu&#234;tes d&#233;sir&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Waouh, regarde celle-l&#224; comment elle est trop bonne, vazy, comment j' vais l'attraper putain&#8230; H&#233; Ubi, chouffe comment que je suis un tueur de la tchatche !&lt;/i&gt; &#187; Je chouffe donc. &#171; &lt;i&gt;Euh, mademoiselle, euh bonjour&#8230; Euh, &#231;a va bien, sinon ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela dit, de leur propre aveu, les gars ne font que s'entra&#238;ner en attendant midi et la sortie des cours du CAP d'esth&#233;ticiennes, les l&#233;gendes du coin. Tous les mecs du quartier, &#224; les croire, s'en sont au moins tap&#233;s une. Pourtant, les meufs, plus vulgaire, tu meurs, et &#224; c&#244;t&#233; Oph&#233;lie Winter passerait m&#234;me pour Claudia Cardinale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les futures esth&#233;ticiennes sortent et les gars se prennent des vents les uns apr&#232;s les autres. Yannick remporte haut la main la palme de la d&#233;claration la moins pourrie avec un &#171; &lt;i&gt;Mademoiselle, vous &#234;tes ravissante, hein, mais vraiment, hein !&lt;/i&gt; &#187; qui risque de marquer les annales de la galanterie &#224; la fran&#231;aise ; Sergio, quant &#224; lui, balance &#224; une gisquette surmaquill&#233;e et surmanucur&#233;e n'ayant pas mouft&#233; face &#224; une &#233;ni&#232;me tentative : &#171; &lt;i&gt;Pffff, de toute fa&#231;on, tu pues des ongles !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi est consacr&#233;e &#224; d&#233;finir les envies de chacun &#224; l'issue du chantier, &#231;a va du BAFA &#224; la cr&#233;ation d'entreprise en passant par une validation d'acquis par l'exp&#233;rience, un port de bracelet &#233;lectronique ou l'obtention d'un permis cariste. C'est pas tout &#231;a, mais autant dire que y a du boulot en perspective.&lt;/p&gt; &lt;center&gt;-&lt;/center&gt;
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