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		<title>Cap d'Antifer &#8211; Petite histoire iconographique d'un fiasco</title>
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		<dc:date>2015-06-11T14:48:42Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>Comment la construction d'un terminal p&#233;trolier en baie de Seine a-t-elle &#233;t&#233; imag&#233;e par la presse locale ? Peut-on raconter un &#233;v&#233;nement par une succession de clich&#233;s d'illustration ? &#192; partir d'un dossier de presse consign&#233; aux archives municipales du Havre, tentative de ne (re)garder d'un mirage que ses images p&#226;les et ses l&#233;gendes. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 18 d'Article11 * 1- 1er avril 1972. La falaise, sur la photo, se jette dans la mer et s'&#233;tire au loin en direction du Havre. La pente (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Chroniques-portuaires-" rel="directory"&gt;Chroniques portuaires&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1481-aad79.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment la construction d'un terminal p&#233;trolier en baie de Seine a-t-elle &#233;t&#233; imag&#233;e par la presse locale ? Peut-on raconter un &#233;v&#233;nement par une succession de clich&#233;s d'illustration ? &#192; partir d'un dossier de presse consign&#233; aux archives municipales du Havre, tentative de ne (re)garder d'un mirage que ses images p&#226;les et ses l&#233;gendes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 18 d'&lt;/i&gt;Article11&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;1- 1&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;er&lt;/sup&gt; avril 1972. La falaise, sur la photo, se jette dans la mer et s'&#233;tire au loin en direction du Havre. La pente est d'abord douce, bossel&#233;e, avant de se raidir. Par endroits, des morceaux de la paroi crayeuse ont chut&#233;, d&#233;couvrant la blancheur de la roche. Au premier plan, une d&#233;pression naturelle du terrain (une valleuse) creuse la c&#244;te et offre un acc&#232;s &#224; la mer. Ici, un petit engin m&#233;canique prend la pose. L'image occupe les trois-quarts de la page. En l&#233;gende, il est annonc&#233; qu'en 1974 &#171; &lt;i&gt;cette photo ne sera plus qu'un souvenir&lt;/i&gt; &#187;, puisque qu'&#171; &lt;i&gt;un monde nouveau sera implant&#233; dans ce paysage&lt;/i&gt; &#187; &#8211; jusqu'ici un &#171; &lt;i&gt;d&#233;cor magnifique&lt;/i&gt; &#187; selon le journaliste du &lt;i&gt;Havre Libre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2- Dans un autre quotidien local, dat&#233; du m&#234;me jour, trente-quatre personnes entourent un homme, d&#233;contract&#233; dans son imperm&#233;able beige, la main droite dans la poche de sa veste. Sourire aux l&#232;vres, il s'exprime dans un micro reli&#233; &#224; une petite mallette tenue par un autre homme. Je crois d&#233;nombrer quatre femmes, et deux casquettes orn&#233;es de galons. Autour des figurants, des champs ; derri&#232;re eux, l'ombre d'un village &#8211; certainement Saint-Jouin-Bruneval, qui surplombe cette falaise. C'est le jour &#171; J &#187;, &#233;crit le journaliste, lequel estime aussi qu'en 1974 &#171; &lt;i&gt;tout un monde nouveau s'&#233;tendra &#224; nos pieds&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3- Six semaines plus tard, quatre bulldozers travaillent dans un paysage amput&#233;. Le cuir de la falaise a &#233;t&#233; arrach&#233; ; les machines creusent dans un mat&#233;riau blanc et mou &#8211; on dirait du beurre. Un terre-plein prend forme. La seconde image de la page, plus petite, immortalise un engin en pleine action, vidant la terre de sa pelleteuse. Dans &lt;i&gt;Le Havre Libre&lt;/i&gt;, ce 18 mai 1972, &#171; &lt;i&gt;le relief a d&#233;j&#224; chang&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4- Publi&#233; par le Port autonome du Havre en 1971, et gliss&#233; au milieu des articles, un rapport technique rappelle que l'augmentation de la taille des navires p&#233;troliers depuis la Seconde Guerre mondiale est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu. Les gros p&#233;troliers permettent de d&#233;gager de meilleures marges que les petits. Et puis, la consommation d'&#233;nergie mondiale quadruplera certainement entre 1967 et l'an 2000, tandis que la part du p&#233;trole dans la consommation totale devrait passer de 43 % &#224; 71 %. Malheureusement, le port du Havre ne r&#233;pond pas aux exigences techniques li&#233;es &#224; l'exploitation des tr&#232;s gros navires d&#233;passant les 500 000 tonnes, ici nomm&#233;s &#171; &lt;i&gt;les mammouths&lt;/i&gt; &#187;. Une belle image, emprunt&#233;e au &lt;i&gt;National Geographic&lt;/i&gt; de f&#233;vrier 1969 (&#233;dition anglaise), accompagne le texte. Elle montre une famille de pachydermes surnageant dans une mare boueuse, et on aimerait que ce soit vrai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5- Ce qui est tout &#224; fait vrai &#8211; aussi vrai que &#171; &lt;i&gt; l'&#233;norme trou b&#233;ant dans la falaise&lt;/i&gt; &#187; d&#233;crit dans l'&#233;dition du 31 mars 1973 du &lt;i&gt;Havre Libre&lt;/i&gt; &#8211;, c'est que le 11 d&#233;cembre 1969, le gouvernement fran&#231;ais a retenu le site de la baie de Seine pour y construire un terminal p&#233;trolier destin&#233; &#224; la r&#233;ception des mammouths. L'article sur le trou contient dix occurrences du mot &#171; &lt;i&gt;&#233;norme&lt;/i&gt; &#187;. C'est dire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;6- L'homme sur la photo illustrant l'article sur le trou a quelque chose du pr&#233;sident Kennedy. Depuis le belv&#233;d&#232;re am&#233;nag&#233; pour l'occasion, il pr&#233;sente l'avanc&#233;e des travaux aux curieux. De la main gauche, il d&#233;signe un petit panneau d'affichage, repr&#233;sentant la digue &#8211; &#233;norme &#8211; qu'il s'agira maintenant de construire en amassant des blocs de b&#233;ton &#8211; &#233;normes &#8211; dans la mer &#8211; &#233;norme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;7- D&#233;but ao&#251;t 1973, la lumi&#232;re du jour est tellement puissante qu'on croirait la photo prise en plein d&#233;sert. Les contours sont &#233;cras&#233;s ; la mer se confond avec le sable. Que le clich&#233; soit trop blanc ou non, l'absence de contrastes n'est pas si &#233;tonnante : ce qui est pris &#224; la falaise est vers&#233; dans la mer pour construire les terre-pleins. En bas de cette m&#234;me page de journal, une autre photo repr&#233;sente un large chemin de terre form&#233; &#224; travers champs par des tracteurs &#8211; une &#171; &lt;i&gt;bretelle priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, pour mieux charrier les mat&#233;riaux, pour ne pas d&#233;ranger les habitants du village, lit-on en commentaire. Dans son livre &lt;i&gt;Clefs&lt;/i&gt;, quand Daniel S. Milo discute des penchants polygames de Don Juan et monogames du Misanthrope, il d&#233;crit le principe de drague &#8211; et de vie &#8211; du second (l'asc&#232;se sociale) en ces termes : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas de mirage sans d&#233;sert.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;8- Nous sommes le 5 avril 1974. Les deux hommes, sur la photo, rient franchement, adoss&#233;s &#224; leur tracteur. L'un n'a pas trente ans, l'autre plus de cinquante. Celui-ci porte un b&#233;ret noir, inclin&#233; vers la gauche. Il ne sait pas quoi faire de ses mains, pr&#233;f&#232;re les laisser pendre mollement le long de son corps. Les deux hommes ont l'air satisfait. Il n'y a pas de l&#233;gende.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;9- Le lendemain, une autre photo para&#238;t dans un journal concurrent, l&#233;gend&#233;e cette fois : &#171; &lt;i&gt;Il y a quelques jours, les vaches paissaient l&#224; o&#249; travaille le bull.&lt;/i&gt; &#187; En d&#233;pit des apparences, les personnages de la veille ne sont donc pas heureux. Ce sont deux paysans sans terre. Ils viennent de se faire exproprier par le port qui, pour construire le terminal, a besoin de 80 hectares suppl&#233;mentaires &#8211; obtenus en mordant sur les terres cultivables ou en rasant des maisons d'habitation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;10- Dans l'&#233;dition du 5 avril, le journaliste &#233;crit que cette expropriation &#171; &lt;i&gt;n'est pas une affaire &#233;norme, ni dramatique&lt;/i&gt; &#187; ; et la photo choisie en illustration sourit. Dans l'&#233;dition du 6 avril, madame Champion, l'&#233;pouse de l'homme au b&#233;ret, conclut l'article avec cette phrase : &#171; &lt;i&gt;Un jour, ils vont retrouver mon taureau &#224; l'entr&#233;e des bureaux du port. Pas un n'osera passer&#8230; &lt;/i&gt; &#187; Pour la dignit&#233; de la famille Champion, pour sa col&#232;re, il est heureux que la presse, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre libre, soit quotidienne et concurrentielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;11- Entre le 10 avril 1974 et le 25 juin 1976, les images sont vides, lointaines &#8211; quelques vues surplombantes du terminal, toujours les m&#234;mes (zoom&#233;es, recadr&#233;es). On ne s'approche gu&#232;re de ce que l'on pressent se transformer en poids mort. La r&#233;animation est verbale, logorrh&#233;ique, nerveuse. Les journalistes s'escriment, s'&#233;chauffent, se r&#233;p&#232;tent, passent &#224; l'heure d'&#233;t&#233;, puis &#224; l'heure d'hiver, puis &#224; l'heure d'&#233;t&#233;, puis&#8230; Non, l'atome ne prendra pas le dessus. Non, Antifer n'est pas une erreur d'appr&#233;ciation. Oui, plus le p&#233;trole se fera rare et cher, plus les mammouths seront requis &#8211; les taux de marge. Pour le Port autonome du Havre, pour l'&#201;tat, il est heureux que la presse, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre libre, soit quotidienne et angoiss&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;12- Le 26 juin 1976, quatorze personnes, guillerettes, entourent un homme qui tient une paire de ciseaux dans la main droite. L'action vient de se produire. Face &#224; l'objectif, une partie du ruban coup&#233; vole au vent. Le terminal inaugur&#233;, le 39&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment entame La Marseillaise. En dessous, cinq personnes savamment accoutr&#233;es regardent l'objectif depuis le pont du Batillus. Fra&#238;chement sorti des Chantiers de l'Atlantique, ce 550 000 tonnes vient d'&#234;tre baptis&#233; par M&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;me&lt;/sup&gt; Andr&#233; B&#233;nard, &#233;pouse du &#171; &lt;i&gt;managing director&lt;/i&gt; &#187; de la compagnie Shell. &#199;a y est, le mammouth est amarr&#233; au mirage. D&#232;s l'introduction, il est dit que cette &#171; &lt;i&gt;manifestation monstre&lt;/i&gt; &#187; a &#233;t&#233; pourvue de &#171; &lt;i&gt;gorilles discrets&lt;/i&gt; &#187;. Le Batillus est alors le plus grand v&#233;hicule mobile construit au monde. Notons, cependant, que le mot &#171; &#233;norme &#187; est pass&#233; de mode.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;13- Dans &lt;i&gt;Le Havre Libre&lt;/i&gt;, ce jour de juin 1976, peu apr&#232;s l'inauguration, s'entassent enfants, bou&#233;es, corps &#224; moiti&#233; nus, serviettes, parasols. La plage d'Antifer est d&#233;sormais accessible aux voitures. Des doutes sur la propret&#233; de l'eau ? Tr&#234;ve de &#171; &lt;i&gt;pr&#233;jug&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, gronde la journaliste ! &#171; &lt;i&gt;Par essence, ils ne peuvent &#234;tre tous justifi&#233;s&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Un petit encadr&#233; indique le titre all&#233;chant d'un article &#224; venir : &#171; &lt;i&gt;La construction du port a contribu&#233; &#224; purifier les eaux d'Antifer &lt;/i&gt; &#187;. Pour le Port autonome du Havre, pour l'&#201;tat, il est heureux que la presse, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre libre, soit quotidienne et dot&#233;e d'humour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;14- Janvier 1990, la l&#233;gende est triste, elle qu&#233;mande : &#171; &lt;i&gt;L'Esso-pacific &#224; son poste d'Antifer. Une image que l'on souhaiterait voir se renouveler plus souvent.&lt;/i&gt; &#187; Avant lui, aucun mammouth n'avait visit&#233; le port depuis 1986. Suite aux &#171; crises p&#233;troli&#232;res &#187;, la plupart des &#171; P&#233;troliers transporteurs de brut ultra grands &#187; ont &#233;t&#233; d&#233;truits - le Batillus tr&#233;passe en 1985.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;15- Septembre 1990. Pli&#233;s en deux dans leur combinaison, des agents du Port autonome d&#233;versent des &#171; produits lourds &#187; sur les galets de la plage d'Antifer, tach&#233;s de p&#233;trole. Cette technique, depuis interdite en France, revient &#224; r&#233;pandre des produits &#224; forte densit&#233; et viscosit&#233; sur le polluant, pour faciliter son glissement vers l'eau, puis vers les fonds marins. Le polluant est pollu&#233;, en somme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;16- Il n'y a pas de mirage sans d&#233;sert.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;17- En 2006, le Port autonome du Havre &#233;met un appel &#224; projet pour construire et exploiter un nouveau terminal m&#233;thanier &#224; Antifer, lequel est remport&#233; par Gaz de Normandie, filiale de Poweo. Selon l'&#201;tat, l'importation de gaz naturel liqu&#233;fi&#233; par bateau permettrait de s'affranchir des contraintes diplomatiques et &#233;conomiques li&#233;es &#224; la circulation de cette &#233;nergie par gazoducs. Oppos&#233;s &#224; ce projet qui revient &#224; &#171; &lt;i&gt;consommer plus d'&#233;nergie pour vendre plus&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Les citations de ce paragraphe sont extraites de diff&#233;rents articles de (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;, les locaux se mobilisent. &#201;voquant le terminal p&#233;trolier construit quarante ans plus t&#244;t, Fran&#231;ois Auber &#171; &lt;i&gt;[se] souvien[t] qu'on se demandait pourquoi les &#233;lus ne s'&#233;taient pas mieux d&#233;fendus. D&#233;sormais, c'est &#224; notre tour d'&#234;tre mis devant nos responsabilit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. &#201;lu maire du village de Saint-Jouin-Bruneval en juin 2008 pour contrer le terminal m&#233;thanier, il f&#233;d&#232;re la lutte contre &#171; &lt;i&gt;un projet qui servira &#224; enrichir les quelques personnes qui s'octroient le pouvoir de nuisance sur notre littoral, sur nos campagnes&lt;/i&gt; &#187;. Apr&#232;s une mobilisation de cinq ans, les militants ont finalement remport&#233; la bataille d'Antifer en 2012&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Le suppl&#233;ment &#233;t&#233; 2014 du journal CQFD pr&#233;sente les planches de Sirou, (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;18- Selon la mairie de Saint-Jouin-Bruneval, seulement 25 % des capacit&#233;s du terminal p&#233;trolier sont exploit&#233;es &#224; ce jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;*&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Antifer, octobre 2014 (photographies : Julia Zortea)&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6898 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH335/000040-nb_-_Copie-2ef17.jpg' width='500' height='335' alt='JPEG - 87.5 ko' style='height:335px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6899 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH334/000026_-_Copie-1d062.jpg' width='500' height='334' alt='JPEG - 96.1 ko' style='height:334px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6900 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH335/000048_-_Copie-16100.jpg' width='500' height='335' alt='JPEG - 134.2 ko' style='height:335px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6901 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH335/000057_-_Copie-582e0.jpg' width='500' height='335' alt='JPEG - 94.9 ko' style='height:335px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6903 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH335/000059_-_Copie-2-4a203.jpg' width='500' height='335' alt='JPEG - 115.4 ko' style='height:335px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6904 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH895/000046_-_Copie-af18d.jpg' width='500' height='895' alt='JPEG - 313.6 ko' style='height:895px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Les citations de ce paragraphe sont extraites de diff&#233;rents articles de presse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Le suppl&#233;ment &#233;t&#233; 2014 du journal &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; pr&#233;sente les planches de Sirou, dessinateur havrais, &#224; propos de la bataille d'Antifer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Il se dit qu'en &#233;t&#233;, le quai cuit</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Il-se-dit-qu-en-ete-le-quai-cuit</link>
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		<dc:date>2015-03-16T15:58:07Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>Le long des quais de la Seine, deux cent dix-sept bouquinistes partagent environ neuf cents bo&#238;tes, allou&#233;es par la mairie de Paris. Dans ces malles aux tr&#233;sors, livres et gravures d'occasion c&#244;toient tours Eiffel en plastique et d&#233;s &#224; l'effigie du Kamasutra. Sur les pav&#233;s, le quai. Cette chronique portuaire a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le num&#233;ro 17 de la version papier d'Article11 * Il se dit qu'en &#233;t&#233;, le quai cuit. Le bitume fond. Et puisqu'il cuit, personne n'y passe plus. C'est la d&#232;che. Qui fl&#226;nerait sur (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Chroniques-portuaires-" rel="directory"&gt;Chroniques portuaires&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1467-4f35e.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le long des quais de la Seine, deux cent dix-sept bouquinistes partagent environ neuf cents bo&#238;tes, allou&#233;es par la mairie de Paris. Dans ces malles aux tr&#233;sors, livres et gravures d'occasion c&#244;toient tours Eiffel en plastique et d&#233;s &#224; l'effigie du Kamasutra. Sur les pav&#233;s, le quai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette chronique portuaire a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le num&#233;ro 17 de la version papier d'&lt;/i&gt;Article11&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Il se dit qu'en &#233;t&#233;, le quai cuit. &lt;br /&gt;Le bitume fond.
&lt;br /&gt;Et puisqu'il cuit, personne n'y passe plus.
&lt;br /&gt;C'est la d&#232;che.
&lt;br /&gt;Qui fl&#226;nerait sur du bitume br&#251;lant ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mai, il cuisait d&#233;j&#224;, le quai. &lt;br /&gt;La lumi&#232;re &#233;tait toute crue et le b&#233;ton suintait. &lt;br /&gt;Mon voisin n'en avait cure. Et riait de mon &#233;tonnement : si &#231;a, c'est cuire, tu imagines un peu l'&#233;t&#233; ?
&lt;br /&gt;Lui, il dit qu'il n'a jamais besoin de porter un chapeau. Depuis toutes ces ann&#233;es, le soleil ne lui fait plus rien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'emp&#234;che, avec ou sans casquette, quand le quai cuit, les bouquinistes abandonnent leurs bo&#238;tes. Ils prennent place sur le trottoir d'en face, sous les stores des boutiques de souvenirs invariablement tenues par des hommes d'une autre origine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; quelques exceptions pr&#232;s, ils ont appris &#224; marcher sur les quais. Ils les ont ensuite ardemment d&#233;test&#233;s, repouss&#233;s, vomis. Pour mieux les retrouver. Ma voisine dit qu'elle est accro. Elle passe des entretiens d'embauche en croisant les doigts pour &#234;tre refus&#233;e. Trente ans de quais. Avant elle, sa m&#232;re, sa grand-m&#232;re et son arri&#232;re-grand-m&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La doyenne des quais, 96 ans, est d&#233;c&#233;d&#233;e la semaine derni&#232;re. &#199;a leur a fait quelque chose, &#224; tous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En t&#234;te de peloton des vraiment tr&#232;s vieux, il y a aussi la m&#232;re de mon voisin, et Raymond, celui qui n'a plus toute sa t&#234;te depuis l'ann&#233;e derni&#232;re. Lui, il ne se souvient plus dans quel ordre il faut ouvrir les bo&#238;tes. Et puis il a une obsession. Il enl&#232;ve l'&#233;corce du platane qui pousse &#224; c&#244;t&#233; de ses bo&#238;tes, tout ce qu'il est en mesure d'&#233;plucher. Aussi, sa femme veille &#224; l'ouverture. Elle d&#233;teste le quai, elle ne touche pas aux bo&#238;tes, mais elle ne peut pas l'interdire de venir, Raymond.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus souvent, un bouquiniste poss&#232;de trois &#224; quatre bo&#238;tes d'affil&#233;e, fix&#233;es sur des coffres le long du parapet. Pour les ouvrir, il faut &#244;ter les cadenas, soulever et fixer les couvercles en trois temps, puis sortir les tables, les pr&#233;sentoirs &#224; affiches, &#224; cartes postales, &#224; sets de table, d&#233;plier la chaise, accrocher les b&#226;ches en plastique en cas de pluie, en toile pour le soleil. &#199;a para&#238;t simple, mais le jour o&#249; tu perds l'ordre, t'es foutu &#8211; c'est ce qu'en pense ma patronne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma patronne, quand la chaise se d&#233;plie mal, elle la traite de salope. &#201;ventuellement de pute. Elle lui donne des coups de pied. Puis elle s'excuse, elle dit que les quais, &#231;a use. Que depuis le temps les touristes, et le bruit, surtout, jouent sur ses nerfs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une fois, elle a imit&#233;, tr&#232;s fort, la d&#233;flagration d'une moto p&#233;taradante qui passait par l&#224;. Apr&#232;s ce long cri de b&#234;te, elle a paru soulag&#233;e. Ce fut surprenant. Mais &#233;trangement, &#224; l'inverse de l'odeur de pisse refroidie, on finit par se faire &#224; la douce violence des quais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur mon quai, aucun bouquiniste ne vend de bouquins. Ou alors &#224; la marge. Des vrais bouquinistes, des passionn&#233;s, des irr&#233;ductibles, il en existe toujours, mais ailleurs, sur d'autres rives de la Seine. Des mis&#233;rables ou des h&#233;ritiers, tranchent les miens. Ceux-l&#224;, ils ne gagnent rien, disent-ils. Nous, on prend &#231;a au s&#233;rieux. On doit vivre des bo&#238;tes comme on trairait une vache.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour traire leurs bo&#238;tes, certains les ornent de quelques Agatha Christie &#8211; les jaunes, aux &#233;ditions du Masque &#8211; et d'autres battent le pav&#233; affubl&#233;s de marini&#232;res et de b&#233;rets. Le d&#233;guisement, il para&#238;t que &#231;a aide. Malgr&#233; cet argument, la plupart des bouquinistes pensent comme mon voisin : tu scrutes le ciel, tu t'habilles en fonction et tu t'en fous d'&#234;tre moche. L'hiver, quand il fait z&#233;ro, tu nous verrais avec une baguette de pain sous le bras ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la cat&#233;gorie &#171; aimants pour le frigo &#187;, les petites baguettes rencontrent un franc succ&#232;s. Comme dirait ma patronne, c'est une merde qui marche, mais tout de m&#234;me moins que les cadres miniatures, copies conformes &#8211; et en relief &#8211; des tableaux de ma&#238;tres en 2 x 2 (cm).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur mon quai, dire merde pour d&#233;signer une marchandise, c'est affectueux. Par merde, il faut comprendre : petit, facile &#224; ranger, pas tr&#232;s cher &#224; l'achat, rapide &#224; &#233;couler. Sur les quais, on vit principalement gr&#226;ce aux merdes que l'on ach&#232;te chez les grossistes d'Aubervilliers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma patronne et ma voisine ne s'appr&#233;cient pas beaucoup. Leurs merdes se font concurrence. &#192; vrai dire, sur mon quai, personne ne s'entend vraiment bien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout se sait. Tout circule. Le quai est petit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N&#233;anmoins, il y a des r&#232;gles &#224; respecter. &lt;br /&gt;La politesse, la biens&#233;ance. &lt;br /&gt;Faire la bise en arrivant et en partant. &lt;br /&gt;C'est la condition pour pouvoir faire pipi tranquillement, pour d&#233;laisser ses bo&#238;tes le temps d'un aller-retour au caf&#233; d'en face. &lt;br /&gt;Les voisins se doivent de surveiller, r&#233;ciproquement, la vache de leurs voisins.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la tr&#234;ve du pipi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a d'autres moments d'entraide. &lt;br /&gt;Cette union qui se forme, plus forte que l'animosit&#233;, quand l'&#233;v&#233;nement survient, quand des mendiants d&#233;barquent, quand des touristes intempestifs se hasardent &#224; prendre une photo, quand un portant s'affaisse et que la marchandise d&#233;gringole.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors ils crient Vermine ! Rentre dans ton pays ! &lt;br /&gt;Ils s'&#233;paulent, en parlent des heures. &lt;br /&gt;Avant de retrouver leurs merdes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Sous la pluie, un passant hagard raconte qu'il part rendre visite &#224; ses belles-filles. Il parle des cloches de la cath&#233;drale Notre-Dame.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des adolescents par centaines cherchent le pont aux cadenas pour y sceller leur amour. Ils s'inqui&#232;tent de savoir si la municipalit&#233; les d&#233;crochera un jour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des couples en vacances se disputent dans toutes les langues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les touristes ach&#232;tent des merdes par milliers. Des tours Eiffel entre cinquante centimes et soixante-quinze euros, d&#233;montables pour la valise. Ils ne veulent pas tous de sacs en plastique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les gravures se conservent mieux roul&#233;es que planes. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pulsions, transpiration. &lt;br /&gt;Il se dit qu'en &#233;t&#233;, le quai cuit.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6811 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH338/268-ecran-wm-02ec2.jpg' width='500' height='338' alt='JPEG - 150.1 ko' style='height:338px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Cette photo, ainsi que la vignette de l'article, prises &#224; Sotchi (Russie) en 1964, proviennent du fonds photographique du d&#233;mographe Jacques Dup&#226;quier, que l'on peut contempler sur le site de l'iconoth&#232;que du &lt;a href=&quot;http://iconotheque-russe.ehess.fr/corpus/2/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Centre d'&#233;tudes des mondes russe, caucasien et centre europ&#233;en&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De la servitude &#224; la conqu&#234;te &#8211; Entretien avec Gillian Weiss</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?De-la-servitude-a-la-conquete</link>
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		<dc:date>2015-03-02T16:21:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>&#171; Utilisant la M&#233;diterran&#233;e comme indispensable point de vue pour une &#233;tude de l'ascension de la France, (...) le livre lie le rachat des captifs &#224; la formation d'un &#201;tat - mais aussi, &#224; l'id&#233;ologie encore vivace de l'&#233;mancipation par la conqu&#234;te. &#187; Entretien avec l'historienne am&#233;ricaine Gillian Weiss &#224; propos de prisonniers qui furent tour &#224; tour marins, brebis &#233;gar&#233;es de la France catholique, sujets royaux, supports de fantasmes et pr&#233;textes &#224; la colonisation. Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 17 (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Entretiens-" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1439-3345a.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Utilisant la M&#233;diterran&#233;e comme indispensable point de vue pour une &#233;tude de l'ascension de la France, (...) le livre lie le rachat des captifs &#224; la formation d'un &#201;tat - mais aussi, &#224; l'id&#233;ologie encore vivace de l'&#233;mancipation par la conqu&#234;te. &#187; Entretien avec l'historienne am&#233;ricaine Gillian Weiss &#224; propos de prisonniers qui furent tour &#224; tour marins, brebis &#233;gar&#233;es de la France catholique, sujets royaux, supports de fantasmes et pr&#233;textes &#224; la colonisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 17 d'&lt;/i&gt;Article11&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Captifs et corsaires, L'identit&#233; fran&#231;aise et l'esclavage en M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Captifs et corsaires. L'identit&#233; fran&#231;aise et l'esclavage en M&#233;diterran&#233;e, (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;, l'historienne &#233;tats-unienne Gillian Weiss, rattach&#233;e &#224; l'universit&#233; de Cleveland, analyse la formation d'une &#171; identit&#233; fran&#231;aise &#187; d'&#201;tat &#224; travers le sort des captifs fran&#231;ais r&#233;duits en esclavage dans les cit&#233;s corsaires du Maghreb, entre 1550 et 1830. D'abord d&#233;laiss&#233;s par le royaume, parce que consid&#233;r&#233;s comme des accident&#233;s du commerce maritime, ces prisonniers au statut fragile ont ensuite fait l'objet de tentatives de rachat par l'&#201;tat fran&#231;ais. Face aux captures, ce dernier &#224; ainsi progressivement reconfigur&#233; ses crit&#232;res d'appartenance et sa politique ext&#233;rieure, jusqu'&#224; ce que le sort pr&#233;sum&#233; de ces esclaves serve de pr&#233;texte &#224; la colonisation au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Se d&#233;tournant des &#171; &lt;i&gt;typologies statiques&lt;/i&gt; &#187;, l'ouvrage &#233;rudit et fourmillant de Gillian Weiss emprunte &#224; l'histoire sociale, diplomatique et culturelle, ainsi qu'&#224; l'histoire de l'art, pour montrer l'&#233;volution des &#171; &lt;i&gt;notions de libert&#233; et de non-libert&#233; en France&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;la nature mouvante de l'esclavage, l'association entre lib&#233;ration et construction d'une nation, les racines imp&#233;rialiste de l'abolition&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6761 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L219xH174/chillida10b-2-0738c.jpg' width='219' height='174' alt='JPEG - 19 ko' style='height:174px;width:219px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous &#234;tes-vous int&#233;ress&#233;e &#224; la France, et plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'esclavage en M&#233;diterran&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; J'ai pass&#233; une ann&#233;e en France quand j'avais 15 ans. En commen&#231;ant ma licence d'histoire &#224; l'universit&#233;, j'ai donc orient&#233; mes recherches vers ce pays, notamment parce que j'en parlais d&#233;j&#224; la langue. J'ai aussi travaill&#233; en 1990 comme assistante d'une &#233;crivaine et journaliste du &lt;i&gt;New Yorker&lt;/i&gt;, Jane Kramer. C'&#233;tait au moment de l'affaire de la profanation du cimeti&#232;re juif de Carpentras. &#192; sa demande, j'ai effectu&#233; des recherches historiques sur cette communaut&#233;. Et en rentrant aux &#201;tats-Unis, j'ai choisi de faire mon m&#233;moire de ma&#238;trise sur les juifs de Bayonne au XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quand j'ai commenc&#233; mon doctorat &#224; l'universit&#233; de Stanford, je me suis int&#233;ress&#233;e &#224; l'histoire des Morisques &#8211; des musulmans convertis au catholicisme en Espagne. En 1610, Henri IV a accord&#233; &#224; 50 000 Morisques expuls&#233;s par le royaume espagnol le droit de traverser les Pyr&#233;n&#233;es pour s'installer en France. Dans la majorit&#233; des cas, ce ne fut qu'une &#233;tape vers l'Empire ottoman.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est en travaillant aux archives de la Chambre de commerce de Marseille que j'ai finalement pris connaissance de ces &#233;pisodes d'esclavage en M&#233;diterran&#233;e. Un &#233;tudiant m'a indiqu&#233; qu'il y avait l&#224; des documents sur les esclaves musulmans en France et sur les esclaves fran&#231;ais en Afrique du Nord. J'ai rapidement compris que les traces de cet esclavage ne se r&#233;duisaient pas &#224; quelques mentions &#233;parses et que cette documentation contenait de v&#233;ritables r&#233;cits de captivit&#233;, o&#249; il &#233;tait notamment question de rachat d'esclaves fran&#231;ais retenus au Maghreb. De fait, il s'agit d'un vaste sujet, tr&#232;s peu &#233;tudi&#233;, surtout &#224; partir du d&#233;but du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='footnote' title='De nombreux chercheurs ont depuis effectu&#233; des recherches sur la (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; auparavant, les rares allusions &#224; l'esclavage des Fran&#231;ais servaient essentiellement &#224; l&#233;gitimer la conqu&#234;te d'Alger. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi ce sujet a-t-il &#233;t&#233; ainsi mis &#224; l'&#233;cart ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Je peux imaginer les raisons pour lesquelles les historiens fran&#231;ais du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ne s'y sont quasiment pas int&#233;ress&#233;s. Malgr&#233; le travail de Fernand Braudel, qui a &#233;labor&#233; l'id&#233;e d'un ''espace m&#233;diterran&#233;en''&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans son ouvrage La M&#233;diterran&#233;e et le monde m&#233;diterran&#233;en &#224; l'&#233;poque de (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;, la France est souvent repr&#233;sent&#233;e et &#233;tudi&#233;e en tant que puissance moderne septentrionale, sans &#233;gard pour sa dimension m&#233;diterran&#233;enne. Et puis, le fait que d'anciens sujets coloniaux aient pu maintenir des Fran&#231;ais en esclavage ne plaisait pas &#224; tout le monde... Par cons&#233;quent s'est impos&#233;e l'id&#233;e selon laquelle les ''Barbaresques'' se livraient &#224; des attaques maritimes uniquement contre leurs plus proches voisins europ&#233;ens &#8211; Espagnols, Italiens et Portugais. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les provinces maghr&#233;bines de l'Empire ottoman, longtemps d&#233;sign&#233;es sous le terme d'&#171; &#201;tats barbaresques &#187;, sont alors constitu&#233;es de r&#233;gences ottomanes en Afrique du Nord &#8211; Tripoli, Tunis, et Alger &#8211; ainsi que du Maroc, un royaume ind&#233;pendant. Les corsaires sont des sujets de ces &#201;tats ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; J'ai utilis&#233; le terme &lt;i&gt;corsaire&lt;/i&gt;, et non &lt;i&gt;pirate&lt;/i&gt;, pour souligner le fait qu'il s'agissait de capitaines disposant de l'autorisation de leur souverain pour agir. D'ailleurs, il y avait &#233;galement des corsaires chr&#233;tiens &#8211; y compris des Fran&#231;ais &#8211; qui s'en allaient piller les navires et les c&#244;tes du Maghreb. Sur les deux rives, on les nommait du terme arabe ''&lt;i&gt;ra'is&lt;/i&gt;''. Il s'agissait d'un ph&#233;nom&#232;ne bilat&#233;ral, sinon sym&#233;trique. Certains corsaires barbaresques &#233;taient m&#234;me des Europ&#233;ens convertis &#224; l'islam par int&#233;r&#234;t lucratif. Par exemple, Murat Reis, connu pour avoir enlev&#233; 800 personnes &#224; Reykjavik, &#233;tait &#224; l'origine un Hollandais r&#233;pondant au nom de Jan Janszoon. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Devenait-on corsaire pour contr&#244;ler territorialement la M&#233;diterran&#233;e ? Pour accro&#238;tre sa fortune ? Celle de son &#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les raisons &#233;taient diverses et mixtes, d'autant que les appartenances &#233;taient alors moins d&#233;termin&#233;es qu'aujourd'hui. L'historiographie r&#233;cente a beaucoup insist&#233; sur cette fluidit&#233; identitaire et politique de l'espace m&#233;diterran&#233;en en tant que subversion de l'&#201;tat. &#192; l'inverse, j'ai voulu d&#233;montrer que l'&#201;tat a aussi profit&#233; de cette fluidit&#233; pour se construire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour leur part, les corsaires, chr&#233;tiens ou musulmans, s'emparaient des navires ennemis afin de prendre possession des cargaisons et des &#233;quipages. Les prisonniers &#233;taient vendus comme esclaves ou retenus en captivit&#233; pour obtenir des ran&#231;ons. L'argent de ces derni&#232;res a largement irrigu&#233; l'&#233;conomie des villes portuaires du Maghreb, mais aussi celle de ports europ&#233;ens comme Livourne. Quant &#224; la royaut&#233; fran&#231;aise, elle a mis beaucoup d'&#233;nergie &#224; capturer et &#224; acheter des ''Turcs'', afin d'en faire des rameurs pour sa flotte de gal&#232;res royales. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France &#233;tait pourtant consid&#233;r&#233;e comme un &#171; sol libre &#187; &#224; cette &#233;poque...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Cette id&#233;e existe depuis le XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Il ne s'agit pas d'une loi, mais d'une sorte de principe de libert&#233; territoriale &#8211; qui implique th&#233;oriquement la lib&#233;ration des esclaves, y compris musulmans. Mais en d&#233;pit de la maxime '&lt;i&gt;'Nul n'est esclave en France&lt;/i&gt;'', les administrateurs et les th&#233;ologiens se sont ing&#233;ni&#233;s &#224; justifier l'esclavage des Nord-Africains. Parce que Louis XIV voulait r&#233;ellement poss&#233;der des rameurs turcs &#8211; au premier rang desquels les ''Barbaresques''. Et surtout parce que la royaut&#233; fran&#231;aise entendait faire taire les critiques qui lui &#233;taient adress&#233;es depuis le XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle au sujet de ses relations diplomatiques avec l'Empire ottoman. Ces rameurs faisaient ainsi fonction de symbole de sa puissance et de preuve de sa catholicit&#233;. Mais en r&#233;alit&#233;, il y avait aussi des juifs, des chr&#233;tiens et surtout des protestants sur les gal&#232;res du roi de France. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous expliquez que l'int&#233;r&#234;t de l'&#201;tat fran&#231;ais pour ses sujets retenus au Maghreb a &#233;volu&#233;. Au XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Henri IV ne se pr&#233;occupait gu&#232;re du rachat de ces derniers, ce qui a donn&#233; lieu au d&#233;veloppement de diverses techniques &#171; priv&#233;es &#187; de lib&#233;ration&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Un certain nombre d'historiens travaillent aujourd'hui sur le commerce des captifs en M&#233;diterran&#233;e, &#224; l'image de Wolfgang Kaiser&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf notamment Le Commerce des captifs. Les interm&#233;diaires dans l'&#233;change et le (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt; en France. Ils ont notamment montr&#233; qu'il existait de nombreux interm&#233;diaires dans ce commerce, souvent des marchands, qui pouvaient par exemple pr&#234;ter l'argent de la ran&#231;on aux d&#233;tenus. Ou bien acheter un ''Turc'' dans le port de Livourne &#8211; il s'y tenait un grand march&#233; aux esclaves &#8211; pour ensuite l'&#233;changer directement contre un esclave retenu en Afrique du Nord, ou contre un rameur des gal&#232;res de France. En outre, deux ordres religieux catholiques r&#233;dempteurs (les Trinitaires et les Merc&#233;daires) s'&#233;taient sp&#233;cialis&#233;s dans le rachat d'esclaves ; ils &#233;taient motiv&#233;s par la peur de voir ceux-ci se convertir &#224; l'islam.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'entraide familiale &#233;tait aussi tr&#232;s importante. Si l'on ne faisait pas tout pour racheter un parent retenu en captivit&#233;, on n'&#233;tait plus digne d'h&#233;riter. Les familles s'endettaient, les &#233;pouses missionnaient des notaires, &#233;crivaient des lettres aux institutions r&#233;gionales, etc. Le code de la famille &#233;tait m&#234;me exceptionnellement am&#233;nag&#233; pour l'occasion : les femmes pouvaient ali&#233;ner leur dot, ou vendre le bien de leur mari ou de leur p&#232;re pour le sauver. Quand il s'agissait de r&#233;tablir l'ordre familial, l'inf&#233;riorit&#233; li&#233;e au sexe, notamment juridique, &#233;tait lev&#233;e. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez que les exclus officiels des affaires du royaume (juifs s&#233;farades, protestants, ren&#233;gats, femmes) agissaient alors comme des agents d'inclusion dans l'&#201;tat fran&#231;ais. Cette capacit&#233; d'action internationale, mise en &#339;uvre par des gens d'origine tr&#232;s modeste (pour la plupart issus de l'entourage des marins), est impressionnante&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Daniel Hershenzon, un historien qui travaille sur l'Espagne, consid&#232;re que ce sont justement les communications entre esclaves, interm&#233;diaires et familles qui constituaient l'espace m&#233;diterran&#233;en en tant qu'entit&#233; &#8211; plut&#244;t que les accords diplomatiques bilat&#233;raux entre royaumes. Cela dit, &#224; la diff&#233;rence d'autres pays, la France avait d&#232;s le Moyen &#194;ge d&#233;velopp&#233; des accords avec Alger, gr&#226;ce &#224; Marseille. Les &#201;tats existaient bel et bien, mais le sort des captifs n'a pas toujours &#233;t&#233; leur priorit&#233;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi la lib&#233;ration des captifs est-elle devenue une affaire d'&#201;tat, notamment sous Louis XIV ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La lib&#233;ration des captifs a progressivement acquis une forte charge symbolique : &#234;tre capable de lib&#233;rer ses sujets correspondait &#224; une d&#233;monstration publique de puissance. Les processions d'esclaves affranchis &#224; travers la France et la diffusion des r&#233;cits de captivit&#233; &#8211; organis&#233;e par les Trinitaires et les Merc&#233;daires &#8211; ont ainsi pris une importance particuli&#232;re sous Louis XIV. En plus de &lt;i&gt;lib&#233;rer&lt;/i&gt;, l'&#201;tat et l'&#201;glise avaient aussi &#224; c&#339;ur de montrer qu'ils acceptaient de &lt;i&gt;r&#233;int&#233;grer&lt;/i&gt; un sujet ''sain''. Soit un sujet qui n'avait pas &#233;t&#233; contamin&#233; physiquement par la peste&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='footnote' title='&#192; leur retour, les anciens esclaves fran&#231;ais &#233;taient mis en quarantaine au (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;, moralement par la sodomie, et spirituellement par la conversion &#8211; les trois p&#233;rils barbaresques selon l'imaginaire de l'&#233;poque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette ostentation de la r&#233;int&#233;gration r&#233;sonne fortement avec cette tendance qu'avait la royaut&#233; des ann&#233;es 1680 &#224; vouloir unifier la France catholique contre les protestants&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='footnote' title='La r&#233;vocation de l'&#201;dit de Nantes, qui reconnaissait la libert&#233; de culte aux (...)' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt; . En ce sens, les rachats de captifs &#233;taient &#233;galement une mani&#232;re de d&#233;terminer qui &#233;tait fran&#231;ais et qui ne l'&#233;tait pas. &#192; cette &#233;poque, la monarchie a ainsi d&#233;cid&#233; que seuls les catholiques pouvaient &#234;tre rachet&#233;s par l'&#201;tat. D&#232;s lors, les captifs ont d&#251; adresser leurs lettres directement au roi, plut&#244;t qu'aux familles et institutions de leur ville d'origine. C'&#233;tait une mani&#232;re de les pousser &#224; d&#233;clarer publiquement leur appartenance religieuse et &#224; faire all&#233;geance au roi. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un tri &#233;tait-il op&#233;r&#233; lors des rachats d'esclaves ? Que devenaient les captifs protestants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'&#201;tat faisait lib&#233;rer en priorit&#233; les sujets les plus utiles &#224; l'enrichissement du pays &#8211; les p&#232;res de famille, les marins de sa flotte, les jeunes mousses&#8230; Pendant longtemps, les ordres r&#233;dempteurs catholiques, consid&#233;rant qu'il &#233;tait inacceptable de laisser un chr&#233;tien entre les mains de musulmans, ont &#233;galement rachet&#233;s des huguenots. Sous Louis XIV, les ordres religieux ont perdu leur autonomie, et cette pratique a plus ou moins pris fin. Mais les protestants disposaient aussi de leurs propres r&#233;seaux de rachat, notamment en lien avec les Provinces-Unies des Pays-Bas et avec l'Angleterre, alors en comp&#233;tition avec la France pour le contr&#244;le du Maghreb. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6763 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L313xH348/eduardo_chillida_nancy-61b4d.jpg' width='313' height='348' alt='JPEG - 25.4 ko' style='height:348px;width:313px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous r&#233;futez l'id&#233;e - re&#231;ue - d'un affrontement continu entre Orient et Occident, entre Croix et Croissant&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les &#233;changes entre les deux rives restaient g&#233;n&#233;ralement paisibles. Et la question de l'esclavage et de la captivit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un simple accident dans un parcours de vie. Les marchands, de m&#234;me que les communaut&#233;s fran&#231;aises libres install&#233;es &#224; Alger et &#224; Tunis, s'opposaient d'ailleurs aux efforts militaires du roi (si&#232;ges, bombardements d'Alger) pour r&#233;cup&#233;rer les captifs, car ils estimaient que ces actions p&#233;nalisaient le commerce et les &#233;changes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai trouv&#233; dans les registres de la chancellerie de la France &#224; Tunis des procurations de Fran&#231;ais convertis &#224; l'islam autorisant leur famille &#224; vendre leurs biens, ou leur accordant une somme d'argent. Alors qu'en th&#233;orie ils avaient renonc&#233; &#224; leur patrie d'origine, ils ont pu conserver des liens avec la France. Cette derni&#232;re acceptait aussi assez facilement de r&#233;int&#233;grer les ren&#233;gats. On trouve ainsi de nombreuses lettres de captivit&#233; adress&#233;es au roi indiquant : ''&lt;i&gt;Je suis devenu musulman en apparence, mais je suis rest&#233; chr&#233;tien du fond du c&#339;ur.&lt;/i&gt;'' Les relations et les appartenances &#233;taient plus fluides et duales que la mani&#232;re dont on les repr&#233;sente souvent. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;La justification de l'esclavage sur les rives de la M&#233;diterran&#233;e est alors d'ordre religieux, mais elle se dotera d'une charge raciale au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement de la traite n&#233;gri&#232;re en Afrique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Je veux montrer qu'il y a une continuit&#233; entre ces deux formes de servitude. M&#234;me si les historiens ont beaucoup insist&#233; sur la diff&#233;rence entre les captifs, qui repr&#233;sentaient une valeur d'&#233;change, et les esclaves, qui repr&#233;sentaient une valeur de travail. Les chr&#233;tiens d&#233;tenus au Maghreb avaient effectivement la valeur de leur ran&#231;on ; ils pouvaient &#234;tre rachet&#233;s et lib&#233;r&#233;s. Cette forme est bien distincte de la servitude permanente et h&#233;r&#233;ditaire des populations noires envoy&#233;es en Am&#233;rique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ceci dit, aux XVII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; et XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, les termes &lt;i&gt;esclaves&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;captifs&lt;/i&gt; &#233;taient synonymes en France ; ils d&#233;signaient tous deux une capture fond&#233;e sur une diff&#233;rence de religion. Les musulmans du Maghreb &#233;taient alors vus comme des ennemis, mais sans &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme culturellement inf&#233;rieurs aux Europ&#233;ens. Le d&#233;veloppement de la traite n&#233;gri&#232;re a ensuite progressivement modifi&#233; la mani&#232;re de concevoir l'esclavage en M&#233;diterran&#233;e. L'id&#233;e selon laquelle un Blanc ne pouvait plus &#234;tre esclave s'est d&#233;velopp&#233;e tout au long du XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reste-t-il des esclaves blancs en Afrique du Nord au tournant du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Pratiquement aucun. Les derniers sont ceux qui ont des statuts ambigus : des d&#233;serteurs, des personnes qui ont perdu leurs papiers, des sujets des R&#233;publiques s&#339;urs&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='footnote' title='&#201;tats cr&#233;&#233;s par le Directoire dans les pays conquis par la France, entre 1795 (...)' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;&#8230; La R&#233;volution fran&#231;aise a associ&#233; l'id&#233;e de libert&#233; au pays. Et cela a justifi&#233; un certain nombre de conqu&#234;tes ''lib&#233;ratoires'' : il fallait briser les cha&#238;nes partout dans le monde. Mais en r&#233;alit&#233;, il s'agissait surtout de briser les cha&#238;nes des Blancs &#8211; ou assimil&#233;s. Lors de la campagne d'&#201;gypte, Napol&#233;on a fait une halte &#224; Malte, o&#249; il a symboliquement lib&#233;r&#233; les esclaves maghr&#233;bins ; dans le m&#234;me temps, il r&#233;-institutionnalisait l'esclavage &#224; Saint-Domingue. Comme nombre de ses contemporains, il n'&#233;tait pas totalement oppos&#233; &#224; l'esclavage ; seul celui des Blancs lui semblait intol&#233;rable. Cet argument de lib&#233;ration, qui ne ne correspondait pourtant plus &#224; une situation r&#233;elle dans les provinces ottomanes du Maghreb, a d'ailleurs servi de pr&#233;texte &#224; la conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie en 1830.&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans son introduction, Gillian Weiss explique que des argumentaires avanc&#233;s (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce l'une des justifications qui en a &#233;t&#233; donn&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les causes de cette conqu&#234;te sont beaucoup moins &#233;tudi&#233;es que le processus de colonisation et de d&#233;colonisation de l'Alg&#233;rie. On fait souvent allusion aux dettes contract&#233;es par Napol&#233;on aupr&#232;s du Dey d'Alger trente ans plus t&#244;t, au c&#233;l&#232;bre coup d'&#233;ventail, au d&#233;sir de Charles X de se maintenir au pouvoir en se pr&#233;valant d'une victoire militaire &#224; l'&#233;tranger, etc. Mais il faut en r&#233;alit&#233; situer cette conqu&#234;te dans un temps plus long. J'ai constat&#233; au fil de mes recherches&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Notamment sur les productions picturales de l'&#233;poque.' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt; que la question des captifs est revenue dans les esprits avec les guerres d'ind&#233;pendance de la Gr&#232;ce (1821-1830) &#8211; on pr&#233;tendait alors que des femmes hell&#232;nes avaient &#233;t&#233; mises en vente sur des march&#233;s aux esclaves par des Turcs. C'est l&#224; que la peur a chang&#233; de nature en France. Auparavant, la menace de la conversion concernait l'&#226;me des hommes. Mais d&#233;sormais, c'est le corps des femmes blanches qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme expos&#233; au viol et au m&#233;tissage. Ce type de fantasme s'est m&#233;lang&#233; &#224; l'argument de l'abolition de la traite des Blancs, lui-m&#234;me li&#233; &#224; une volont&#233; affich&#233;e de conqu&#234;te lib&#233;ratoire. Et tout &#231;a a servi de pr&#233;texte &#224; la conqu&#234;te d'Alger. Sauf qu'&#224; l'arriv&#233;e de l'arm&#233;e exp&#233;ditionnaire, il n'y avait que 120 captifs &#224; Alger (et pas la moindre femme). Dans le m&#234;me temps, des captifs et captives musulmans &#233;taient encore retenus en Europe m&#233;ridionale. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6762 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L236xH296/Chillida-Barcelona_I-bc1fb.jpg' width='236' height='296' alt='JPEG - 15.9 ko' style='height:296px;width:236px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On trouve ici les racines de la mission pr&#233;tendument civilisatrice de la France&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Lors de la conqu&#234;te de la province ottomane d'Alger, la France a &#233;labor&#233; un discours fond&#233; sur l'id&#233;e de lib&#233;ration : les Fran&#231;ais venaient lib&#233;rer les Blancs de l'esclavage des Nord-Africains, les Alg&#233;riens du joug ottoman, les mers de la piraterie, les terres mal cultiv&#233;es par les Ottomans, le commerce, etc. Sauf que la premi&#232;re justification de cette exp&#233;dition de conqu&#234;te &#8211; la lib&#233;ration des captifs blancs retenus &#224; Alger &#8211; reposait sur une r&#233;alit&#233; tr&#232;s largement fantasm&#233;e. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vignette et illustrations : estampes &#224; l'eau-forte de Chillida (d&#233;tails).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;La citation du chapeau est tir&#233;e de l'introduction de l'ouvrage. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-1' id='nb2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;Captifs et corsaires. L'identit&#233; fran&#231;aise et l'esclavage en M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt;, traduit de l'anglais par Anne-Sylvie Homassel et publi&#233; en mars 2014 par les &lt;a href=&quot;http://www.editions-anacharsis.com/Captifs-et-corsaires&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#233;ditions Anacharsis&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-2' id='nb2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] De nombreux chercheurs ont depuis effectu&#233; des recherches sur la question.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-3' id='nb2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Dans son ouvrage &lt;i&gt;La M&#233;diterran&#233;e et le monde m&#233;diterran&#233;en &#224; l'&#233;poque de Philippe II&lt;/i&gt; (1949), l'historien Fernand Braudel con&#231;oit l'espace m&#233;diterran&#233;en comme une unit&#233; g&#233;ographique ayant ses propres dynamiques et temporalit&#233;s, lesquelles ne correspondent pas n&#233;cessairement &#224; celles des royaumes et principaut&#233;s qui le constituent au XVI&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-4' id='nb2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Cf notamment &lt;i&gt;Le Commerce des captifs. Les interm&#233;diaires dans l'&#233;change et le rachat des prisonniers en M&#233;diterran&#233;e, XV&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt;-XVIII&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;, Wolfgang Kaiser (dir.), &#201;cole fran&#231;aise de Rome, 2008.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-5' id='nb2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &#192; leur retour, les anciens esclaves fran&#231;ais &#233;taient mis en quarantaine au lazaret de Marseille, agrandi et modernis&#233; pour l'occasion dans les ann&#233;es 1660.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-6' id='nb2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] La r&#233;vocation de l'&#201;dit de Nantes, qui reconnaissait la libert&#233; de culte aux protestants, date de 1685.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-7' id='nb2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &#201;tats cr&#233;&#233;s par le Directoire dans les pays conquis par la France, entre 1795 et 1799.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-8' id='nb2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Dans son introduction, Gillian Weiss explique que des argumentaires avanc&#233;s pour justifier la lutte contre le terrorisme post 11-Septembre aux &#201;tats-Unis dressent une analogie avec la lutte mythifi&#233;e des europ&#233;ens contre la piraterie barbaresque. Voir Le Monde des livres du 10/07/2014, &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/livres/article/2014/07/10/gillian-weiss-le-barbaresque-voila-l-ennemi_4454128_3260.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Gillian Weiss : le Barbaresque, voil&#224; l'ennemi.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh2-9' id='nb2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Notamment sur les productions picturales de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>&#171; Le travail de docker est tr&#232;s poussi&#233;reux &#187; / Drame en un acte</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Le-travail-de-docker-est-tres</link>
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		<dc:date>2014-10-16T11:10:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>Cette courte pi&#232;ce est tir&#233;e d'une situation r&#233;elle &#8211; un colloque sur les cancers professionnels dans le milieu portuaire. Les propos, r&#233;-agenc&#233;s pour l'&#233;criture, ont tous &#233;t&#233; rigoureusement tenus et retranscrits. &#171; Les conclusions ? En gros, tout le monde a &#233;t&#233; expos&#233;. &#187; Cette chronique a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le num&#233;ro 16 de la version papier d'Article11 * Au rez-de-chauss&#233;e d'un b&#226;timent neuf, une pi&#232;ce aveugle, neutre, en amphith&#233;&#226;tre. La lumi&#232;re artificielle contraste avec celle du jour, claire et grise. Sur (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Chroniques-portuaires-" rel="directory"&gt;Chroniques portuaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1434-f1ec5.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette courte pi&#232;ce est tir&#233;e d'une situation r&#233;elle &#8211; un colloque sur les cancers professionnels dans le milieu portuaire. Les propos, r&#233;-agenc&#233;s pour l'&#233;criture, ont tous &#233;t&#233; rigoureusement tenus et retranscrits. &#171; Les conclusions ? En gros, tout le monde a &#233;t&#233; expos&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette chronique a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le num&#233;ro 16 de la version papier d'&lt;/i&gt;Article11&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au rez-de-chauss&#233;e d'un b&#226;timent neuf, une pi&#232;ce aveugle, neutre, en amphith&#233;&#226;tre. La lumi&#232;re artificielle contraste avec celle du jour, claire et grise. Sur la sc&#232;ne, une estrade. Sur l'estrade, une table avec quatre orateurs : Colin (ancien docker, pr&#233;sident de l' Association z&#233;ro maladie sur les docks &#8211; AZMD), Lee, Clo&#233; et Garrett (trois repr&#233;sentants de l'universit&#233;). La salle est &#224; moiti&#233; pleine ; un des orateurs s'adresse d&#233;j&#224; au public. Alors que la lumi&#232;re diminue, les marmottements deviennent soudainement distincts.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;COLIN, &lt;i&gt;haranguant la salle en bras de chemise&lt;/i&gt; &#8211; &#8230; plus que la normale ! Une esp&#233;rance de vie r&#233;duite de dix ans. Voil&#224; pour la premi&#232;re enqu&#234;te. En 2010, 140 dockers ont pu &#234;tre contact&#233;s sur les 190 qui travaillaient dans le port en 1992. Sur ces 140, 87 ont d&#233;velopp&#233; des maladies, dont 61 cancers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;UN HOMME EN RETARD, &lt;i&gt;il d&#233;plie son strapontin en s'adressant, essouffl&#233;, &#224; son voisin&lt;/i&gt; &#8211; Pardon, mais elles ont bloqu&#233; les trains. (&lt;i&gt;Il fait un geste de la main, comme si &#171; elles &#187; avaient sci&#233; les rails.&lt;/i&gt;) Les sages-femmes. Elles sont en col&#232;re. (&lt;i&gt;L'autre le fixe en silence, et pose &#224; nouveau les yeux sur l'orateur.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;COLIN &#8211; ... bois tropical avec des fongicides, ammonitrate, fruits et l&#233;gumes avec des pesticides, coke de p&#233;trole, amiante etc. (&lt;i&gt;Un temps.&lt;/i&gt;) Nous n'avons pas cr&#233;&#233; l'AZMD pour d&#233;signer des responsables. Nous voulons d&#233;velopper notre connaissance pour pr&#233;server nos comp&#233;tences et vivre pleinement notre retraite.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;UN DOCKER DANS LA SALLE, &lt;i&gt;il demande le micro&lt;/i&gt; &#8211; Moi, si j'avais pas eu l'asso, je serais amiant&#233; sans le savoir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;PLUSIEURS VOIX &#8211; Bien dit, Henry !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CLO&#201; &#8211; Et donc, c'est pour &#231;a que nous avons lanc&#233; cette recherche-action. Pour aller plus loin dans les constats de l'association. Faire utile et efficace. Une &lt;i&gt;recherchacchion&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEE, &lt;i&gt;un peu trop vite&lt;/i&gt; &#8211; Quand les objectifs pr&#233;c&#232;dent les buts, quoi&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CLO&#201;, &lt;i&gt;un sourcil lev&#233;&lt;/i&gt; &#8211; &#8230; pour aider les dockers &#224; effectuer leur proc&#233;dure de reconnaissance des maladies professionnelles, mettre des outils &#224; disposition des syndicats et informer l'ensemble des acteurs portuaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEE, &lt;i&gt;triturant son ordinateur, puis levant la t&#234;te vers le public&lt;/i&gt; &#8211; Je tiens &#224; rappeler la m&#233;thode : on a fait des entretiens individuels avec une quarantaine de personnes. On voulait obtenir un descriptif tr&#232;s d&#233;taill&#233; des parcours professionnels. Conna&#238;tre, par exemple, les diff&#233;rents postes occup&#233;s par le docker, les outils, les produits utilis&#233;s ainsi que les marchandises transport&#233;es. La recherche biographique a parfois pos&#233; des probl&#232;mes de m&#233;moire. Il s'agissait de retracer des p&#233;riodes pouvant aller jusqu'&#224; quarante ann&#233;es d'activit&#233;, avec des dizaines d'employeurs, pour les int&#233;rimaires. Heureusement qu'il y avait les carnets, pour recouper les informations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CLO&#201; &#8211; Lee veut parler des carnets journaliers de dockers. Avant la mensualisation des salaires, en 1992, certains dockers notaient tout pour &#233;viter les probl&#232;mes de calcul du salaire, avec le contrema&#238;tre &#8211; l'heure d'arriv&#233;e et le nom du bateau, la nature de la marchandise et de la t&#226;che effectu&#233;e, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;UN DOCKER RETRAIT&#201;, &lt;i&gt;sans attendre le micro&lt;/i&gt; &#8211; On &#233;tait pay&#233;s en fonction du tonnage d&#233;charg&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEE &#8211; Bref, on a soumis ces fiches retra&#231;ant les parcours professionnels &#224; des experts, qui ont identifi&#233; les expositions &#224; des agents canc&#233;rig&#232;nes sur des p&#233;riodes pr&#233;cises. Les conclusions ? En gros, tout le monde a &#233;t&#233; expos&#233;. (&lt;i&gt;Un temps.&lt;/i&gt;) Particuli&#232;rement &#224; l'amiante, aux fum&#233;es de soudage de la construction navale, aux boulets de chardon, au gaz d'&#233;chappement diesel, aux pesticides. ..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE DOCKER RETRAIT&#201; &#8211; Boulets de chardon&#8230; (&lt;i&gt;Il rit, tout bas.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEE, &lt;i&gt;dans son &#233;lan&lt;/i&gt; &#8211; Grains, sable, poussi&#232;res&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE DOCKER RETRAIT&#201; &#8211; Veaux, vaches, cochons&#8230; (&lt;i&gt;Il rit. Puis, &#224; son voisin&lt;/i&gt;) Alors, t'es all&#233; chez l'urologue ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEE &#8211; Le travail de docker est tr&#232;s poussi&#233;reux. R&#233;sultat : les travailleurs sont poly-expos&#233;s. Et encore, on n'a pas pu tout contr&#244;ler. On suppose l'existence d' expositions &#224; l'amiante lors des d&#233;chargements des frigo-russes&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Navires frigorifiques russes.' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;, sans pouvoir le v&#233;rifier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;UN HOMME INCONNU &#8211; Si, c'est certain ! La Russie ignore la toxicit&#233; de l'amiante !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE DOCKER RETRAIT&#201; &#8211; Quand les bateaux arrivent, on ne sait pas toujours ce qu'il y a dedans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LEE &#8211; Le tribunal des affaires de s&#233;curit&#233; sociale ne prend pas en compte la poly-exposition pour la reconnaissance des cancers professionnels. Cette fois, on pourra avancer les conclusions de l'enqu&#234;te lors du proc&#232;s d'Herv&#233;, malheureusement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;COLIN &#8211; Paix &#224; son &#226;me.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE DOCKER RETRAIT&#201; &#8211; C'est quand m&#234;me dr&#244;le. &#202;tre docker, c'&#233;tait toute une identit&#233;. On valorisait le risque physique, on l'int&#233;grait. Aujourd'hui, avec la maladie, le risque appara&#238;t l&#224; o&#249; on ne l'attendait pas. T'es un docker et t'as le cancer : c'est plus &#233;crasant qu'une charge, &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GARRETT, &lt;i&gt;tr&#233;pignant d'impatience &#224; la tribune&lt;/i&gt; &#8211; La loi sur la r&#233;forme des retraites de 2010 oblige les entreprises &#224; pr&#233;senter un plan relatif &#224; la p&#233;nibilit&#233;. Contrairement &#224; d'autres secteurs, les n&#233;gociations ont abouti dans la sph&#232;re portuaire : si un travailleur justifie de quinze ann&#233;es dans un m&#233;tier p&#233;nible, il peut obtenir une cessation anticip&#233;e d'activit&#233;. On en revient toujours &#224; la m&#234;me question de base : &lt;i&gt;compenser&lt;/i&gt; la perte de l'esp&#233;rance de vie par un retrait du march&#233; du travail, ou &lt;i&gt;pr&#233;venir&lt;/i&gt; le risque ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'INSPECTEUR DU TRAVAIL &#8211; Ouais, le probl&#232;me, c'est que les entreprises de manutention utilisent cet accord pour &#233;viter de s'engager sur la pr&#233;vention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE SYNDICALISTE NOTOIRE, &lt;i&gt;rouge de col&#232;re, s'adressant &#224; Garrett depuis la salle&lt;/i&gt; &#8211; Nan, mais l'autre ! Il a fallu un long conflit, avec des sacrifices, pour parvenir &#224; cet accord de p&#233;nibilit&#233; ! Nous ne souhaitons pas &#234;tre compar&#233;s &#224; d'autres. Nous sommes avant tout des travailleurs portuaires. Le reclassement est impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GARRETT, &lt;i&gt;souffl&#233;&lt;/i&gt; &#8211; Oui, non, mais oui&#8230; En fait, je pr&#233;sentais juste l'&#233;tat du droit, par rapport &#224; la question de la p&#233;nibilit&#233;. (&lt;i&gt;Se reprenant.&lt;/i&gt;) D'ailleurs, il y a aussi cette histoire de cr&#233;ation d'un compte personnel de pr&#233;vention de la p&#233;nibilit&#233;, pr&#233;vu pour 2015 : le C3P. En gros, en fonction de la p&#233;nibilit&#233;, on accumule des points. Puis, avec les points, on peut obtenir des cong&#233;s-formations. Le tout pay&#233; par des cotisations de l'employeur. (&lt;i&gt;Il quitte rapidement la tribune, remplac&#233; par un autre orateur, un m&#233;decin.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE SYNDICALISTE NOTOIRE, &lt;i&gt;s'&#233;tranglant&lt;/i&gt; &#8211; Nan, mais il comprend rien, lui. (&lt;i&gt;Il suit Garrett des yeux.&lt;/i&gt;) On ne peut, &#224; aucun moment, mettre en avant l'aspect salvateur du reclassement. Il ne faut pas oublier qu'&#234;tre docker, c'est un statut fragile. Il ne faut jamais perdre cette r&#233;alit&#233; de vue quand on pense &#224; la pr&#233;vention de la p&#233;nibilit&#233;. Faut pas non plus faciliter le travail des patrons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;GARRETT, &lt;i&gt;boudeur&lt;/i&gt; &#8211; C'est vous qui le dites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'HOMME INCONNU, &lt;i&gt;depuis la salle&lt;/i&gt; &#8211; Les organisations n'ont pas de m&#233;moire, &#224; l'inverse des personnes. Dans mon port, nous sommes en train d'&#233;tablir le cadastre du risque av&#233;r&#233;, en fonction des pathologies, sur chaque poste. L'intention : faire reconna&#238;tre les maladies, et am&#233;liorer les conditions de travail. Mais, alors qu'on dresse la liste des victimes, qui &#233;tablit la liste des coupables ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;COLIN &#8211; Pffff&#8230; La fili&#232;re maritime, c'est une n&#233;buleuse. Pendant un temps, on avait imagin&#233; demander une contribution financi&#232;re en fonction de la responsabilit&#233; dans la cha&#238;ne de production. Mais bon&#8230; Moi, je pense que l'on pourrait jouer sur un autre aspect : davantage de droit &#224; la sant&#233; pour les travailleurs n'am&#233;liorerait-il pas l'image d'un port ? Ne pourrait-on pas faire de la sant&#233; des travailleurs un argument d'attractivit&#233; pour les armateurs ? Je vous laisse m&#233;diter l&#224;-dessus&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE MEDECIN, &lt;i&gt;la voix blanche&lt;/i&gt; &#8211; Euh, ben, nous, les m&#233;decins, on revient de loin, il faut nous laisser le temps de revenir dans le social. Notre pass&#233; conservateur, c'est presque un handicap anthropologique. (&lt;i&gt;Sa voix faiblit&lt;/i&gt;) Mais ce que je veux dire, c'est&#8230; attention au biopouvoir, au contr&#244;le biologique et social, attention &#224; trop de culpabili&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE DOCKER RETRAIT&#201;, &lt;i&gt;intempestif&lt;/i&gt; &#8211; Si on vous demande un CMI&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Certificat m&#233;dical initial, n&#233;cessaire pour entamer une proc&#233;dure de (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;, docteur, r&#233;pondez-moi en votre &#226;me et conscience, que faites-vous ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;LE MEDECIN &#8211; Oh moi, vous savez, j'ai le CMI facile. Apr&#232;s, pour faire le lien entre un cancer de la prostate et le milieu professionnel, c'est moins &#233;vident.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'HOMME INCONNU &#8211; Quand on voit arriver des bateaux de plus de trente m&#232;tres de profondeur de cale&#8230; &#192; ce stade, le risque z&#233;ro est un mythe. Tenez, peut-&#234;tre que l'on devrait tout simplement supprimer les bateaux ?&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;--- Rideau ---&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_6671 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L450xH304/4079_770x521-a19f0.jpg' width='450' height='304' alt='JPEG - 59.4 ko' style='height:304px;width:450px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Radiation hazard - Allan Sekula - S&#233;rie &#171; Methane for all &#187;, 2007&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6672 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L450xH304/4080_770x521-5abaf.jpg' width='450' height='304' alt='JPEG - 100.8 ko' style='height:304px;width:450px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Maiden Voyage of the Sestao Knusten, Allan Sekula, S&#233;rie &#171; Methane for all &#187;, 2007&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6673 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L450xH307/4081_770x527-e43aa.jpg' width='450' height='307' alt='JPEG - 86.2 ko' style='height:307px;width:450px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Gas terminal, Barcelona, Allan Sekula, S&#233;rie &#171; Methane for all &#187;, 2007&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6674 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L400xH421/301e76db2247ca082bcd4f028f58dbd7-e3305.jpg' width='400' height='421' alt='JPEG - 57.2 ko' style='height:421px;width:400px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;D&#233;tail de &#171; Volunteer watching, volunteer smiling (Isla de Ons, 12-19-02) &#187;, Allan Sekula&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s un passage par la performance, Allan Sekula interroge depuis les ann&#233;es 70 les conditions politiques, &#233;conomiques et sociales du capitalisme avanc&#233; en associant la photographie, le texte et le film. Sekula s'est depuis toujours affront&#233; aux d&#233;ficits de repr&#233;sentation frappant certains mondes, celui du travail, des flux &#233;conomiques, de l'&#233;ducation... La r&#233;flexion sur les rapports de pouvoir dans la soci&#233;t&#233; contemporaine n&#233;cessite &#224; ses yeux un dispositif de mise &#224; l'&#233;preuve des faits et de leur apparition auquel le spectateur puisse avoir acc&#232;s. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Extrait de la pr&#233;sentation de &#171; La photographie au travail &#187;, colloque organis&#233; sur Allan Sekula en 2013 au centre Pompidou.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;*&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour en apprendre plus sur les enjeux de sant&#233; li&#233;s aux m&#233;tiers portuaires, on pourra lire &#171; &lt;a href=&quot;http://www.bastamag.net/Etre-docker-a-l-heure-de-la&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;&#202;tre docker, &#224; l'heure de la mondialisation des produits toxiques&lt;/a&gt; &#187;, un article de Nolwenn Weiler sur Bastamag, suivre les &#233;volutions de la recherche-action &lt;a href=&quot;http://www.msh.univ-nantes.fr/34368189/0/fiche___article/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Escale&lt;/a&gt;, et s'int&#233;resser aux activit&#233;s du &lt;a href=&quot;http://www.univ-paris13.fr/giscop/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Giscop 93&lt;/a&gt; - Groupement d'int&#233;r&#234;t scientifique sur les cancers d'origine professionnelle - et de ses chercheurs. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour une r&#233;flexion plus pouss&#233;e sur la mani&#232;re dont les risques professionnels et leur pr&#233;vention ont &#233;t&#233; abord&#233;s depuis un si&#232;cle, on pourra se reporter, parmi une abondante litt&#233;rature, &#224; l'ouvrage collectif &lt;a href=&quot;http://www.pur-editions.fr/couvertures/1243523199_doc.pdf&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Cultures du risque au travail et pratiques de pr&#233;vention&lt;/a&gt;, aux travaux de la sociologue et historienne Laure Pitti (et notamment son &lt;a href=&quot;http://www.gisti.org/spip.php?article4461&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;article&lt;/a&gt; sur la lutte pour la reconnaissance d'un droit &#224; la sant&#233; dans l'usine de Pennaroya), et encourager la lecture du &lt;a href=&quot;http://zite.fr/-Numero-8Venissieux-2014208-pages-2-&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;dernier num&#233;ro&lt;/a&gt; de la revue Z, et de son dossier &#171; Travail, chimie, subversion &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-1' id='nb3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Navires frigorifiques russes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh3-2' id='nb3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Certificat m&#233;dical initial, n&#233;cessaire pour entamer une proc&#233;dure de reconnaissance des maladies professionnelles aupr&#232;s de la CPAM.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Escales </title>
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		<dc:date>2014-07-07T20:28:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>Pour les &#233;quipages des navires marchands, le temps de la mer, interminable, s'oppose &#224; celui de l'escale, abrutissant de rapidit&#233;. Que faire et o&#249; aller, alors que l'on dispose de quelques heures dans des ports coup&#233;s des villes ? O&#249; appara&#238;tre et dispara&#238;tre ? Les foyers de marins, points fixes au milieu de trajectoires d&#233;sarticul&#233;es, r&#233;pondent en partie &#224; ces questions. Cette chronique a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le num&#233;ro 15 de la version papier d'Article11. * Une fois arriv&#233;e &#224; quai, la jeune Elona se rend au (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Chroniques-portuaires-" rel="directory"&gt;Chroniques portuaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1422-19a7d.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour les &#233;quipages des navires marchands, le temps de la mer, interminable, s'oppose &#224; celui de l'escale, abrutissant de rapidit&#233;. Que faire et o&#249; aller, alors que l'on dispose de quelques heures dans des ports coup&#233;s des villes ? O&#249; appara&#238;tre et dispara&#238;tre ? Les foyers de marins, points fixes au milieu de trajectoires d&#233;sarticul&#233;es, r&#233;pondent en partie &#224; ces questions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette chronique a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le num&#233;ro 15 de la version papier d'&lt;/i&gt;Article11.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une fois arriv&#233;e &#224; quai, la jeune Elona se rend au foyer de marins du port de La Pallice, &#224; La Rochelle, o&#249; elle fait, &#224; ses d&#233;pens, une entr&#233;e remarqu&#233;e. Bien que le centre ait pour habitude d'accueillir des gens de mer, l'arriv&#233;e d'Elona &#233;branle &#8211; puis &#233;meut &#8211; la maisonn&#233;e : comme le rapporte un permanent de l'association, &#171; &lt;i&gt;elles sont si rares &#224; s'arr&#234;ter &#224; Marin'escale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce jour de juin 2010, Elona est donc accidentelle dans ce Seamen's club et, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de cela, il faut la saisir sur le vif, en pr&#233;lever un morceau, faire corps autour de cette exception et en v&#233;rifier la teneur. Le personnel du club le confesse volontiers : &#171; &lt;i&gt;Il nous semblait int&#233;ressant de conna&#238;tre un peu cette jeune &#233;l&#232;ve officier.&lt;/i&gt; &#187; Lui demander de raconter sa vie &#8211; mais juste un peu. De bonne ou de mauvaise gr&#226;ce, sous le poids des questions, la jeune femme s'ex&#233;cute.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aussi, parmi les t&#233;moignages de visiteurs du Seamen's club de La Pallice&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Disponibles sur le site de l'association.' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;, on tombe sur une Elona r&#234;veuse, serviable, fianc&#233;e et de pauvre condition. Fig&#233;e entre les lignes d'un court r&#233;cit, elle est dite en regard du typhon qui ravagea son &#238;le natale, et de son l&#233;ger m&#232;tre cinquante. Elle est une &#171; petite jeune &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce m&#234;me jour de juin, la matelote Elona reprend la mer, sur son p&#233;trolier battant pavillon Gibraltar, en direction de Lorient ou &#233;ventuellement de Biarritz, si l'on s'en tient aux mouvements actuels de ce navire, born&#233;s aux limites du golf de Gascogne, g&#233;olocalis&#233;s &#224; partir de son syst&#232;me d'identification automatique et retransmis en temps r&#233;el sur &lt;i&gt;Marinetraffic.com&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6613 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L209xH393/perroquet-637d0.jpg' width='209' height='393' alt='JPEG - 37 ko' style='height:393px;width:209px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Selon l'intensit&#233; de la lumi&#232;re, la coque du cargo d'Elona tire sur le corail ou vire au coquelicot. Qu'il soit pastel ou d'aspect huileux, ce navire reste &#233;l&#233;gant, toujours, car il est rouge. Mais il aurait tout aussi bien pu na&#238;tre bleu acier, ou vert fonc&#233;, et ne pas s'en porter plus mal. Au moins ces couleurs classiques ne risquent-elles pas de causer malheur &#224; l'&#233;quipage, comme le suppose le personnage de roman et marin Maqroll &#224; l'&#233;gard de la teinte &#171; &lt;i&gt;queue de perroquet&lt;/i&gt; &#187; de son &lt;i&gt;Hansa Stern&lt;/i&gt;, navire d&#233;labr&#233; repeint dans un jaune &#171; impossible &#187; sur ordre de Susanne Geltern n&#233;e Silverbach, l'&#233;pouse du capitaine Winfried, dit Wito. Dans le second livre des &lt;i&gt;Tribulations de Maqroll&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Compos&#233;e des ouvrages suivants, traduits en fran&#231;ais et parus chez Grasset (...)' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;, de l'&#233;crivain colombien &#193;lvaro Mutis, le capitaine, ruin&#233;, met fin &#224; ses jours et laisse le marin &#8211; non moins ruin&#233; mais aussi, nous pouvons l'imaginer, d&#233;finitivement phobique du jaune &#8211; en rade &#224; Panama.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je doute fort qu'il exista, dans les ann&#233;es 1920, des foyers de marins en Am&#233;rique centrale. En Grande-Bretagne, les premiers &#171; h&#244;tels &#187; pour seafarers apparaissent en 1922 sous l'&#233;gide de l'Apostolat de la mer , lequel continue de f&#233;d&#233;rer les quelque 1 302 centres Stella Maris r&#233;partis aujourd'hui dans 89 pays. Plusieurs centaines de foyers de marins protestants et la&#239;ques, cr&#233;&#233;s tout au long du XX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, s'ajoutent &#224; ce chiffre, dont une Maison du marin dans le port de Balboa &#224; Panama. En mars 2007, un entrefilet du journal panam&#233;en &lt;i&gt;La Prensa &lt;/i&gt; est consacr&#233; &#224; l'ouverture de ce foyer, premier du pays, et en partie financ&#233; par l'International Transport Workers' Federation&lt;a href='#nb4-3' class='spip_note' rel='footnote' title='F&#233;d&#233;ration internationale des syndicats des travailleurs routiers, de la (...)' id='nh4-3'&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le Panama de Mutis, celui de l'entre-deux-guerres, lieu humide du transit rapide, l'insoluble mis&#232;re des &#233;chou&#233;s condamne l'entraide. Bient&#244;t livr&#233; au ciel tropical, Maqroll trompe l'angoisse en retra&#231;ant jusqu'&#224; l'&#233;puisement les &#171; &lt;i&gt;p&#233;riodes de p&#233;nurie et d'&#233;chec&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href='#nb4-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Mutis, ibid.' id='nh4-4'&gt;4&lt;/a&gt; jadis endur&#233;es. Profitant d'une accalmie, il &#233;carte ses souvenirs &#224; l'aide d'une promenade, achev&#233;e sous le porche d'un h&#244;tel, car le d&#233;luge reprend de plus belle. Dans cet h&#244;tel se trouve Ilona. Malchanceuse comme lui, mais moins m&#233;lancolique&lt;a href='#nb4-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Sa d&#233;termination conduira les deux complices &#224; ouvrir un bordel de luxe pour (...)' id='nh4-5'&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6612 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L400xH300/tumblr_lq0ulmMyir1qbx9k3o1_500-82a33.jpg' width='400' height='300' alt='JPEG - 68 ko' style='height:300px;width:400px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Ilona surgit toujours quand vient la pluie. La premi&#232;re fois que Maqroll la rencontre, c'est dans une cr&#234;perie d'Ostende un jour d'averse &#8211; une vilaine bruine. &#192; d&#233;faut de partager leur voyelle inaugurale, Ilona et Elona se confondent dans cette &#171; &lt;i&gt;facult&#233; d'appara&#238;tre et de dispara&#238;tre de nos vies&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href='#nb4-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Idem.' id='nh4-6'&gt;6&lt;/a&gt;. &#192; la Pallice, Elona ne s'&#233;tait pas attard&#233;e plus de quelques heures au Seamen's club, le temps d'acheter une carte de t&#233;l&#233;phone, du shampoing ou de faire une partie de billard, qui sait ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les personnages &#233;taient insaisissables, et il &#233;tait donc tr&#232;s d&#233;licat de les suivre et de travailler sur eux dans la dur&#233;e. &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href='#nb4-7' class='spip_note' rel='footnote' title='In entretien de Marc Picavez, r&#233;alis&#233; par C&#233;dric Mal et disponible sur le site (...)' id='nh4-7'&gt;7&lt;/a&gt; Le cin&#233;aste Marc Picavez s'est pr&#233;cis&#233;ment appuy&#233; sur cette contrainte pour composer le dispositif narratif de son exposition &#171; Seamen's Club &#187;, mont&#233;e au LiFE&lt;a href='#nb4-8' class='spip_note' rel='footnote' title='En 2013. Une tourn&#233;e en France aura peut-&#234;tre lieu ult&#233;rieurement' id='nh4-8'&gt;8&lt;/a&gt;, le centre de cr&#233;ation contemporaine de Saint-Nazaire. L'auteur a parcouru le monde, visit&#233; des dizaines de foyers et rencontr&#233; des centaines de marins &#8211; Ilona ? Elona ? &#8211;, mais jamais il n'a cherch&#233;, dans ce travail, &#224; raconter des personnages, des trajectoires ou des lieux singuliers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il montre cinq exp&#233;riences, communes &#224; ces travailleurs qui charrient 80 % du trafic mondial de marchandises. La difficile articulation entre l'absence, la solitude et la communication &#8211; via internet &#8211; avec les proches. L'escale qui laisse le temps de rejoindre un Seamen's club, lieu o&#249; &#171; &lt;i&gt;l'on est humain&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; l'on retrouve un pr&#233;nom, et o&#249; &#171; &lt;i&gt; l'on n'est plus une partie du bateau&lt;/i&gt; &#187;. L'escale &#171; froide &#187;, o&#249; les marins anonymes, souvent tr&#232;s jeunes, errent en bordure des villes pendant quelques heures, entre des docks gigantesques et ultra-s&#233;curis&#233;s. Le temps de la travers&#233;e, interminable, monotone, collective. L'ambivalence de ces marins, enfin, entre l'appel du large - &#171; &lt;i&gt;I see the world for free &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href='#nb4-9' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Je vois le monde gratuitement. &#187;' id='nh4-9'&gt;9&lt;/a&gt; - et la d&#233;sillusion - &#171; &lt;i&gt;I sacrifice myself for my family&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href='#nb4-10' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Je me suis sacrifi&#233; pour ma famille. &#187;' id='nh4-10'&gt;10&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'exposition, comme dans la vie d'un marin, le Seamen's club est central, mais il ne peut se comprendre sans conna&#238;tre de quoi reviennent les marins, ni vers quoi ils repartent. Avec la m&#233;canisation des docks puis la conteneurisation de la marchandise, les escales se sont &#233;court&#233;es, et rares sont les foyers qui disposent &#224; pr&#233;sent de couchage. Reste qu'il existe encore des lieux&lt;a href='#nb4-11' class='spip_note' rel='footnote' title='La France compte 19 foyers de marins, g&#233;r&#233;s par des structures (...)' id='nh4-11'&gt;11&lt;/a&gt;, souvent pr&#233;caires (&lt;i&gt;mobil-homes&lt;/i&gt;, sous-sols d'h&#244;tels et autres locaux), o&#249; il est possible d' &#171; &lt;i&gt;appara&#238;tre et de dispara&#238;tre&lt;/i&gt; &#187;, de trouver refuge en cas d'abandon du navire par son armateur, ou de r&#233;parer le quotidien.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une s&#233;rie de chroniques&lt;a href='#nb4-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Intitul&#233;es &#171; Aux amis des marins &#187;, ces chroniques ont d'abord &#233;t&#233; publi&#233;es (...)' id='nh4-12'&gt;12&lt;/a&gt;, l'&#233;crivain Jean Rolin narre l'&#233;paisseur de ces lieux d'&#233;change o&#249; l'on t&#233;l&#233;phone, drague, boit et prie. Le 24 d&#233;cembre 1999, la f&#234;te se pr&#233;pare au foyer de Dunkerque : l'&#233;quipage du Tango D &#8211; et sa dizaine de nationalit&#233;s &#8211; dansera le rock avec les dames, bien mises, de l'&#233;quipe d'accueil. &#171; &lt;i&gt;Puis un Philippin, dont c'&#233;tait l'anniversaire &#8211; et l'un de ceux qui avait tent&#233; en vain de terminer [la veille] la soir&#233;e au Papagayo&#8211;, s'empare du micro et chante &#224; plusieurs reprises, avec talent et conviction, avant de sombrer dans une &#233;paisse m&#233;lancolie. Assis sur la table avec des marins du Tango D, ou plut&#244;t vautr&#233; sur celle-ci, devant un vieil &#201;gyptien de Damiette au poil gris et au sourire clairsem&#233;, il explose qu'il a&lt;/i&gt; &#8220;fait quatre ans d'&#233;tude&#8221; &lt;i&gt;&#224; Manille,&lt;/i&gt; &#8220;pour devenir un foutu journaliste&#8221;, &lt;i&gt;et qu'au bout du compte il n'est, peut-&#234;tre pour toujours, qu'&lt;/i&gt; &#8220;un foutu marin&#8221;. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pr&#233;sentation de l'exposition Sea men's club, mont&#233;e au LiFe (Saint-Nazaire) est consultable &lt;a href=&quot;http://marc.picavez.free.fr/wp-content/uploads/dp_seamensclub_life_ete2013_pl_web.pdf&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour retrouver le navire d'Elona, sur la carte en temps r&#233;el des navires, c'est par &lt;a href=&quot;https://www.marinetraffic.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;l&#224;&lt;/a&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-1' id='nb4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Disponibles sur le site de l'association.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-2' id='nb4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Compos&#233;e des ouvrages suivants, traduits en fran&#231;ais et parus chez Grasset entre 1989 et 1995 : &lt;i&gt;La neige de l'amiral&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Ilona vient avec la pluie&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;La derni&#232;re escale du &#171; Tramp Steamer &#187; &lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;&#201;coute-moi, Amirbar&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Abdul Bashur, r&#234;veur de navires&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;Le rendez-vous de Bergen.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-3' id='nb4-3' class='spip_note' title='Notes 4-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] F&#233;d&#233;ration internationale des syndicats des travailleurs routiers, de la marine et de l'aviation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-4' id='nb4-4' class='spip_note' title='Notes 4-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Mutis, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-5' id='nb4-5' class='spip_note' title='Notes 4-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Sa d&#233;termination conduira les deux complices &#224; ouvrir un bordel de luxe pour &#233;chapper &#224; leur condition portuaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-6' id='nb4-6' class='spip_note' title='Notes 4-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Idem.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-7' id='nb4-7' class='spip_note' title='Notes 4-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;In&lt;/i&gt; entretien de Marc Picavez, r&#233;alis&#233; par C&#233;dric Mal et &lt;a href=&quot;http://lelifesaintnazaire.wordpress.com/archives/seamens-club/marc-picavez/entretien-marc-picavez-avec-cedric-mal/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;disponible sur le site du LiFE&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-8' id='nb4-8' class='spip_note' title='Notes 4-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] En 2013. Une tourn&#233;e en France aura peut-&#234;tre lieu ult&#233;rieurement&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-9' id='nb4-9' class='spip_note' title='Notes 4-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &#171; &lt;i&gt;Je vois le monde gratuitement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-10' id='nb4-10' class='spip_note' title='Notes 4-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &#171; &lt;i&gt;Je me suis sacrifi&#233; pour ma famille.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-11' id='nb4-11' class='spip_note' title='Notes 4-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] La France compte 19 foyers de marins, g&#233;r&#233;s par des structures associatives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh4-12' id='nb4-12' class='spip_note' title='Notes 4-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Intitul&#233;es &#171; Aux amis des marins &#187;, ces chroniques ont d'abord &#233;t&#233; publi&#233;es dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en janvier 2000, avant d'&#234;tre r&#233;unies dans &lt;i&gt;Vu sur la mer&lt;/i&gt;. L'ouvrage contient ainsi quinze articles de Rolin sur le milieu maritime, aux &#233;ditions La Petite Vermillon, 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Parti pris pour la mort - entretien avec Yannis Papadaniel </title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Parti-pris-pour-la-mort-entretien</link>
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		<dc:date>2014-06-10T15:38:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>Leur d&#233;marche interpelle. Met mal &#224; l'aise. Pourquoi s'inviter au chevet des mourants ? Qu'y gagnent-ils ? L'ethnologue Yannis Papadaniel a consacr&#233; un ouvrage &#224; ces b&#233;n&#233;voles suisses qui, dans le cadre des soins palliatifs, rendent visite aux personnes en fin de vie. Entretien. Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 15 de la version papier d'Article11. * En essor depuis une trentaine d'ann&#233;es, les soins palliatifs visent &#224; soulager les souffrances d'une personne gravement malade, pour pr&#233;server une (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Entretiens-" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1417-37107.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Leur d&#233;marche interpelle. Met mal &#224; l'aise. Pourquoi s'inviter au chevet des mourants ? Qu'y gagnent-ils ? L'ethnologue Yannis Papadaniel a consacr&#233; un ouvrage &#224; ces b&#233;n&#233;voles suisses qui, dans le cadre des soins palliatifs, rendent visite aux personnes en fin de vie. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 15 de la version papier d'Article11.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;center&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;En essor depuis une trentaine d'ann&#233;es, les soins palliatifs visent &#224; soulager les souffrances d'une personne gravement malade, pour pr&#233;server une certaine qualit&#233; de vie jusqu'au d&#233;c&#232;s. Comme le d&#233;finit la Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise d'accompagnements et de soins palliatifs, ce mouvement consid&#232;re &#171; &lt;i&gt;le malade comme un &#234;tre vivant, et la mort comme un processus naturel&lt;/i&gt; &#187;. Oppos&#233;e &#224; la pratique de l'euthanasie, cette discipline m&#233;dicale se positionne &#233;galement contre l'acharnement th&#233;rapeutique. Outre une r&#233;duction de la douleur par des traitements m&#233;dicaux, elle encourage l'accompagnement des malades et de leurs familles par des soignants et des b&#233;n&#233;voles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Suisse, Marie-Pierre, Michel, Jeanne et Rosy, parmi d'autres b&#233;n&#233;voles, ont fait le choix de devenir accompagnants de personnes en fin de vie. Rattach&#233;s &#224; deux associations conventionn&#233;es aupr&#232;s des h&#244;pitaux, des maisons de retraites et des organismes de soins &#224; domicile, ces derniers sont r&#233;guli&#232;rement appel&#233;s pour passer quelques heures au chevet de personnes &#224; l'agonie. Loin de consid&#233;rer la mort de l'autre comme un ph&#233;nom&#232;ne tragique ou triste, ces b&#233;n&#233;voles tirent parti, simplement, sinc&#232;rement, de leur exp&#233;rience. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait valorisant&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait magnifique&lt;/i&gt; &#187;, confient-ils dans &lt;i&gt;La Mort &#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb5-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Aux &#233;ditions Anacharsis, collection Les ethnographiques, 2013.' id='nh5-1'&gt;1&lt;/a&gt;, beau et troublant r&#233;cit de Yannis Papadaniel, relatant une enqu&#234;te ethnographique de plusieurs ann&#233;es au sein de ces groupes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aurions-nous affaire &#224; des &#234;tres &#233;tranges ? Pire, malsains ? &#171; &lt;i&gt;Celui qui se contente d'envisager la mort des autres sans &#234;tre accabl&#233;, en se tenant &#224; une distance ''raisonnable'', et/ou parce qu'il l'a choisi, &lt;/i&gt; remarque le chercheur, &lt;i&gt;risque &#224; tout moment d'&#234;tre per&#231;u comme une personne qui entretient un rapport aseptis&#233; &#224; la mort, ou pour un &#234;tre morbide. Mais qu'est-ce qu'un bon rapport &#224; la mort ? Ou situer la juste distance ? &#192; ces deux questions, il n'existe que des r&#233;ponses morales.&lt;/i&gt; &#187; Entretien avec Yannis Papadaniel &#224; propos d'une enqu&#234;te qui interroge les jugements prescrits.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles certitudes sur la mort cherchez-vous &#224; interroger ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Quand on parle de la mort, lors d'une conversation quotidienne ou dans le champ acad&#233;mique, le terme de ''d&#233;ni'' ou de ''refoulement'' surgit tr&#232;s rapidement. Comme s'il s'agissait d'une &#233;vidence. Des travaux d'historiens ou d'anthropologues, tels ceux de Philippe Ari&#232;s ou de Louis-Vincent Thomas, ont contribu&#233; &#224; asseoir ce discours commun en &#233;tablissant que nous, ''occidentaux'', vivrions dans une soci&#233;t&#233; et avec une culture qui ne laisseraient que peu de place &#224; la mort. Nous serions d&#233;pourvus de codes, de mots et de rites pour lui faire face quand elle survient. Cette conception avance de pair avec une croyance r&#233;pandue, selon laquelle on mourrait mieux ''ailleurs'' - sans jamais vraiment d&#233;finir cet ailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, les sciences humaines, lorsqu'elles s'int&#233;ressent &#224; la mort, privil&#233;gient une approche centr&#233;e sur la ritualit&#233; fun&#233;raire ou sur le deuil. Il s'agit bien entendu de d&#233;clinaisons possibles et courantes des rapports qu'entretiennent les &#234;tres humains &#224; la mort, mais il y en a &#233;galement d'autres, dont on ne parle pourtant que tr&#232;s peu. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, quel rapport &#224; la mort avez-vous choisi d'&#233;tudier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Au d&#233;part, je cherchais un sujet de th&#232;se de doctorat ayant trait au religieux... Jusqu'&#224; ce que je visionne &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;, film de Visconti&lt;a href='#nb5-2' class='spip_note' rel='footnote' title='D'apr&#232;s une nouvelle de Thomas Mann, La Mort &#224; Venise, publi&#233;e en (...)' id='nh5-2'&gt;2&lt;/a&gt; o&#249; l'on assiste &#224; l'agonie du personnage principal. La tension dramatique r&#233;side dans le fait que le mourant prend conscience des erreurs qu'il a commises au cours de sa vie, mais qu'il est alors trop tard pour changer quoi que ce soit. C'est ainsi qu'il meurt&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agit d'un film o&#249; l'on regarde quelqu'un mourir. Certes, il existe une distance entre le personnage et le spectateur - c'est une fiction, un produit culturel. Mais qu'importe : cette mort est captivante. Je me suis alors demand&#233; quel int&#233;r&#234;t nous trouvions, en tant que spectateur, &#224; observer quelqu'un mourir, m&#234;me dans le cadre d'un film. Il me fallait toutefois trouver un ''terrain'' pour r&#233;pondre &#224; cette question. J'avais entendu parler de la d&#233;marche de groupes de b&#233;n&#233;voles qui accompagnent en Suisse des patients en fin de vie. Cela m'a interrog&#233; : ces personnes expriment-elles un int&#233;r&#234;t similaire &#224; celui du spectateur face au personnage de Visconti ? Et quel est au juste la nature de cet int&#233;r&#234;t ? En partant de ces questionnements, j'ai commenc&#233; par &#233;tudier les travaux universitaires sur la mort. Je dois dire qu'ils m'ont laiss&#233; un peu sceptique et dubitatif, car ils ne contiennent aucune piste permettant de comprendre ce que font ces b&#233;n&#233;voles. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces derniers &#233;voluent au sein des soins palliatifs. Comment la mort est-elle consid&#233;r&#233;e par cette discipline m&#233;dicale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Dans son ethnographie, fondatrice, sur l'&#233;mergence des soins palliatifs&lt;a href='#nb5-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Michel Castra, Bien mourir. Sociologie des soins palliatifs, PUF, (...)' id='nh5-3'&gt;3&lt;/a&gt;, Michel Castra &#233;tudie les valeurs et les normes qui impr&#232;gnent cette gestion quotidienne du mourir. Le palliatif participe &#224; l'invention d'une p&#233;riode nouvelle de la vie, distincte des autres - ''la fin de vie'' - o&#249; tout concourt &#224; faire de la mort un ''projet'', une &#233;tape permettant de faire le point sur son existence. La mort est id&#233;alis&#233;e. Castra expose tr&#232;s bien cette id&#233;ologie du ''bien mourir'' promue par les &#233;quipes soignantes - et qui s'applique quelquefois au d&#233;triment du patient. Mais il la lie &#224; une rationalisation des affects et &#224; une volont&#233; de neutralisation des effets n&#233;fastes de la mort (pour le mourant, sa famille et les soignants). Encore une fois, la mort reste l'&#233;l&#233;ment qui fait peur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant mon travail d'enqu&#234;te, je me suis pourtant rendu compte que les soignants et les b&#233;n&#233;voles tirent parfois parti de leur engagement aupr&#232;s des mourants. Ils y trouvent un gain, un b&#233;n&#233;fice symbolique, quelque chose d'un autre ordre qu'un ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;ni, de deuil, ou de neutralisation. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces r&#233;actions face &#224; la mort ne sont-elles pas li&#233;es &#224; la place que l'on occupe vis-&#224;-vis du mourant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La mort est prise dans un maillage social. En fonction de la position que l'on occupe dans ce maillage, on peut la vivre de diff&#233;rentes mani&#232;res. On ne r&#233;agit pas face &#224; la mort d'un proche de la m&#234;me mani&#232;re que face &#224; la mort d'un patient. Par ailleurs j'essaie de d&#233;montrer que cette cha&#238;ne de r&#233;actions n&#233;gatives est une occurrence parmi d'autres : on peut ne pas avoir peur de la mort, vouloir l'approcher, en savoir plus, selon la proximit&#233; - affective notamment - que l'on entretient ou non avec la personne mourante. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces b&#233;n&#233;voles bousculent un sch&#233;ma classique selon lequel seules certaines personnes l&#233;gitimes (la famille, les proches, les soignants) seraient autoris&#233;s &#224; s'approcher d'un malade ou d'un mort&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; La pr&#233;sence des b&#233;n&#233;voles en soins palliatifs est pr&#233;sent&#233;e comme une mani&#232;re de ''re-socialiser'' la mort. La th&#233;orie du d&#233;ni resurgit ici : quand la mort arrive, la soci&#233;t&#233; se replierait. En ce sens, les b&#233;n&#233;voles seraient des repr&#233;sentants de la ''soci&#233;t&#233; civile'', des interm&#233;diaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, je ne sais pas vraiment ce qu'ils repr&#233;sentent, car les patients se fichent un peu de la soci&#233;t&#233; civile. La plupart du temps, les b&#233;n&#233;voles sont appel&#233;s par les professionnels de sant&#233; dans l'id&#233;e de seconder les familles aupr&#232;s des mourants. Parfois les familles sont &#233;puis&#233;es, ou ont besoin de s'absenter. La t&#226;che des b&#233;n&#233;voles est relativement claire : ils ne doivent pas intervenir dans le soin. S'il se passe quelque chose d'anormal, il leur faut appeler un soignant. D&#232;s que la famille arrive, ils sortent. C'est paradoxal : ces b&#233;n&#233;voles n'ont droit qu'&#224; un espace tr&#232;s r&#233;duit au sein de l'institution, mais &#224; partir du moment o&#249; ils y acc&#232;dent, personne ne contr&#244;le vraiment ce qu'ils font, tant que cela n'a pas d'incidence explicite. Les b&#233;n&#233;voles appartiennent &#224; des associations qui les encadrent, mais ils &#233;voluent seuls et librement face aux patients. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que cherchent-ils dans ce contact rapproch&#233; avec la mort d'autrui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ils s'inscrivent dans la droite ligne du projet palliatif, o&#249; la mort drape l'exp&#233;rience d'une certaine dramaturgie, d'une forme d'intensit&#233;. Lors de mon enqu&#234;te, un groupe de b&#233;n&#233;voles s'est retrouv&#233;, &#224; un moment donn&#233;, sans ''travail'', car il ne recevait plus d'appels pour accompagner des personnes mourantes. Pour occuper le temps, la responsable de groupe leur a propos&#233; de rendre visite &#224; des gens qui ne seraient pas &#224; ''proprement parler'' en fin de vie (personnes &#226;g&#233;es, personnes en convalescence). Les b&#233;n&#233;voles ont refus&#233;. De leur point de vue, il s'agissait de ''simples'' visites ou de visites de courtoisie. Il leur manquait quelque chose. Comme si, &#224; partir du moment o&#249; la mort est annonc&#233;e comme une issue possible, elle cr&#233;e un cadre sp&#233;cial dans lequel tout prend une ampleur particuli&#232;re. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et que trouvent-ils finalement dans cette exp&#233;rience ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ces b&#233;n&#233;voles &#8211; dont les trajectoires sont par ailleurs toutes diff&#233;rentes &#8211; ont pour point commun d'&#233;prouver l'exp&#233;rience de la mort sans prendre le risque de mourir. Le plus souvent, ils savent s'adapter &#224; la situation, mais il y a toujours un moment de ''d&#233;crochage'' : il s'agit du moment o&#249; ils essaient de tirer un enseignement de leur exp&#233;rience. Avec cette particularit&#233; qu'ils ram&#232;nent &#224; eux une exp&#233;rience qui, au d&#233;part, ne les concerne pas (la mort d'un inconnu), et qui les concerne d'autant moins qu'ils n'ont aucun service particulier &#224; offrir (&#224; part ''&#234;tre l&#224;''). Les conflits d'interpr&#233;tation sont alors forts : les b&#233;n&#233;voles s'accordent pour dire qu'il se passe quelque chose de beau avec le mourant ; par contre, personne ne trouve ce moment beau pour la m&#234;me raison. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette exp&#233;rience ne serait pas partageable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; C'est comme si les exp&#233;riences et les discours des b&#233;n&#233;voles n'avaient de validit&#233; que dans l'interstice cr&#233;&#233; avec le mourant. Quand Rosy raconte &#224; son groupe associatif qu'elle a librement parl&#233; de son p&#232;re &#224; un patient en train d'agoniser, les autres b&#233;n&#233;voles expriment leur d&#233;sapprobation. Selon ces derniers, elle manifeste trop fort ce qui devrait rester entre soi et soi ; elle rend publique cette fiction int&#233;rieure que chacun se construit dans l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'espace de la rencontre avec le mourant, certes confin&#233;, l'ordre majeur n'existe pas. Il n'y a pas de consensus sur les r&#233;f&#233;rences &#224; mobiliser. Chacun se bricole sa petite morale (pour d&#233;crire ce processus, je me r&#233;f&#232;re &#224; l'anthropologue Albert Piette, qui &#233;voque ''&lt;i&gt;le mode mineur de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;''). La discr&#233;tion est importante : si l'on ne dit rien ou peu de ce qu'il s'est pass&#233;, on ne prend pas le risque de choquer la morale adverse. Les apparences d'une action mesur&#233;e sont maintenues. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Or vous montrez qu'il y a pas &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; bonne mesure&#8230; Il y a cette sc&#232;ne, sur la terrasse de l'h&#244;pital, o&#249; les b&#233;n&#233;voles s'opposent sur le moment o&#249; il leur faudrait se retirer face &#224; un patient qui les ignore : Michel attend en silence, alors que Judith pr&#233;f&#232;re s'en aller...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Ces b&#233;n&#233;voles agissent dans un paradoxe : ils se situent en permanence dans une tension entre proximit&#233; et distance, engagement et d&#233;sengagement, attachement et d&#233;tachement. Dans toute relation de soin, le souci de l'autre est en balance avec le souci de soi (apprendre &#224; dire non, se prot&#233;ger de la d&#233;tresse de l'autre, tirer une satisfaction de son exp&#233;rience&#8230;). Avec ces b&#233;n&#233;voles, il y a des moments o&#249; on a l'impression que ces deux pans sont &#233;quilibr&#233;s. Et puis, il y en a d'autres o&#249; le souci de soi p&#232;se beaucoup plus lourd que le souci de l'autre, et r&#233;ciproquement. Quand Rosy s'adresse au patient comme si c'&#233;tait son p&#232;re, par exemple. Ou &#224; l'inverse, quand un b&#233;n&#233;vole passe la nuit sur une chaise et s'emp&#234;che de dormir &#224; c&#244;t&#233; du patient. Qui l'y a oblig&#233;, sinon lui-m&#234;me ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui est troublant, c'est que les b&#233;n&#233;voles se glissent dans l'institution alors que le mourant n'en a pas vraiment exprim&#233; le besoin, et qu'il n'a rien &#224; leur offrir en retour&#8230; Quelle r&#233;flexion ce sch&#233;ma vous a-t-il permis d'introduire sur la notion de don ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Au d&#233;part, je penchais plut&#244;t pour la th&#232;se de Bourdieu sur '&lt;i&gt;'l'int&#233;r&#234;t au d&#233;sint&#233;r&#234;t&lt;/i&gt;''. Selon celle-ci, il n'y aurait pas d'attention altruiste ou bienveillante : le don d&#233;sint&#233;ress&#233; serait forc&#233;ment une illusion, il servirait une strat&#233;gie sociale (par exemple, affirmer sa puissance en obligeant le receveur). Mais en menant mes observations, je me suis rendu compte que certains b&#233;n&#233;voles s'oubliaient vraiment le temps d'une visite. Aucun jeu de pouvoir ne se mettait en place autour de leur don. Ils &#233;taient enti&#232;rement &#224; disposition, sans rien revendiquer. Pour d&#233;crire cela, je reprends la proposition de l'anthropologue Jacques T. Godbout : ces b&#233;n&#233;voles fa&#231;onnent eux-m&#234;mes leur contre-don, leur gain symbolique. C'est ce que l'on retrouve quand Marie-Pierre dit : ''&lt;i&gt;Le patient m'accueille dans son intimit&#233;, c'est un cadeau.&lt;/i&gt;'' &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Je trouvais cette affection si simple, si naturelle, &#224; la fois admirable et presque monstrueuse.&lt;/i&gt; &#187; Pourquoi cette phrase, tir&#233;e de &lt;i&gt;L'Adversaire&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb5-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Aux &#233;ditions POL ou Folio.' id='nh5-4'&gt;4&lt;/a&gt; d'Emmanuel Carr&#232;re, est-elle plac&#233;e en exergue d'un chapitre de votre livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Parce que je crois que l'ambivalence des b&#233;n&#233;voles est irr&#233;ductible. Sont-ils &#233;go&#239;stes ? Altruistes ? L'anthropologie ne peut pas r&#233;pondre &#224; cette question. Pour moi, cette ambivalence est inh&#233;rente &#224; l'action. Alors oui, je sais bien qu'il est un peu facile de dire : ''&lt;i&gt;On est tous p&#233;tris de contradictions, c'est comme &#231;a.&lt;/i&gt;'' Mais ce n'est pas &#224; l'anthropologue de produire la ligne de d&#233;marcation entre une ambivalence acceptable et une ambivalence inacceptable. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette posture d'a-moralit&#233; que vous revendiquez ne se retrouve pas chez les chercheurs et professionnels qui estiment que l'ext&#233;riorisation de ces &#171; &lt;i&gt;v&#233;cus mineurs de la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (ici, la fin de vie) entra&#238;nerait un d&#233;sordre social...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Les professionnels du deuil clament souvent qu'il n'y aurait plus de ''fiction collective'' par rapport &#224; la mort. Un point de vue que reprend par exemple le sociologue Jean-Hugues D&#233;chaux : selon lui, ''l'intimisation'' de la mort comporte un risque de d&#233;rive fictionnelle susceptible de porter atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; de la soci&#233;t&#233;. &#192; partir de ce constat, il plaide pour un retour &#224; une ritualit&#233; commune, qu'il faudrait encore d&#233;finir. Sauf que la ritualisation est une normalisation : il faut &#233;tablir des codes, un ma&#238;tre de c&#233;r&#233;monie, une hi&#233;rarchie. Il faudrait ensuite faire le tri entre diff&#233;rents types de rituels, en fonction de leurs l&#233;gitimit&#233;s suppos&#233;es. Par exemple : interdire la cr&#233;mation et faire de l'inhumation la norme&lt;a href='#nb5-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur l'affirmation d'une morale d'&#201;tat sur la gestion du corps mort, voir L'&#201;tat (...)' id='nh5-5'&gt;5&lt;/a&gt;, etc. Ce qui est dr&#244;le, c'est que les sciences sociales se sont &#233;vertu&#233;es pendant des d&#233;cennies &#224; contester le pouvoir du religieux, &#224; d&#233;construire la pens&#233;e magique, &#224; tuer Dieu. Mais maintenant que ce dernier est gravement bless&#233;, il nous faudrait r&#233;inventer des normes de r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La seule chose dont je suis certain, c'est que la place qu'occupait l'&#201;glise chr&#233;tienne par rapport &#224; la mort n'a pas &#233;t&#233; remplac&#233;e. Je ne dis pas que c'est bien ou mal. Je dis juste que les gens sont un peu d&#233;sempar&#233;s quand la mort survient, et qu'ils doivent inventer d'autres pratiques. Ces derni&#232;res ne prennent pas forc&#233;ment la forme d'un &lt;i&gt;gros&lt;/i&gt; rituel empreint d'une &lt;i&gt;grosse&lt;/i&gt; symbolique. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; travers leur engagement discret et peu revendicatif, ces b&#233;n&#233;voles d&#233;veloppent des pratiques &#233;tonnamment subversives au regard des discours dominants, qui disqualifient toute confrontation volontaire &#224; la mort d'autrui...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Le fait de raconter que j'enqu&#234;tais sur ces b&#233;n&#233;voles a souvent suscit&#233; d'&#233;tranges r&#233;actions. On sous-entendait volontiers que j'avais affaire &#224; des &#234;tres morbides, &#224; probl&#232;mes, en pleine r&#233;paration&#8230; Ou &#224; des personnes forc&#233;ment extraordinaires. On en revient &#224; ce que je disais sur les &#233;vidences anthropologiques dominantes : quand le rapport &#224; la mort est trop frontal, il est vu comme anormal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; mon avis, ces personnes offrent un effet grossissant d'une r&#233;alit&#233; difficilement d&#233;celable au quotidien. Quand on ouvre un journal, c'est rarement pour y lire uniquement la rubrique n&#233;crologique, ou les faits divers narrant des accidents mortels ; mais il faut bien admettre que la mort est souvent pr&#233;sente et qu'elle nourrit notre int&#233;r&#234;t de fa&#231;on oblique. Enfin, ce qu'interrogent malgr&#233; eux ces b&#233;n&#233;voles, c'est l'absence de points d'accord sur la mort, et de lieux pour en parler. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;***
L'illustration de la vignette correspond &#224; l'&lt;i&gt;Affiche avant la lettre&lt;/i&gt;, n&#176;142, de Jean-Paul Riopelle, 1974.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-1' id='nb5-1' class='spip_note' title='Notes 5-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Aux &#233;ditions Anacharsis, collection Les ethnographiques, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_6581 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/IMG/jpg/51dC-dtjp_L-_.jpg' width='300' height='405' alt='JPEG - 40 ko' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-2' id='nb5-2' class='spip_note' title='Notes 5-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] D'apr&#232;s une nouvelle de Thomas Mann, &lt;i&gt;La Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;, publi&#233;e en 1912.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-3' id='nb5-3' class='spip_note' title='Notes 5-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Michel Castra, &lt;i&gt;Bien mourir. Sociologie des soins palliatifs&lt;/i&gt;, PUF, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-4' id='nb5-4' class='spip_note' title='Notes 5-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Aux &#233;ditions POL ou Folio.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh5-5' id='nb5-5' class='spip_note' title='Notes 5-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Sur l'affirmation d'une morale d'&#201;tat sur la gestion du corps mort, voir &lt;i&gt;L'&#201;tat post-mortem&lt;/i&gt;, entretien de Julia Zortea avec Arnaud Esquerre. Il a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 10 d'Article 11. Mis en ligne sur le site le 23 novembre 2013, il est consultable &lt;a href=&quot;http://www.article11.info/?L-Etat-post-mortem-Entretien-sur&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>Jacqueline Michaux, &#201;milienne D. et le port d'Anvers</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Jacqueline-Michaux-Emilienne-D-et</link>
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		<dc:date>2014-02-21T15:07:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>D&#233;but des ann&#233;es 1980, Anvers : le duo &#201;tat Brut sort un album intitul&#233; &#171; G&#233;om&#233;trie d'un assassinat &#187;. L'un des morceaux, &#171; Jacqueline Michaux &#187;, donne la parole &#224; une femme racontant sa solitude au sein du grand port belge. Trente ans plus tard, le film &#171; L'Ange de Doel &#187; (2011) livre un autre fragment sur l'isolement, li&#233; aux politiques d'expansion du port. Cette chronique a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le num&#233;ro 14 de la version papier d'Article11 * &#192; l'origine, G&#233;om&#233;trie d'un assassinat n'est pas une chronique (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Chroniques-portuaires-" rel="directory"&gt;Chroniques portuaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1382-d03af.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but des ann&#233;es 1980, Anvers : le duo &#201;tat Brut sort un album intitul&#233; &#171; G&#233;om&#233;trie d'un assassinat &#187;. L'un des morceaux, &#171; Jacqueline Michaux &#187;, donne la parole &#224; une femme racontant sa solitude au sein du grand port belge. Trente ans plus tard, le film &#171; L'Ange de Doel &#187; (2011) livre un autre fragment sur l'isolement, li&#233; aux politiques d'expansion du port.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette chronique a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le num&#233;ro 14 de la version papier d'Article11&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;dl class='spip_document_6351 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L275xH367/ClubMoralStocklist009-Emissions01-f3f2b.jpg' width='275' height='367' alt='JPEG - 49.9 ko' style='height:367px;width:275px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.article11.info/?Geometrie-d-un-assassinat&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;G&#233;om&#233;trie d'un assassinat&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; n'est pas une chronique portuaire revenant sur les mobiles d'un meurtre commis en haute mer&lt;a href='#nb6-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Chroniques portuaires publi&#233;es dans les num&#233;ros 12 et 13 d'Article11 et mises (...)' id='nh6-1'&gt;1&lt;/a&gt;. Il y a 31 ans, &lt;i&gt;G&#233;om&#233;trie d'un assassinat&lt;/i&gt; s'&#233;coutait sur K7, ou lors de ces concerts de noise et d'exp&#233;rimentations sonores que programmait &#224; Anvers le collectif de chasseurs de sons &#233;lectroniques Club Moral&lt;a href='#nb6-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Les artistes de Club Moral, fond&#233; en 1981, ont longtemps expos&#233; et mis en (...)' id='nh6-2'&gt;2&lt;/a&gt;. Second album autoproduit de l'&#233;ph&#233;m&#232;re duo &#201;tat brut (compos&#233; de deux jeunes profs de physique), aujourd'hui archiv&#233; sur le net&lt;a href='#nb6-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur le site www.archive.org ou Youtube pour les trois premi&#232;res pistes, dont (...)' id='nh6-3'&gt;3&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;G&#233;om&#233;trie d'un assassinat&lt;/i&gt; se livre en neuf pistes &#224; l'autopsie d'un contemporain plut&#244;t crade, o&#249; l'apocalypse surprend au coin de la rue et o&#249; rien ne sauve personne. Dans la droite ligne de la musique industrielle post-punk du d&#233;but des ann&#233;es 1980, l'album s'attache &#224; retranscrire, au millim&#232;tre pr&#232;s, l'exp&#233;rience de la folie, de la transgression, de la solitude, du meurtre et de la mort, &#171; &lt;i&gt;sans agressivit&#233; ni sentimentalisme&lt;/i&gt; &#187; comme l'&#233;crit alors le fanzine Gazette Cassette&lt;a href='#nb6-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans Cassette Gazette n&#176;7, repris par le site Archive.org.' id='nh6-4'&gt;4&lt;/a&gt;. Chaque morceau raconte une histoire. Celle de Lee Harvey Oswald sur la Dealey Plaza &#224; Dallas, par exemple ; celle des lendemains de nuits blanches &#224; Bruxelles et des moments o&#249; tout va faussement bien &#8211; &#171; Allright &#187;, avec son sourire crisp&#233;, conclut cet opuscule dantesque. En piste trois, &#171; Jacqueline Michaux &#187; appara&#238;t, avec ses murmures :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'avais oubli&#233; ce matin que c'&#233;tait dimanche / Et le dimanche derri&#232;re les docks, le long de la mer / (&#8230;) Dans tous les faubourgs, entre les murs interminables, les usines / (&#8230;) De longues files noires se sont mises en marche / Elles avancent lentement sur le centre de la ville. &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au sein d'un &lt;i&gt;Assassinat&lt;/i&gt; lourd de bruits et de motifs sonores, Jacqueline Michaux a le champ (presque) libre. Elle se donne enti&#232;re et se raconte d'elle-m&#234;me, fluide, &#224; qui veut bien accepter de mal l'entendre. Elle oblige &#224; tendre l'oreille, &#224; monter puis &#224; baisser le volume.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6360 spip_documents player spip_documents_logo'&gt; &lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/IMG/mp3/A-03J-Michaux.mp3&quot; title='MP3 - 6.7 Mo' type=&quot;audio/mpeg&quot;&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L52xH52/mp3-a863e.png' width='52' height='52' alt='MP3 - 6.7 Mo' style='height:52px;width:52px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:120px;'&gt;&#201;tat Brut, &#171; Jacqueline Michaux &#187;
&lt;/dd&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Au loin, sous une l&#233;g&#232;re chape de sons qui cherche &#224; &#233;touffer sa voix, Jacqueline Michaux parle et d&#233;nude l'ossature de sa solitude, un dimanche matin face la lumi&#232;re du port d'Anvers. Cette sinc&#233;rit&#233; blanche et d&#233;termin&#233;e, &#171; &lt;i&gt;la force directe des phrases (&#8230;) et cette fa&#231;on en aplat de dire&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href='#nb6-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Extrait d'un billet publi&#233; sur le blog litt&#233;raire Discipline in Disorder et (...)' id='nh6-5'&gt;5&lt;/a&gt; engagent sur la voie d'une autre femme qui, elle aussi, face au port d'Anvers, r&#233;siste seule et sans discours &#224; la disparition.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les mots de Jacqueline Michaux pourraient coller &#224; la vie d'&#201;milienne Driesen, cette dame de 75 ans qui joue son propre r&#244;le dans l'&lt;i&gt;Ange de Doel&lt;/i&gt;, une fiction documentaire tourn&#233;e en 16 millim&#232;tres par le r&#233;alisateur n&#233;erlandais Tom Fassaert&lt;a href='#nb6-6' class='spip_note' rel='footnote' title='Le documentaire, pr&#233;sent&#233; en anglais sur le site de l'auteur, est sorti en (...)' id='nh6-6'&gt;6&lt;/a&gt; et o&#249; la mort c&#244;toie langoureusement les vivants.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. : &#171; Au jardin public j'ai eu tout &#224; l'heure une impression du m&#234;me genre : / Les plantes, les pelouses, la fontaine avaient l'air obstin&#233; &#224; force d'&#234;tre inexpressives / Je comprends : la ville m'abandonne la premi&#232;re. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;dl class='spip_document_6353 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L286xH207/sized_doel11-3fcce.jpg' width='286' height='207' alt='JPEG - 32.7 ko' style='height:207px;width:286px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Film&#233;e lors d'une vir&#233;e en voiture avec sa vieille amie Colette, &#201;milienne d&#233;signe une ferme et une grange, propri&#233;t&#233;s de connaissances. &#171; &lt;i&gt;Le premi&#232;re appartient encore &#224; la centrale nucl&#233;aire, mais le reste sera ras&#233;&lt;/i&gt; &#187;, explique Colette, bien renseign&#233;e quant aux d&#233;limitations des plans d'am&#233;nagement du pays de Wass, auquel appartient leur village, Doel. Construit il y a 400 ans sur un polder de la rive gauche de l'Escaut, Doel fait face aux portiques du port industriel d'Anvers, qui s'&#233;tale sur le flanc adverse. &#192; m&#234;me le village se trouvent les deux tours de refroidissement d'une centrale nucl&#233;aire construite en 1969 qui, depuis quelques ann&#233;es, pr&#233;occupe moins que le port : comme cela se pratique ailleurs, au Havre&lt;a href='#nb6-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir la fiche de l'exposition pass&#233;e Le Havre, port de Titans, un si&#232;cle de (...)' id='nh6-7'&gt;7&lt;/a&gt; ou &#224; Rotterdam&lt;a href='#nb6-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Avec la construction d'une &#238;le artificielle de la taille de 40 000 terrains (...)' id='nh6-8'&gt;8&lt;/a&gt; par exemple, les autorit&#233;s portuaires d'Anvers cherchent en effet &#224; &#233;tendre les limites territoriales du port industriel.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.M. : &#171; Une ville se tait / Je trouve &#233;trange / qu'il me faille demeurer deux heures encore / dans cette ville qui, sans plus se soucier de moi, / range ses meubles et les met sous des housses. &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quand en 1995 il est question de construire un nouveau bassin &#224; conteneurs &#224; quelques centaines de m&#232;tres au sud de Doel &#8211; le &lt;i&gt;Deurganckdok&lt;/i&gt; &#8211;, les autorit&#233;s portuaires, le gouvernement flamand et la soci&#233;t&#233; charg&#233;e de la gestion fonci&#232;re et de l'industrialisation de la rive gauche (&lt;i&gt;Maatschappij Linkeroever&lt;/i&gt; &#8211; MLSO) questionnent la &#171; vivabilit&#233; &#187;, apr&#232;s ach&#232;vement des travaux, de ce village d'un millier d'habitants. Sans concertation aucune, ils d&#233;cident de la requalification du plan de secteur en zone industrielle. D&#232;s le d&#233;but de la construction des docks en 1999, le MLSO met en &#339;uvre une politique d'expropriation, ignorant l'arr&#234;t du Conseil d'&#201;tat qui garantit le caract&#232;re r&#233;sidentiel du village et donne raison au comit&#233; d'action Doel 2020 &#8211; cr&#233;&#233; en 1997 en sa d&#233;fense.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Men&#233;es sans fondement juridique, les expropriations sont alors pr&#233;sent&#233;es par la MLSO comme l'aboutissement de proc&#233;dures &#171; &lt;i&gt;&#224; l'amiable&lt;/i&gt; &#187;. Pour ce faire, la soci&#233;t&#233; installe dans une maison du village un m&#233;diateur social charg&#233; d'assister la transition des habitants qui partent volontairement. Au t&#233;l&#233;phone, Brian Waterschoot, du collectif Doel 2020, raconte que ce m&#233;diateur &#233;tait en v&#233;rit&#233; pay&#233; pour &#171; &lt;i&gt;harceler les habitants afin qu'ils l&#226;chent leur maison&lt;/i&gt; &#187; et que &#171; &lt;i&gt;des mesures incitatives &#233;taient mises en place. Par exemple, le prix de rachat par la MLSO augmentait soudainement pour qui vendait avant le 30 de tel ou tel mois !&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;La situation, dans cette petite communaut&#233; o&#249; tout le monde se connaissait, est devenue terrible, entre ceux qui acceptaient de vendre leur maison, et ceux qui voulait rester&lt;/i&gt; &#187;. En 2003, l'ann&#233;e o&#249; ferme l'&#233;cole, le m&#233;diateur plie boutique ; en 2005, le port industriel inaugure le &lt;i&gt;Deurganckdok&lt;/i&gt; &#8211; le village ne compte plus que 400 habitants.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. M. : &#171; Je suis entre deux villes / L'une m'ignore, l'autre ne me conna&#238;t plus / (&#8230;) Elle s'est vid&#233;e de moi, d'un coup / Et toutes les autres consciences du monde sont-elles aussi vides de moi ? / &#199;a me fait dr&#244;le&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans sa cuisine, &#201;milienne fume des clopes avec Colette, qui lit &#224; voix haute des annonces d'appartement dont la premi&#232;re se fiche bien. &#171; &lt;i&gt;La vie qui va venir, &#231;a ne vaut rien&lt;/i&gt; &#187;, dit-elle. &#171; &lt;i&gt;Je trouve qu'on est trop vieilles pour une autre maison.&lt;/i&gt; &#187; &#201;milienne, avec ses fous-rires pendant la messe, sa polaire de mamie moderne, son b&#233;ret de vieille dame &#233;l&#233;gante, ses chats et son jardin, a toujours v&#233;cu &#224; Doel. Elle ne veut pas de nouveaux souvenirs. Autour d'elle, les pelleteuses ont commenc&#233; les destructions. Un gars du village lui explique que si elle s'en va, la tombe de son mari sera transf&#233;r&#233;e gratuitement vers la ville de Beveren.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6354 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L400xH288/foto_doel_view_from_the_church_tower-eb01a.jpg' width='400' height='288' alt='JPEG - 70.9 ko' style='height:288px;width:400px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2008, l'histoire, avec ses diables &#224; ressort, recommence. Un nouveau bassin, le &lt;i&gt;Saeftinghedok&lt;/i&gt;, doit cette fois-ci &#234;tre construit &#224; l'emplacement-m&#234;me du village, alors que selon Doel 2020, seuls 11% de la capacit&#233; du &lt;i&gt;Deurganckdok&lt;/i&gt; est aujourd'hui utilis&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans sa cuisine, avec ses kleenex et ses tristes pens&#233;es, &#201;milienne accueille le facteur mais refuse fermement de signer l'accus&#233; de r&#233;ception de la lettre envoy&#233;e par la MLSO pour lui indiquer qu'elle doit quitter les lieux. Elle fait maintenant partie, en 2013, des 25 derniers habitants de Doel qui, comme le dit Brian Waterschoot, ne s'est pas encore fait ray&#233; de la carte.&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.M. : &#171; &#192; pr&#233;sent quand je dis &#171; Je &#187;, &#231;a me semble creux / (&#8230;) Je baille doucement, longuement / Personne... Pour personne Jacqueline Michaux n'existe / &#199;a m'amuse&#8230; / Et qu'est-ce que c'est que &#231;a, Jacqueline Michaux ? / C'est de l'abstrait ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;dl class='spip_document_6356 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L400xH314/ClubMoralStocklist010-GometrieDunAssassinat-1c8d7.jpg' width='400' height='314' alt='JPEG - 46.1 ko' style='height:314px;width:400px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;dl class='spip_document_6358 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L390xH261/foto_doel_emilienne_photo_by_diderik_evers-1-f8867.jpg' width='390' height='261' alt='JPEG - 57.4 ko' style='height:261px;width:390px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un peu plus : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Le site du collectif Doel 2020 est accessible &lt;a href=&quot;http://www.doel2020.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;ici&lt;/a&gt; (en flamand, avec quelques informations en anglais).&lt;/p&gt; &lt;p&gt; Jeroen Janssen a consacr&#233; un &lt;a href=&quot;http://www.revue21.fr/Doel-au-bout-de-la-Flandre#middeul&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;r&#233;cit graphique&lt;/a&gt; &#224; la lutte des habitants de Doel, publi&#233; dans la revue XXI en novembre 2011 (num&#233;ro 16). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-1' id='nb6-1' class='spip_note' title='Notes 6-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Chroniques portuaires publi&#233;es dans les num&#233;ros 12 et 13 d'&lt;i&gt;Article11&lt;/i&gt; et mises en ligne le 8 novembre 2013&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-2' id='nb6-2' class='spip_note' title='Notes 6-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Les artistes de Club Moral, fond&#233; en 1981, ont longtemps expos&#233; et mis en avant recherches sonores et artistiques sur la radicalit&#233;, l'exc&#232;s et l'agression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-3' id='nb6-3' class='spip_note' title='Notes 6-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Sur le site &lt;a href=&quot;http://www.archive.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;www.archive.org&lt;/a&gt; ou Youtube pour les trois premi&#232;res pistes, dont J. Michaux. Toutes les cassettes d'&#201;tat brut peuvent s'&#233;couter et &#234;tre t&#233;l&#233;charg&#233;es &lt;a href=&quot;https://archive.org/search.php?query=creator%3A%22Etat%20Brut%22%20AND%20subject%3A%22etat%20brut%22&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-4' id='nb6-4' class='spip_note' title='Notes 6-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Dans &lt;i&gt;Cassette Gazette&lt;/i&gt; n&#176;7, repris par le site Archive.org.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-5' id='nb6-5' class='spip_note' title='Notes 6-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Extrait d'un billet publi&#233; sur le blog litt&#233;raire Discipline in Disorder et titr&#233; &#171; &#201;tat brut, J. Michaux, 1982 &#187; (publi&#233; le 29 juin 2012). Par ailleurs, les fragments cit&#233;s sont tir&#233;s du texte de J.Michaux retranscrit sur ce blog.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-6' id='nb6-6' class='spip_note' title='Notes 6-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] Le documentaire, pr&#233;sent&#233; en anglais sur le &lt;a href=&quot;http://www.tomfassaert.com/#/DE%20ENGEL%20VAN%20DOEL/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;site de l'auteur&lt;/a&gt;, est sorti en salles en 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-7' id='nb6-7' class='spip_note' title='Notes 6-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Voir la fiche de l'exposition pass&#233;e Le Havre, port de Titans, un si&#232;cle de grands travaux au port du Havre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh6-8' id='nb6-8' class='spip_note' title='Notes 6-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Avec la construction d'une &#238;le artificielle de la taille de 40 000 terrains de foot.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>Lost highways &#8211; Carnet de routes et d'impasses migratoires en Serbie</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Lost-highways</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.article11.info/~%07ge/?Lost-highways</guid>
		<dc:date>2014-02-10T10:44:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>Entour&#233;e par quatre pays membres de l'Union europ&#233;enne, la Serbie tient lieu, dans l'espace balkanique, de zone de transit et de r&#233;tention pour les migrants en partance pour l'Europe occidentale. De Subotica &#224; la fronti&#232;re nord, en passant par &#352;id &#224; l'Est puis par le centre du pays, road trip au sein d'une &#171; zone tampon &#187; o&#249; s'illustrent avec violence les effets de l'externalisation de la politique migratoire europ&#233;enne. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 14 de la version papier d'Article11 * Sorti (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Sur-le-terrain-" rel="directory"&gt;Sur le terrain&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1376-90cf9.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entour&#233;e par quatre pays membres de l'Union europ&#233;enne, la Serbie tient lieu, dans l'espace balkanique, de zone de transit et de r&#233;tention pour les migrants en partance pour l'Europe occidentale. De Subotica &#224; la fronti&#232;re nord, en passant par &#352;id &#224; l'Est puis par le centre du pays, road trip au sein d'une &#171; zone tampon &#187; o&#249; s'illustrent avec violence les effets de l'externalisation de la politique migratoire europ&#233;enne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 14 de la version papier d'Article11&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sorti de nulle part, un homme traverse la cour de la briqueterie abandonn&#233;e. Il s'approche, hurlant &#224; pleins poumons, un jerricane &#224; la main. Deux bras nus et rid&#233;s sortent de son d&#233;bardeur tach&#233; ; une fois le bidon pos&#233;, ils moulineront &#224; n'en plus finir. La col&#232;re nerve son petit corps. En guise de pr&#233;sentation, il attrape ma main et la serre comme on essore une serpill&#232;re, trop longtemps, trop fort, jusqu'&#224; tordre le coude. La d&#233;termination de sa maigre poigne, ses soubresauts de rage, sa gestuelle erratique, tout en lui &#233;voque l'artiste-clown. En cette soir&#233;e de septembre, le vieux est vraiment f&#226;ch&#233;, mais il s'applique finalement &#224; mettre un peu de contenu dans ses cris. R&#233;fugi&#233; de Croatie, c'est &#224; Subotica, ville du nord de la Serbie, qu'il est venu s'installer pendant la guerre de Yougoslavie. L'usine, c'est chez lui ; il y a travaill&#233; et la prot&#232;ge encore aujourd'hui contre les intrusions. L'an dernier, affirme-t-il, il a &#233;t&#233; violent&#233; par les &#233;trangers, ceux qui vivent &lt;i&gt;derri&#232;re&lt;/i&gt;. Il dit en avoir peur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; quelques centaines de m&#232;tres de la fabrique, entre une voie ferr&#233;e et une d&#233;charge &#224; ciel ouvert, le sentier s'efface dans les herbes hautes. Des bouts de papiers barr&#233;s d'itin&#233;raires, de noms de villes et de cartes dessin&#233;es &#224; la main jonchent le sol. Ce maquis est un lieu-dit, une &lt;i&gt;jungle&lt;/i&gt;, comme il en existe tout au long des voyages sans passeport. Dans le creux du chemin, trois hommes, originaires du Pakistan, partagent un yaourt pour seul repas. L'un dit : &#171; &lt;i&gt;I'm back in Subotica&lt;/i&gt; &#187; ; cette jungle l'a d&#233;j&#224; vu passer. Alors qu'il avait r&#233;ussi &#224; traverser clandestinement la fronti&#232;re entre la Serbie et la Hongrie, on l'a arr&#234;t&#233; de l'autre c&#244;t&#233;, enferm&#233; trois mois en centre de r&#233;tention puis expuls&#233; vers l'endroit d'o&#249; il venait. Back in Subotica. Le jeune homme montre un papier ; &#171; &lt;i&gt;Date de sortie : le 2 septembre 2013&lt;/i&gt; &#187;. &#192; son retour forc&#233; en Serbie, il a pass&#233; cinq jours au mitard. Pour &#233;viter la prison, il aurait fallu &#234;tre en mesure de payer l'amende correspondant &#224; son &#171; entr&#233;e ill&#233;gale en Serbie &#187;. &#192; la fin, &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; l'ont laiss&#233; revenir dans la &lt;i&gt;jungle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6321 spip_documents spip_documents_left 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L300xH304/Egon-Schiele-paysage--2--7b36d.jpg' width='300' height='304' alt='JPEG - 49.7 ko' style='height:304px;width:300px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; mi-chemin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les trois hommes viennent &#224; peine de se rencontrer. Alors que le soleil d&#233;cline, ils racontent leurs p&#233;riples en quelques mots. Le d&#233;part d'Islamabad remonte &#224; quelques ann&#233;es d&#233;j&#224;, et cette situation de survie ne laisse que peu de place aux souvenirs. De l'itin&#233;raire, l'un &#233;voque soudain le quartier d'Aksaray &#224; Istanbul, rep&#232;re de la d&#233;brouille, des bons contacts et des appartements communautaires de sans-papiers. Un autre conte ses dix-huit mois de prison en Gr&#232;ce, d'o&#249; il a fallu repartir une fois lib&#233;r&#233; car l'ambiance n'y est pas &#224; la f&#234;te pour les &#233;trangers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chacun de leur cot&#233;, ils ont gagn&#233; la Mac&#233;doine, puis la Serbie, ce petit pays frontalier de quatre pays membres de l'Union europ&#233;enne (UE), dont un seul appartient &#224; l'espace Schengen&lt;a href='#nb7-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Espace territorial exempt de contr&#244;les frontaliers, comprenant 26 &#201;tats (...)' id='nh7-1'&gt;1&lt;/a&gt;, la Hongrie. Le plus jeune des trois mentionne pour destinations l'Espagne, la France, l'Angleterre. Ses compagnons caressent l'id&#233;e et d&#233;crochent un sourire. &#192; Subotica, ils sont &#224; mi-chemin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour rencontrer les autres habitants de la &lt;i&gt;jungle&lt;/i&gt;, il faut s'enfoncer davantage dans les ronces et les orties, jusqu'&#224; se sentir bien loin de la route principale, celle qui s'&#233;loigne des fa&#231;ades baroques du centre-ville et tourne en direction de Belgrade. L&#224;, sous un toit de branches, quinze personnes viennent tout juste de s'installer. Un jeune gar&#231;on, Iranien, parle un peu anglais. Il d&#233;clare fermement &#171; &lt;i&gt;No problem&lt;/i&gt; &#187; ; les autres &#8211; femmes, hommes et enfants &#8211; viennent d'Afghanistan et n'ont pas pour dessein de s'installer dans le camp plus d'une nuit. Tendus vers la fronti&#232;re, les passagers n'ont rien d'autre &#224; dire. L'intrusion est un danger. La veille, deux policiers sont venus racketter les occupants de la &lt;i&gt;jungle&lt;/i&gt; : c'&#233;tait le fric ou l'arrestation. Les trois Pakistanais ont &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lendemain, une pluie d'hiver tombe sur Subotica. Pr&#232;s de la gare routi&#232;re, un chauffeur de taxi explique que les rackets de migrants sont &#233;galement fr&#233;quents dans les lieux de transport : &#171; &lt;i&gt;Les policiers visent les autobus en provenance de Ni&#353;&lt;a href='#nb7-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Grande ville du sud-est de la Serbie.' id='nh7-2'&gt;2&lt;/a&gt;, susceptibles de transporter des &#233;trangers entr&#233;s en Serbie par la Mac&#233;doine. &lt;/i&gt; &#187; Exasp&#233;r&#233;, il ajoute : &#171; &lt;i&gt;La police harc&#232;le aussi les chauffeurs de taxi : on est passible d'une amende d&#232;s qu'on transporte un &#233;tranger. Ils disent qu'on favorise les passages ill&#233;gaux. Mais si un &#233;tranger me demande de l'amener &#224; la station service la plus proche de la fronti&#232;re hongroise, j'ai pourtant le droit de le faire !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Quelque part en dehors de la ville &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au service des urgences de l'h&#244;pital de Subotica, la m&#233;decin de garde f&#234;te son anniversaire. Concentr&#233;e, elle touille dans la cr&#232;me au beurre pour s&#233;parer les parts de for&#234;t noire tout en racontant son salaire &#224; 900 &#8364; et son d&#233;part prochain pour l'Allemagne&lt;a href='#nb7-3' class='spip_note' rel='footnote' title='En f&#233;vrier 2013, l'Agence nationale pour l'emploi a diffus&#233; en Serbie une (...)' id='nh7-3'&gt;3&lt;/a&gt;. Sinon oui, elle a soign&#233; quelques migrants &#8211; bless&#233;s lors de leur arrestation et amen&#233;s par la police &#8211; avant qu'ils n'int&#232;grent la prison locale. Et non, hormis ceux malmen&#233;s par la police, aucun migrant n'est venu consulter. &#171; &lt;i&gt;Les autres sont quelque part en dehors de la ville&lt;/i&gt; &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Selon l'Asylum Protection Center (APC), association belgradoise de soutien aux migrants, il y avait en 2012 environ 400 personnes dans la jungle de Subotica. Une estimation rendue possible par le discret travail de veille et de solidarit&#233; r&#233;alis&#233; par quelques volontaires dont Anja, &#233;tudiante. Cette derni&#232;re conna&#238;t bien le vieux de la briqueterie, avec ses fureurs et sa folie solitaire. Cela fait trois ans qu'elle se rend plusieurs fois par semaine dans la jungle : &#171; &lt;i&gt;On s'assure que les gens vont bien. Ils ont nos num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, ils savent qu'ils peuvent compter sur nous.&lt;/i&gt; &#187; Depuis 2013 n&#233;anmoins, les arriv&#233;es de migrants &#224; Subotica ont chut&#233;, et rares sont ceux qui restent plus d'une semaine dans la jungle. &#171; &lt;i&gt;Cette ann&#233;e, la Hongrie a intensifi&#233; ses contr&#244;les frontaliers, cela doit dissuader les gens &lt;/i&gt; &#187; explique Anja. Et Trajko, un autre volontaire, rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;La travers&#233;e de cette fronti&#232;re est de plus en plus organis&#233;e par des passeurs. La prestation comprend l'h&#233;bergement dans des appartements priv&#233;s : seuls les plus d&#233;munis dorment dehors.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les histoires pass&#233;es hantent les lieux et pr&#233;carisent des vies d&#233;j&#224; fragiles. Durant l'hiver 2012, des habitants de la &lt;i&gt;jungle&lt;/i&gt; ont allum&#233; des braseros dans des caveaux vides du cimeti&#232;re, &#224; proximit&#233;, pour se prot&#233;ger d'une chute extr&#234;me de la temp&#233;rature, bousculant par la m&#234;me occasion quelques fronti&#232;res morales. &#192; la fermeture du centre d'h&#233;bergement d'urgence ouvert par la municipalit&#233; pendant un mois, de nombreux migrants ont &#233;t&#233; rafl&#233;s. Et suite &#224; des plaintes, l'acc&#232;s au cimeti&#232;re &#8211; et donc &#224; l'eau potable &#8211; est maintenant r&#233;serv&#233; aux seules familles des morts.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;tours et contournements&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; une centaine de kilom&#232;tres &#224; l'ouest de Belgrade, pr&#232;s de la fronti&#232;re croate, se trouve la petite ville de &#352;id. Les fermes s'y succ&#232;dent, dispos&#233;es en rangs serr&#233;s. Dans les bouches, les accents sont rondement croates. Lors des guerres de Yougoslavie des ann&#233;es 1990, nombreuses sont les maisons qui ont chang&#233; de main, troqu&#233;es entre &#171; retourn&#233;s &#187; serbes de Croatie et Croates de Serbie. Au mitan de cette journ&#233;e calme de fin de semaine, trois jeunes gar&#231;ons, sacs aux dos et visages fatigu&#233;s, sautent d'un camion sur le parking de la gare. Entre les voitures, ils attendent. L'un dit : &#171; &lt;i&gt;Avant, je suis pass&#233; par Subotica. La Hongrie, &#231;a n'a pas fonctionn&#233;. &lt;/i&gt; &#187; &#192; &#352;id pourtant, les habitants racontent que les &#233;trangers ont disparu du centre-ville depuis deux mois, au moment o&#249; la Croatie, devenue membre de l'UE, a renforc&#233; ses contr&#244;les frontaliers. Selon certaines rumeurs, les migrants pr&#233;sents en Serbie se replieraient maintenant vers la Bosnie pour entrer dans l'UE. Ici comme ailleurs, l'actualit&#233; g&#233;opolitique s'exp&#233;rimente au ras du sol, de m&#234;me que s'inventent les strat&#233;gies de contournement, malgr&#233; l'explosion des dur&#233;es de voyage.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;En sandwich entre l'Union europ&#233;enne et le &lt;i&gt;reste&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2004, la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie puis (plus r&#233;cemment) la Croatie ont successivement accompli leurs proc&#233;dures d'adh&#233;sion &#224; l'UE, agrandissant ainsi l'&#233;tendue des fronti&#232;res entre l'espace communautaire et le &lt;i&gt;reste&lt;/i&gt;, dont les Balkans. Lesquels pr&#233;sentent, de l'avis de l'Agence europ&#233;enne de surveillance des fronti&#232;res ext&#233;rieures (Frontex), un &#171; &lt;i&gt;haut risque migratoire&lt;/i&gt; &#187;. Centrale, la zone est travers&#233;e par les multiples itin&#233;raires emprunt&#233;s par les migrants depuis la Turquie. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 2000, le durcissement des politiques migratoires aux fronti&#232;res espagnoles et italiennes a pouss&#233; de nombreux candidats &#224; l'exil, venus du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne, &#224; contourner la M&#233;diterran&#233;e par les fronti&#232;res orientales (la Turquie, la Bulgarie) pour se rendre en Europe de l'Ouest. Et plus r&#233;cemment, comme le racontent les trois Pakistanais de Subotica, c'est la crise en Gr&#232;ce qui a motiv&#233; la reprise du voyage. Une &#233;difiante s&#233;rie de reportages, r&#233;alis&#233;e en 2012 par le site du Courrier des Balkans avec Mediapart, revient sur les &#171; &lt;i&gt;nouvelles routes migratoires&lt;/i&gt; &#187; passant dans la r&#233;gion&lt;a href='#nb7-4' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Balkans, sur les routes des migrants &#187; (six &#233;pisodes), par P. Bertinchamps, (...)' id='nh7-4'&gt;4&lt;/a&gt;. Celles-ci entra&#238;nent dans leurs sillages l'&#233;mergence de dispositifs de contr&#244;le (centres de r&#233;tention pour sans-papiers et d'h&#233;bergement pour demandeurs d'asile, lois r&#233;pressives, jungles) : de la Mac&#233;doine &#224; la Serbie, en passant par le Kosovo, le Mont&#233;n&#233;gro, la Bosnie-Herz&#233;govine, la filature a largement commenc&#233;. Prise en sandwich entre l'UE et le &lt;i&gt;reste&lt;/i&gt;, la Serbie s'est vue affubl&#233;e du qualificatif de &#171; zone tampon &#187; par la sph&#232;re communautaire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La ran&#231;on de la soumission&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais porte de l'UE, la Serbie se plait elle aussi &#224; s'imaginer europ&#233;enne. Retenue &lt;i&gt;candidate potentielle&lt;/i&gt; &#224; l'adh&#233;sion avec cinq autres pays balkaniques en 2003, elle n&#233;gocie d'arrache-pied depuis 2005 son droit &#224; devenir &lt;i&gt;candidate officielle&lt;/i&gt;. En r&#233;compense des efforts fournis pour niveler ses &#171; normes et valeurs &#187; &#224; celles d'un espace dignement europ&#233;en, la chose lui fut finalement accord&#233;e en 2012. En sus d'offrir les t&#234;tes de criminels de guerre notoires au TPIY&lt;a href='#nb7-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Tribunal p&#233;nal international pour l'ex-Yougoslavie.' id='nh7-5'&gt;5&lt;/a&gt;, et de faire preuve de vell&#233;it&#233;s pacificatrices &#224; l'&#233;gard du Kosovo, la campagne d'harmonisation de la Serbie aux standards europ&#233;ens s'est en partie traduite par l'adoption d'une politique migratoire qui lui permettrait de jouer aupr&#232;s de l'UE le r&#244;le du bon voisin, le temps de sa carri&#232;re de &#171; zone tampon &#187;. Aussi la Serbie a-t-elle accept&#233; en 2007 la signature d'un accord global de r&#233;admission avec l'UE, autorisant les &#201;tats membres (dont la Hongrie) &#224; lui renvoyer toute personne en situation irr&#233;guli&#232;re ayant transit&#233; par la Serbie, ou en &#233;tant originaire. Elle a ensuite adopt&#233; en 2008 un syst&#232;me d'asile et un &lt;i&gt;Code des &#233;trangers&lt;/i&gt; r&#233;gulant l'entr&#233;e, la circulation et le s&#233;jour de ces derniers. Et pour derni&#232;re adaptation notoire, elle a mis en place en 2009 une &lt;i&gt;Strat&#233;gie de gestion migratoire&lt;/i&gt; pour, entre autres, travailler &#224; la r&#233;int&#233;gration des Serbes renvoy&#233;s par l'UE, et lutter activement contre l'immigration irr&#233;guli&#232;re dans le pays. En contrepartie, le r&#233;gime de visa, jusqu'alors obligatoire pour tout citoyen serbe entrant dans un pays de l'UE, a &#233;t&#233; lev&#233; en 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En l'espace de trois ans, et au moyen de dotations financi&#232;res de l'UE, la Serbie s'est construite l'image d'une zone de r&#233;tention pour les migrants en partance pour l'Union europ&#233;enne. Dans un rapport satur&#233; de cartes et de diagrammes&lt;a href='#nb7-6' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Western Balkans Annual risk Analysis &#187;, rapport de l'agence Frontex, (...)' id='nh7-6'&gt;6&lt;/a&gt;, Frontex souligne les performances des Polices aux fronti&#232;res (PAF) serbe et mac&#233;donienne pour l'ann&#233;e 2012. Selon ces derni&#232;res, 8 471 personnes auraient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es en situation irr&#233;guli&#232;re &#224; la fronti&#232;re entre la Mac&#233;doine et la Serbie, 5 887 &#224; la fronti&#232;re entre la Serbie et la Croatie et 4 576 &#224; la fronti&#232;re entre la Serbie et la Hongrie. Le tableau &lt;i&gt;Top ten nationalities&lt;/i&gt; [des personnes intercept&#233;es] positionne en premi&#232;re place l'Afghanistan, puis viennent l'Albanie, le Pakistan, l'Alg&#233;rie, la Somalie, la Syrie, le Maroc et le Kosovo.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Retours forc&#233;s, et &#224; la cha&#238;ne&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La Serbie, un &#171; pays tiers s&#251;r &#187; pour les r&#233;fugi&#233;s ?&lt;/i&gt; &#187; Des associatifs belgradois rient jaune en &#233;voquant ce concept juridique utilis&#233; par la Hongrie pour justifier le bien-fond&#233; des quelque 3 500 expulsions de migrants r&#233;alis&#233;es par ses services de polices en 2011&lt;a href='#nb7-7' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Serbia as a safe third country, a wrong presumption &#187;, rapport du Helsinki (...)' id='nh7-7'&gt;7&lt;/a&gt;, malgr&#233; leur intention de demander l'asile politique. Selon ce pays, la Serbie est largement capable d'accueillir les demandes et les r&#233;fugi&#233;s &#171; &lt;i&gt; n'ont pas &#224; y craindre pour leur vie et pour leur libert&#233; &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, la porte-parole du Commissariat aux r&#233;fugi&#233;s et aux migrants estimait, en avril 2013, le nombre total de retours forc&#233;s en Serbie &#224; 8 824 depuis sept ans, dont de nombreux Serbes ayant quitt&#233; leur pays d'origine voil&#224; plus de trente ans&lt;a href='#nb7-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Ces expuls&#233;s viennent principalement d'Allemagne, de Su&#232;de, de Suisse et du (...)' id='nh7-8'&gt;8&lt;/a&gt;. En un article publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Plein droit&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb7-9' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; La Serbie, antichambre de l'Union europ&#233;enne &#187;, Plein droit, 2013/1, n&#176; (...)' id='nh7-9'&gt;9&lt;/a&gt; au cours de l'hiver 2013, Ela Meh - ancienne correspondante du r&#233;seau Migreurop &#8211; &#233;voquait &#224; son tour les risques de d&#233;portation en cha&#238;ne pour les retourn&#233;s non-serbes, la Serbie ayant &#233;galement sign&#233; des accords de r&#233;admission avec la Mac&#233;doine, la Croatie et la Bosnie-Herz&#233;govine. &#192; Subotica, les volontaires de l'APC acquiescent : &#171; &lt;i&gt;L'an dernier, deux cars ont &#233;t&#233; remplis et affr&#233;t&#233;s vers la Mac&#233;doine&lt;/i&gt; &#187;. Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;La Serbie n'est pas assez riche pour expulser syst&#233;matiquement. Dans la plupart des cas, les migrants sont lib&#233;r&#233;s apr&#232;s un passage en prison, pour la forme.&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb7-10' class='spip_note' rel='footnote' title='En 2012, 3 000 personnes ont purg&#233; une peine de prison allant de 2 &#224; 30 jours (...)' id='nh7-10'&gt;10&lt;/a&gt; &#187; Il faut soigner les statistiques de Frontex.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Rendre acceptable un syst&#232;me bancal &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#199;a sent comme &#224; la cantine. Une odeur &#233;paisse de pur&#233;e mousseline m&#234;l&#233;e &#224; celle du jus de viande envahit doucement la pi&#232;ce et, sur les tables, les verres Duralex sont blancs de trop avoir &#233;t&#233; lav&#233;s. Assis dans le r&#233;fectoire du centre d'h&#233;bergement pour demandeurs d'asile de Bogovadja, au sud de Belgrade, Ivan raconte comment il emploie ses journ&#233;es &#224; rendre acceptable un syst&#232;me bancal. Avec quelques cuisini&#232;res et des gardiens de s&#233;curit&#233;, il g&#232;re presque seul cette jeune structure de 120 places, ouverte par le gouvernement pour satisfaire les attentes de l'UE&lt;a href='#nb7-11' class='spip_note' rel='footnote' title='Un second centre a &#233;galement &#233;t&#233; ouvert &#224; Banja Koviljaca.' id='nh7-11'&gt;11&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Quelquefois&lt;/i&gt;, souffle-t-il,&lt;i&gt; je craque&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si les demandeurs peuvent rester dans le centre pendant la dur&#233;e de la proc&#233;dure d'asile (six mois), rares sont ceux qui y s&#233;journent plus de deux semaines. Depuis 2008, ann&#233;e d'introduction d'un syst&#232;me d'asile serbe, seules trois personnes se sont vues offrir un statut de r&#233;fugi&#233;. &#171; &lt;i&gt;D&#233;velopper l'asile n'est pas la priorit&#233; du gouvernement&lt;/i&gt; &#187;, indique une responsable du Haut Commissariat des R&#233;fugi&#233;s pour les Nations Unies. Et l'obtenir en Serbie n'est pas non plus, semble-t-il, la priorit&#233; des r&#233;fugi&#233;s qui, une fois repos&#233;s, reprennent la route pour l'Espagne, la France, l'Angleterre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela fait deux ans que des &lt;i&gt;jungles&lt;/i&gt; permanentes se sont enracin&#233;es &#224; Bogovadja. Dans les for&#234;ts attenantes, une centaine de migrants. Tenaill&#233;s par la faim, contraints &#224; la belle &#233;toile, ils attendent qu'une place se lib&#232;re pour &#234;tre int&#233;gr&#233; au centre. De jeunes mecs surtout, et un plus &#226;g&#233;, Alg&#233;rien, expuls&#233; vers son pays d'origine apr&#232;s trente ans de Belgique.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6322 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L350xH348/602px-Egon_Schiele_028-9e026.jpg' width='350' height='348' alt='JPEG - 67.9 ko' style='height:348px;width:350px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article r&#233;dig&#233; suite &#224; une enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e en septembre 2013 par J. Z., D. S. et M. J.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[Illustrations : Egon Schiele]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-1' id='nb7-1' class='spip_note' title='Notes 7-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Espace territorial exempt de contr&#244;les frontaliers, comprenant 26 &#201;tats europ&#233;ens.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-2' id='nb7-2' class='spip_note' title='Notes 7-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Grande ville du sud-est de la Serbie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-3' id='nb7-3' class='spip_note' title='Notes 7-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] En f&#233;vrier 2013, l'Agence nationale pour l'emploi a diffus&#233; en Serbie une annonce concernant 250 emplois dans des h&#244;pitaux allemands, pour un salaire de 1 900 &#8364; bruts par mois. Selon le FMI, le taux de ch&#244;mage atteindrait actuellement 25 % en Serbie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-4' id='nb7-4' class='spip_note' title='Notes 7-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &#171; Balkans, sur les routes des migrants &#187; (six &#233;pisodes), par P. Bertinchamps, J.-A. D&#233;rens, L. Geslin, B. Kamberi et R. To&#232;, Le Courrier des Balkans et Mediapart, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-5' id='nb7-5' class='spip_note' title='Notes 7-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Tribunal p&#233;nal international pour l'ex-Yougoslavie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-6' id='nb7-6' class='spip_note' title='Notes 7-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &#171; Western Balkans Annual risk Analysis &#187;, rapport de l'agence Frontex, 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-7' id='nb7-7' class='spip_note' title='Notes 7-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &#171; Serbia as a safe third country, a wrong presumption &#187;, rapport du Helsinki Committee for human rights, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-8' id='nb7-8' class='spip_note' title='Notes 7-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Ces expuls&#233;s viennent principalement d'Allemagne, de Su&#232;de, de Suisse et du Danemark. Voir &#171; Accords de r&#233;admission en Serbie : 9 000 retours forc&#233;s en sept ans &#187;, B92, 15/04/2013, trad. Le Courrier des Balkans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-9' id='nb7-9' class='spip_note' title='Notes 7-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &#171; La Serbie, antichambre de l'Union europ&#233;enne &#187;, Plein droit, 2013/1, n&#176; 96.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-10' id='nb7-10' class='spip_note' title='Notes 7-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] En 2012, 3 000 personnes ont purg&#233; une peine de prison allant de 2 &#224; 30 jours pour &#171; s&#233;jour ill&#233;gal &#187; en Serbie et 1 849 personnes ont &#233;t&#233; plac&#233;es dans le centre de r&#233;tention administrative de Padinska Skela.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh7-11' id='nb7-11' class='spip_note' title='Notes 7-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] Un second centre a &#233;galement &#233;t&#233; ouvert &#224; Banja Koviljaca.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>G&#233;om&#233;trie d'un assassinat </title>
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		<dc:date>2013-11-08T13:48:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>Chaque ann&#233;e, quelques milliers de passagers embarquent clandestinement sur des navires marchands. Pour les &#233;liminer du circuit &#233;conomique, une politique migratoire priv&#233;e met en &#233;quation priorit&#233;s des compagnies maritimes et int&#233;r&#234;ts des &#201;tats. Un monstre froid dans une mer d'huile. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en deux parties dans les num&#233;ros 12 et 13 d'Article 11 papier G&#233;om&#233;trie d'un assassinat. Administration priv&#233;e et sous-traitance des contr&#244;les migratoires en milieu maritime 1- Un point dans l'espace, (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Chroniques-portuaires-" rel="directory"&gt;Chroniques portuaires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1349-7f4e3.png&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e, quelques milliers de passagers embarquent clandestinement sur des navires marchands. Pour les &#233;liminer du circuit &#233;conomique, une politique migratoire priv&#233;e met en &#233;quation priorit&#233;s des compagnies maritimes et int&#233;r&#234;ts des &#201;tats. Un monstre froid dans une mer d'huile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; en deux parties dans les num&#233;ros 12 et 13 d'Article 11 papier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6150 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH149/canvas-e4ff0.png' width='500' height='149' alt='PNG - 499 ko' style='height:149px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong&gt;G&#233;om&#233;trie d'un assassinat. Administration priv&#233;e et sous-traitance des contr&#244;les migratoires en milieu maritime&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;1- Un point dans l'espace, Robertson&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;William Robertson est toujours anecdotique. Au d&#233;tour d'une description, dans le d&#233;tail d'une proc&#233;dure, il appara&#238;t. Par instants et en des lieux divers, son souvenir appuie une histoire - il est une figure utile, &#233;difi&#233;e dans les creux du discours indirect (rares sont ceux qui le connaissent vraiment). Dans le port de Burgas, les officiers de la Police aux fronti&#232;res bulgare rapportent avoir rencontr&#233; ses hommes en 2008&lt;a href='#nb8-1' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir rapport du r&#233;seau Migreurop 2010-2011, p.67.' id='nh8-1'&gt;1&lt;/a&gt; - depuis Londres, William Robertson d&#233;p&#234;che. Et plus r&#233;cemment, dans le port du Pir&#233;e, la correspondante locale d'une puissante mutuelle d'armateurs &#233;voquait au tournant d'une phrase ses collaborations avec le &#171; &lt;i&gt;bon vieux Bill&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb8-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans un entretien men&#233; par Max Sabadell en f&#233;vrier 2013.' id='nh8-2'&gt;2&lt;/a&gt; &#187; .&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; vrai dire, William Robertson est un homme de choix, discret et serviable. On le retrouve aujourd'hui dans les conseils d'administration de prestigieuses associations de sauvetage en haute-mer&lt;a href='#nb8-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Citons le Tsavliris Salvage Group.' id='nh8-3'&gt;3&lt;/a&gt; ou d'arbitrage de contentieux maritimes&lt;a href='#nb8-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Il est membre de la London Maritime Arbitrators Association.' id='nh8-4'&gt;4&lt;/a&gt; : de l'assistance il s'est cr&#233;&#233; un m&#233;tier. Tr&#232;s t&#244;t en effet, apr&#232;s avoir fait ses classes dans les agences d'armateurs qui bordent la &lt;i&gt;River Tyne&lt;/i&gt; (Newcastle), le jeune gar&#231;on oriente sa carri&#232;re vers le secteur de la pr&#233;vention maritime et rejoint d&#232;s les ann&#233;es 1970 le cercle feutr&#233; des Protection &amp; Indemnity (P&amp;I) Clubs. Fond&#233;es au milieu du XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ces mutuelles d'armateurs et d'affr&#233;teurs couvrent, &#224; la mani&#232;re de soci&#233;t&#233;s d'assurance, l'ensemble des risques que peut rencontrer un navire&lt;a href='#nb8-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Les P&amp;I clubs couvrent aujourd'hui plus de 90% des bateaux de la marine (...)' id='nh8-5'&gt;5&lt;/a&gt; &#8211; sur la responsabilit&#233;, Robertson exerce ses poignets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le 10 septembre 2012, dans le port de Lom&#233; au Togo, quatre dockers parviennent &#224; se glisser dans un petit espace sous la cale du navire marchand sud-cor&#233;en &lt;i&gt;Hunda&#239; Treasure Ship&lt;/i&gt;, en partance pour l'Europe. C'est par n&#233;cessit&#233; &#8211; boire, manger &#8211; que les quatre hommes se pr&#233;sentent &#224; l'&#233;quipage une vingtaine de jours plus tard. En pr&#233;vision d'une escale &#224; Casablanca, le commandant demande aux autorit&#233;s marocaines l'autorisation de d&#233;barquer ces passagers intempestifs. Celles-ci r&#233;torquent que la proc&#233;dure et les frais de rapatriement vers les pays d'origine de ces dockers (le Nigeria, la Sierra-L&#233;one et la Guin&#233;e) doivent int&#233;gralement &#234;tre pris en charge par l'armateur. Incertaines, les n&#233;gociations menacent de retarder la course du navire et le &lt;i&gt;Treasure&lt;/i&gt; quitte bredouille les c&#244;tes marocaines. Le 17 octobre, le commandant d'un porte-conteneurs lib&#233;rien lance une alerte aupr&#232;s des gardes-c&#244;tes alg&#233;riens : les quatre se d&#233;battent dans l'eau au large de Cherchell&lt;a href='#nb8-6' class='spip_note' rel='footnote' title='El Watan du 19/10/12.' id='nh8-6'&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; cette situation, d'aucuns diraient que les mers et les oc&#233;ans sont des espaces d'exception (sans foi ni loi) ; d'autres &#233;voqueraient &#224; l'inverse la surd&#233;termination marchande du milieu marin (l'humain, entre les conteneurs, n'y aurait pas sa place) ou le caract&#232;re proc&#233;durier de l'&#201;tat marocain. Les interpr&#233;tations fusent mais les faits demeurent. L'acte est violent, contraire &#224; l'&#233;thique maritime mais bien que d&#233;munis, les quatre dockers ont provoqu&#233; sur le bateau une telle crainte qu'il aura fallu se d&#233;barrasser d'eux. Sur ce navire et peut-&#234;tre au-del&#224;, les &lt;i&gt;passagers clandestins&lt;/i&gt; ont malgr&#233; eux produit un effet dans lequel &#171; tout le monde &#187; s'est laiss&#233; embarquer ; l'efficace de leur figure a &#233;t&#233; redoutable. Les personnes, celles qui se d&#233;battent dans l'eau, ont cess&#233; d'exister &#224; partir du moment o&#249; elles sont sorties de leur cachette - et, interrog&#233;, je crois bien que l'&#233;quipage r&#233;pondrait avec sinc&#233;rit&#233; qu'au meurtre il a &#233;t&#233; &lt;i&gt;pouss&#233;&lt;/i&gt;, sans &#234;tre en mesure de d&#233;signer un responsable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Entre les lignes de l'article narrant l'&#233;v&#233;nement de Cherchell affleure un espace maritime d&#233;coup&#233;, o&#249; les fronti&#232;res, les int&#233;r&#234;ts et les r&#233;gimes de souverainet&#233; voyagent et s'entrecroisent momentan&#233;ment. Une fois d&#233;couvert, le passager clandestin rel&#232;ve de la responsabilit&#233; du capitaine, qui repr&#233;sente l'armateur. Il est un &#171; sans-droit &#187; dont le devenir est d&#233;termin&#233; par une compagnie maritime, laquelle se heurte quasi syst&#233;matiquement &#224; un refus de d&#233;barquement. Une enqu&#234;te men&#233;e dans 22 ports de l'Union europ&#233;enne par le r&#233;seau Migreurop montre que les &#171; &lt;i&gt;autorit&#233;s [nationales] posent comme principe que ces personnes, d&#233;pourvues de documents en r&#232;gle, ne peuvent entrer sur le territoire&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb8-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Migreurop, Op. Cit., p.63.' id='nh8-7'&gt;7&lt;/a&gt; &#187; . En 1957 d&#233;j&#224;, l'agence onusienne en charge de promouvoir la s&#233;curit&#233; des navires (OMI) essuyait un refus appuy&#233; quant &#224; la ratification d'une convention pr&#233;voyant une obligation d'accueil des passagers clandestins &#224; la charge des pays signataires. Depuis, l'agence exhorte &#171; &lt;i&gt;les &#201;tat, les ports, les compagnies maritimes et les capitaines &#224; prendre les mesures n&#233;cessaires pour pr&#233;venir l'arriv&#233;e d'un passager clandestin&lt;/i&gt; &#187;. Elle met l'accent sur &#171; &lt;i&gt;la responsabilisation des transporteurs&lt;/i&gt; &#187; tout en encourageant les &#201;tats &#224; lever les sanctions financi&#232;res et p&#233;nales pr&#233;vues &#224; cet effet si l'armateur &#171; &lt;i&gt;coop&#232;re&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb8-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. circulaires du MSC/OMI.' id='nh8-8'&gt;8&lt;/a&gt; &#187; - autrement dit, s'il emp&#234;che le passager clandestin de s'&#233;chapper du bateau lorsqu'il est &#224; quai. Palabres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;William Robertson se m&#234;le des affaires mais ne trempe pas. On l'imagine distant, r&#233;fl&#233;chi, mesur&#233;. De son temps de &#171; P&amp;I &#187; dans les ann&#233;es 1980, il &#233;tait certainement de ceux qui planchaient sur les &#171; &lt;i&gt;hard cases&lt;/i&gt; &#187;, au rang desquels les incidents impliquant la vie humaine. Sur les listes dress&#233;es par les Clubs, les passagers clandestins c&#244;toient sur une m&#234;me ligne d'encre les d&#233;serteurs et les gr&#233;vistes : l'assureur prend &#224; sa charge les frais d&#233;riv&#233;s de leur pr&#233;sence, et il lui revient de r&#233;soudre &lt;i&gt;l'histoire des probl&#232;mes&lt;/i&gt;. Achever celle du passager clandestin d&#233;pend pour beaucoup de son embarcation : si la ligne maritime est r&#233;guli&#232;re, l'histoire se solde par un enfermement &#224; bord jusqu'au retour dans le port d'embarquement &#8211; le cas est simple. Mais &#224; l'inverse, comment boucler le voyage d'une personne partout ind&#233;sirable et qui se trouve sur un &lt;i&gt;tramper&lt;/i&gt;, un navire naviguant &#224; travers le monde sans trajectoire fixe ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est des noms et des domaines b&#226;tis sur du minuscule et de l'a priori insignifiant. Quand en 1994, William Roberston d&#233;cida d'accoler son patronyme &#224; la r&#233;solution de cette &#233;pineuse question, il &#233;vita soigneusement de se faire ranger dans la cat&#233;gorie des passionn&#233;s ou des opportunistes : sa soci&#233;t&#233; Robmarine Shipping (Overseas) r&#233;pondait &#224; une demande pressante. Sp&#233;cialis&#233;e dans la mise en &#339;uvre de protocoles visant &#224; extraire un passager clandestin d'un navire sans en retarder la course, Robmarine participe avec professionnalisme &#224; l'&#233;laboration d'une politique migratoire priv&#233;e. Autrement dit, elle s'associe (avec les P&amp;I Clubs qui ne recourent pas &#224; ses services) &#224; la d&#233;finition de proc&#233;dures d'expulsion alternatives &#224; celles men&#233;es par les &#201;tats dans le cadre de la r&#233;pression des &#233;trangers. Il faut dire qu'&#224; bien des &#233;gards, les soci&#233;t&#233;s d'assurance du monde maritime gagnent &#224; d&#233;velopper ce savoir-faire autonome &#8211; dans les rares cas o&#249; l'&#201;tat met son nez dans l'affaire, le bateau est immobilis&#233; au port dans l'attente d'une d&#233;cision, et la livraison retard&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le port de Burgas, en 2008, les hommes envoy&#233;s par William Roberston ont patrouill&#233; &#224; quai pendant quelques jours, la police locale tardant &#224; prendre ses dispositions au sujet de quatre Alg&#233;riens &#233;gar&#233;s en mer Noire sur un bateau battant pavillon panam&#233;en. Les quatre ont fini dans le centre de r&#233;tention de Bustmansi. Ils sont une exception. Pour les autres &lt;i&gt;tramper boys&lt;/i&gt;, la proc&#233;dure glisse &#224; une allure infernale. &#192; partir du moment o&#249; le capitaine d&#233;couvre le passager, il s'agit &#8211; pour William, pour les P&amp;I - de l'&#171; identifier &#187; afin de lui r&#233;unir un &#171; &lt;i&gt;n&#233;cessaire &#224; prendre l'avion&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb8-9' class='spip_note' rel='footnote' title='Compos&#233; d'un laissez-passer de l'ambassade du pays d'origine, d'une (...)' id='nh8-9'&gt;9&lt;/a&gt; &#187; dans le prochain pays d'escale. Derni&#232;rement, on trouvait sur le site internet de Robmarine une demande officielle adress&#233;e par l'&#201;tat tanzanien aux Clubs pour leur demander de cesser de r&#233;admettre sur son sol des passagers clandestins d'une autre origine. Et l'on se souvient de Fabio&lt;a href='#nb8-10' class='spip_note' rel='footnote' title='On retrouve Fabio dans la premi&#232;re chronique portuaire Ulysse Poliz&#243;n publi&#233;e (...)' id='nh8-10'&gt;10&lt;/a&gt;, agent P&amp;I &#224; Barcelone, tapant rageusement du poing sur la table suite au refus de l'ambassade marocaine de reconna&#238;tre un jeune homme sans l'avoir vu, alors que Fabio acceptait de &#171; &lt;i&gt;tout payer&lt;/i&gt; &#187;. Il est des moments o&#249; la petite m&#233;canique s'enraye. Mais ils sont toujours anecdotiques.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6151 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH263/explanation_speed-b4904.png' width='500' height='263' alt='PNG - 83.8 ko' style='height:263px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;2- &#201;volution de l'espace : politiques antiterroristes et sous-traitance des contr&#244;les migratoires &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il en est donc ainsi : tandis que les &#201;tats &#233;cartent toute possibilit&#233; d'accueil en pointant la responsabilit&#233; des transporteurs, le droit maritime international remet l&#233;galement le devenir de ces passagers entre les mains des capitaines et de leurs armateurs. En cons&#233;quence, les entreprises priv&#233;es &#233;laborent des strat&#233;gies pour expulser ces migrants sans retarder la circulation des marchandises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des proc&#233;dures d'enfermement et d'expulsion des &#171; ind&#233;sirables &#187; ont ainsi &#233;t&#233; d&#233;finies et men&#233;es par des acteurs de l'industrie maritime, pour pallier le non-interventionnisme &#233;tatique. Cette sous-traitance du contr&#244;le aux fronti&#232;res maritimes appara&#238;t pourtant diffuse et d&#233;politis&#233;e : pour la marine marchande, r&#233;admettre un migrant ne rel&#232;ve pas d'un choix mais d'une contrainte &#233;conomique, et l'accomplissement du &#171; sale boulot &#187; est externalis&#233; par les acteurs maritimes vers des &#171; professionnels du risque &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il semble difficile de dater la mise en &#339;uvre de cette administration priv&#233;e du fait migratoire&lt;a href='#nb8-11' class='spip_note' rel='footnote' title='En 1957 d&#233;j&#224;, l'Organisation maritime internationale essaya sans succ&#232;s de (...)' id='nh8-11'&gt;11&lt;/a&gt;, il s'av&#232;re par contre ais&#233; d'identifier le moment pr&#233;cis o&#249; cette &#233;conomie discr&#232;te a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e. En f&#233;vrier 2002, le premier num&#233;ro de &lt;i&gt;Beacon&lt;/i&gt; - newsletter &#233;dit&#233;e par le groupe d'assureurs maritimes &lt;i&gt;Skuld&lt;/i&gt; - soulignait les effets n&#233;fastes des politiques s&#233;curitaires cons&#233;cutives aux &#233;v&#233;nements du 11 septembre 2001 sur les proc&#233;dures de rapatriement des passagers clandestins&lt;a href='#nb8-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Rodrigues A. et Bou-Melhem F., (2002), &#171; How 11 September changed attitudes (...)' id='nh8-12'&gt;12&lt;/a&gt; . Outre une difficult&#233; croissante &#224; obtenir des laissez-passer et la n&#233;cessit&#233; d&#233;sormais incontournable de pr&#233;voir une escorte priv&#233;e lors d'une r&#233;admission par avion, &lt;i&gt;Beacon&lt;/i&gt; signalait &#233;galement la quasi-impossibilit&#233; de d&#233;barquer des ressortissants arabes ou afghans, les &#201;tats tiers n'autorisant plus leur transit a&#233;rien sur leurs territoires. Apr&#232;s s'&#234;tre r&#233;pandu en avertissements d'ordre pratique - montrant combien le s&#233;curitaire contrevenait &#224; la performance &#233;conomique -, le groupe &lt;i&gt;Skuld&lt;/i&gt; recommandait pourtant la lecture d'un article du quotidien libanais &lt;i&gt;An-hanar&lt;/i&gt; narrant l'histoire d'un passager clandestin suspect&#233; d'&#234;tre en cheville avec Ben Laden, et interpell&#233; en possession de quatre millions de dollars. Aussi fumeuse qu'elle puisse para&#238;tre, &lt;i&gt;Beacon&lt;/i&gt; assurait ses collaborateurs de l'int&#233;r&#234;t d'une anecdote, qui &#171; &lt;i&gt;illustre comment le fait de voyager clandestinement peut &#234;tre utilis&#233; afin de faciliter les mouvements ainsi que les activit&#233;s criminelles et terroristes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce premier num&#233;ro de Beacon s'inscrivait dans un contexte maritime marqu&#233; par la mise en &#339;uvre de mesures s&#233;curitaires d'urgence par le gouvernement &#233;tats-unien. De cibles &#233;ventuelles, les navires et leurs cargaisons ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme des armes potentielles d&#232;s le lendemain du 11-Septembre. En novembre 2001, l'Office des douanes et des contr&#244;les aux fronti&#232;res (CBP) &#233;tablissait un syst&#232;me de certification - &lt;i&gt;the Customs-Trade Partnership Against Terrorism&lt;/i&gt; &#8211; invitant les acteurs de la cha&#238;ne logistique &#224; faire preuve de z&#232;le s&#233;curitaire en &#233;change d'inspections plus rapides de leurs navires. Peu apr&#232;s, en f&#233;vrier 2002, le CBP initiait le &lt;i&gt;Containers Security Initiative &lt;/i&gt; (CSI). Ce programme - aujourd'hui appliqu&#233; dans vingt-deux ports europ&#233;ens - vise &#224; identifier les conteneurs pr&#233;sentant &#171; un risque terroriste &#187; gr&#226;ce &#224; l'implantation d'agents des douanes &#233;tats-uniens dans les principaux ports &#233;trangers, sp&#233;cialis&#233;s dans le fret conteneuris&#233;, et r&#233;ciproquement. Encourag&#233;s par l'Organisation mondiale du commerce, ces accords de collaborations douani&#232;res ont permis d'exp&#233;rimenter de nouvelles techniques de contr&#244;le fond&#233;es sur la d&#233;tection (g&#233;n&#233;ralisation des scanners et d&#233;veloppement de programmes informatis&#233;s d'identification des conteneurs dit &#171; &#224; risque &#187;). Pour autant, ces programmes demeuraient on ne peut plus classiques, leur r&#233;alisation reposant sur des m&#233;tiers auxquels reviennent, traditionnellement, les fonctions de surveillance (police, services douaniers), et l'attention s&#233;curitaire &#233;tant port&#233;e sur la marchandise uniquement. Structurellement, l'innovation s&#233;curitaire devait alors se montrer &#224; la mesure de l'innovation terroriste du 11-Septembre. Il fallait donc aller plus loin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Adopt&#233; en 2004 par l'Organisation maritime internationale - sous pression des Etats-Unis -, l'&lt;i&gt;International Ship and Port Security Code&lt;/i&gt; (ISPS) entendait responsabiliser le champ maritime afin de pr&#233;venir et de d&#233;tecter une s&#233;rie de &#171; menaces &#187;. Dont, en vrac, le terrorisme, les actes de piraterie, de trafics illicites, ainsi que l'immigration dite clandestine, le sabotage et la prise d'otage. Alors que le CSI fait encore aujourd'hui l'objet de lourdes controverses&lt;a href='#nb8-13' class='spip_note' rel='footnote' title='La mesure du &#171; 100 % scanning &#187; (visant &#224; scanner l'int&#233;gralit&#233; des commerce (...)' id='nh8-13'&gt;13&lt;/a&gt;, la certification ISPS des navires et des b&#226;timents portuaires s'est en revanche r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un enjeu d&#233;terminant au sein de l'&#233;conomie maritime puisqu'elle participe de l'attractivit&#233; portuaire : un navire non labellis&#233; peut ainsi se voir interdire de p&#233;n&#233;trer dans un port &#171; aux normes &#187;. &#192; l'inverse, un bateau certifi&#233; peut refuser d'accoster dans un port non suffisamment s&#233;curis&#233;. Au sein des &#233;quipages, les protocoles de s&#233;curit&#233; ISPS impliquent une multiplication des t&#226;ches de pr&#233;vention s&#233;curitaire avant et pendant chaque appareillage (fouille, ronde, gardiennage). Ils imposent &#233;galement la d&#233;signation d'un agent de s&#251;ret&#233; du navire, choisi parmi le personnel en place. Consid&#233;r&#233;s comme &#171; secondaires &#187;, ces protocoles sont souvent v&#233;cus par les &#233;quipes comme des fardeaux&lt;a href='#nb8-14' class='spip_note' rel='footnote' title='In Prakash Metaparti (2010) : &#171; Rhetoric, rationality and reality in (...)' id='nh8-14'&gt;14&lt;/a&gt;, mais n'en constituent pas moins de redoutables instruments de la lutte anti-migration&lt;a href='#nb8-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Le nombre de passagers clandestins a consid&#233;rablement diminu&#233; suite &#224; (...)' id='nh8-15'&gt;15&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plut&#244;t que d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme un d&#233;sagr&#233;ment &#233;conomique &#224; la charge des compagnies maritimes, les passagers clandestins embarqu&#233;s sur les navires de marine marchande sont depuis 2004 &#233;rig&#233;s en figures contrevenant &#224; la s&#233;curit&#233; des &#201;tats - et leur r&#233;pression est l&#233;galement report&#233;e sur les acteurs priv&#233;s de l'industrie maritime (marins, armateurs, assureurs, affr&#233;teurs). Bien que le code ISPS ne change en rien le r&#232;glement effectif des cas de passagers clandestins d&#233;couverts &#224; bord - pris en charge par la sph&#232;re assurantielle &#8211;, il fait de la pr&#233;vention migratoire un enjeu quotidien et prioritaire pour les &#233;quipages des navires. Un capitaine de cargo turc raconte : &#171; &lt;i&gt;Avant, le passager clandestin restait avec l'&#233;quipage, on regardait la t&#233;l&#233;vision ensemble sans que cela ne pose de probl&#232;me. A pr&#233;sent, je suis mal &#224; l'aise. Il me faut expliquer &#224; l'&#233;quipage que si j'attache ou j'enferme la personne, ce n'est pas pour lui faire du mal. Et il me faut aussi faire travailler deux marins &#224; la surveillance de la cabine.&lt;a href='#nb8-16' class='spip_note' rel='footnote' title='Migreurop, Op. Cit., p.55.' id='nh8-16'&gt;16&lt;/a&gt; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;G&#233;om&#233;trie &#233;l&#233;mentaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt; &#8211; 1/ Les &#201;tats sanctionnent financi&#232;rement les transporteurs s'ils convoient des migrants irr&#233;guliers. Les &#201;tat n'accueillent pas non plus ces derniers. 2/ Les contrats pass&#233;s entre les armateurs et les assureurs maritimes impliquent la prise en charge par les seconds des frais li&#233;s &#224; la pr&#233;sence des passagers clandestins. 3/ Les &#201;tats appr&#233;cient beaucoup les efforts de la sph&#232;re priv&#233;e en mati&#232;re de r&#233;pression migratoire et font sauter les contraventions si cette derni&#232;re peut prouver qu'elle a tout fait pour &#233;viter la pr&#233;sence de cette &#171; menace &#187;. 4/ Les marins doivent donc tout faire pour emp&#234;cher les migrants d'embarquer. Les assureurs veillent au grain. 5/ En octobre 2012, quatre migrants sont jet&#233;s par dessus bord au large des cot&#233;s alg&#233;riennes par l'&#233;quipage du &lt;i&gt;Hyundai Treasure Ship&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6152 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH75/canvas_2-d4dbd.png' width='500' height='75' alt='PNG - 155.6 ko' style='height:75px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article a &#233;t&#233; &#233;crit en parall&#232;le d'un autre article (en anglais) traitant du m&#234;me sujet, avec Paloma Maquet, publi&#233; dans le num&#233;ro th&#233;matique &#171; Informants, spies and subversion &#187; (ao&#251;t 2013) du Statewatch journal, la revue trimestrielle du centre londonien de recherche sur les libert&#233;s publiques, Statewatch. Ce num&#233;ro est int&#233;gralement &lt;a href=&quot;http://www.statewatch.org/contents/swjournal23n2.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;t&#233;l&#233;chargeable en ligne&lt;/a&gt; ; la publication imprim&#233;e peut &#234;tre command&#233;e par voie postale. Une version fran&#231;aise de l'article &#171; Sanctions for stowaways : how merchant shipping joined the border police &#187; est accessible &lt;a href=&quot;http://www.statewatch.org/analyses/no-233-sanctions-for-stowaways-how-merchant-shipping-joined-the-border-police-french-version.pdf&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une partie des informations recueillies sur la pr&#233;sence des passagers clandestins dans la marine marchande fait suite &#224; une recherche collective men&#233;e en 2010 par le r&#233;seau Migreurop, au terme de laquelle un rapport d'enqu&#234;te a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; : &lt;a href=&quot;http://www.migreurop.org/article2049.html?lang=fr&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Au bord de l'Europe, l'externalisation des contr&#244;les migratoires&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les images illustrant cet article sont des visualisations du niveau d'oxyg&#232;ne, d'acidit&#233;, de nitrate et de salinit&#233; de l'eau du fleuve Tyne (nord-est de l'Angleterre), &#224; plusieurs moments de l'ann&#233;e 2012 - les capteurs ayant &#233;t&#233; install&#233;s sur les pales d'un &lt;a href=&quot;http://flowmill.nand.io/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;moulin &#224; eau&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; G&#233;om&#233;trie d'un assassinat &#187; est un titre repris d'un album du groupe &#201;tat brut, sur lequel porte en partie la chronique portuaire du num&#233;ro 14 d'Article 11 (en kiosque en ce moment).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6153 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH150/canvas_3-c6f23.png' width='500' height='150' alt='PNG - 638.6 ko' style='height:150px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-1' id='nb8-1' class='spip_note' title='Notes 8-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Voir rapport du r&#233;seau Migreurop 2010-2011, p.67.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-2' id='nb8-2' class='spip_note' title='Notes 8-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Dans un entretien men&#233; par Max Sabadell en f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-3' id='nb8-3' class='spip_note' title='Notes 8-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Citons le Tsavliris Salvage Group.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-4' id='nb8-4' class='spip_note' title='Notes 8-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Il est membre de la London Maritime Arbitrators Association.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-5' id='nb8-5' class='spip_note' title='Notes 8-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Les P&amp;I clubs couvrent aujourd'hui plus de 90% des bateaux de la marine marchande mondiale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-6' id='nb8-6' class='spip_note' title='Notes 8-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;El Watan&lt;/i&gt; du 19/10/12.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-7' id='nb8-7' class='spip_note' title='Notes 8-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Migreurop, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p.63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-8' id='nb8-8' class='spip_note' title='Notes 8-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Cf. circulaires du MSC/OMI.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-9' id='nb8-9' class='spip_note' title='Notes 8-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] Compos&#233; d'un laissez-passer de l'ambassade du pays d'origine, d'une autorisation des autorit&#233;s locales, de billets d'avion et d'une escorte priv&#233;e jusqu'au pays d'origine. Voir Migreurop, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-10' id='nb8-10' class='spip_note' title='Notes 8-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] On retrouve Fabio dans la premi&#232;re chronique portuaire &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.article11.info/?Ulysse-polizon&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Ulysse Poliz&#243;n&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; publi&#233;e dans le num&#233;ro 5 d'Article 11.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-11' id='nb8-11' class='spip_note' title='Notes 8-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] En 1957 d&#233;j&#224;, l'Organisation maritime internationale essaya sans succ&#232;s de s&#233;curiser le devenir de ces passagers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-12' id='nb8-12' class='spip_note' title='Notes 8-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Rodrigues A. et Bou-Melhem F., (2002), &#171; &lt;i&gt;How 11 September changed attitudes on stowaways and why owners should be even more careful&lt;/i&gt; &#187;, Beacon Skuld Newsletter, # 1.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-13' id='nb8-13' class='spip_note' title='Notes 8-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] La mesure du &#171; &lt;i&gt;100 % scanning&lt;/i&gt; &#187; (visant &#224; scanner l'int&#233;gralit&#233; des commerce promis &#224; l'exportation) introduite dans le CSI en 2012 suscite de nombreuses critiques de la part des parlementaires &#233;tats-uniens ainsi que des autorit&#233;s partenaires, dont la Commission europ&#233;enne. Elle impliquerait des d&#233;penses disproportionn&#233;es par rapport aux risques encourus, et retarderait le commerce international.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-14' id='nb8-14' class='spip_note' title='Notes 8-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;In&lt;/i&gt; Prakash Metaparti (2010) : &#171; &lt;i&gt;Rhetoric, rationality and reality in post-9/11 maritime security&lt;/i&gt; &#187;, Maritime Policy &amp; Management : The flagship journal of international shipping and port research, 37:7.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-15' id='nb8-15' class='spip_note' title='Notes 8-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] Le nombre de passagers clandestins a consid&#233;rablement diminu&#233; suite &#224; l'introduction de ISPS. Voir rapport Migreurop, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt; p.36.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh8-16' id='nb8-16' class='spip_note' title='Notes 8-16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] Migreurop, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p.55.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item>
		<title>Maison de paille de Lausanne &#8211; &#171; Cette esp&#232;ce d'ovni, cette curiosit&#233; qui avait pouss&#233; l&#224; &#187;</title>
		<link>https://www.article11.info/~%07ge/?Cette-espece-d-ovni-cette</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.article11.info/~%07ge/?Cette-espece-d-ovni-cette</guid>
		<dc:date>2013-09-25T14:27:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:creator>Julia Zortea</dc:creator>

		<description>Pendant quelques mois, en 2007, une &#233;trange construction fit beaucoup parler d'elle &#224; Lausanne. Toute de paille v&#234;tue, &#233;rig&#233;e dans un parc sans autorisation, cette maison se voulait outil d'&#233;mancipation autant que d&#233;claration militante. Las, elle fit long feu. Entretien avec le collectif &#171; Straw d'la balle &#187;, auteur de ''La maison de paille de Lausanne, pourquoi nous l'avons construite, pourquoi elle fut incendi&#233;e''. Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 13 de la version papier d'Article11 * C'est (...)

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&lt;a href="https://www.article11.info/~%07ge/?-Entretiens-" rel="directory"&gt;Entretiens&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logos' alt=&quot;&quot; align=&quot;right&quot; src=&quot;https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L111xH150/arton1334-22a6a.jpg&quot; width='111' height='150' style='height:150px;width:111px;' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant quelques mois, en 2007, une &#233;trange construction fit beaucoup parler d'elle &#224; Lausanne. Toute de paille v&#234;tue, &#233;rig&#233;e dans un parc sans autorisation, cette maison se voulait outil d'&#233;mancipation autant que d&#233;claration militante. Las, elle fit long feu. Entretien avec le collectif &#171; Straw d'la balle &#187;, auteur de ''&lt;i&gt;La maison de paille de Lausanne, pourquoi nous l'avons construite, pourquoi elle fut incendi&#233;e&lt;/i&gt;''.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le num&#233;ro 13 de la version papier d'Article11&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire de quelques personnes qui &#233;difi&#232;rent leur maison dans le secret d'un parc public de Lausanne, en Suisse, en 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le chantier, puis la b&#226;tisse, intrigu&#232;rent les passants, qui jamais n'avaient vu des murs form&#233;s de bottes de paille.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les journaux eurent t&#244;t fait d'accourir, puis vinrent les &#233;lus. Semelles dans la pelouse, ces derniers dirent bravo, le r&#233;p&#233;t&#232;rent encore, et affirm&#232;rent d'une seule voix que la technique de construction &#233;tait audacieuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Leurs visages s'assombrirent ensuite, car cette maison &#233;tait une vraie maison, fabriqu&#233;e pour &#234;tre habit&#233;e. Ils la trouv&#232;rent alors moins jolie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La maison f&#251;t finalement incendi&#233;e, en pleine nuit. Deux de ses habitants en r&#233;chapp&#232;rent de justesse.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;***&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage publi&#233; en 2013 aux &#233;ditions La Lenteur, le collectif &#171; Straw d'la balle &#187;&lt;a href='#nb9-1' class='spip_note' rel='footnote' title='De Straw bale : ballots de paille, en anglais.' id='nh9-1'&gt;1&lt;/a&gt;, &#224; l'origine de la construction de cette maison de paille, habille de mots sa d&#233;marche de r&#233;appropriation de l'espace public. Inscrivant leur action dans le contexte &#233;conomique et politique lausannois, les auteurs montrent combien il fut inconcevable, pour une municipalit&#233; socialo-&#233;cologiste, de tol&#233;rer une &#171; &lt;i&gt;vraie &#233;cologie qui se moque de l'&#233;cologie, une alternative &#224; la p&#233;nurie de logement qui se moque de la sp&#233;culation immobili&#232;re, une autoconstruction qui se moque des architectes&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href='#nb9-2' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans &#171; Plaidoyer pour la maison de paille &#187; de Michel Th&#233;voz, en annexe de (...)' id='nh9-2'&gt;2&lt;/a&gt;. Rencontre avec le collectif.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6061 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH501/illus-5a923.jpg' width='500' height='501' alt='JPEG - 1.5 Mo' style='height:501px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:350px;'&gt;Dessin de &lt;a href=&quot;http://www.alchourroun.fr/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, publi&#233; dans le num&#233;ro 13 d'Article 11, en illustration de cet entretien
&lt;/dd&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;O&#249; l'on commence par la Dolce Vita &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Lausanne, un mouvement de jeunes contestataires - L&#244;zane bouge - s'est form&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1980 pour d&#233;noncer le conservatisme ambiant. Ces militants souhaitaient, entre autres&lt;a href='#nb9-3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ils r&#233;clamaient aussi le droit &#224; l'affichage libre, celui de manifester sans (...)' id='nh9-3'&gt;3&lt;/a&gt;, l'ouverture d'un centre social autonome. De nombreuses manifestations et occupations de lieux leur permirent finalement d'obtenir une salle de concerts en 1985 : la Dolce Vita. M&#234;me s'il incarnait un haut lieu de la ''contre-culture'' &#224; la fin des ann&#233;es 1980, cet espace subventionn&#233; par la municipalit&#233; s'est ensuite d&#233;politis&#233; au fil des ans, jusqu'&#224; sa fermeture en 1999.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un an plus tard, le b&#226;timent vide &#233;tait occup&#233; par le collectif de &lt;a href=&quot;http://espaceautogere.squat.net/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;l'Espace autog&#233;r&#233;&lt;/a&gt;. Issu de la tendance anarcho-punk, celui-ci s'est constitu&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 autour de r&#233;flexions sur l'autonomie, culturelle et politique. Il s'est successivement install&#233; dans trois squats, avant de prendre pied dans les locaux de l'ex-Dolce Vita ; il y est install&#233; depuis maintenant plus de dix ans. De nombreux collectifs de maisons occup&#233;es gravitent autour de ce lieu, qu'ils contribuent &#224; animer. Autrement dit, l'existence de ce point de convergence a permis de structurer le mouvement squat de Lausanne dans la dur&#233;e. Cela a contribu&#233; &#224; l'&#233;tablissement d'un rapport de force avec la municipalit&#233;, et nous a permis de faire entendre nos revendications plus largement dans la ville. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt; Gold lake city&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur les questions de logement, il existait dans les ann&#233;es 1990 un r&#233;seau, f&#233;d&#233;r&#233; autour d'un journal, qui rassemblait les mouvements de sans-abris, de squatteurs, ou ceux engag&#233;s sur les questions du logement &#233;tudiant. Comme dans la plupart des villes d'Europe, la p&#233;nurie de logements &#224; Lausanne s'intensifie. Et le lien entre cette tendance et la croissance &#233;conomique saute aux yeux : les salari&#233;s des nombreuses multinationales install&#233;es dans la ville accaparent les appartements du centre-ville. R&#233;sultat : les prix de l'immobilier augmente, et le taux de logements vacants est aujourd'hui au plus bas&lt;a href='#nb9-4' class='spip_note' rel='footnote' title='Selon l'Observatoire du logement du Canton de Vaud, ce taux &#233;tait &#224; 0,2 % en (...)' id='nh9-4'&gt;4&lt;/a&gt;. Cette situation l&#233;gitime &#233;videmment la recherche d'alternatives, comme les occupations de maisons ou les ''contrats de confiance'' &#233;tudiants&lt;a href='#nb9-5' class='spip_note' rel='footnote' title='Autrement appel&#233;s &#171; contrats de pr&#234;t &#224; usage &#187;. Dans la pratique, des (...)' id='nh9-5'&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dirig&#233;e par un syndic&lt;a href='#nb9-6' class='spip_note' rel='footnote' title='En Suisse, la fonction de syndic est &#233;quivalente &#224; celle de maire en (...)' id='nh9-6'&gt;6&lt;/a&gt; Vert, Daniel Brelaz, la municipalit&#233; de Lausanne se situe - entre guillemets - &#224; gauche, puisque la coalition au pouvoir regroupe les socialistes, les Verts et les ex-communistes du Parti ouvrier et populaire. Historiquement, c'est en surfant sur la vague des mouvements contestataires des ann&#233;es 1980 que la gauche a dam&#233; le pion au Parti lib&#233;ral-radical, de droite. Dans ce contexte, la municipalit&#233; n'a d'autre choix que d'afficher une certaine tol&#233;rance vis-&#224;-vis des mouvements alternatifs &#8211; jusqu'&#224; un certain point.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En mati&#232;re d'&#233;cologie, la politique de la ville suit le positionnement de Br&#233;laz, qui clamait au moment de son &#233;lection au parlement que ''&lt;i&gt;l'&#233;cologie n'est pas un mode de vie, mais un mod&#232;le &#233;conomique&lt;/i&gt;''. L'accent est mis en particulier sur la construction d'infrastructures de transports publics, comme le M2 (le m&#233;tro automatique, reli&#233; &#224; l'autoroute), et sur l'implantation d'&#233;coquartiers, lesquels comportent un petit pourcentage d'habitats sociaux, pour la forme. Dans les deux cas, il s'agit avant tout de rendre la ville plus pratique pour les &#233;lites qui viennent y travailler. Les discours de la municipalit&#233; sur la mixit&#233; sociale, utilis&#233;s pour justifier le m&#233;ga-projet urbanistique M&#233;tamorphose&lt;a href='#nb9-7' class='spip_note' rel='footnote' title='Lanc&#233; en 2006, ce projet ent&#233;rine la construction dans Lausanne de nouveaux (...)' id='nh9-7'&gt;7&lt;/a&gt;, sont d'autant moins cr&#233;dibles qu'ils accompagnent, au centre-ville, une politique d'&#233;limination radicale de la marginalit&#233; et de la pauvret&#233; (chasse aux mendiants, aux toxicomanes...). &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'art d'habiter&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 2004, nous avions particip&#233; &#224; l'organisation d'une manifestation contre le mal-logement, la sp&#233;culation immobili&#232;re et les expulsions&lt;a href='#nb9-8' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir le num&#233;ro 44 du journal intersquats T'okup, Le crime c'est pas les squats (...)' id='nh9-8'&gt;8&lt;/a&gt;. L'occasion de prendre acte de nos d&#233;saccords avec les associations de d&#233;fense juridique des locataires : nos revendications avaient peu &#224; voir. Ces associations faisaient pression aupr&#232;s de la municipalit&#233; pour l'obtention de logements sociaux, alors que nous cherchions des moyens de lib&#233;rer nos espaces de vie de l'emprise du march&#233; de l'immobilier &#8211; ce qui d&#233;passe la simple question du logis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans son texte &lt;i&gt;L'art d'habiter&lt;/i&gt;&lt;a href='#nb9-9' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; L'art d'habiter &#187;, in Illich, Dans le miroir du pass&#233;. Conf&#233;rences et (...)' id='nh9-9'&gt;9&lt;/a&gt;, que nous avions imprim&#233; et distribu&#233; lors de cette manifestation, Ivan Illich distingue le ''&lt;i&gt;droit au logement&lt;/i&gt;'' du ''&lt;i&gt;pouvoir d'habiter&lt;/i&gt;''. &#202;tre log&#233; revient &#224; ''&lt;i&gt;exiger un certain nombre de m&#232;tres carr&#233;s dans l'espace construit&lt;/i&gt;'', dans le ''&lt;i&gt;monde fabriqu&#233;&lt;/i&gt;'', tandis qu'habiter suppose de d&#233;terminer ses conditions d'existence, d' ''&lt;i&gt;articuler sa biographie dans le paysage&lt;/i&gt;''. Penser le logement en termes de p&#233;nurie dans une &#233;conomie lib&#233;rale, c'est le r&#233;duire &#224; un syst&#232;me de gestion r&#233;gi par un prix, qui fluctue en fonction de l'offre et de la demande. L'histoire de la maison de paille s'inscrit &#224; l'encontre de cette r&#233;alit&#233; : nous avions envie d'aller plus loin que la forme squat en terme d'autonomie et de nous livrer &#224; l'exp&#233;rimentation sociale de ce qu'est habiter, en construisant collectivement une maison, et en nous inspirant de l'&#233;cologie pratique. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Permis de vivre contre permis de construire &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; partir de 2004, nous avons commenc&#233; &#224; nous dire que nous ne voulions pas s&#233;parer l'environnement de la vie quotidienne, ni confondre l'&#233;cologie avec l'art d'habiter. &#192; l'occasion d'un passage de la caravane Tournesol&lt;a href='#nb9-10' class='spip_note' rel='footnote' title='Entre 2002 et 2004, le camion-sc&#232;ne Tournesol s'est balad&#233; en France et (...)' id='nh9-10'&gt;10&lt;/a&gt; &#224; Lausanne, nous avons pris connaissance d'actions ill&#233;gales d'autoconstruction en r&#233;ponse &#224; des questions sociales, le tout accompagn&#233; de manifestes (''Construire, c'est se construire'', ''Permis de vivre contre permis de construire'') et d'indications techniques&lt;a href='#nb9-11' class='spip_note' rel='footnote' title='&#192; l'exemple des constructions-manifestes de l'architecte Michel (...)' id='nh9-11'&gt;11&lt;/a&gt;. En dessous d'un texte sur l'abolition du salariat se trouvaient par exemple expliqu&#233;es les techniques d'utilisation du bois cord&#233; ou de fabrication d'un lagunage d'&#233;puration. Ces exemples nous ont clairement mis sur la voie, car les discours &#233;taient assortis d'actes : l'autoconstruction, une forme d'action directe, prenait ainsi une dimension de manifeste politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous &#233;tions alors un petit groupe d'amis sans aucune exp&#233;rience de construction du gros &#339;uvre d'une maison. Mais nous nous sommes dit, en plaisantant &#224; moiti&#233; : ''&lt;i&gt;Pourquoi ne pas fabriquer, rapidement, une maison en biomat&#233;riaux dans le parc public situ&#233; en contrebas de l'Espace autog&#233;r&#233; ?&lt;/i&gt;'' Quelques semaines plus tard, on organisait une petite rencontre pour expliquer notre projet ; on pensait aller vite. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Chi va piano, va sano e va lontano &lt;br /&gt;(&#224; la cueillette de la m&#233;thode) &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes vite redescendu sur terre ! Au lieu de s'achever, comme nous l'imaginions, deux mois plus tard, le processus d'&#233;laboration de la maison s'est av&#233;r&#233; tr&#232;s lent, et le chantier n'a commenc&#233; qu'en ao&#251;t 2007. Ce temps de pr&#233;paration a finalement jou&#233; un r&#244;le crucial, car il nous a permis de r&#233;cup&#233;rer gratuitement un bon stock de mat&#233;riaux &#224; la fin de chantiers, ou dans les maisons occup&#233;es. Nous avons aussi profit&#233; de cette p&#233;riode pour faire conna&#238;tre notre projet, &#233;changer des conseils et &#233;largir nos soutiens. Le collectif d'un squat expuls&#233; nous avait l&#233;gu&#233; son fonds de caisse et nous n'avons finalement d&#233;pens&#233; pour la construction de cette maison que quelques milliers de Francs suisses. En bref, si tu te d&#233;cides &#224; construire une maison en un mois, tu devras acheter beaucoup plus de mat&#233;riaux, ou faire davantage de d&#233;placements. Cela demande plus de moyens de faire les choses rapidement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puisqu'on avait fait le choix de construire cette maison dans un parc public, il ne pouvait s'agir que d'un chantier-&#233;clair. Il fallait surprendre : il est plus facile pour les pouvoirs publics de mettre fin &#224; un processus non-termin&#233; que d'affronter un b&#226;timent d&#251;ment construit. De notre c&#244;t&#233;, l'enjeu &#233;tait de trouver la bonne technique, adapt&#233;e &#224; nos contraintes pratiques (la pente du terrain, l'imp&#233;ratif d'un chantier de courte dur&#233;e) et politiques (l'utilisation de biomat&#233;riaux). En 2006, lors d'une rencontre de l'Action mondiale des peuples &#224; Toulouse, une maison avait &#233;t&#233; construite en panneaux de bois pr&#233;-remplis de paille, puis enduits de terre. Cette technique se rapprochait beaucoup de ce qu'on cherchait, mais c'est surtout le visionnage d'un film allemand sur la construction en bottes de paille&lt;a href='#nb9-12' class='spip_note' rel='footnote' title='Heidi Snel, B&#226;tir en bottes de paille &#8211; red&#233;couverte d'un ancien mat&#233;riau de (...)' id='nh9-12'&gt;12&lt;/a&gt; qui nous a convaincus. Notamment parce que la paille permettait de monter des murs porteurs tr&#232;s rapidement, nous &#233;vitait d'utiliser du bois de r&#233;cup' empreint de colle, et s'av&#233;rait efficace en terme d'isolation. On s'est beaucoup renseign&#233; et form&#233; sur le sujet, jusqu'au moment o&#249; on a d&#233;cid&#233; d'acqu&#233;rir 280 bottes de paille dans l'exploitation agricole d'une amie, en &#233;change d'un coup de main aux moissons de juillet 2007.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est assez g&#233;nial de voir comment des mat&#233;riaux qui ont peu de valeur pour les uns peuvent servir aux autres - comme dans la permaculture, mais au niveau social ! Et on diff&#233;rencie moins l'environnement de l'habitat quand on part en qu&#234;te de la mati&#232;re avec laquelle on va fabriquer sa maison. Ne serait-ce que pour d&#233;terminer la date du chantier : il fallait qu'il se d&#233;roule apr&#232;s la moisson, mais pas non plus &#224; une date trop avanc&#233;e de l'automne, car les enduits ne s&#232;chent pas s'il fait trop frais. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Chantier-&#233;clair et paille publique &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant la premi&#232;re semaine du chantier, nous &#233;tions entre vingt et trente personnes &#224; travailler, ce qui nous a permis de construire les pilotis, le plancher, les murs, la charpente et la couverture du toit &#8211; et d'ainsi relever un gros d&#233;fi. Il y avait un enthousiasme incroyable ! On voulait que le chantier soit ouvert et participatif, pour pouvoir int&#233;grer les visiteurs et permettre un maximum d'&#233;change de savoirs. C'est ce qui s'est globalement pass&#233;, m&#234;me si la pr&#233;cipitation et les rapports de genre ne favorisent pas toujours l'&#233;quilibre des relations (avec cette tendance tr&#232;s masculine &#224; vouloir montrer qu'on sait faire, ou encore que si on ne sait pas faire, on y va quand m&#234;me...). Quant aux badauds, c'est surtout lors de l'&#233;tape suivante qu'ils nous ont rejoints, au moment d'appliquer les enduits et d'am&#233;nager les alentours de la maison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ordinaire, l'ouverture d'un lieu occup&#233; n'attire gu&#232;re au-del&#224; des cercles d'amis. Mais le fait de construire une maison dans un parc public change forc&#233;ment la donne. Avec le buzz m&#233;diatique qui a accompagn&#233; le chantier, tout le monde voulait venir voir cette esp&#232;ce d'ovni, cette curiosit&#233; qui avait pouss&#233; l&#224;. Nous &#233;tions content-e-s, &#231;a nous sortait de notre ''ghetto'' habituel. Dans notre manifeste, nous faisions part de notre intention de mener ce chantier en ville ''&lt;i&gt;pour &#234;tre visible, et avoir un maximum d'&#233;changes avec les gens int&#233;ress&#233;s par les principes d'autonomie et l'&#233;cologie radicale&lt;/i&gt;''. &#199;a a bien fonctionn&#233;. Les gens se fichaient pas mal de la l&#233;galit&#233; du projet, m&#234;me s'ils n'&#233;taient pas familiers de ce genre de pratique. &#192; partir du moment o&#249; le chantier &#233;tait ouvert sur la ville, l'ill&#233;galisme rev&#234;tait un caract&#232;re d'&#233;vidence. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6054 spip_documents spip_documents_center 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L500xH375/maison-paille-den-face-web-3135e.jpg' width='500' height='375' alt='JPEG - 63.2 ko' style='height:375px;width:500px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;O&#249; l'on gouverne par la n&#233;gociation et o&#249; l'on se vexe de voir sa station d'&#233;puration d&#233;laiss&#233;e &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est assez &#233;tonnant, mais nous n'avons eu qu'une seule visite de police - tr&#232;s tranquille - pendant la premi&#232;re semaine du chantier ; nous avons racont&#233; aux uniformes que nous construisions une piste de danse. Mais la municipalit&#233; a vite saisi que ce chantier avait un caract&#232;re politique. Br&#233;laz - le syndic Vert - a essay&#233; de r&#233;duire l'affaire &#224; un cadre familier. Il a ainsi pr&#233;tendu que la municipalit&#233; avait pass&#233; un accord avec ''&lt;i&gt;ces gens-l&#224;&lt;/i&gt;'' - les squatteurs - qui limitait leurs actions aux quatre murs de l'Espace autog&#233;r&#233;, et qu'il ne fallait surtout pas croire que la ville leur appartenait. Mais la multiplication des soutiens populaire et m&#233;diatique a rapidement fait sortir l'affaire du cadre impos&#233; par Br&#233;laz. Ce dernier a donc jug&#233; pr&#233;f&#233;rable de g&#233;rer cette histoire par la n&#233;gociation, plut&#244;t que de faire appel aux forces de l'ordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par un hasard de calendrier, nous avions commenc&#233; &#224; construire deux mois avant les &#233;lections municipales ; pour un syndic Vert, &#231;a aurait fait mauvais genre d'expulser une initiative &#233;colo. Quelques jours apr&#232;s le d&#233;but du chantier, il d&#233;clarait ainsi qu'il avait de la sympathie pour le projet en tant qu'&#233;cologiste, mais que comme magistrat il ne pouvait assumer la responsabilit&#233; de laisser perdurer une situation pouvant provoquer des morts. La municipalit&#233; a d'abord jou&#233; la carte s&#233;curitaire en all&#233;guant le risque d'effondrement de la maison. Nous avons r&#233;pondu en produisant un rapport d'ing&#233;nieur jugeant parfaite la stabilit&#233; du terrain. &lt;/p&gt; &lt;p&gt;La municipalit&#233; nous a ensuite propos&#233; de l&#233;galiser la maison en tant qu'&#233;comus&#233;e, avec l'imp&#233;ratif de ne pas y habiter. Selon les fonctionnaires, notre situation ne pouvait &#234;tre juridiquement r&#233;gularis&#233;e. C'&#233;tait effectivement difficile, mais cela s'explique aussi par le fait que l'on touchait &#224; un intol&#233;rable : l'habitat spontan&#233; inqui&#232;te par son aspect incontr&#244;lable. D'autant que dans une perspective d'autonomie et de respect de l'environnement, nous nous d&#233;tournions de certains services publics : disposant de notre propre syst&#232;me de phyto&#233;puration, la station de traitement des eaux us&#233;es de la ville ne nous &#233;tait plus utile. De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, la mise en cause du mod&#232;le techno-capitaliste a mal &#233;t&#233; v&#233;cue par les &#233;lus, aussi ''Verts'' soient-ils. On ressentait de leur part une certaine vexation du fait que nous nous passions du concours des sp&#233;cialistes - il faut dire que plusieurs cadres municipaux ont &#233;tudi&#233; &#224; l'&#201;cole Polytechnique de Lausanne (EPFL), et qu'il n'est pas rare qu'ils collaborent plus qu'&#233;troitement avec les entreprises de travaux publics. Par exemple, le responsable municipal des travaux dirige &#233;galement une soci&#233;t&#233; de construction de tunnels, lesquels se multiplient dans Lausanne depuis quelques ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Verts oiseaux, tristes augures&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;lus Verts avaient beau &#234;tre divis&#233;s &#224; notre sujet, l'hostilit&#233; politique &#233;tait majoritaire. &#192; droite &#233;videmment, mais aussi au sein de la gauche classique, chez qui cette maison a suscit&#233; de multiples &#233;lans conservateurs et l&#233;galistes. Avec du recul, on peut dire que les batailles politiques autour de la maison de paille ont mis &#224; jour de mani&#232;re presque th&#233;&#226;trale une tendance qui pr&#233;figure l'avenir : l'opposition entre une &#233;cologie officielle et gestionnaire et les pratiques d'habitants se r&#233;appropriant leurs conditions de vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tax&#233;e d'&#8220;&lt;i&gt;anarchiste-petite-bourgeoise&lt;/i&gt;'' par un &#233;lu socialiste&lt;a href='#nb9-13' class='spip_note' rel='footnote' title='Il est &#224; noter que ce m&#234;me &#233;lu participa en 2011 &#224; la coordination du projet (...)' id='nh9-13'&gt;13&lt;/a&gt;, notre d&#233;marche n'&#233;tait pas non plus, selon un urbaniste de la Ville, adapt&#233;e &#224; ''&lt;i&gt;l'&#233;cosyst&#232;me urbain&lt;/i&gt;''. Celui-ci exigeait notre expulsion au motif que notre action n'&#233;tait pas respectueuse du ''&lt;i&gt;d&#233;veloppement durable&lt;/i&gt;'' car elle contrevenait &#224; ''&lt;i&gt;l'utilisation &#233;conomique du sol [commun]&lt;/i&gt;'' en l'accaparant ''&lt;i&gt;pour des besoins individuels&lt;/i&gt;''&lt;a href='#nb9-14' class='spip_note' rel='footnote' title='Lettre de Jean-Luc Kolb, &#171; Doit-on faire respecter la loi ? &#187;, Le Courrier du (...)' id='nh9-14'&gt;14&lt;/a&gt;. Cette confusion entre am&#233;nagement du territoire et d&#233;veloppement durable s'&#233;claire quand on apprend que l'urbaniste en question est un ancien responsable du projet M&#233;tamorphose &#224; Lausanne. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Feuilleton &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces oppositions ont &#233;t&#233; relay&#233;es dans les m&#233;dias locaux, qui ont fait de l'histoire de la maison de paille un feuilleton. Ce ne fut pas une d&#233;cision facile, mais notre collectif est tomb&#233; d'accord sur la n&#233;cessit&#233; d'engranger des soutiens, notamment par le biais m&#233;diatique. Au d&#233;but, les journalistes ont encens&#233; la maison, mais nous nous sommes vite rendu compte qu'il s'agissait d'abord de nous instrumentaliser dans un jeu d'int&#233;r&#234;ts politiques franchement perfides. Le journal &lt;i&gt;Le Matin&lt;/i&gt;, tr&#232;s d&#233;mago, en a profit&#233; pour opposer les gentils ''&lt;i&gt;squatteurs-b&#226;tisseurs-&#233;colos&lt;/i&gt;'' lausannois aux m&#233;chants ''&lt;i&gt;squatteurs-casseurs&lt;/i&gt;'' genevois, contre lesquels il menait une v&#233;ritable campagne de d&#233;nigrement visant &#224; faire accepter leurs expulsions&lt;a href='#nb9-15' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Matin du 08/09/07.' id='nh9-15'&gt;15&lt;/a&gt;. Par la suite, &lt;i&gt;Le Matin&lt;/i&gt; a ouvertement pr&#244;n&#233; la destruction de la maison, en accusant la municipalit&#233; de gauche de laxisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M&#234;me si cette diffusion m&#233;diatique a permis de faire conna&#238;tre la maison de paille, nos revendications n'ont gu&#232;re &#233;t&#233; entendues : les m&#233;dias se sont focalis&#233;s sur les techniques de construction, mais sans mentionner notre culture d'auto-organisation et d'entraide comme r&#233;ponse aux probl&#232;mes de logements. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;La guerre n'aura pas lieu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plut&#244;t que de nous virer manu militari, les &#233;lus ont fini par nous proposer un terrain constructible de remplacement &#8211; la l&#233;galit&#233; s'affirmant comme une exigence ind&#233;passable ! Alors que le conseil communal avait vot&#233; la destruction de la maison en novembre, le syndic a tout fait pour ne pas avoir &#224; assumer une expulsion. De notre cot&#233;, &#233;puis&#233;-e-s par quatre mois de r&#233;sistance, nous commencions &#224; croire aux promesses de la municipalit&#233;, qui nous demandait un avant-projet de construction. Nous avions soudainement l'impression que le rapport de force penchait en notre faveur. On a alors baiss&#233; la garde devant les attaques &#233;crites et verbales, pourtant aigu&#235;s, occup&#233;s que nous &#233;tions &#224; nous pr&#233;munir du froid et du gel dans la maison (le chantier n'&#233;tait pas tout &#224; fait fini). Le 20 d&#233;cembre, &lt;i&gt;Le Matin&lt;/i&gt; titrait m&#234;me que nous avions gagn&#233; la guerre d'usure... &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Incendie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le 21 d&#233;cembre 2007, &#224; quatre heures du matin, la maison a pris feu. Les pompiers ont fait tomber les murs afin d'&#233;teindre le feu susceptible de couver dans la paille. Selon le premier rapport de police, les flammes sont parties de sous la maison, tandis qu'une autre enqu&#234;te, sommaire, a estim&#233; qu'une braise provenant du po&#234;le &#224; bois &#233;tait &#224; l'origine de l'incendie. Suite au choc, il nous a fallu quelques jours pour reprendre nos esprits. Et pour &#233;tablir publiquement que l'incendie n'&#233;tait pas parti du po&#234;le, lequel avait &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; peu auparavant et &#233;tait intact quand nous sommes sortis de la maison en flammes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, la piste de l'accident a &#233;t&#233; reprise par le monde judiciaire et politique, plut&#244;t heureux de se voir &#244;ter une &#233;pine du pied. &#192; l'&#233;vidence pourtant, il s'agit d'un incendie criminel, dont on ne conna&#238;tra jamais l'origine. Fin janvier, un journal a r&#233;v&#233;l&#233; l'existence d'un homme qui revendiquait l'incendie de la maison de paille. Cette histoire n'est pas cr&#233;dible, mais elle est venue brouiller les pistes et illustre le flou r&#233;gnant autour de cette affaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, peu importe le responsable : m&#234;me s'il s'agit d'un pyromane isol&#233;, on sait que l'incendie de cette maison ne rel&#232;ve en r&#233;alit&#233; pas d'un faits divers. Elle heurtait trop d'int&#233;r&#234;ts, et d'explicites appels &#224; destruction avaient &#233;t&#233; &#233;mis par certains habitants ou conseillers municipaux. D'autant qu'incendier un lieu d&#233;rangeant est une pratique commune pour se d&#233;barrasser d'occupants intempestifs. &#187;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Cendres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malgr&#233; une fin funeste, l'histoire de la maison de paille a prouv&#233; qu'une pratique collective pouvait exercer une v&#233;ritable puissance subversive, au-del&#224; des cercles militants habituels. Une belle illustration que le cocotier, comme le disaient alors certains vieux Lausannois, pouvait encore &#234;tre secou&#233;. C'est ce qu'on essaie de mettre en avant dans le livre, comme un encouragement...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On retire &#233;galement de cette exp&#233;rience de nombreuses questions sur les m&#233;thodes d'action. Dans le cas de la maison de paille, nous avons accept&#233; d'interagir avec les m&#233;dias, les &#233;lus, et la justice ; nous avons produit des contre-expertises et r&#233;pondu &#224; des entretiens. Tout en nous permettant de gagner du temps et de nous faire conna&#238;tre, ce choix s'est en partie retourn&#233; contre nous. C'est une carte que l'on peut choisir de jouer ou non ; il s'agit d'une question ouverte, pour laquelle nous n'avons pas de r&#233;ponse tranch&#233;e. &#187;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_6052 spip_documents 1'&gt; &lt;dt&gt;&lt;img src='https://www.article11.info/~%07ge/local/cache-vignettes/L400xH517/la-maison-de-paille-de-lausanne-20d17.gif' width='400' height='517' alt='GIF - 27.5 ko' style='height:517px;width:400px;' /&gt;&lt;/dt&gt; &lt;/dl&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-1' id='nb9-1' class='spip_note' title='Notes 9-1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] De &lt;i&gt;Straw bale&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;ballots de paille&lt;/i&gt;, en anglais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-2' id='nb9-2' class='spip_note' title='Notes 9-2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Dans &#171; Plaidoyer pour la maison de paille &#187; de Michel Th&#233;voz, en annexe de l'ouvrage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-3' id='nb9-3' class='spip_note' title='Notes 9-3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] Ils r&#233;clamaient aussi le droit &#224; l'affichage libre, celui de manifester sans autorisation pr&#233;alable et de jouer librement de la musique dans la rue, la l&#233;galisation des drogues douces, et la fin du fichage des homosexuels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-4' id='nb9-4' class='spip_note' title='Notes 9-4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] Selon l'Observatoire du logement du Canton de Vaud, ce taux &#233;tait &#224; 0,2 % en 2012, alors qu'un &#171; march&#233; &#233;quilibr&#233; &#187; se situerait plut&#244;t &#224; 1,5 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-5' id='nb9-5' class='spip_note' title='Notes 9-5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] Autrement appel&#233;s &#171; contrats de pr&#234;t &#224; usage &#187;. Dans la pratique, des associations n&#233;gocient avec des propri&#233;taires de b&#226;timents temporairement inoccup&#233;s la mise &#224; disposition de chambres &#224; loyers mod&#233;r&#233;s pour les &#233;tudiants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-6' id='nb9-6' class='spip_note' title='Notes 9-6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] En Suisse, la fonction de syndic est &#233;quivalente &#224; celle de maire en France.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-7' id='nb9-7' class='spip_note' title='Notes 9-7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] Lanc&#233; en 2006, ce projet ent&#233;rine la construction dans Lausanne de nouveaux transports publics, d'&#233;coquartiers et d'&#233;quipements sportifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-8' id='nb9-8' class='spip_note' title='Notes 9-8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] Voir le num&#233;ro 44 du journal intersquats &lt;i&gt;T'okup&lt;/i&gt;, Le crime c'est pas les squats mais la sp&#233;culation, mars 2004. En ligne sur le site de l'Espace autog&#233;r&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-9' id='nb9-9' class='spip_note' title='Notes 9-9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &#171; L'art d'habiter &#187;, in Illich, &lt;i&gt;Dans le miroir du pass&#233;. Conf&#233;rences et discours&lt;/i&gt;, &#233;ditions Descartes &amp; C&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;ie&lt;/sup&gt;, Paris, 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-10' id='nb9-10' class='spip_note' title='Notes 9-10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] Entre 2002 et 2004, le camion-sc&#232;ne Tournesol s'est balad&#233; en France et alentour, pour proposer discussions et d&#233;monstrations sur le th&#232;me de l'&#233;cologie pratique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-11' id='nb9-11' class='spip_note' title='Notes 9-11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &#192; l'exemple des constructions-manifestes de l'architecte Michel Rosell.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-12' id='nb9-12' class='spip_note' title='Notes 9-12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] Heidi Snel, &lt;i&gt;B&#226;tir en bottes de paille &#8211; red&#233;couverte d'un ancien mat&#233;riau de construction&lt;/i&gt;, 2004. &lt;a href=&quot;http://www.oekofilm.de/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;www.oekofilm.de&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-13' id='nb9-13' class='spip_note' title='Notes 9-13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] Il est &#224; noter que ce m&#234;me &#233;lu participa en 2011 &#224; la coordination du projet ECO46, soit un chantier participatif de construction en paille, terre et bois d'un b&#226;timent administratif &#224; l'initiative de la municipalit&#233;, alors &#171; &lt;i&gt;convaincue de l'int&#233;r&#234;t &#233;cologique, &#233;conomique et social&lt;/i&gt; &#187; de la technique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-14' id='nb9-14' class='spip_note' title='Notes 9-14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] Lettre de Jean-Luc Kolb, &#171; Doit-on faire respecter la loi ? &#187;, &lt;i&gt;Le Courrier&lt;/i&gt; du 05/12/07.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='#nh9-15' id='nb9-15' class='spip_note' title='Notes 9-15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;Le Matin&lt;/i&gt; du 08/09/07.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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