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jeudi 27 février 2014

Entretiens

posté à 14h28, par Pavel Viry
13 commentaires

« Laissez la pitié sous le paillasson en entrant dans l’unité ! »

Faire jouer des groupes grindcore ou harsh noise dans un hôpital psychiatrique et devant des personnes souffrant de troubles autistiques graves ? Vivian, infirmier dans une unité pour cas dits « irrécupérables », s’y attelle depuis 2011 - il en parle ici. Un entretien suivi du récit d’un concert dans cette même unité, par l’ami Klaus Legal.

Vivian est infirmier dans un hôpital psychiatrique de l’Ain, au sein d’une unité regroupant des cas considérés comme « irrécupérables » – autistes profonds, personnes présentant des troubles du spectre autistique ou souffrant de malformations neuronales. Sur son temps libre, il organise tous les mois des concerts pour les patients.

Les groupes ? Principalement des semi-amateurs officiant dans le registre bruyant et assourdissant (grindcore, harsh noise et autres pourfendeurs de l’hygiène musicale). Aucune censure sur le volume ou la mise en scène – le concert est livré dans toute son intensité. L’objectif est thérapeutique : selon Vivian, l’énergie brute lâchée par les haut-parleurs aurait une influence bénéfique sur les patients. Les concerts permettent aussi de casser la monotonie mortuaire de l’hôpital et offrent un vent de fraîcheur venu de l’extérieur.

Vivian reste très prudent sur les théories qui pourraient émerger de ces expériences. Il prend patiemment des notes, remplit des tableaux. Pour lui, ce n’est qu’un début.

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Carlo, 1961, « sans titre » (Les illustrations de cet article relèvent toutes de l’art brut, ou art outsider, réalisé par des personnes en marge des institutions culturelles, souvent au sein d’établissements psychiatriques)

***

Tu es infirmier dans un hôpital psychiatrique. Quel type de patients accueille le bâtiment où tu exerces ?

L’unité dans laquelle je travaille est spécialisée dans le soin auprès de patients dits « psychotiques déficitaires graves ». Ce sont des personnes présentant des troubles envahissants du développement, des troubles du spectre autistique et une forme d’arriération mentale. La majorité d’entre elles n’ont pas accès au langage verbal et font preuve d’un comportement archaïque, régressé. Les problématiques de violence sont relativement fréquentes – avec principalement des automutilations.

Le but de l’unité est de stabiliser les troubles du comportement et de travailler sur une re-sociabilisation des patients. À plus long terme, l’objectif est leur intégration dans des foyers de vie ; quand cela fonctionne, cela prend des années.

Tu as choisi de travailler dans cette unité, alors que le personnel le vit d’ordinaire plutôt comme une punition. Pourquoi ce choix ?

J’ai commencé à travailler ici en 2008, en tant qu’étudiant infirmier. Je bossais les week-ends, parce que j’avais besoin d’argent et que le secteur recrute beaucoup. Et je me suis vite rendu compte qu’il y avait un vrai travail à mener : tout était à bâtir. À l’époque, les patients ne bénéficiaient d’aucune activité.

Très vite, la question m’a passionné. J’ai donc décidé de rédiger mon mémoire sur cette population particulière. Puis, une fois mon diplôme en poche, j’ai postulé dans cette unité.

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Dwight Mackintosh, titre et date inconnus

Comment en es-tu venu à mettre en place des concerts pour les patients ?

Au départ, cela n’avait rien à voir avec le travail. En fait, je gère depuis 2005 un label de musique expérimentale : Underground Pollution Records. Et j’ai l’habitude que les groupes qui passent dans le coin me demandent de leur organiser une petite date. En août 2010, j’ai donc commencé à organiser des concerts dans mon appartement, deux fois par mois. Mon contrat au sein de cette unité a débuté deux mois plus tard.

Ces deux univers – la psychiatrie et la musique - se sont vite rejoints : j’ai rapidement lancé une activité d’écoute de musique expérimentale pour les patients les plus autistiques. Il s’agissait de travailler la sociabilité et la détente. Les premiers résultats se sont révélés prometteurs, et j’ai proposé au psychiatre de l’unité de tenter l’expérience du live.

Le premier concert s’est tenu en juin 2011. Ils se sont ensuite enchaînés à raison d’un par mois. Le psychiatre, à qui j’avais présenté le travail du label, m’avait fait promettre de respecter un rythme mensuel.
Très vite, ça a bien fonctionné. À tel point qu’après un an de concerts, le psychiatre m’a donné l’autorisation d’organiser un festival, cette fois ouvert à tous les patients de l’hôpital. La première édition a eu lieu en septembre 2012, avant d’être reconduite en septembre 2013. Je prépare actuellement la troisième édition, ainsi qu’une « défaite de la musique », prévue pour juin et également ouverte à tous les patients de l’établissement.

Pourquoi fais-tu jouer des groupes semi-amateurs ?

Parce que l’authenticité est là ! Le Do It Yourself réunit des passionnés ; les gens ne le pratiquent jamais par intérêt ! Je ne voulais surtout pas tomber dans un versant bobo, avec numéro de siret et tout le toutim. Ce qui m’importait, c’est que les intervenants soient authentiques et ne fassent pas de l’édulcoré pour les patients. Il faut que ça soit fort, que ça bouscule ! Que ça vive, quoi ! Avant tout, l’idée est de traiter les patients comme des gens « normaux », ou plutôt des humains à part entière. Il s’agit de laisser la pitié sous le paillasson en entrant dans l’unité.

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Adam Nidzgorski, « sans titre », date inconnue

Et pourquoi mettre en avant des musiques bruyantes et déviantes plutôt que de la musique plus populaire ?

Via la musique bruitiste (au sens large), ce projet porte en réalité sur l’enveloppe corporelle des patients, qui souffrent souvent d’altération du schéma et de l’image corporels. Pour faire simple, l’idée est de littéralement envelopper les patients dans un milieu sonore. Et de le faire en groupe, un concert ayant forcément un aspect social. Il s’agit de remplacer les packings1 d’autrefois et les contentions (attacher quelqu’un au lit) par du son, tout en travaillant la sociabilité (partager ensemble un concert) et le rapport à l’étranger (l’extérieur vient dans l’hôpital). Il me faut donc des groupes qui envoient, du grindcore au harsh noise en passant par le punk et l’indus, voire par la pop noisy !

Je travaille aussi avec les patients sur la musique populaire, mais sous un aspect plus trivial, en organisant des boums le dimanche après-midi autour d’un vieux mange-disque et de 45 tours. Les objectifs ne sont évidemment pas les mêmes que lors des concerts.

Tu as aussi mis en place deux ateliers de musique « option noise » pour les patients…

Le premier est un atelier thérapeutique d’écoute de musique expérimentale : deux groupes de deux patients (toujours les mêmes) s’installent sur des tapis de sol, sous des couvertures, avec des lumières tamisées, pour écouter une face de vinyle. Cette activité s’adresse à nos patients les plus difficiles et autistiques, avec pour objectif de leur redonner une vie de groupe et de travailler l’enveloppement par le son.

L’autre atelier est plus dynamique : il s’agit de création bruitiste, au moyen de nombreux matériaux - batterie, synthétiseurs, micros, magnétos à bande, tape loop, pédales d’effet branchées en boucle, micros de contact, tôles, etc… Pour l’instant, seules trois personnes participent à cet atelier. À plus long terme, j’aimerais que naisse un ensemble autogéré de patients - que chacun puisse jouer seul d’un instrument et rebondir sur ce que fait l’autre. Cela prendra du temps, bien sûr. Mais j’ai bon espoir que ça fonctionne.

Quelles sont les conséquences de ces activités sur les patients ?

On observe principalement une évolution du comportement. Les patients concernés se montrent plus éveillés à ce qui se passe autour d’eux. Et ils adoptent de nouvelles attitudes. Par exemple, le fait d’applaudir. Ou celui de faire silence quand les artistes branchent leurs instruments.

Ceux qui parlent me demandent régulièrement quand aura lieu le prochain concert. Et beaucoup d’entre eux ont retrouvé un comportement de groupe adapté grâce aux concerts. Ils sont désormais capables de manger avec les autres, parviennent à rester dans la même pièce qu’un autre patient ou à ne pas montrer d’agressivité lorsqu’une personne s’approche… Je crois que cela tient au fait de travailler la groupalité dans un contexte moins angoissant que le quotidien rempli de vide et de creux.

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Louis Soutter, « Souplesse », 1939

Comment les patients réagissent-ils aux concerts ?

Les réactions sont variées, mais toujours positives - en trois ans d’organisation, je n’ai jamais vu de troubles du comportement générés par les concerts. Pour le reste, il ne faut pas oublier que les patients vivent dans l’immédiat, que leur capacité de se projeter et la façon dont ils ressentent le temps diffèrent des nôtres. Bref, l’effet s’observe principalement sur le moment. Mais pas seulement : mes collègues qui prennent la suite m’ont rapporté que les patients se montrent plus calmes, silencieux, et qu’ils dorment bien la nuit.

Le ponctuel est important, mais moins que l’évolution des réactions au fil des mois, bien souvent concomitantes avec une évolution comportementale dans la vie quotidienne. À ce niveau, c’est surtout le rapport aux autres patients qui a changé. Ainsi que le regard de mes collègues sur ceux dont ils s’occupent.

Justement : comment tes collègues voient-ils ce projet ?

Leurs réactions sont contrastées : certains sont pour, d’autres contre, et le reste s’en fiche. Un peu comme partout, en fait. J’ai par contre la chance d’être totalement soutenu par ma supérieure directe et par le psychiatre. Plus haut dans la hiérarchie, mon initiative soulève moins d’enthousiasme…

J’essaye aussi de trouver des gens susceptibles d’importer cette pratique dans d’autres institutions. Mais c’est très difficile de faire bouger les choses, sachant que la France a quarante ans de retard dans la prise en charge des patients avec troubles autistiques. À tel point que ça lui a valu une condamnation de l’Union européenne2.

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Richard Burnside, « Peinture sur contreplaqué », date inconnue

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Un concert à l’unité – par Klaus Legal

J’arrive à l’hôpital un peu avant 14 heures. L’unité en question est bien cachée au fond de l’enceinte de l’établissement. Je rencontre Vivian, qui m’explique le déroulement de l’après-midi. Le concert commencera à 16 h 30 et il ne devra pas durer plus d’une demi-heure pour se calquer sur la capacité d’attention des patients. J’aurai le temps de faire quelques balances, et je mènerai mon concert comme d’habitude : maquillé et déguisé, dans l’obscurité et au volume qui me plaira.

En buvant quelques cafés, j’interroge Vivian sur les concerts qu’il organise et sur la réception de ceux-ci par les patients et le personnel. Il m’explique que cela fait trois ans que les concerts existent, et qu’il est particulièrement soutenu par le psychiatre responsable de ce bâtiment, mais nettement moins par le directeur de l’hôpital.

Quand je rencontre les patients, ceux-ci se montrent curieux. Ils rôdent autour de l’étranger que je suis, me posent des questions, souvent la même à plusieurs reprises. Ils ont certes un comportement étrange – ces petits bruits de bouche que fait Alexandra en me fixant de manière persistante, cette insistance de Jean à me dire « CON » en me serrant la main – mais ils semblent avant tout épanouis, au moins autant que possible dans un tel environnement. Vivian me montre une salle au sous-sol, dans laquelle il a entreposé son matériel musical (il fait de la harsh noise sous le nom d’ÉCOUTE LA MERDE). Il m’explique qu’il anime également des ateliers, dont le but est que les patients deviennent complètement autonomes dans leur pratique musicale. C’est en bonne voie chez certains, même s’il reste encore du travail – le long marathon de celui qui veut soigner sur le long terme.

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Klaus Legal en concert, photo Lémi

Il est 16 heures. J’ai en main l’affiche réalisée par l’une des patientes. Les balances ont été faites dans la petite salle télé, les chaises sont disposées et je sens l’habituelle montée de stress d’avant-concert. Je pars me maquiller aux toilettes. Une fois préparé, je me dirige vers la salle. Une petite vingtaine des trente-et-un patients de l’unité ont pris place sur la siège. L’un est même allongé en face des enceintes. Jean tire sur le micro qui pend autour de mon cou en criant dedans avec un grand sourire. Rien d’effrayant, c’est juste touchant. La lumière s’éteint et je commence mon concert.

Comme d’habitude, je suis plongé dans mes machines, à essayer de me rappeler sur quoi appuyer ou quand bouger le pied, et à rechercher les paroles dans ma mémoire. Concentré, je perçois quand même ce qui me fait face, et l’intensité des réactions du public. Certains crient, d’autres tapent des mains, quelques-uns se mettent à danser. Quand mes lumières s’allument ou s’éteignent, quand les rythmes se font plus martiaux, les retours sont bruts. Une charge émotionnelle d’une grande puissance. À la fin du concert, je me sens vidé (comme souvent), mais surtout transi de ce que ces gens m’ont donné. Jean s’empare à nouveau du micro qui pend à mon cou.

Les infirmiers ramènent une partie des patients dans leur chambre pendant que je débranche mes câbles. J’en entends certains dire qu’ils ont aimé le concert. Je me cache dans mes machines. Une bonne vingtaine de minutes plus tard, tout est rangé, et la salle de concert est redevenue salle télé. Vivian me demande : « Alors ? » Et je ne peux que lui répondre : « C’est fort ».

Pour découvrir la musique de Klaus Legal, c’est ICI

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Bonus vidéo - Monsieur Marcaille

L’extrait ci-dessous a été filmé en 2011 à Eysines par Lou Nicollet. Le grand Monsieur Marcaille y jouait ce jour-là devant des patients souffrant de troubles similaires à ceux décrits dans l’entretien. Ces images sont inédites ; merci à Lou !

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Un 45 tours intitulé « Atelier Méditerranée » et réalisé dans une démarche similaire à celle de Vivian (plus d’infos ICI) est disponible chez Bruit-Direct Disques, label parisien.

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1 NDLR : Technique de traitement utilisée sur les enfants autistes et les adultes psychotiques, consistant à envelopper transitoirement un patient de linges froids et humides.

2 En 2004, le Conseil de l’Europe relayait une décision du Comité européen des droits sociaux concluant à une violation par la France de ses obligations à l’égard des personnes autistes. Les motifs ? La non prise en charge éducative des personnes autistes, faute d’intégration en classes ordinaires, et du manque d’institutions éducatives adaptées.


COMMENTAIRES

 


  • jeudi 27 février 2014 à 16h28, par mathieu.k

    Il file trop la patate ce papier, et des idées.

    Le mot est moche, mais ça fait frétiller les possibles concernant « l’utilité » de faire de la musique, des films ou des artisteries plus généralement.

    A cet endroit où se croisent le fait de se faire plaisir, d’aider d’autres et de s’engager concrètement dans une certaine perspective politique.

    Ouh que ça fait du bien.



  • jeudi 27 février 2014 à 21h07, par Joseph Ponthus

    Camarade Vivian,

    Pour commencer - et paraphraser Bettelheim - « je crois autant au pouvoir thérapeutique du cheval, qu’à celui du grindcore ou du caillou ».

    Mais quel entretien.

    Les mots manquent, et j’aimerais tant en savoir plus, de ce projet détaillé, de ce « pour faire simple ». Non, ne sois pas simple. Explique en quoi c’est différent pour Momo ou Jean, ce rapport qu’ils entretiennent au son.

    Explique nous la différence avec ces « ateliers électrophone ».

    Bikoz ce n’est pas la musique qui libère, ou le caillou ou l’équithérapie, mais le sens et la conviction que tu as dans ce projet et dans cette expérimentation.

    Ne pas savoir, voir, éventuellement, à long terme.

    Et la manière dont les gens s’en saisissent, qu’ils soient patients, zikos, ou personnels.

    Merci et bravo !

    Et que c’est beau de lire ces pratiques un peu cachées au grand jour !!!

    • Salut,

      nous sommes bien d’accord : « ce n’est pas la musique qui libère, ou le caillou ou l’équithérapie, mais le sens et la conviction que tu as dans ce projet et dans cette expérimentation. »

      Tout détailler serait impossible et surtout difficilement interprétable sans le contexte qui est particulier (patients isolés au long cours, institutionnalisés dès le plus jeune âge, qui n’ont connu que les murs et la routine)et aussi en pleine mutation : nos vieux patients chroniques meurent ou arrivent à être placés en foyer, et sont remplacés par des patients avec des problématiques différentes et une histoire de vie moins abrupte. Qui entrent à l’hôpital plus tardivement, qui ont connu la famille, la vie hors les murs voire une scolarité.
      La donne change complètement.

      Je reste encore prudent sur tout cela et suis conscient des failles / imperfections qui peuvent s’en dégager. J’essaie de faire de mon mieux avec ce qui me tient à cœur, en considérant les patients comme des personnes et non pas des symptômes, et en acceptant de « lâcher prise », me décentrer de ma personne et accueillir l’autre avec ses représentations (qui peuvent parfois être assez bousculantes).

      Le gros de tout cela, c’est de transmettre « le sens et la conviction » au reste de l’équipe soignante. Tout seul, je ne pèse rien.
      Pour que les choses changent, il faut du poids, faire changer les mentalités et éroder le conditionnement de masse.

      Merci pour les encouragements, cela est très motivant.

      Cordialement
      Vivian



  • samedi 1er mars 2014 à 11h39, par un-e anonyme

    Article surprenant. Pleins de perspectives d’activité et de rencontres. Si une partie des artistes pouvaient trouver à travailler auprès des handicapés, cela permettrait de joindre l’utile et l’agréable. Tant de gens n’ont pas de salaires et les moyens de vivre. Je pense que les handicapés peuvent rendre service aux personnes sans emploi en leur donnant l’occasion de rémunérer leurs activités musicales. Rien n’est à jeter, tout peut servir.



  • samedi 1er mars 2014 à 20h45, par Clément Zampaglione

    C’est vraiment cool, super enthousiasmant ! j’en sue ! Par contre il y a quelques petits trucs qui me posent question dans la présentation. D’abord le fait de vouloir rattacher la musique noise, grindcore ou ce qui est issus du DIY à quelque chose de thérapeutique parce que plus vivante et authentique. Je pense que si Vivian avait été fan de danse country, il aurait embarqué les patients avec lui de la même façon. Et il aurait pu inviter des intervenants de danse country tout à fait authentiques ! (l’exemple est vraiment casse gueule, je sais). Et oui, je suis certainement plus animé, bousculé par du grindcore, de la noise et même du jazz (et je passe les autres vecteurs d’« animation » et de « bousculade » tels que le cinéma, la littérature, bd etc…) que par de la danse country (quoique je ne suis pas certains d’en avoir jamais vu…). Mais j’ose croire que cette attirance est dû à tout un tas d’inter-relations concomitantes à l’écoute de cette musique qui me font volontiers revenir vers elle et pas uniquement à un phénomène uniquement physique (que je ne nie pas non plus et qui est peut être ce qu’il y a de plus partageable, d’universel). Et du coup j’ai l’impression que Vivian passe à côté de ce que son action apporte vraiment. Ce qui est important, à mes yeux, dans ce qu’il propose au sein de cette unité, c’est d’amener, à l’intérieur de l’institution, ce qui l’anime vraiment, lui permet de s’épanouir, prendre plaisir, bref ce qui fait de lui un être humain le moins aliéné possible et le moins triste possible et de travailler à le transmettre aux patients. Et je pense que c’est surtout une question de se donner l’autorisation, de s’engager entièrement et de penser l’institution comme un lieu de vie. Ce que propose Vivian contribue, en ce sens, à la thérapeutique, mais la thérapeutique ne peut résider entière dans une seul activité. Tout comme la technique de l’enveloppement par le son, en opposition à la technique du packing, ne se suffit probablement pas à elle-même et tout ce qui se passe autour doit certainement avoir son importance. C’est un peu le problème de l’approche comportementaliste des soins en psychiatrie – apparemment prégnante dans cette unité – qui à tendance à réduire la complexité du fonctionnement de l’appareil psychique de l’homme à ce qui est physiquement observable. Je ne vais surtout pas développer plus ici !! Je renvois ceux que ça intéresse ici : http://www.revue-institutions.com/....... . J’aurais aimé que l’article commence par : « Les concerts permettent [SURTOUT] de casser la monotonie mortuaire de l’hôpital et offrent un vent de fraîcheur venu de l’extérieur » !

    • Salut,

      « Ce qui est important, à mes yeux, dans ce qu’il propose au sein de cette unité, c’est d’amener, à l’intérieur de l’institution, ce qui l’anime vraiment, lui permet de s’épanouir, prendre plaisir, bref ce qui fait de lui un être humain le moins aliéné possible et le moins triste possible et de travailler à le transmettre aux patients »
      tu as mis le doigt dans le mille.

      « Et je pense que c’est surtout une question de se donner l’autorisation, de s’engager entièrement et de penser l’institution comme un lieu de vie. »
      là tu te trompes.
      Au contraire, mon initiative a pour but de casser cette monotonie inhérente au « lieu de vie » pour tendre vers un « lieu de soin au long cours en vue d’intégrer un lieu de vie ».
      Le problème, vois tu, c’est que l’institution a pendant trop longtemps été considérée comme un lieu de vie. Avec les déviances asilaires que cela engendre.

      « Ce que propose Vivian contribue, en ce sens, à la thérapeutique, mais la thérapeutique ne peut résider entière dans une seul activité. Tout comme la technique de l’enveloppement par le son, en opposition à la technique du packing, ne se suffit probablement pas à elle-même et tout ce qui se passe autour doit certainement avoir son importance. »
      Nous sommes d’accord, et c’est ÉVIDENT.
      Encore une fois, n’oubliez pas le contexte de cette unité.
      Toutes ces activités (et la liste faite durant l’interview n’est pas exhaustive, loin de là) contribuent à faire de la thérapeutique mais ne sauraient à elles seules être thérapeutiques. Le premier outil de soin étant la personne soignante et sa façon de communiquer / réagir.
      Les concerts (et autres activités thérapeutiques) sont là pour aider à voir le patient sous un autre jour que celui du quotidien et le réinvestir, pour à nouveau « le rêver » (Bion) et dynamiser sa prise en charge en vue de peut être un jour arriver à le faire sortir.

      • Putain d’article !

        Cela donne envie de prendre des images et du son !

        Pour Vivian,

        Avec une amie cinéaste, nous nous intéressons depuis longtemps à la question du soin en psychiatrie.

        Est-il possible de te rencontrer ou de passer à un de tes concerts, et peut-on, à terme, envisager de les filmer ?

        On peut un premier temps aussi simplement amorcer une discussion via internet ou bien se prendre un café...

        Voilà, désolée de cette prise de contact publique, mais l’article nous a frappé et nous n’avons pas trouvé d’autres coordonnées.



  • Super initiative !!!... qui n’a pas été sans m’évoquer le concert que les Cramps (ainsi que The Mutants) donnèrent en 1978 au California State Mental Hospital de la ville de Napa en juin 1978... Je met le lien youteub pour qui ça intéresse : http://www.youtube.com/watch?v=yOwy...
    J’espère quand même que si un jour j’me retrouve interné dans ce genre d’endroit, le psychiatre laissera le grindcore de côté pour du reggae...



  • Vivian,
    tu rejoins là, mais probablement le sais-tu déjà, les problématiques de la psychothérapie institutionnelle telles qu’elles sont mises en oeuvre, avec plus ou moins de bonheur, dans des lieux comme les cliniques de La Borde ou de La Chesnaie.
    Par ailleurs, je rejoindrais volontiers les remarques de Clément Zampaglione lorsqu’il fait remarquer que la danse country ou le jazz (et j’y ajouterais volontiers l’accordéon musette, l’oud irakien, l’opéra, ou la sérénade vénitienne, etc.)feraient aussi bien l’affaire que les stridences punk. Quant au packing, c’est une technique qui, utilisée à bon escient et avec une équipe bien formée, peut se révéler fort utile.
    En tout cas, merci pour ton témoignage qui prouve que toutes les institutions psychiatriques ne pratiquent pas les soins vétérinaires.
    Parierais-tu sur ton humanité pour exercer ta fonction de soignant ? Tu mériterais une bonne évalutation par ton DRH !



  • Salut Pavel,

    Bravo à Vivian pour son super taf et ses idées, et à toi pour ton article.
    Les illustrations de ton article sont magnifiques, elles viennent d’où ?
    Merci encore.

    Thierry

    • Les illustrations ont été fournis par Lemi (le correcteur de l’ombre de cet article).

      Je t’inciterai juste à lire les descriptions en-dessous des images.

      Pour les photos de concert, elles proviennent d’un concert totalement hors cadre psychiatrique.

      merci de ton intérêt



  • Merci à toi Vivian

    Tu as une telle sensibilité et d’une immense empathie, une énergie, une intelligence, tu es HUMAIN ça touche,
    j’ai regardé la vidéo du concert donné dans un parc avec les malades, les larmes m’en sont coulées de voir ces hommes et femmes heureux l’espace de 30 minutes. wahoo

    Chapeau pour ce que tu fais car tu as osé te lancer cet immense défit.

    Je te fais un big bisou
    Karo

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