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vendredi 12 octobre 2012

Textes et traductions

posté à 15h17, par Vanessa Caradant
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Christine Delphy & Sabine Lambert - Questions féministes

Il y a quelques mois, elles tenaient conférence à Paris, à l’occasion de la sortie d’un recueil de textes de l’éphémère revue Questions Féministes. Au cœur de ce dialogue entre Christine Delphy et Sabine Lambert, la question de la mémoire des luttes féministes et celle du mouvement féministe en général. Un échange passionnant, qui valait bien une retranscription.

A l’occasion de la réédition de Questions Féministes aux éditions Syllepse1, Le Lieu-Dit2 accueillait le 10 mai dernier une rencontre-débat en présence de Christine Delphy, sociologue, chercheuse au CNRS et co-fondatrice de la revue, et Sabine Lambert, sociologue et préfacière de l’ouvrage. Cet énorme bouquin (1 000 pages) rassemble des textes, devenus pour certains introuvables, publiés entre 1977 et 1980 dans Questions Féministes, revue de réflexion et de combat pour penser l’oppression et la libération. Compte-rendu.

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Sabine Lambert3 : « Évoquons d’abord l’histoire de Questions Féministes et le contexte dans lequel elle est apparue. La revue voit le jour en 1977 - une décennie après la re-naissance difficile du mouvement féministe en France. Des groupes féministes se constituent dès 1967-68, dont FMA4 créé par Jacqueline Feldman et Anne Zelensky, rapidement rejointes par Christine Delphy et Emmanuèle de Lesseps [cofondatrices de la revue]. Ces groupes existent donc, mais ils ont beaucoup de difficultés à se rencontrer, à savoir qu’ils existent mutuellement. Cela commence à changer en 1970, quand des manifestations féministes, notamment à l’université de Vincennes ou à l’Arc de Triomphe, leur permettent de se rencontrer.

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Le 26 août 1970 à l’Arc de Triomphe, neuf féministes - dont Christine Delphy, Emmanuèle de Lesseps, Monique Wittig et l’écrivaine Christiane Rochefort - déposent ainsi une gerbe de fleurs à la mémoire de la femme du soldat inconnu, avec ce message : «  Il y a plus inconnu encore que le soldat : sa femme  ». Ça a du panache ! Le lendemain, la presse française annonce la naissance du mouvement de libération de « Lafâme française », toujours la même, mais ça permet au moins au mouvement d’exister médiatiquement, et donc aux groupes féministes de se rencontrer.

À partir de ce moment, le mouvement prend de l’ampleur. En novembre 1971, elles sont cette fois des milliers dans la rue, réclamant la contraception et l’avortement libres et gratuits, et scandant des slogans comme « Les femmes dans la rue, pas dans la cuisine », « Roulées par le patron, baisées à la maison ». Mais si le mouvement s’étend, ses fondatrices - qui sont pourtant écrivaines ou chercheuses - peinent à publier leurs textes. Parce qu’elles n’osent même pas, ça leur paraît impossible, ou parce qu’elles essuient des refus de publication, malgré l’appui indéfectible de Simone de Beauvoir. Comme l’écrit Christine Delphy : «  Les hommes parlent doublement à notre place. Ils parlent de nous, les femmes, et ils le font depuis des lieux dont nous sommes proscrites.  » Soit les médias et l’université. Colette Guillaumin, qui est sociologue et a également participé à la revue, écrit à propos de l’université « Une femme citée, c’est l’exception. Une femme citée avec précision par les autres auteurs, c’est le miracle.  »

Dans ce contexte, il apparaît urgent pour le mouvement féministe de créer un lieu de débat théorique. Au risque, sinon, de laisser à d’autres le soin d’écrire ce qu’est le mouvement, ce qu’il cherche, ce qu’il doit chercher, ce qu’il veut. De laisser à d’autres la possibilité de tracer les limites du mouvement féministe. Et de laisser à d’autres la possibilité de maintenir dans l’ombre des pans entiers de l’oppression que nous subissons. Dès 1977, le projet politique des fondatrices de la revue Questions Féministes propose un autre horizon aux femmes que celui du sexe biologique comme unique destinée, ou celui de la résignation. C’est un projet politique radical, qui ne consiste absolument pas en une réforme, mais bien à l’abolition du système d’oppression. Elles s’inscrivent dans une perspective radicale, anti-essentialiste5 et matérialiste. C’est-à-dire que les hommes et les femmes ne sont pas pensés comme des essences, des catégories statiques qui seraient issues de la nature, mais comme des catégories sociales résultant d’un rapport au pouvoir tyrannique et organisées en système : le patriarcat.

Avec cette revue, il s’agit de désigner clairement l’oppression, sous sa lumière la plus crue, de la décrire dans tous ses aspects, d’en chercher les causes, les mécanismes, et les outils pour en sortir. De proposer, en somme, une théorie de l’oppression des femmes. Les huit numéros abordent des thématiques extrêmement diverses : les mutilations sexuelles, la maternité, la virilité, le travail, la justice, la sexualité, les médias, le racisme, la prostitution, la pornographie, le viol, les violences... Certains articles sont devenus des classiques de la pensée féministe. Je pense par exemple à « Nos amis et nous » de Christine Delphy, à « Masculinité/féminité » de Nicole-Claude Mathieu, à « Pratique du pouvoir et idée de nature », de Colette Guillaumin. L’article « Violence et contrôle social des femmes », de Jalna Hanmer, est ainsi le premier en français à traiter dans une revue de la question des violences contre les femmes6. Cette violence, on la retrouve dans la revue, sous une forme extrêmement crue, avec le récit que fait Marie-Andrée Marion de son viol dans l’article intitulé « Viol en procès ». Là se crée vraiment un écho entre l’analyse théorique et le récit brut. Ce qui permet à des pans entiers d’une réalité jusque là ignorée d’émerger, pour pouvoir ensuite être quantifiés, étudiés, pris en compte. C’est donc une forme d’héritage qu’on leur doit, nous, jeunes chercheuses.

Une autre dimension a beaucoup compté pour les fondatrices de la revue : la question de la transmission de leur histoire et de l’histoire de leurs luttes. Christine Delphy écrit dans le numéro 7, en 1980 : « Si, oubliant d’où vient cette société, nous minimisons le chemin que nous lui avons fait parcourir, ce n’est pas pour nous que c’est grave, mais pour celles qui suivront. Car comment sauront-elles alors ce que serait cette société sans nos luttes ? De qui apprendront-elles que nos luttes et nos luttes seules ont fait bouger les choses, et que seules leurs luttes les feront bouger plus loin ? Comment se défendront-elles contre l’idéologie dominante qui à tout moment, en ses multiples versions, présente comme l’effet d’un progrès qui marche tout seul, d’un processus quasi naturel, assimilable à la dérive des continents, les quelques centimètres arrachés à nos oppresseurs par la lutte ?  » Et celles qui suivront, c’est moi, c’est nous, qui sommes nées à peu près en même temps que la revue.
Questions Féministes m’a permis de comprendre cela, en tant que jeune militante, chercheuse et sociologue : il y a eu des luttes féministes. Ça paraît idiot, évident. Pourtant, au cours de ma vie, au cours de ma scolarité, on m’a résumé l’histoire des droits des femmes à une femme, deux hommes et trois dates. Soit le général De Gaulle, 1945, pour le droit de vote ; Lucien Neuwirth, 1967, pour la pilule ; Simone Veil, 1975, pour le droit à l’avortement. Une femme, deux hommes, trois dates, et des droits tombés du ciel, sans luttes, sans histoire de luttes. À tel point que je me demandais : qu’est-ce que voulaient ces femmes, qui manifestent sur les photos en noir et blanc ? Comme si ces droits étaient concédés comme par miracle, et qu’on nous dise maintenant : « Tout va bien. Il reste juste encore, on en convient, quelques légers détails techniques à régler, comme la conciliation de la vie personnelle et professionnelle – problème typiquement féminin, les femmes concilient et les hommes vivent, c’est bien connu –, le fait d’avoir des enfants ni trop tôt ni trop tard, pas trop de cellulite et l’air épanoui... Voilà le programme ! »

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Réaliser qu’il y a eu des luttes féministes est absolument capital à un moment où l’histoire féministe est parfois réécrite, voire carrément effacée. Effacée pour nous faire croire qu’il n’y a pas eu de luttes, qu’il n’y a même pas eu d’oppresseurs. Effacée pour nous faire oublier ce que nous devons à celles qui nous ont précédées. Effacées pour qu’on considère que ces femmes appartiennent à un autre monde, sans aucun point commun avec nous. Je pense que ces oublis de notre histoire sont extrêmement dangereux, et qu’ils nous condamneraient - nous, celles qui suivront, et celles qui suivront celles qui suivront - à toujours repartir de zéro. À éternellement redécouvrir notre histoire. La réédition de ces huit numéros agit donc vraiment pour moi comme une piqûre de rappel. Voilà notre histoire, voilà d’où nous venons.

Savoir d’où on vient implique aussi de s’interroger sur où on va, sur où va le mouvement féministe. En lisant la revue, je me suis posée cette question : « Est-ce que nous sommes toujours d’accord avec la posture radicale des fondatrices ?  » Parce que leur projet est vraiment radical : il s’agit de travailler à supprimer la hiérarchie des sexes, et il faut donc pour cela détruire la différence des sexes. Aujourd’hui, les milieux scientifiques et militants proposent plutôt de jouer avec cette différence des sexes que de la détruire. On nous dit : « Jouez avec les stéréotypes ! » Comme s’il était possible, ne serait-ce qu’un instant, de prendre son indépendance vis-à-vis des structures sociales... Genre : je domine le lundi, tu domines le mardi, et le mercredi, c’est radio libre... La lecture de la revue m’a ainsi fait comprendre qu’il ne s’agit pas de chercher une potion magique pour rendre la réalité acceptable, ou d’aménager au mieux cette réalité. On n’aménage pas l’oppression, et on ne négocie pas avec l’oppresseur. Questions Féministes ne propose pas de coller la revue sur le mur pour faire comme s’il n’existait pas, mais de casser ce mur, de « forcer le siège », comme elles l’écrivent dès le numéro 1, en 1977.

Leurs textes permettent ainsi de subvertir un ordre des choses qui nous paraît naturel, inébranlable. De réellement le subvertir, pas de faire semblant, ni de jouer avec les stéréotypes. Cela paraît d’autant plus important que nous vivons une période de backlash, où les sexes ont été renaturalisés – c’est la nature, débrouillez-vous, il n’y a pas de solution, l’histoire est arrêtée – et où les femmes sont en permanence renvoyées à la nature et à leur individualité. On leur dit, on dit aux femmes, on nous dit : « Si vous avez des problèmes, si vous sentez qu’il y a quelque chose qui ne va pas, c’est forcément que le problème vient de vous. Le problème, il faut le chercher en vous. »
Quand le mouvement féministe est né, on a répondu à celles qui s’en réclamaient : «  Qu’est-ce que vous voulez ? Pourquoi vous manifestez ? Il n’y a pas de problème. » Et maintenant, on nous dit : « Qu’est-ce que vous voulez ? Pourquoi vous manifestez ? Il n’y a plus de problème. » On est passé de «  Il n’y a pas de problème » à « Il n’y a plus de problème  ». Je ne sais pas quand ils ont accepté de voir qu’il y en avait. Certainement jamais.

Questions Féministes m’a permis de relativiser et de casser la croyance selon laquelle les choses avaient bien changé et que je n’avais rien à voir avec « elles ». Ce n’est pas une chose facile de rompre avec cette croyance, surtout quand on a grandi comme moi avec le sentiment d’être des presque égales. C’est presque fait, on y est presque. Cette prise de conscience est même douloureuse. Mais pour avoir envie de contester l’oppression, encore faut-il avoir le sentiment d’être opprimée. Il faut pouvoir identifier son oppression et se dire : « Oui, voilà, je le vis. » Ça nécessite vraiment de renoncer à cette idée rassurante qu’on serait sortie d’affaire, ou presque. D’être attentive à ce qu’on vit et d’être exigeante pour nous-mêmes, de ne pas se contenter de ce qu’on veut bien nous laisser, des presque choix, des presque libertés, une presque égalité. Cette histoire n’est pas arrêtée, figée ; ce qui nous semble immuable ne l’est absolument pas et ne l’est jamais.
Maintenant, j’aimerais que Christine Delphy évoque cette question de l’héritage. Trente ans après tes questionnements sur la transmission de l’histoire des luttes, quel bilan en dresses-tu ? »

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Christine Delphy  : « Depuis plusieurs années, on voit en effet de multiples signes d’un backlash. Dans le sens d’un retour de bâton, d’un sérieux retour en arrière. À partir des années 1980, on a pu dire que le mouvement féministe ne disparaissait pas, mais que les groupes se spécialisaient. D’une certaine façon, c’est vrai : il reste encore des mouvements féministes. Comme l’AVFT7, dont on entend beaucoup parler ces jours-ci à cause de la décision scandaleuse et infâme du Conseil Constitutionnel d’abroger, sur la demande d’un accusé de harcèlement sexuel, la loi sur le harcèlement sexuel8. Mais en réalité, le mouvement féministe n’est plus, depuis longtemps, capable de réagir à quoi que ce soit d’une façon vraiment forte et unitaire.

À l’époque où on a lancé la revue, il existait beaucoup de journaux féministes. Nous ne l’avons donc pas créée parce qu’on ne pouvait pas écrire dans ces journaux, mais parce qu’on ne pouvait pas y publier de textes longs, théoriques. Tout ça, aujourd’hui, c’est fini. Pourquoi ? Il s’agit vraiment d’une question de rapports de force. Contre nous, il y avait - et il y a toujours - toute la puissance du patriarcat, qui est évidemment la même que celle du capitalisme, toute la puissance des journaux féminins, toute la puissance des journaux tout court. Soit un ensemble de forces absolument faramineux contre une poignée de femmes sans argent et sans pouvoir… Cette coalition médiatique et idéologique a réussi à retourner l’opinion, ou plus exactement à décréter dès le milieu des années 1970 qu’être une femme est une condition, une condition déplorable, dont on ne guérit d’ailleurs pas.

Le mouvement n’a en France jamais vraiment existé aux yeux du grand public, c’est-à-dire de la grande presse. Aux États-Unis, il y a eu un état de grâce : pendant deux ans, la presse a admiré les féministes, les a encensées, et caetera. Elle a ensuite décrété qu’elles étaient mortes, ou inutiles, et dangereuses. Ça n’est jamais arrivé pour nous. En 1971, alors que le mouvement avait déjà un an, quelqu’un a dit : « Il n’y aura pas de mouvement féministe en France.  »9 Comme si c’était une maladie qui ne pouvait atteindre que les États-Unis et non la France. Et dès le milieu des années 1970, on disait que le féminisme n’existait plus. Rotman et Hamon ont ainsi affirmé dans leur livre Génération10 - un bilan important, même si partial, de la génération de Mai 68 - que le mouvement féministe avait vécu, qu’il avait été utile en son temps mais qu’il était devenu inutile car il avait conquis ce qui devait l’être.

C’est très curieux : avant même que se constituent les mouvements de libération, dès le milieu des années 1960, on entendait que les femmes n’avaient vraiment aucune raison de se plaindre. Qu’il n’y avait plus rien à gagner puisqu’elles avaient déjà tout. Tout avait été fait, et les femmes avaient le choix. Ce choix merveilleux, que les hommes leur envient d’ailleurs : soit elles travaillaient, soit elles restaient à la maison – une chance extraordinaire. En somme, les femmes faisaient ce qu’elles voulaient. Si elles le désiraient, elles travaillaient, et il était dès lors entendu qu’elles n’avaient pas à assumer de travail domestique. Ou bien elles restaient à la maison, et elles en assumaient la charge.
C’était donc le même discours, et je pense qu’il reviendra sans arrêt. À chaque fois que surgira un nouveau mouvement féministe, les mêmes questions seront posées : De quoi vous plaignez-vous ? Vous avez déjà tout. Tout ce qui restait à conquérir, vous l’avez conquis dans les années 1970. Vraiment, on a fait tout ce qu’on a pu, et plus, on ne peut pas.

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Le bilan de la transmission n’est pas très positif : je pense qu’elle s’est très mal faite. On est toujours tenté de culpabiliser à ce propos, surtout dans les petits groupes ou groupuscules gauchistes. Parce que nous étions comme un petit groupuscule gauchiste - sauf que les gauchistes, qui étaient quand même des hommes, ne nous aimaient pas beaucoup. Nous avions la même façon de fonctionner, c’est-à-dire qu’on pensait que tout était de notre faute. Et donc, s’il n’y avait pas de transmission, c’était certainement qu’on avait mal fait quelque chose...
En réalité, je ne pense pas que ça ait été le cas. Disons plutôt qu’il y a eu - et il y a toujours - un système politico-médiatique qui travaille à effacer nos traces, nos luttes. Qui pose que ces luttes, même si elles sont anciennes, surtout si elles sont anciennes, ont été nécessaires à leur époque, mais que s’obstiner encore serait faire preuve d’hystérie. Nous avons eu affaire - et nous avons toujours affaire - à ça, et je crois qu’il faut se rendre compte que nous en avons encore pour un bon bout de temps. Ce sera le cas tant que les féministes n’auront pas conquis des bases de pouvoir, des lieux d’où elles pourront s’adresser aux autres et contrecarrer le discours dominant. Aujourd’hui, nous ne sommes toujours pas en mesure de le faire.

Continuons le parallèle avec les groupuscules gauchistes : l’argent était un gros mot, et il ne fallait surtout pas en avoir. À l’époque, j’ai remarqué que c’était encore pire pour les femmes. Quand on parlait de sommes qui dépassaient les 12 000, 13 000 ou 15 000 euros, elles n’écoutaient plus. Leurs yeux partaient dans le vague. Les sommes en question leur semblaient tellement énormes qu’elles étaient au-delà de leur capacité de compréhension. Non parce qu’elles sont des femmes - je ne pense pas que ça ait à voir avec les hormones, encore que sans doute il y ait des scientifiques très sérieux qui cherchent de ce côté-là - mais parce qu’elles n’ont pas d’argent et qu’elles sont opprimées. J’ai rencontré exactement les mêmes réactions chez les petits agriculteurs que j’ai interviewés : au-delà d’une certaine somme, ils ne faisaient plus de différence. C’était au-delà de ce qu’ils pouvaient concevoir : la limite de leur imagination correspondait – disons – à la valeur de leur exploitation. Soit déjà beaucoup plus que ce que les femmes avaient à leur disposition. Beaucoup plus que ce que nous, nous pouvions imaginer.
Comme on ne peut pas l’imaginer, et comme on ne peut pas non plus imaginer les sommes qu’il faut pour s’adresser au public, on sent qu’il y a un cap psychologique à franchir que les femmes – car, j’insiste, les féministes sont dans la majorité des cas des femmes – n’ont pas encore franchi. Pour toutes ces raisons, liées de façon intrinsèque à notre oppression, nous n’avons pas pu transmettre notre histoire. La jeune génération n’a pas vraiment profité de cet héritage, de ce savoir. Nous tendions bien nos petits bras avec nos petits bâtons de relais, mais la vague de propagande qui était contre nous a complètement étouffé ça.

Depuis un an ou deux, on sent par contre un frémissement : il se forme de nouveaux groupes féministes. L’année dernière, au moment de l’affaire DSK, j’ai ainsi découvert un certain nombre de blogs où existe un ton différent – je pense notamment au blog de Sandrine Goldschmidt11 ou à celui d’Isabelle Germain12. Il y a sans doute une évolution – on a parlé de seuil psychologique ou d’obstacle psychologique – dans la façon d’appréhender la différence de pouvoir dans la société. Un autre ton émerge, et c’est positif. Par exemple, la campagne que Sandrine Goldschmidt et Muriel Salmona ont lancée, Pas de justice, pas de paix, est quelque chose qui n’aurait sans doute pas pu être fait il y a trente ans. Le niveau de conscience féministe s’est élevé. Ou pour le dire autrement, il y a un abaissement de la tolérance des femmes à l’oppression. De certaines femmes. C’est déjà un résultat extraordinaire. Évidemment, ce contre quoi elles se battent13, c’est le fait qu’elles n’aient même pas osé porter plainte contre leur(s) agresseur(s). Le premier pas, malheureusement, c’est déjà de dire : « Voilà, je n’ai même pas pu porter plainte pour telle et telle et telle raison. Et il y a beaucoup de raisons.  » D’une certaine façon, il y a donc une transmission de quelque chose qui est un seuil de tolérance plus bas vis-à-vis de l’oppression. »

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Sabine Lambert : « Dans le premier numéro, vous parliez des inquiétudes que vous aviez concernant la double récupération du mouvement féministe, à la fois par la gauche et par la droite. Qu’est-ce que ça signifiait ? Est-ce encore d’actualité ? »

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Christine Delphy : « C’est Emmanuèle de Lesseps qui avait écrit cette partie-là de l’éditorial. Elle faisait allusion à notre positionnement par rapport à l’ensemble du mouvement féministe existant depuis 1970. Deux tendances coexistaient : « Psy et Po »14, qui était une tendance résolument différentialiste, et « Lutte de classes », qui était... disons que je ne veux pas en dire du mal, mais je ne veux pas en dire du bien non plus. Cela renvoie à ce qu’on entend maintenant – non à propos du féminisme, parce que de toute façon, on ne parle plus tellement du féminisme – à propos du racisme. Il y a toujours des gens pour dire qu’il n’y a pas vraiment de questions raciales, que la question sociale prime. Et la question sociale, c’est aujourd’hui le nouveau mot qui est utilisé pour parler du capitalisme sans le nommer. Le capitalisme n’a plus tellement la cote, sauf dans certains cercles, et c’est donc une façon de dire que tout se résume à la lutte entre le prolétariat et le capitalisme. Comprenez donc, prétendent-ils : c’est ça la seule, la vraie question. Vous n’avez pas fini d’entendre cette chanson-là à propos du racisme : il n’y aurait pas de question spécifique du racisme. Nous, on l’entendait sans arrêt. Ce refrain revient, et il reviendra d’autant plus fort qu’il y aura à nouveau un mouvement féministe. Parce qu’il y a toujours des tentatives de le museler, de la part des groupes qui prétendent représenter l’ensemble des opprimés, mais qui n’en représentent qu’une partie, qui elle-même représente une partie qui les représente eux-mêmes… Ils représentent surtout leurs théories, et ils voudraient que tout s’emboîte bien, comme des poupées russes : un grand oppresseur tout en haut, et ensuite les autres oppressions qui vont par ordre d’importance. Et nous en avions marre d’entendre les gauchistes dire qu’on était la priorité n°57... Il ne s’agissait pas de dire que le capitalisme, c’est bien ; mais juste de souligner que l’oppression des femmes, c’était autre chose.

Nous considérions donc que ces deux tendances du mouvement féministe – qui n’était pas uni, il faut le rappeler : si on pose qu’il est né en juin 1970, on peut considérer que différents groupes sont apparus dès septembre 1970 – nous portaient préjudice et présentaient des dangers. Ceci dit, nous n’avons pas réduit ces dangers. Par exemple, la première fois que nous avons présenté la revue dans un groupe de féministes radicales que nous pensions acquises à notre théorie, nous avons été confrontées à beaucoup de présupposés naturalistes. Quand on disait que ce n’était pas une question de constitution physique, et caetera, on s’est aperçu que certaines femmes se disaient féministes radicales, mais qu’elles entendaient par là qu’elles n’étaient ni différentialistes, ni « lutte des classes » ; les femmes étaient quand même pour elles un groupe biologique. »

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Sabine Lambert : «  Comment avez-vous réussi à positionner la revue, entre démarche théorique et mouvement militant ? »

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Christine Delphy : « Nous étions sociologues, anthropologues, psychologues, etc, nous avions donc des éléments de théorie. Nous nous sommes servies de ces éléments théoriques, mais pas de façon affichée, en revendiquant une appartenance à tel ou tel courant de pensée. Ça ne veut pas dire qu’on n’en a pas... Personnellement, je reste très marxienne. Pas marxiste, parce que les marxistes m’ont excommuniée, mais marxienne.
Bref, il y avait des éléments théoriques, mais ce n’était pas ce qu’on essayait d’expliquer. On essayait d’expliquer de nouvelles théories qui n’avaient jamais été faites. Et je pense qu’on y est arrivé. Il y a une cohérence, une continuité d’un texte à l’autre dans cette revue.

Comment a-t-on articulé le militant et le théorique ? Pas forcément en allant distribuer la revue dans les manifestations. Il nous importait plutôt d’écrire d’une façon claire et à l’opposé des modes qui prévalaient alors – et qui prévalent toujours. Soit cette idée qu’intellectuel équivaut à obscur ; plus c’est obscur, plus c’est bien. Et chiant... C’était donc un souci permanent.
Nous étions la première revue de ce type – parce qu’il y a eu d’autres publications qui se sont créées, la Revue d’En Face15, par exemple, qui a duré beaucoup moins longtemps. Et dès le premier numéro, nous avons cherché des textes à l’extérieur du collectif de rédaction ; mais en demandant toujours aux auteurs – quitte à leur faire remanier sérieusement leur texte – de ne pas jargonner. Il s’agissait par exemple d’écrire « les gens se marient entre eux » plutôt que « homogamie ». Car le jargon n’est compris que par le collègue sociologue : ça ne nous intéressait pas. Nous voulions être compris par les féministes, et les féministes n’étaient pas forcément des intellectuelles. C’était très important pour nous. Nous pensions que la théorie - qui est une arme - devait non seulement être lisible, mais aussi accessible à tous. Même s’il reste le problème de l’écriture : elle demeure un privilège, et nous avons très souvent remarqué un blocage quand nous demandions des textes à des militantes dites « de terrain ». Nous avons entrepris beaucoup de choses, mais nous ne les avons pas toutes réussies. »

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Sabine Lambert : « C’est une des choses dont je n’ai pas parlé, et qui m’a vraiment étonnée quand j’ai parcouru ces textes : j’ai ri. Les textes sont drôles, enlevés. Ça me sortait des revues scientifiques habituelles, dont on a parfois l’impression qu’elles essayent de ne surtout rien dire. Et de ne pas être comprises. Là, c’est très clair, ça ne tourne pas en rond et il y a énormément d’humour. Je ne savais pas qu’on pouvait être sociologue et écrire ainsi ; ça m’a soulagée. Il y a même des passages d’anthologie, notamment ceux qui décryptent les théories scientifiques dominantes ; certains passages sur Freud sont à mourir de rire. Je me suis rendue compte que la pensée et les productions scientifiques sont, une fois mises à nu, extrêmement risibles.

Pour en revenir à la question de l’héritage... Tu as demandé à Simone de Beauvoir d’être directrice de publication de la revue. Est-ce, là aussi, une question d’héritage ? »

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Christine Delphy : « Nous voulions que Simone de Beauvoir soit directrice de publication parce qu’elle nous avait déjà aidées – elle avait soutenu le mouvement féministe dès 1971, elle était présente à la grande manifestation de novembre 1971 pour l’avortement16, puis à la journée de dénonciation de crimes commis contre les femmes à la Mutualité en 197217. Elle représentait un lien avec notre passé, bien au-delà de sa personne, soit cette idée que des femmes nous avaient précédées, et que ces féministes de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1970 étaient oubliées.
Je n’en avais alors jamais entendu parler. Entre nous, on évoquait les suffragettes et on en rigolait. Ce sont les historiennes féministes qui ont finalement sorti du placard ces pauvres squelettes qui avaient été sacrifiés, bafoués pour l’exemple. Le mouvement féministe a été stoppé au déclenchement de la guerre de 14-18, ses grandes figures ont été ignorées ou ridiculisées, sans jamais être nommées. En cinquante ans seulement, le sable avait recouvert ces premiers mouvements. Et c’est exactement ce que je redoutais qu’il arrive en 1981, quand j’écrivais pour celles qui suivraient.

Je me souviens que nous avions arraché à l’éditeur de Partisans18 ce numéro spécial paru en 1970, qui s’appelait « Libération des femmes année 0 ». C’était quand même incroyable de l’appeler « année 0 »... Une historienne très connue, dont le nom m’échappe, nous l’a reproché à raison. Cela montre que nous n’avions malheureusement qu’une très vague idée de l’histoire des idées féministes. Pour nous, elle commençait avec Simone de Beauvoir. Ce qui est faux. C’est même le contraire : Simone de Beauvoir a écrit au sujet de la querelle du féminisme qui était terminée. Quand elle a publié Le Deuxième Sexe en 194919, il s’agissait justement d’une de ces périodes de ressac : il fallait jeter un voile, pas glorieux, sur ces dépouilles, ces querelles, et caetera. Simone de Beauvoir croyait, grosso modo, que du point de vue de la loi, tout ce qui pouvait être gagné l’avait été. Et c’était ce que nous entendions encore à la veille de 1970. Simone de Beauvoir s’en est rendue compte et a appuyé le mouvement féministe de toutes ses forces.
Cette lutte pour l’histoire nous semblait donc très importante. Parce que nos ennemis avaient toujours gagné, et ils continuent de gagner en niant notre histoire et notre existence a posteriori. Ils essayent de les nier sur le moment, mais surtout a posteriori. Ce qu’on entend encore aujourd’hui, c’est : « Il n’y a plus rien à gagner, il n’y a plus rien à faire. Tout ce que vous pouvez désirer, vous l’avez déjà. » Ce qui veut plus ou moins dire : « Tout ce que vous pouvez avoir, tout ce que nous sommes prêts à concéder, nous vous l’avons déjà accordé. Et plus, on ne vous donnera pas.  » S’élever contre cet interdit, cet oukase, est très difficile. Parce que dans notre situation, nous n’avons pas intérêt à heurter la bonne volonté des hommes de bonne volonté - c’est ainsi qu’ils s’appellent entre eux... »



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2 Le Lieu-Dit a un site, ICI. Par ailleurs, toutes les notes accompagnant ce compte-rendu sont de l’auteure de la retranscription. Les différentes interventions ont, quant à elle, été un peu retravaillées, tant il n’y a guère de sens de proposer une retranscription mot à mot de discours tenus à l’oral.

3 En attendant d’acheter Questions Féministes (éd. Syllepse, 40 euros), on pourra lire la préface de Sabine Lambert à cette adresse : Entre les lignes entre les mots

4 Féminin Masculin Avenir, devenu en 1969 Féminisme Marxisme Action.

5 Les féministes essentialistes, appelées aussi différentialistes, revendiquent « l’égalité dans la différence ». Elles partent du présupposé (hétéronormé) que les hommes et les femmes sont différents et complémentaires.

6 Si le XIXe siècle a été riche en luttes féministes (notamment contre le code civil de 1804 qui plaçait les femmes sous la coupe de leur père, puis de leur mari), il a fallu attendre le XXe siècle pour que les violences commises contre les femmes soient dénoncées et que se développe l’idée qu’elles sont intolérables.

7 Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail.

8 Le 4 mai 2012, le Conseil Constitutionnel a décidé l’abrogation immédiate de la loi sur le harcèlement sexuel, jugée contraire à la Constitution car pas assez précise.

9 Il est difficile d’attribuer cette phrase à un homme politique ou un journaliste en particulier. Cependant, on la trouve dans un texte de Marcia Rothenburg, Margaret Stephenson, Gille Wittig et Monique Wittig, « Combat pour la libération de la femme » (dont le titre original était « Pour un mouvement de libération des femmes »), L’Idiot international n°6, mai 1970 : « À tous les réactionnaires qui disent et qui écrivent qu’il n’y aura pas de révolte des femmes en France comme aux USA ou en Hollande, nous disons que tant qu’il restera dans ce pays une femme opprimée, serve dans sa famille, victime de la discrimination dans son travail public, nous les femmes, nous ne serons pas libérées et c’est pour toutes que nous voulons la libération. » Voir MLF//textes premiers (collectif), Stock, 2009, p.32

10 Génération, de Patrick Rotman et Hervé Hamon, Paris, Le Seuil, tome 1 Les années de rêve (1987), tome 2 Les années de poudre (1988).

11 A dire d’elles

12 Du Rose Dans Le Gris

13 L’objectif de la campagne « Pas de justice, pas de paix », lancée début mars 2012, est de briser le silence et rendre justice aux victimes de viol. On rappellera que 75 000 viols sont commis en France chaque année, et qu’on estime que 10 % seulement des victimes de viol portent plainte.

14 « Psychanalyse et Politique », groupe fondé par Antoinette Fouque au sein du Mouvement de Libération des Femmes.

15 Première publication : mai 1977 (Ed. Savelli).

16 Manifestation du 20 novembre 1971 pour l’avortement et la contraception libres et gratuits.

17 En mai 1972, le MLF lance des journées de dénonciation « contre les crimes commis contre les femmes ».

18 La revue Partisans (1961-1973), dirigée par François Maspero, s’inscrivait dans l’héritage de la Résistance.

19 Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, I. Les faits et les mythes, Paris, Gallimard, 1949.


COMMENTAIRES

 


  • vendredi 12 octobre 2012 à 16h58, par Anne Onyme

    C’est curieux la mémoire, on n’a jamais la même et celle que j’ai des luttes féministes des années 1970 ne ressemble absolument pas à ce qui est présenté ici. Ma mémoire est ce qu’elle est, subjective ; mais celle de Christine Delphy aussi, pour sûr !

    Quand à prétendre de Partisans était une revue qui « s’inscrivait dans l’héritage de la Résistance », je suppose que c’est une blague. Mais si c’est une blague, elle est très mal venue et tend à effacer une mémoire qui pour le coup n’est pas du tout subjective...



  • samedi 13 octobre 2012 à 17h41, par Alex

    « Le 26 août 1970 à l’Arc de Triomphe, neuf féministes - dont Christine Delphy, Emmanuèle de Lesseps, Monique Wittig et l’écrivaine Christiane Rochefort - déposent ainsi une gerbe de fleurs à la mémoire de la femme du soldat inconnu, avec ce message : « Il y a plus inconnu encore que le soldat : sa femme ». »

    11 ans auparavant, en pleine guerre d’Algérie, Jean-Pierre Duprey pissait sur la tombe du soldat inconnu et se faisait tabasser pour ça, c’était autre chose que remettre des fleurs à sa femme...

    • samedi 13 octobre 2012 à 20h30, par un-e anonyme

      L’un n’empêche pas l’autre.
      Et, c’est assez surprenant de comparer deux actes qui, évidemment, n’auront pas les mêmes conséquences.
      Et, que vous pissiez sur les tombes, ou ailleurs, vous pissez debout. Je ne veux pas dire pour autant que vous ayez peur que vos genoux flanchent ou que vous ayez peur de ne plus vous relever, mais pourquoi comparer ? à quoi ça sert ? à dire qu’un combat est plus noble, plus fort ? Vous avez une âme d’épicier.

      • dimanche 14 octobre 2012 à 12h46, par Alex

        Non effectivement, l’un n’empêche pas l’autre, malheureusement ! Je vois d’un côté un geste anti-militariste et de l’autre quelque chose de parfaitement consensuel et niais qui pourrait bien être salué aujourd’hui par le gouvernement (je vois bien notre bienveillant président dire en pleurnichant qu’on a trop occulté le rôle qu’ont joué les femmes pour défendre la patrie, et que donner des fleurs à la femme du soldat inconnu, quel beau geste...).

        (je tiens tout de même à signaler qu’il est possible de pisser assis sur la pauvre flamme du troufion inconnu, puisque cela semble vous perturber)

        Et merci pour les épiciers.

        • mercredi 17 octobre 2012 à 23h16, par pièce détachée

          Alex voit « d’un côté un geste », « de l’autre quelque chose ». Pour départager le « consensuel » du « niais », je tiens tout de même à signaler qu’il est possible de pisser assis sur la pauvre flamme d’Alex.

          • lundi 22 octobre 2012 à 20h48, par Alex

            Et sinon t’as des arguments à opposer, à part vouloir me pisser dessus ? Ou alors sinon je réponds c’est celui qui dit qui y est, c’est ça ?

            • mardi 23 octobre 2012 à 10h05, par un-e anonyme

              Bof, des arguments tu n’en promets pas trop ; puisque pour toi le summum est de pisser. Nous te pissons donc dru et fort, dessus et les fleurs, nous les gardons ; t’auras pas de bonbons pour autant. T"aimes pas la pluie dorée ? On dirait pourtant que t’es venu rien que pour ça

              • mercredi 24 octobre 2012 à 18h39, par Alex

                Si je comprends bien je n’ai pas le droit de dire qu’une action politique est consensuelle, ou simplement de ne pas la trouver pertinente en la comparant à une action que je juge meilleure d’un point de vue symbolique sans qu’on me prenne pour un con ou un macho et récupérer d’autres amabilités ?
                Finalement, Annie Le Brun avait peut-être bien raison en qualifiant ces féministes de « staliniennes en jupon » et leurs disciples d’aujourd’hui ne valent apparemment guère mieux.

                • jeudi 25 octobre 2012 à 12h28, par Remugle

                  Eh bien Alex, tu vois ?
                  Il n’y a que des « chauvinistes mâles »... que les femmes dénonçaient avec raison dans les anées 70....

                  les « chauvinistes femelles », ça n’existe pas !...

                  ça te les coupe ?
                  Yo tambien !

                  • jeudi 25 octobre 2012 à 12h31, par Remugle

                    .... années... oupss....

                    • samedi 27 octobre 2012 à 16h28, par pièce détachée

                      @ Alex : féministe ou pas, il me semble que pour départager (si l’on y tient) deux actions symboliques, il est bon de tenir compte de leurs tenants et aboutissants, de leurs contextes respectifs (les symboles ne se construisent pas à partir de rien, ni ne se tiennent suspendus en l’air, attendant d’être juxtaposés indistinctement).



  • dimanche 14 octobre 2012 à 07h42, par B

    1914-1918 :
    le taux de divorce monte en flèche au retour de la paix.



  • lundi 15 octobre 2012 à 20h32, par makhno

    je m’attendais pas a lire un post bien machiste (et si con) de monsieur Alex sur Article 11...comme quoi c’est la chose la plus répandu au monde.



  • mardi 16 octobre 2012 à 11h59, par Elocin

    Chacune ses mémoires !!!
    Et ce qu’on voit et qu’on raconte,ça compte ?

    J’étais (très enceinte ) à la manif de 71 pour l’avortement ! Pas du tout vue S. de Beauvoir ,peut être encadrée et un peu cachée par ses Groupies ou pas là du tout car ,à cette époque,se montrer avec les « énervées » que nous étions ,ce n’était pas bon pour l’image.Il valait mieux protéger les hommes gauchistes et antiféministes....

    Par contre ,je l’ai entre-aperçue à la Mutu.,dans les coulisses,cachée , au creux des lourds rideaux , des regards des « activistes autonomes et anarchisantes » que nous étions.

    Ses groupies l’avaient faite entrer en douce par la porte de arrière ,la majorité des femmes du Mouvement ne voulant pas de célébrité,ni de gourou.
    La seule que j’ai vue,c’est Hélène Cixous qui était venue seule et se comportait comme n’importe laquelle d’entre nous.



  • mercredi 17 octobre 2012 à 21h33, par pièce détachée

    Oui, on a la sale impression qu’à mesure que ceux et celles « d’avant » se sont battu(e)s, leurs combats sont ridiculisés, puis oubliés, puis réhydratés-mixés en purée d’idées micro-ondables chopées dans le folklore des vide-greniers. Tout le temps, repartir de zéro, et pour les femmes de double zéro à chaque seconde.

    Je sors d’une discussion dense et cool avec deux hommes « faits », comme on dit (40-45 ans) : l’un, empêtré dans les mères carnivores qu’il voit partout, l’autre, pédé [1] bridé. Tout se passe bien, l’arrière-saison et les bières sont rousses à ravir, jusqu’à la rebuffade : « Tu t’es pas mariée ? T’as pas fait de gosses ?  ». Je repense en un flash à cette lesbienne de Belleville fière d’« adopter » l’enfant de sa maîtresse bretonne du jour (on dirait du Labiche), qui me tançait il y a quinze ans en retroussant la lèvre : « eh toi l’intello, t’es même pas cap’ d’enfanter ».

    Oui, repartir de zéro, double zéro, triple zéro, tout le temps. Tout le temps ressortir ce que d’autres ridiculisent et ré-enterrent à mesure. Et en même temps s’épuiser à tout ça, vivre et vieillir et rigoler comme si de rien (je vous en prie) n’était.

    [1] Les mots sont importants (arf !) : ici en Bourgogne rurale, pédé est affectueux, limite intime, délicat, mot d’amour. Sinon c’est fiotte, pot-de-chambre, j’en passe. Aucun terme affectueux pour les lesbiennes, les épouvantables gougniottes. Une phrase entendue à la foire de Sainte-Catherine : « ma fille j’aimerais encore mieux qu’elle couche avec un gris que devenir gougniotte ». (Un gris, c’est ce qu’on peut traiter d’arabe ; au féminin, y a pas de nom).



  • vendredi 4 janvier 2013 à 04h04, par Nous sommes légion

    Sans vouloir sous-estimer ni le drame qu’est le viol ni le soubassement patriarcal qui permet sa si large prégnance ni encore moins la pertinence et le courage des luttes féminines et féministes pour le dénoncer, on peut quand même rappeler qu’y voir comme principale issue une pénalisation accrue est un petit peu ambigü pour qui se situe dans une logique d’émancipation...



  • jeudi 25 avril 2013 à 17h07, par Roméo

    Ben moi j’ai pas vu le niveau de conscience féministe s’accroître... Mais beaucoup de méchancetés et de folie... Il est possible que je me sois totalement fourvoyé sur ce que devait être ce féminisme et sa conscience mais je ne m’attendais à un tel déchaînement. J’ai pas violé, j’ai pas cogné, j’ai pas sauté une seule gonzesse après une attitude frauduleuse... Chui pauvre, pitoyable, laid, mais gentil ; j’ai une parole et à l’occasion (extrêmement rarement comme les passages de la comète) mon plaisir c’est de leur donner du plaisir aux gonzesses... Moi j’vous dis y’a kekchose qui tourne pas rond... Voyons la Simone c’est pas celle qu’à fait croire qu’elle était résistante sans jamais avoir rien fait ? Bah j’commence à comprendre où qu’il est le blème... Imposture qui disent ? Ché pas mais j’sais seulement qu’les filles c’est des dangereuses, des puits à chagrin ...

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