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vendredi 28 février 2014

Textes et traductions

posté à 12h11, par Charles Reeve
10 commentaires

Démystifier Euromaidan – Révoltes et héritage du socialisme réel

Le courage et la ténacité des gens qui ont tenu les barricades de Maïdan, jusqu’à l’emporter, ne laissent pas d’impressionner. Et ils donnent très envie de croire qu’un vent de liberté s’est levé, porteur de vraies promesses de transformation sociale. C’est là que le bat blesse, explique l’ami Charles Reeve : derrière le soulèvement, la réaction.

Les événements ukrainiens, l’occupation de la place de Kiev et le massacre qui a abouti à l’éviction de Yanoukovitch et de son gang n’ont pas été faciles à suivre pour qui cherche à comprendre le monde où l’on est forcé de vivre ! Surtout si l’on tient compte du peu d’informations directes et fiables, et de la puissance de la propagande pro-UE et pro-démocratique distillée par les des médias européens. Nous avons aussi été confrontés aux dérives habituelles de ceux qui se laissent vite séduire par tout affrontement de rue avec la police. Or, voir dans les barricades et les affrontements violents avec les mercenaires du régime un signe de radicalité révèle un grave manque de sens critique, au même titre qu’attribuer un contenu démocratique à la révolte en fonction de la revendication d’intégration à l’UE relève d’un raisonnement erroné.

Le devenir de toute révolte sociale qui reste cantonnée dans le champ de la politique est façonné par les intérêts des forces capitalistes et les rapports inter-capitalistes. Comme on sait, on l’a observé concrètement, le rapport entre les intérêts du capitalisme européen -tout particulièrement son noyau allemand - et ceux du capitalisme russe est au centre de la crise ukrainienne. Mais un mouvement social capable de déséquilibrer les rapports politiques à l’intérieur d’un État crée inévitablement des situations imprévisibles et peut peser sur la logique froide des rapports inter-capitalistes. C’est pourquoi la compréhension de la nature et des projets des forces politiques à l’œuvre à l’intérieur du mouvement ukrainien est indispensable pour y voir plus clair.

Deux forces politiques organisées étaient présentes, depuis le début, dans la révolte de Maidan contre le régime de Yanoukovitch et son Parti des Régions. À côté des partis démocratiques libéraux pro-UE, une autre force politique a progressivement exercé une influence sur le cours des événements. Il s’agit du courant ultra-nationaliste et raciste, représenté en particulier par le parti Svoboda, qui a une réelle implantation et un pouvoir de mobilisation à Kiev et en Ukraine occidentale.Pour des raisons d’opportunisme et d’intérêt politique, les démocrates occidentaux et leurs plumitifs ont choisi de minimiser, voire d’ignorer et de passer sous silence, leur intervention, leur idéologie et leur projet politique1. Or celui-ci n’est pas identique à celui des forces pro-UE, dans la mesure où ce courant fanatiquement nationaliste est opposé, du moins en théorie, à la fois à la domination russe et à celle de l’Europe, vue comme une zone de valeurs décadentes et soumise aux « intérêts juifs internationaux »2.

L’existence, à Kiev, de petits groupes possédant une vision critique du monde et des intérêts capitalistes en jeu est un atout précieux pour nous éclairer dans le brouillard d’Euromaidan. Plusieurs textes sont accessibles sur le Net. Citons notamment cette interview, réalisée par une radio libre de Caroline du Nord (USA), Ashville Fm Radio, avec un camarade anarcho-syndicaliste de l’Union autonome des ouvriers d’Ukraine. On peut aussi lire, sur le site de ce groupe et en anglais, une autre interview et une discussion. Enfin, un texte, moins intéressant et plus idéologique, du Syndicat autonome des travailleurs de Kiev est disponible en français.
Il ne s’agit pas de tenir ces textes pour LA vérité sur la situation en Ukraine. Compte tenu de la confusion qui règne et des aspects contradictoires et changeants de la situation, des divergences d’analyse sont légitimes et doivent s’exprimer. Mais il s’agit de lire ces textes en respectant l’intelligence de ceux qui s’expriment et d’en tirer des éléments pour prolonger la réflexion, comprendre un mouvement qui ne va pas nécessairement dans le sens de nos désirs et attentes. Car, à l’instar d’autres évolutions dans les sociétés issues de l’effondrement du bloc du capitalisme d’État, ces révoltes sont portées par et porteuses de tendances profondément réactionnaires face auxquelles les courants émancipateurs se trouvent en minorité, voire en danger.

Revenons maintenant brièvement sur quelques-uns des aspects abordés par ces camarades ukrainiens.
La composition sociale des manifestants présents à Euromaidan a évolué au cours des mois. Au début, la majorité des manifestants étaient des membres des classes moyennes pro-occidentales, partisans des partis d’opposition au régime de Yanoukovitch. Puis, avec le déchaînement de la répression policière et l’arrivée d’éléments des classes plus populaires, la composition de la multitude sur la place s’est diversifiée. Le rapport de force entre les partis présents a également été modifié et le rôle des partis extrémistes nationalistes et racistes, le parti Svoboda en particulier, est devenu plus important. D’après cette analyse, les classes moyennes et la jeunesse étudiante de Kiev constituent la base principale de recrutement des cadres et activistes de ces partis nationalistes, Svoboda et Praviy Sektor— lesquels sont également très fortement implantés chez les travailleurs en Ukraine occidentale. On peut penser que beaucoup de jeunes et de chômeurs, enragés par la situation de misère et séduits par l’hystérie nationaliste, furent facilement recrutés dans les groupes paramilitaires et envoyés au casse-pipe. Plutôt apathique et moins militante, la grande masse des travailleurs voit dans ces groupes paramilitaires des partis fascisants une « avant-garde » qui protège le peuple contre une classe dirigeante corrompue. D’une façon générale, remarquent ces camarades anarcho-syndicalistes, la présence dominante de ces partis correspond à l’ambiance générale à Euromaidan, où les idées nationalistes soudaient largement les occupants.

Un autre aspect qui illustre les limites du mouvement est le fait que, en dehors d’Euromaidan et des rues limitrophes, la vie a suivit son cours « normal » à Kiev. Bien entendu, partout, dans les entreprises, dans la ville, en Ukraine occidentale en général, les affrontements sur Euromaidan étaient au centre des conversations et préoccupations. Pourtant, aucun mouvement de solidarité collective, aucune grève, ne furent signalées. L’appel, lancé par quelques organisations libérales de gauche, à une grève politique n’a eu aucun écho, et même la grève des employés des transports de la ville, en janvier, s’est déroulée sans lien concret avec l’agitation dans la place. Une tentative de grève dans quelques universités fut cassée par les milices fascisantes.

Selon les informations fournies par ces camarades, l’occupation de la place est restée dominée par les appareils des partis - des partis d’opposition aux partis ultra-nationalistes et racistes. Ces derniers ont investi l’essentiel des activités pratiques et l’organisation de l’occupation. De par leur nature militariste et machiste, ils se sont imposés dès le départ comme « les spécialistes » de la violence et ont pris en charge l’ « auto-défense » d’Euromaidan. Malgré le fait que l’occupation a duré plus de deux mois, les pratiques d’action indépendante et d’auto-organisation furent quasiment inexistantes, les chefs et les hiérarchies ont dominé et ont décidé. Il n’y a pas eu d’assemblées ou autres prises de décision collective, les débats politiques furent limités aux questions nationalistes et politiques. Toute tentative d’aborder la question sociale a rencontré l’opposition immédiate des chefs nationalistes et néo-nazis, qui criaient alors à la « provocation ». La vie interne de la place fut - certes - variée, mais les organisations ultranationalistes ont gardé le contrôle des activités. Les groupes paramilitaires, les Sotnia, sont resté sous la direction de chefs nationalistes et fascistes, dont certains étaient liés à des secteurs de la police. Il s’agit de groupes composés exclusivement d’hommes, où les valeurs machistes sont particulièrement affirmées. Il n’est ainsi pas étonnant que, juste après que Yanoukovitch et son clan ont été débarqués, ces groupes aient pris le contrôle du centre de Kiev et des bâtiments officiels, mêlés à la police de Kiev qui s’est rangée du côté des forces d’opposition.

Les petits groupes de radicaux furent marginalisés, exclus de l’organisation de l’occupation, de la place (à l’exception des groupes d’aide médicale, où bon nombre de radicaux et de femmes ont pu s’investir). Dès qu’ils ont tenté d’exprimer leurs idées ou qu’ils ont soulevé des questions sociales, ils ont été violemment pris à partie, accusés d’être des « provocateurs » et expulsés d’Euromaidan. Oser aller à contre-courant du mythe pro-UE des partis d’opposition, rappeler que l’Europe est aussi synonyme d’austérité sociale, équivalait à se faire traiter de partisans de la Russie…
Quelques radicaux ont bien tenté de se regrouper et de former une Sotnia indépendante. Mais les milices de Svoboda les ont aussitôt attaqués et expulsés d’Euromaidan, les accusant d’être un groupe « racialement impur ». Selon les informations fournies par ces camarades, les rares anarchistes et radicaux qui ont réussi à s’intégrer dans des Sotnia se sont résignés, pour des raisons tactiques ou par opportunisme, à accepter les valeurs nationalistes et racistes des chefs ! Autant dire que, ainsi faisant, ils ont renoncé à leurs valeurs et principes et se sont politiquement suicidés.La confusion et la force du nationalisme est aujourd’hui telle que même la figure de Makhno se trouve adulée par les ultranationalistes et racistes. Il a lutté contre les Bolcheviks, donc il est présenté comme un vrai nationaliste ukrainien…

Les trois textes mentionnés ci-dessus ouvrent aussi le débat sur une question importante, soit les causes et les fondements de l’essor de l’idéologie nationaliste et du racisme dans les sociétés de l’ancien bloc capitaliste d’État. Tout se passe comme si le vide idéologique laissé par l’effondrement des régimes totalitaires communistes avait été remplacé par l’essor du nationalisme, et la vieille idéologie du « socialisme scientifique » par celle du « nationalisme scientifique ». La passivité et le suivisme actuel des travailleurs vis-à-vis des partis populistes sont liés à la culture de la soumission qui régnait sous le « socialisme réellement existant ». Pour ses besoins de propagande, le pouvoir russe se déchaîne, réduisant tout le mouvement d’Euromaidan à une prise de pouvoir fasciste. Or, dans l’est de l’Ukraine, le Parti communiste ukrainien joue le même rôle populiste que le parti Svoboda dans l’ouest du pays. Il organise ses propres milices paramilitaires et développe un nationalisme pro-russe féroce et belliqueux. C’est fascisme brun contre fascisme rouge, et vice-versa.

Les développements barbares auxquels nous assistons s’inscrivent dans le droit fil de ce que fut l’ancien système oppressif d’exploitation, qui avait érigé les noms du socialisme, du marxisme et du communisme en couverture idéologique. Pour encore des années à venir, nous ne sommes pas sortis de cette liquidation.
À l’animateur de la radio-libre nord-américaine qui lui demande quelle forme concrète de solidarité on peut avoir avec les anarcho-syndicalistes ukrainiens, le camarade interviewé répond : « Le mieux que vous puissiez faire, c’est ce que vous faites : tenter de démystifier la situation actuelle. Car nous comprenons bien que beaucoup d’anarchistes dans les pays occidentaux tendent à être super optimistes sur ce qui se passe en Ukraine. » La solidarité internationale se doit de refuser de voir une situation complexe de façon simpliste. Il semble évident que nous assistons là, non à un mouvement qui pose les prémices d’une émancipation sociale, mais au contraire à un mouvement majoritairement contrôlé par des formations politiques autoritaires et animé par des idéologies mortifères et réactionnaires. Il y a, probablement, dans les zones d’ombre et dans les rares espaces non-investis par les chefs nationalistes et racistes, des germes d’une autre façon de voir le monde, d’autres formes d’action. Mais tout dans l’évolution de la situation tend à prouver que nous nous trouvons encore loin du chemin de l’émancipation sociale. Le reconnaître, c’est faire acte de solidarité envers nos camarades qui sur place peinent à se faire entendre.



1 Une exception à souligner, l’article d’Emmanuel Dreyfus, « En Ukraine, les ultras du nationalisme », dans Le monde Diplomatique de mars 2014.

2 Sur le sujet, il faut aussi mentionner ce texte, qui apporte un autre son de cloche sur la question du racisme mais qui confirme le retour du religieux et la domination des idées nationalistes et autoritaires.


COMMENTAIRES

 


  • vendredi 28 février 2014 à 18h31, par bipnemo

    Excellent éclairage sur les réalités du rapport de forces. Merci pour cet article



  • vendredi 28 février 2014 à 20h27, par bob

    Démystifier (ou démythifier) Euromaïdan est utile mais qui a pu croire qu’il s’agissait là d’une révolution anticapitaliste plutôt que d’une révolution politique ? Les adeptes des attaques antipolice subjugués par la violence des affrontements où qu’ils se passent et dans n’importe quels contextes ? à Kiev comme à Nantes ? Sérieusement, non.
    Derrière le soulèvement ukrainien, il y a surtout le refus du retour en arrière vers la Russie avec comme courroie de transmission un oligarque autoritaire pourri jusqu’à l’os. Se retrouvent alors à Euromaïdan toutes les oppositions à ce projet : les bonnes comme les mauvaises. Charles Reeve focalise ses propos sur les mauvaises. Il aurait pu faire la même analyse pour l’Egypte et la place Tahrir…

    • Entièrement d’accord. Et il serait bon aussi de comprendre d’où provient le mouvement « pro-nazi » en Ukraine, qui a ses racines dans le seul choix possible pour les opposants de Staline durant la 2e guerre mondiale pour combattre le joug de Moscou. Ce mouvement n’a jamais cessé d’exister depuis la fin de la guerre, même après les purges qui touchèrent l’Ukraine et l’ensemble du Caucase où bon nombre ont préféré se battre contre Moscou - et donc avec les allemands.
      Avec la chute du mur et l’indépendance, et surtout un début de démocratie, ces mouvements restent vigilants, et réagissent violemment à chaque danger de retour de l’Ukraine sous le giron de Moscou.
      Mais avec toutes les dérives et tous les côtés haïssables du nazisme, ils sont à bannir. Ce qui se fera tout naturellement à la mort (politique) de Poutine...
      Les forces présentes sur Maidan avaient un point commun, quoi q’on dise : la volonté de se débarrasser d’un président (pro-russe) aussi corrompu et criminel que ses maîtres de Moscou.



  • vendredi 28 février 2014 à 22h15, par european

    1) Citation : Or, dans l’est de l’Ukraine, le Parti communiste ukrainien joue le même rôle populiste que le parti Svoboda dans l’ouest du pays. Il organise ses propres milices paramilitaires et développe un nationalisme pro-russe féroce et belliqueux. C’est fascisme brun contre fascisme rouge, et vice-versa. Fin citation.

    I feel in complete disagreement with this statement. Fascism is a supremacist,attack- and destruction- orientated political movement. Communism has a constructive view of the society and is predisposed to
    self-defence emanating from the human nature of its core membership (think of the early christians and the bonds that persecution created between them). In your analysis Svoboda clearly matches the fascist political paradigm while communists (and russophones) only seem to me to have taken self-defence measures. (Please do not mistake communism for the « attempt to implement communism in eastern Europe »)

    History also leads us to a similar conclusion. Hitler’s movement was supremacist,attacked and destroyed his original political allies, then other political parties and finally the whole of Europe. The Soviet Union took self-defence measures in occupying the eastern countries, some before, others after, the war. The current western propaganda will tell you that this was aggression. Having lived myself in a communist country for over 30 years I believed so too and hated the communist regime from which I finaly escaped. However seeing the current events unfold and having followed the irreversable progression of the western countries toward (disguised) totalitarianism I have to reconsider some of the thoughts I had about the ex-communist countries and communism in general.

    Perhaps the author felt the need to be « fair » in his analysis and blame both the apples and the pears however they are really worlds appart.

    2) The label « populist » becomes widly used in the MSM and is given a negative connotation. What is wrong with a party that expresses the wishes of the people ? If you take the recent swiss referendum example would you call the whole of the swiss governement « populist » (hence bad in MSM parlance) ? Should there be a limit ? Yes, and this should be there where that party is on the brink of becoming a fascist one.



  • La passivité et le suivisme actuel des travailleurs vis-à-vis des partis populistes sont liés à la culture de la soumission qui régnait sous le « socialisme réellement existant ».

    Je pense que cette vision est marquée à la fois par une ignorance des rapports concrets de travail sous le communisme - il s’agit en effet d’une zone d’ombre - et par un occidentalocentrisme latent.

    La réalité est plus complexe que cette figure de l’idiot qui au passage ne peut expliquer la chute du communisme en Europe de l’est.

    D’après ce que l’on sait, la philosophie des individus sous le communisme, c’est la connaissance de l’arbitraire du système formelle et de sa fiction. La débrouille, la mobilisation de relations - elles-mêmes dangereuses car on pouvait être dénoncé - restaient la règle d’or.

    A cela, il faut ajouter un autre facteur ignoré par l’auteur : l’échec de la révolution orange dont seule la couleur avait quelque chose de vraie. Ces révolutions type néconservatrice US ont montré un transfert de pouvoir, une autre frange de l’oligarchie capitaliste prenait le pouvoir et, comme toute oligarchie, son comportement ne différait pas de ses prédécesseurs. Il ne faut donc pas un don d’empathie particulièrement développé pour comprendre l’absence d’investissement dans un futur qui a priori ne tiendra pas ses promesses. Assez bizarrement d’ailleurs, la basse-cour médiatique occidentale semble totalement amnésique de cette échec. Pire encore : ils en remettent une couche ; la libération de Ioulia Timochenko est largement saluée. Pourtant elle est tout aussi corrompue que d’autres. Enfin la réplique de Iouchenko mérite elle-aussi d’être méditée sous cet angle historique : il a bien été élu par le peuple.

    L révolution



  • perso, je parle pas ukrainien alors je dis place (
    площадь, maïdan ) à l’indépendance.



  • dimanche 2 mars 2014 à 16h36, par ooo

    Une erreur dans le texte. Le Syndicat autonome des travailleurs et l’Union autonome des ouvriers d’Ukraine sont le même groupe.

    Par ailleurs les 2 interviews que tu cites ont été traduites en français, la première sur paris luttes : http://paris-luttes.info/les-hommes...
    et la 2e par DNDF : http://dndf.org/?p=13324



  • mercredi 5 mars 2014 à 20h44, par valentini

    Je lis plus haut :

    « Entièrement d’accord. Et il serait bon aussi de comprendre d’où provient le mouvement « pro-nazi » en Ukraine, qui a ses racines dans le seul choix possible pour les opposants de Staline durant la 2e guerre mondiale pour combattre le joug de Moscou »

    Mais qu’est-ce que ce salmigondis a à voir avec ce qui se passe aujourd’hui ?

    Le seul choix (politique) possible ? Quelle blague colossale !
    La même que celle distillée en son temps par le ministre de la propagande Goebbels : ou le national-socialisme ou le communisme.
    Qui plus est, c’est donner raison à l’impérialisme russe qui soutient que le seul rempart de la démocratie en Ukraine, c’est lui ! Poutine se présente comme la seule force réelle qui en pratique peut faire échouer le « coup d’état constitutionnel ».

    Le point intéressant de cet article est de montrer la réalité du rapport de forces sur le terrain et son évolution dans le temps. Aucun blabla idéologique, sur la nécessité du national-socialisme pour s’opposer à Moscou, le discours d’ailleurs de tous les conservateurs et libéraux, d’hier et d’aujourd’hui, ne pourra se substituer à l’importance de savoir ce qui se passe réellement, en Ukraine. Aucun média européen n’a jamais développé la moindre analyse pertinente sur les manifestants de la place Maïdan, leurs organisations, leurs appartenance, leurs liens avec les forces politiques institutionnelles, etc.
    Que des gueules de clowns européens et américains venus prendre un bain de foule démocratique ! Promettant au mieux des sous. Concrètement, le milliard d’Obama ! Mais pour qui et pourquoi faire ?
    La même chose qu’en Russie, sous Eltsine, précipiter la Russie dans les bras de Poutine, après la quasi faillite de l’état russe en 97/98 ? Car qui a fait de Poutine, un roi ?



  • Il y a certaines choses dans cet article avec lesquelles je suis d’accords et pas mal qui me gênent vraiment, ce qui ne signifie pas que c’est faux... Il s’agit plus de la forme et de l’angle de l’opinion de l’auteur.
    A mon sens l’auteur biaise pas mal le regard posé sur la situation la-bas de part son opinion politique personnel qui transpire du texte.
    Quand tu vas interroger des anars sur une situation qui ne leur convient pas pour x raisons, il est évident que tu te retrouves avec ce genre de réactions, qui sont par ailleurs totalement légitimes. Cependant parler de démystification d’une situation en y apposant un regard exclusivement radical anar, et parler d’une situation, de partis politiques et d’aspirations populaires sans soupeser le contexte historique qui permet de resituer la baromètre politique local, je trouve ça gênant.
    De plus l’auteur entretient le mythe médiatique pro Russe selon lequel les extrémistes étaient au pouvoir sur Maïdan, ce qui était faux quand j’y étais. Déjà il n’y avait pas 2 partis politiques mais 3, plus la masse du mouvement social sur laquelle les partis sont venus se greffer.
    La masse sociale se méfiaient des extrémistes, et les centurii n’étaient pas composées que de ses derniers. La plupart étaient un florilège d’Ukrainiens d’origines diverses, souvent regroupés par ailleurs dans la Garde par origines géographiques. Les extrémistes étaient bel et bien présents, mais ni plus nombreux, ni plus influents. Quand j’étais la-bas, la tendance était à l’équilibre entre tout ces groupes, et cet équilibre résonnait les uns et les autres.
    Il était perceptible que les extrémistes voulaient tendre à une radicalisation plus profonde du mouvement et qu’ils ont tentés des « coups » pour s’affirmer notamment par le biais de la rumeur (particulièrement destructrice et influente dans les mouvements sociaux), mais là j’ai juste envie de dire qu’ils sont dans leur rôle, rien de neuf sous le soleil. J’affirme cependant que lors de cette période (2 semaines et demi avant le basculement) ils étaient contenus de pa rla forme même du mouvement.
    Je n’ai en revanche pas croisé de gens à tendance anar, tel que l’on pourrait l’entendre chez nous. Juste un hippie casse burne qui voulait apporter le bonheur à tous. J’ai rencontré surtout des pro UE qui rêvent des valeurs de l’UE et avec qui j’ai pas mal discuté pour leur parler aussi de l’autre côté de cette « Communauté Economique » et d’autre gens qui voulaient juste « mieux vivre, et foutre dehors la mafia politique »... ses deux envies n’avaient pas de couleur politique particulière au sein de la masse sociale, ils manquaient justement d’une perspective politique classique (en opposition à l’anar-syndicalisme) à ce niveau. C’est d’ailleurs dans ce vide que pouvait ce glisser Timochenko (célèbre suite à la Révolution Orange mais encore en tôle à cette époque), Klitschko (le boxeur), ou les mecs d’extrême droite.

    Ensuite il y a eu les 3 jours sanglants, qui ont pu faire basculer pas mal de choses et totalement changer l’équilibre des forces internes à EuroMaidan. J’aurai voulu être la-bas pour comprendre ça. Mais je constate aujourd’hui que Klitshko ne semble pas affaibli (il peut se radicaliser encore plus pour affronter la Russie ou s’aligner à Timochenko), et Timochenko est revenue. Cette dernière semble être la favorite, elle aura vraisemblablement les faveurs de la Russie et fera peut être aussi consensus avec l’UE... du moins c’est la solution « pacifique/pacifié » la plus évidente telle que l’UE et la Russie peuvent l’entendre, et c’est aussi la solution dont ils pourraient retirer le plus de gloire.
    Mais quid des extrémistes ?
    Et surtout Quid de la masse sociale qui est à l’origine du mouvement ? C’est justement ce que j’essaie de savoir en ce moment.

    En vrac parce que je n’ai pas top de temps :

    Autre point, dire qu’il n’y avait pas de solidarité, par des grèves et tout le touti est vrai, par contre la solidarité venait d’ailleurs. Elle était individuelle et organisée a toute petite échelle. J’ai croisé des gens qui venaient après le boulot apporter leur aide d’une manière ou d’une autre, des gens qui se relayaient au taf pour pouvoir être présents quelques jours.

    Autre chose ... je n’ai guère vu de jeunes la-bas, en comparaison des Papa de 40-55 ans qui étaient très nombreux. Il ne se passait pas grand chose au niveau des Universités, aussi parce que celle qui pouvait potentiellement le plus partir en cacahouète a été fermée plusieurs semaines pour éviter que cela prenne la-bas.

    Concernant la société machiste Ukrainienne, l’annoncer comme ça, je trouve que c’est aller vite en besogne. J’ai peu de bille pour contre balancer, mais j’ai en mémoire l’importance de la mère et de la femme dans toutes les conversations que j’ai eu avec les gens la-bas. Cette mère revenait souvent dans toutes les bouches et jamais le père.

    Au niveau des débats politiques, je n’en ai pas vu du tout c’est vrai. J’ai été super étonné, on a beaucoup posé la question, sans avoir trop de réponse. J’ai fini par en conclure que ce n’était pas quelque chose d’aussi important ici, qu’il y avait une tradition de leader, pas de débats. Les critiques ne manquent pas (il ne faut pas oublier qu’ils ont en mémoire la révolution Orange de 2004), mais cela ne suscite pas des déchainements verbaux comme chez nous... ma méconnaissance de la culture Ukrainienne me fait relativiser ce que j’ai vu, j’ai bien conscience que je ne suis pas à même de tout percevoir de mon regard Franco-Français latin.

    Cela touche aussi à la notion de nationalisme, comment la comprendre précisément sans mettre en perspective l’histoire du pays ?
    J’ai étais étonné de constater « l’amour des Ukrainiens » pour leur terre (je ne dirais pas leur patrie, je ne suis pas certain que cela soit le bon terme) sans que je ne perçoive derrière la moindre pensée xénophobe (quand je dis ça j’exclue les mecs d’extrême droite évidement). A mon sens, cela touchait plus à une idée de pays, une image d’Ukraine indépendante, sans aller jusqu’aux hommes qui sont dessus.

    Vite fais voilà mon opinion et pour conclure.

    La solidarité internationale se doit de refuser de voir une situation complexe de façon simpliste.
    Je suis totalement d’accord avec ça mais je ne suis pas certain que cet article répond à son énoncé.

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