ARTICLE11
 
 

Dans les frénétiques Années de plomb italiennes, les jambisations étaient le moyen de punir ceux - flics, contremaîtres ou journalistes - dont les activistes estimaient qu’ils le méritaient. Une pratique sur laquelle revient, dans cette nouvelle, l’écrivain Sergio Bianchi, à l’époque investi dans le mouvement autonome.

Sergio Bianchi a 20 ans quand la grande vague révolutionnaire des années 1970 déferle sur l’Italie. Il participe alors à l’effervescence autonome, est emprisonné, et rencontre derrière les barreaux les principaux acteurs du mouvement. Après la prison, il se met à l’écriture. Dans ses écrits comme dans son activité d’éditeur1, il restitue la mémoire des luttes, avec leurs ombres et leurs lumières.

Cette nouvelle, inspirée par des faits réels, comme tous les récits de Sergio, rappelle que, dans ces années-là, la violence armée n’était pas le seul fait des groupes militarisés comme les Brigades Rouges : il s’agissait bien d’une pratique diffusée dans tout le mouvement.

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(Turin, 1979)

Lucio me fait savoir qu’à la dernière réunion de la direction de la colonne, on a décidé de bousiller encore quelques jambes de contremaîtres. Tous ces connards doivent se sentir à chaque instant dans le viseur, se chier dessus le matin quand ils sortent de chez eux. Les vestes noires sont haïes par tout le monde. La plupart sont des charognards qui passent leur vie à rendre impossible celle des autres. À la Fiat, il suffit d’aller aux chiottes de n’importe quel atelier pour lire sur les murs la liste des noms et prénoms, les insultes, les menaces et la signature avec l’étoile à cinq branches2. Les foulards rouges et les cagoulés avaient commencé il y a des années, puis tout le monde s’y est mis.

Les contremaîtres sont une race vraiment étrange. Pour une part, ce sont des flics à l’intérieur, ou des aspirants flics, ou des flics pas réussis. Ou bien ce sont des sadiques dingues de leur petit pouvoir de commander les autres, de décider le destin des autres. Certains croient avoir mérité ce poste parce qu’ils auraient travaillé plus que les autres, fait les esclaves plus que les autres, subi plus que les autres – et maintenant ils se sentent en droit de décharger sur les ouvriers toutes les brimades et les frustrations qu’ils ont avalées. Il y a aussi les abrutis qui se lèvent à 5 heures du matin, se branlent avec leur travail bien fait, se considèrent comme supérieurs, plus intelligents, plus loyaux, plus honnêtes et plus conscients des problèmes rencontrés par ces malheureux patrons qui donnent à manger à tout le monde. Ces entités mises ensemble composent un contremaître-type qui, en un mot, est un salopard. Rien de plus naturel que de vouloir lui cracher au visage. Dans la direction de la colonne, ils sont tous ouvriers comme moi, et savent à quoi s’en tenir concernant les contremaîtres. Résultat : tout le monde est d’accord pour leur donner des sueurs froides.

En couverture et au volant de la voiture pour le repli et la retraite, il y aura Claudia. C’est à moi de recueillir les informations qui manquent. Par contre, je vois d’un mauvais œil celui qu’ils me refilent comme troisième de l’équipe : c’est un nouveau à mettre à l’épreuve, qui travaille à la Peinture. J’apprends qu’il n’a jamais fait que dalle à part des bavardages, des réunions et quelques inscriptions sur les murs.

Le lieu de rendez-vous est un banc du parc Valentino. Arrive un petit courtaud avec un pantalon de flanelle de deux mesures trop grand et – histoire de ne pas se faire remarquer... – un blouson à carreaux rouges, verts et jaunes. Il a les cheveux noirs en broussaille, les yeux sombres et tristes et des moustaches tombantes qui cachent le dessin de sa bouche. Mauro me tend une main molle et suante, ce qui me donne l’impression qu’il a déjà peur rien que d’être là. Je parle un peu du temps dégueulasse pendant qu’il regarde fixement le sol et se frotte les mains en avant et en arrière sur le pli du pantalon. À propos du type, je lui dis où il habite et ses habitudes – celles que nous connaissons déjà –, puis soudain j’ai envie de couper court et lui demande s’il sait déjà qu’il est chargé de lui tirer dans les jambes. Broussaille chuchote « oui » sous ses moustaches, mais ne détache pas ses yeux de la terre. Je ne sais pas s’il me voit secouer la tête. Je lui donne rendez-vous pour le lundi, puis je me lève et m’en vais sans dire au revoir.

Je fixe un rancard avec Lucio et lui dis qu’ils sont fous de me coller au cul un paumé de ce calibre. J’insiste pour qu’au moins ce ne soit pas lui qui tire – jusqu’à maintenant, les pistolets, il n’a dû les voir qu’au cinéma ou dans les BD. Lucio me laisse parler sans rien dire tout en faisant une tête signifiant que les dés sont déjà jetés. Peut-être est-il d’accord avec moi, mais sur les décisions prises par la direction il est élastique comme le fil de fer. Il m’explique qu’ils tiennent beaucoup à c’te Mauro, parce que c’est un délégué syndical qui s’y entend pour faire bouger les ouvriers et qu’évidemment il a fait un minimum d’entraînement – il est censé savoir comment utiliser un pistolet. En somme, il fait barrage. Je passe le reste du dimanche à me creuser la cervelle pour trouver une solution. Je finis par lâcher l’affaire et me convaincs que l’unique solution pour limiter le risque est de redoubler de précautions dans la préparation du coup.

Le lundi à 5 h 30, je vois Cagnone ouvrir le portail depuis un arrêt de bus distant d’une trentaine de mètres. Il s’arrête prudemment sur le seuil, laisse son regard errer de gauche à droite du trottoir. Il donne l’impression de ne pas se sentir tranquille. Ça se voit qu’il y a pensé, qu’il s’y attend. Qui sait depuis combien de nuits il n’a pas fermé l’œil après avoir appris pour ses collègues déjà jambisés3. Il finit par se décider à traverser la rue fissa en serrant dans la main un petit sac marron. J’imagine que dedans il y a la gamelle avec le déjeuner à réchauffer à l’heure de la pause, avec le thermos de café préparé par sa femme en chemise de nuit qui traîne les pieds à la cuisine, encore toute endormie. Et j’imagine ses enfants qui dorment encore. Ces enfants qu’il doit faire étudier dans l’espoir de leur assurer un avenir à la Fiat, comme cadres ou même carrément comme dirigeants. À le voir ainsi emmitouflé dans ce manteau qui doit avoir vingt ans, gris comme son visage, on dirait un pauvre type qui n’a rien de différent de tous les autres esclaves. En réalité, c’est un maquereau. C’est en tout cas ce que je me répète tandis qu’il glisse les clés dans la 127, monte, démarre et part vers son travail de maton, dans cette prison de tous les jours qu’est l’usine.

À 7 h, je suis avec les deux autres dans la cuisine d’un appartement de Nichelino prêté par un irrégulier. Eux aussi étaient postés aux environs de l’immeuble. Claudia, dans une 500, a suivi notre objectif jusqu’au parking de l’usine. Elle nous dit qu’elle n’a pas vu de bonnes opportunités d’action sur le trajet. Le chien de garde a filé droit et ne s’est pas arrêté, ni pour acheter un journal ni pour boire un café dans un bar. On ne peut pourtant pas lui coller au cul et descendre au hasard à un feu, pour se lancer à l’abordage à la grâce de dieu. Du coin de l’œil, je mate Broussaille qui, pour l’occasion, s’est fait accorder des heures syndicales. Il écoute, attentif, avec son expression triste qui me rend nerveux. J’ai envie de le secouer, alors je lui demande : « Et toi, qu’est-ce que tu as vu ? » Il fait la tête de quelqu’un qui n’a pas compris. « De quelle couleur étaient le chapeau, le sac, la voiture ? Et la plaque ? Quelle plaque avait la voiture ? Il est venu de ton côté, non ? Tu n’as pas mémorisé le numéro ? T’as vu que dalle, bordel de merde ! Ah ça oui, tu t’es contenté de faire une belle promenade... » Broussaille me regarde fixement. Son visage n’est plus triste, mais pas furieux non plus. Je n’arrive pas vraiment à le déchiffrer. Cette fois, c’est à lui de s’en aller sans me dire au revoir, tandis que je sens sur moi les yeux de Claudia qui me disent que je suis un con.

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Dans les jours qui suivent, je rassemble les informations manquantes. Je le fais en solo, parce que j’ai hâte d’en terminer avec cette histoire. Une fois le puzzle composé, j’y pense et j’y repense, puis je décide que ça ne peut se faire que devant le porche de l’immeuble. Un de nos camarades de l’atelier de Cagnone réussit à forcer le casier du contremaître, à lui prendre les clés du porche et à en faire une copie avant de remettre l’original à sa place.

Je revois les deux autres dans le même appartement. Je détaille ce que j’ai vu, comment ça doit se faire et les calibres dont on dispose. Pour la couverture un M12, pour moi un 9 mm et pour Broussaille un 7,65 semi-automatique. Aucune objection. Nous fixons la date puis Claudia s’en va. Sans y croire, je demande à Broussaille s’il veut venir manger une pizza. Il se lève, va à la fenêtre, regarde dehors, réfléchit un peu puis me répond oui.

À la pizzeria, il n’y a pas grand monde. La lumière au néon est trop forte. Je tourne le menu entre les mains et finis par commander une pizza au hasard. Broussaille ne mange pas et déplace les yeux comme s’il comptait les carrés rouges et blancs de la nappe. Je prends une inspiration et lui dis : « Écoute, j’ai réfléchi et peut-être que c’est mieux si c’est moi qui lui tire dessus. Je sais que la première fois ce n’est pas facile, et pour moi ce n’est pas la première fois. Je sais même comment procéder sans lui faire trop mal. S’il est sage, je le fais agenouiller et je lui tire dans le mollet, comme ça le coup entre et sort sans briser l’os. Aux urgences, ils le recousent en cinq minutes et le renvoient chez lui. Ça nous suffit, c’est pas comme si on devait le descendre. On y va rien que toi et moi et on dira rien aux autres. C’est un truc qui reste entre nous. » Broussaille bloque son regard sur un carré et secoue lentement la tête.

Le soir précédant l’action, Claudia et moi volons une 128 blanche garée près du cinéma Statuto. On change les plaques et on la gare dans une rue située à 200 mètres de l’immeuble du chien de garde. Le matin à 5 h 15 précises, j’arrive avec le gros sac de tennis. À l’intérieur, il y a les feux que je distribue en voiture. On fait monter la balle dans le canon et on met la sûreté. Broussaille tire des bouffées d’un centimètre de gauloise filtre. Claudia, tranquille comme d’habitude, glisse le M12 sous le siège et fait un tour du pâté de maisons. Il fait encore nuit, presque personne en vue, pas de condés, tout tranquille. La voiture s’arrête devant le porche. Il est 5 h 25. Je descends avec Broussaille. Pendant que je glisse la clé dans la grande porte, je lui demande s’il a changé d’avis. Il jette le mégot de Gauloise qui lui fume entre les ongles et m’adresse un geste agacé. Alors va te faire foutre, je pense. Je tourne la clé et le déclic semble résonner dans l’entrée d’une manière exagérée.

Nous entrons, fermons la grande porte et nous mettons dos au mur dans un recoin près de l’ascenseur. D’un fenestron se glisse un reflet de la lumière jaune d’un lampadaire. Dans le silence, j’entends le halètement de Broussaille, qui respire bouche ouverte. Je ne sais combien de minutes passent, puis tout s’éclaire, et d’un coup sec la cabine de l’ascenseur commence à monter. Je regarde le câble qui se tend à travers la grille. Premier, deuxième, troisième, quatrième, cinquième, ça s’arrête. Le bruit des portes qui s’ouvrent, qui se referment, un autre coup sec et le câble maintenant file vers le bas. Je jette un regard au profil de Broussaille. Il est immobile. Blanc, l’œil exorbité, il retient sa respiration. La cabine fait le dernier mètre au ralenti puis s’arrête, sursaute, s’arrête de nouveau. Un clac et la porte s’ouvre. Je vois une main, un pied. Je sens comme un ressort qui me détache les épaules du mur et bondis en avant. Je le prends au collet, le balance contre le mur, lui pointe sur le front le canon du 9 mm. De sa bouche ouverte sort un filet de bave et un cri de rat. Je me sens bousculé par une poussée sur le flanc et au même moment une explosion cogne le porche, monte dans la cage d’escalier et se répète comme un écho sans fin. L’écho m’entre dans les oreilles puis le cerveau, mêlé à des hurlements dont je ne saurais dire s’ils sont de peur, de douleur ou de désespoir. Le chien de garde hurle, Broussaille hurle, peut-être que je hurle aussi. C’est à ce moment que je comprends que ce n’est pas l’écho d’un coup de feu mais qu’il y a des coups de feu à répétition, une infinité. Je ne peux rien faire, tout se passe très vite. Puis le bruit du percuteur du pistolet, maintenant déchargé. Des jambes du fagot recroquevillé, immobile par terre, un flot de sang gicle comme d’un tuyau cassé. En l’air, sur les murs, sur le sol. Il lui a déchargé les deux chargeurs dans les jambes. 14 balles. Et il a chopé une artère fémorale.

Des bruits de portes qui s’ouvrent, quelqu’un appelle, crie. Je réussis à comprendre, à me reprendre, à tirer Brousaille au dehors et à le jeter dans la voiture, sur le siège arrière. Claudia me passe le M12, avec la tête de celle qui a compris que quelque chose s’est passé de travers. Mais elle ne pose pas de questions, parce qu’elle sait que le plus important est de s’en aller d’ici, tout de suite. Nous arrivons sur la place où nous avions décidé de larguer la voiture et de nous séparer. Avant de descendre, sans me retourner, je demande : « Pourquoi ? » J’attends, mais il ne répond pas. Je lui dis : « À ce point, autant lui tirer dans la tête, non ? Une seule balle suffisait. Et alors : pourquoi ? » De l’arrière arrive le souffle de sa voix lointaine : « Je ne sais pas. »

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1 Il dirige avec Ilaria Bussoni les incontournables éditions Derive Approdi.

2 NDLR : symbole visuel des Brigades Rouges.

3 NDLR : La jambisation consiste à tirer dans les jambes d’une personne, pour la punir ou l’avertir. Elle a été pratiquée dans le contexte italien des Années de plomb, mais également dans le cadre des luttes indépendantistes basques ou irlandaises.


COMMENTAIRES

 


  • vendredi 6 juin 2014 à 17h06, par nestor

    C’est une belle nouvelle, interessante, mais cette méthode de la jambisation c’est encore pire que l’huile de ricin des chemises noires de chez Mussolini : très fascisant comme idée.

    • vendredi 6 juin 2014 à 19h01, par el mexicano

      Mettre sur le même plan l’autodéfense ouvrière contre la violence quotidienne subie dans l’usine (violence dont les petits chefs sont les agents conscients et responsables) et la violence squadriste, c’est, au mieux, de la confusion, et, au pire, de la désinformation qui sous-entend que toutes formes de violence se valent, au bout du compte. Qui n’a jamais eu envie, un jour ou l’autre, de faire violence à son contremaître ? Eh bien, à une certaine époque, il s’est trouvé des ouvriers qui ne se contentaient pas d’en avoir envie...

      • samedi 7 juin 2014 à 11h45, par passant

        « à une certaine époque, il s’est trouvé des ouvriers qui ne se contentaient pas d’en avoir envie. » : ça fait partie de l’histoire du mouvement ouvrier : après l’échec de cette violence là, il est passé à la séquestration de cadres et de patrons depuis quelques années.

      • mardi 10 juin 2014 à 22h02, par nestor

        Donc l’utilisation de l’huile de ricin ne choquerait pas si c’est pour l’autodéfense ouvrière ?
        Désolé mais la fin ne justifie pas n’importe quels moyens et pas n’importe quelle violence. Les conditions de vie dans nos sociétés sont assez dégradantes comme ça pour ne pas se salir encore plus. Surtout en prenant des risques pour des grosses m...
        Mais ce n’est que mon avis.

        • mercredi 11 juin 2014 à 21h21, par el mexicano

          Il ne s’agit de « fin » qui justifierait les « moyens ». Les ouvriers devaient endurer des petits chefs chargés de les presser comme des citrons, des petits chefs qui n’hésitaient pas à faire licencier ceux qui la ramenaient... ils auraient peut-être dû faire preuve d’une plus grande noblesse d’âme et faire comme les employés de France Télecom et se suicider l’un après l’autre ?
          L’exploitation est une violence de tous les instants, quiconque a bossé dans une usine, ou même dans un Mac Do, l’a ressentie un jour ou l’autre. Et on ne s’en sortira pas en descendant gentiment dans la rue avec un rameau d’olivier à la main. Après, le mec là, dans ce récit, il avait manifestement pas les nerfs pour aller tirer sur un gars et c’est une erreur de la « direction politique » d’avoir insisté. Mais ça, c’est le problème des organisations verticales...

          • mercredi 11 juin 2014 à 22h08, par nestor

            Il ne s’agit pas de rejeter la violence, il s’agit de ne pas faire n’importe quoi. Quel est le rapport avec les employés de FT ou les défilés ? Les cibles choisies (des grosses m...) et le mode opératoire sont avilissants et contre productifs (pour être poli). Quand on a un tel potentiel de révolte, il faut savoir l’utiliser, mais, encore, ce n’est que mon avis.

            • jeudi 12 juin 2014 à 10h35, par B

              un contremaître ne travaille pas vraiment.
              il donne les coups de fouet
              et après toi, il fera chier quelqu’un d’autre en toute impunité.
              l’avertir par une balle dans le muscle du mollet ne me paraît pas disproportionné . Tu sais, il y a de la finesse chez les ouvriers et l’écrivain la retransmet.
              c’est tout.

            • jeudi 12 juin 2014 à 15h41, par el mexicano

              Le mode opératoire est effectivement discutable. Au regard des actions collectives et ouvertes type blocage de Mirafiori avec cortèges internes, c’est sûr que là la lutte ouvrière se trouve entrainée vers un autre type d’actions, fermées, décidées en petit comité et exécutées par une ou deux personnes. Mais n’est-ce pas la conséquence du reflux des actions collectives, qui laisse les ouvriers les plus radicalisés en situation d’isolement et de faiblesse face á la maîtrise, et plus exposés que jamais aux vexations et tracasseries de tout genre ? On pourra objecter -et l’objection est recevable- que le fait de canarder les petits chefs est de nature à aggraver cet isolement, ne serait-ce qu’à cause des inévitables enquêtes policières qui s’ensuivent. Il me semble que les « jambisations » ont commencé après 1974, soit quand le gros de la révolte ouvrière avait dejà reflué. Le tort de cet article est peut-être de ne pas suffisament poser le contexte précis dans lequel ces actions sont apparues.

              • jeudi 12 juin 2014 à 22h50, par nestor

                Oui, bien plus d’accord avec ça déjà, même si le problème n’est pas seulement celui des actions décidées « en petit comité ». Ces actions là sont défendables aussi,par exemple elles existent dans les guerres ou les résistances. Il y en a beaucoup d’ exemples dans la lutte des classes dans le monde, mais ça mériterait un long développement.



  • mardi 10 juin 2014 à 14h39, par repassant

    Une certaine logique anarcho-toto-antiautoritaire implacable...
    Si on suit le fil de vos discussions...
    A quand la jambisation de Daniel Mermet ?

    Je ne sais pas ?

    • mardi 10 juin 2014 à 17h04, par B

      tu devrais peut-être faire un peu de musculation avant.

    • mardi 10 juin 2014 à 21h22, par el mexicano

      On parlait juste de la résistance ouvrière dans les usines du Nord de l’Italie à une certaine époque. Mermet a quelque chose à voir avec ça ?

      • mercredi 11 juin 2014 à 09h17, par B

        d’abord à mon avis, le trépassant ne ressassait pas l’article sur Mermet mais l’article sur Le Grand Soir qui vire à droite.

      • jeudi 12 juin 2014 à 17h43, par Quadruppani

        Salut, Mexicano, en tant que traducteur de cette nouvelle (et ami de son auteur donc connaissant son histoire et l’histoire dans laquelle elle s’insère), je partage tout ce que tu dis, sauf que tu ne peux pas critiquer ça comme un « article » : c’est une nouvelle !

        • jeudi 12 juin 2014 à 21h58, par el mexicano

          Bon sang mais c’est vrai ! je me suis emporté, moi si calme et si réfléchi d’habitude ! Bon, ceci dit on sent qu’il y a du vécu derrière cette nouvelle...



  • mardi 10 juin 2014 à 15h51, par ler

    Ce sont toujours les gueux qui se posent le problème de la violence...
    Les maîtres eux, n ont pas à se poser cette question....ils l’appliquent...
    sans doute utile de se souvenir :
    Georges Sorel
    Réflexions sur la violence

    • vendredi 13 juin 2014 à 17h14, par Yamina

      oui...tout à fait d’accord..si on commence à penser la violence comme étant simplement un moyen réparti à part égal entre ceux qui dominent et les autres, on n a plus qu’a entrer dans les ordres..ou dans l ’ordre...Mais il est sur que cet état dispose de moyens énormes que nous n’avons pas...Inventons donc de nouvelles formes de violence !!!

      • vendredi 13 juin 2014 à 17h56, par B

        c’est curieux, vu le nombre de personnes qui restent sur le carreau de nos jours, on se croirait au temps de la monarchie.

    • samedi 14 juin 2014 à 00h42, par H

      Inventons...inventons !!!
      D’accord aussi avec toi yamina
      et aussi avec ler
      ou cherchons, Sorel une très bonne piste de début,
      enfin un peu d’action et de réflexions !!!

      • samedi 14 juin 2014 à 00h51, par H

        suite...Inventons oui, sinon nous finirons tous comme Sergio Bianchi,
        un échec de jeunesse, une compromission de plus, une vie a en chercher la raison,
        la voix de la contre révolution pour un salaire de misère..

        • samedi 14 juin 2014 à 14h17, par B

          Georges Sorel est un gros con :
          la preuve par les intermittents du spectacle ;
          ceux qui travaillent dans une petite compagnie de théâtre n’ont pas les moyens de faire grève.

        • dimanche 15 juin 2014 à 12h13, par Ler

          Si les pauvres modernes n ont pas lu Sorel , il l ont très bien compris,
          dans la plupart des émeutes , brûler le centre culturel ou le théâtre municipal , vient juste après le comissariat ,

        • dimanche 15 juin 2014 à 22h40, par Quadruppani

          Qu’est-ce que tu fantasmes sur Sergio ? Qu’est-ce que tu sais de lui ? J’aime mille fois mieux ses échecs que toutes les réussites réunies des donneurs de leçon d’internet. Ma va fanculo, pezzo di merda !

          • mardi 17 juin 2014 à 15h42, par B

            ohohh un fil de discussion vient d’être supprimé !!!pas très démocratique...même si je n ’était pas d’accord, ça me déçoit de ce journal...

            • mardi 17 juin 2014 à 17h05, par B

              ah non c’est pas B ça, je ne me plains jamais. JBB le sait bien.
              ( question d’éducation )

              pis je crois que je suis pas démocrate en fait...

              • jeudi 19 juin 2014 à 11h56, par ob

                oui le texte sur les deux serges a été supprimé...
                je ne connaissais pas cette histoire....
                est ce que les employeurs de ces deux serges et son ami Dauvé seraient mécontent ?
                ah falsification...quand tu nous tiens...



  • mercredi 18 juin 2014 à 14h17, par Nom ou pseudonyme

    C’est un bon texte, une bonne nouvelle, intéressante du moins.

    Je ne jugerai pas les faits du passé (des actes commis par des mecs qui, à leur âge actuel, pourraient largement être mes grands-parents) mais il faut bien que les gars de cette génération comprennent, ne serait-ce qu’en regardant autour d’eux, qu’avoir fait joujou avec des pistolets et fait preuve d’une grande témérité et d’une abnégation malgré tout impressionnante n’a pas changé grand chose, qu’ils ont joué le jeu que le système voulait qu’ils jouent, malgré tout.

    C’est le genre de truc qui impressionne vachement les jeunes mais ne devrait plus impressionner personne, parce qu’au final cela n’a rien produit. Si c’était des actes de vengeance, ou le genre de truc que l’on fait quand on a 20 ans parce qu’on a 20 ans et qu’on regrette ensuite, il ne faut pas décrire ces faits comme autre chose.

    Je trouve ça formidablement chiant et contre productif, cette vision romantique de la violence, du grand soir, de la révolution. Ca me fait penser à ces conneries d’hymnes patriotiques où on vous parle de sang qui coule dans les sillons.

    Je suis désolé mais qui lit ce journal ? Des travailleurs sociaux, des profs, quelques ouvriers. Pas les gens prêts à prendre les armes en cette époque.

    On déblatère et fantasme, se branlant sur des images d’Épinal de gars qui vivaient dans un monde qui n’a plus rien à voir avec le notre et ont préféré pour beaucoup sacrifier leur liberté sur l’autel de l’illégalisme, quelque soit l’objectif final qu’ils avaient ou n’avaient pas en tête (la libération de la classe ouvrière ? la petite gloire du grand héros romantique de la révolution qui finit sur des t-shirts ?).

    On donne dans la profession de foi, appelle à la lutte armée sur des forums internet. Vous voulez des flingues ? Des gars prêts à tirer ? Il y en a au bout de ma rue, ils tiennent plus du petit chef ou de l’idiot utile que du révolutionnaire-à-la-dure qui vous fait bander.

    La véritable question qu’il faut se poser c’est pourquoi les ouvriers préféraient continuer à écouter les ordres de leurs contremaîtres que les mots de leurs camarades.



  • vendredi 20 juin 2014 à 14h58, par Olive

    « je ne sais pas ». Comme si la nouvelle avouait avec ces derniers mots que la « jambisation » n’avait pas de sens. Du moins pas de sens commun. La violence est nécessaire quand il s’agit pour un individu ou un groupe de se défendre contre la mort. Mais quand, sous des prétextes politiques, elle s’effectue de manière clandestine en s’imposant comme l’avant-garde éclairée de la défense de la classe ouvrière toute entière, elle se gourre. Assassiner un contremaître de chez Fiat ou le patron de Renault n’a jamais détruit un système (ici le capitalisme). Le rapport de force entre le capital et les travailleurs ne tient pas à une balle dans les jambes d’un petit chef, ni dans le coeur d’un grand. Parce qu’il y en aura toujours un autre pour prendre la relève. Ce serait comme casser une machine sans briser la chaîne et brûler l’usine -avec sa logique toute entière-. Inutile. Ce « je ne sais pas », c’est cette violence gratuite censée symboliser la revanche d’un « pouvoir ouvrier » qui ne peut s’imposer que collectivement, mais certainement pas via des actions perpétrées dans la pénombre, qui se trompent d’ennemis. Le système que cette violence pensait soumettre l’a bien manipulé, pour, au final, s’en trouver renforcé.
    Bien sûr la violence est imparable. Que certains appellent cela la terreur, ou que d’autres s’écoeurent à la vue de ce sang qui gicle sur leurs chemises, ce ne sont pas quelques individus décidant seuls de la manière de s’y prendre, et d’agir, qui changeront la situation de ceux qui subissent quotidiennement la misère et l’exploitation. Ce « je ne sais pas », c’est l’inanité de cette forme de violence. Sa vanité et son erreur.

    • vendredi 20 juin 2014 à 16h13, par B

      Nous voilà bien !
      je pensais que c’était plutôt un sujet de réflexion pour les flics car comment se fait-il que on tire dans le tas quand on a pris des cours de tir ; ça sert à quoi ?

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