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jeudi 24 novembre 2011

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posté à 21h01, par Victor Collet
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Le 17 octobre 1961 à Nanterre, « un passé qui ne passe pas »

Un passé qui ne passe pas. Soit le titre d’un ouvrage d’Henry Rousso et Eric Conan consacré à la France Vichyste. Une expression qui correspond parfaitement à la place dans la mémoire officielle du massacre du 17 avril 1961 à Nanterre. Les légères commémorations du cinquantième anniversaire passées, l’événement peut retourner dans son ombre. Au niveau national comme à Nanterre.

Tu croyais qu’c’était le moteur,
l’engrenage, la roue
C’est juste le fouet et les bottes
pour forcer l’écrou
D’ici tu vois tout,
Mais d’hier tu oublies tout
Et même si,
t’oublies rien du tout,
On t’habitue… c’est tout !

Rocé, « On s’habitue ».

.

13 octobre 2011, Nanterre, marché du centre. Mohammed B. a endossé le rôle de boucher pour donner un coup de main à un ami. Âgé de 12 ans au moment de la manifestation du 17 octobre, il raconte comme si c’était hier : « En 1961, j’habitais au bidonville des Pâquerettes au Petit Nanterre. Ce soir-là, après qu’ils ont tiré au Pont de Neuilly, ça s’est poursuivi toute la nuit. Impossible de rentrer au bidonville, on nous aurait pris immédiatement. Alors, sur le retour, avec plusieurs enfants, on s’est cachés dans les grands tuyaux de canalisation du chantier qu’il y avait à la Folie1 et on y a passé toute la nuit. »

À quelques jours du cinquantenaire macabre, les événements organisés autour du 17 octobre se multiplient dans la ville et les langues se délient vite sur le marché. Souvenir bien vivant du massacre d’État. Ainsi d’Aïcha M., née à Nanterre en 1935, l’année où le communiste Raymond Barbet a pris la ville. Celle qui habitait la Folie en 1961 fait montre d’une jolie verve : «  Ce soir-là, j’étais avec mes quatre enfants. On y croyait, nous, à cette manifestation qui devait être pacifique. On2 nous l’avait dit, alors on est venu avec nos enfants. Quand des coups de feu sont partis près du pont, les gens nous sont arrivés dessus... vous imaginez ? On a couru, on courait au milieu des baskets, des vêtements, des visages ensanglantés... C’était le « sauve qui peut ». On s’est réfugiés dans un immeuble mais alors qu’on montait, on a entendu une voix qui disait : « Ils sont là ! Ils sont là ! ». On a eu peur et on est reparti. C’est presque un miracle si on s’en est sorti [...]. Pendant très longtemps, je n’ai rien dit, je crois que je voulais oublier, et puis ne pas peser sur les enfants avec cette histoire. On avait eu l’indépendance, alors pourquoi remuer ? Et puis, à une conférence où j’étais venue avec mon plus jeune fils, j’ai commencé à parler, et là tout est remonté. Mon fils m’a dit qu’il n’avait pas compris pourquoi je n’avais rien dit tout ce temps. J’ai dit : « D’accord, maintenant tu vas avoir tous les détails. » »

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À quelques jours3 du cinquantenaire de la répression la plus meurtrière d’une manifestation sur le sol métropolitain au XXe siècle4, les quelques militants qui s’activent pour la tenue des commémorations sont déjà épuisés. Initiatives multiples dans de nombreuses communes de banlieue, particulièrement à Nanterre, défilé parisien rassemblant quelques milliers de personnes du Rex au Pont Saint-Michel, sur l’un des parcours de la manifestation au soir du 17 octobre...
On pourrait ainsi légitimement penser que l’oubli a désormais laissé place à une reconnaissance plus durable. Las, les avancées sont maigres, presque inexistantes. En 2001, la pose d’une plaque sur le pont Saint-Michel réunissait deux fois plus de monde que la manifestation, très routinière et sans objectif clairement identifié5, qui s’est tenue en 2011. Hormis un très institutionnel « colloque » entre chercheurs à l’Assemblée nationale, peu coûteux pour un État français officiellement rivé à ce bilan officiel de trois morts qu’il a établi lui-même au lendemain du massacre6, pas grand chose à se mettre sous la dent. Les archives, en grande partie ouvertes depuis le début du siècle, ont permis de faire la lumière de façon détaillée sur les innombrables « noyades par balle »7, ainsi que sur la responsabilité de l’État et de son préfet de police Maurice Papon8. Comme souvent, l’écart croît démesurément entre connaissance du massacre et reconnaissance publique et politique.

Au final, donc, un cinquantenaire macabre peu remuant. Et plutôt placé sous le signe des communes liées à cette histoire de l’immigration algérienne, des bidonvilles, du socialisme et du communisme municipal. Fin d’une certaine myopie ou replis locaux ? Pour la première fois, en tout cas, plusieurs municipalités9 de l’ancienne boucle nord-ouest de la Seine ont fédéré leurs actions autour d’une manifestation organisée aux abords du Pont de Neuilly, l’un des lieux les plus sanglants en 1961, avant de rallier le défilé parisien. Des centaines de manifestants, anciens moudjahidin, enfants et petits-enfants, soutiens, militants, élus et très officiels Algériens d’aujourd’hui, se sont retrouvés au milieu des tours glaciales de la Défense, finissant sur le pont de Neuilly où la cérémonie n’a pu se tenir en raison du refus du maire, Jean-Christophe Fromantin. Son opposition, assez largement diffusée, a d’ailleurs certainement contribué à la réussite du rassemblement puisqu’elle constitue le symbole d’un refus plus général à reconnaître ce passé.

Jean-Christophe Fromantin dans le texte : « Par votre démarche, vous faites resurgir le souvenir d’une période extrêmement troublée durant laquelle notre pays était en guerre, générant ainsi des tensions et violences qui ont fait de nombreuses victimes parmi les deux pays belligérants. Après avoir évoqué votre initiative avec les associations d’anciens combattants de la ville [sic], je regrette de devoir vous informer que je ne souhaite pas accueillir à Neuilly-sur-Seine la manifestation d’ampleur régionale que vous souhaitez y organiser, considérant par ailleurs que ma commune, au-delà du symbole que vous évoquez, n’a jamais été associée à ce terrible événement. »

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Des communiqués ont dénoncé cette « falsification historique  » du maire d’une ville où les policiers ont tiré à vue et au pistolet-mitrailleur sur des manifestants désarmés. Symbole d’un passé à vif qui visiblement ne passe pas, à Neuilly et ailleurs, et d’un passé colonial ou de l’immigration parfois plus conflictuel que les enjeux socio-économiques du présent. À Nanterre, cependant, ce passé revit de plus en plus fort. Après une trentaine d’années d’oubli, le cinquantenaire a été l’occasion de manifestations en tous genres, fortement appuyées voire initiées par la municipalité. Des plus solennelles, comme l’inauguration d’un boulevard 17 octobre 1961 au pied de la préfecture, aux plus festives et culturelles : concerts, pièces de théâtre, projections de documentaires. Le tout relayé par un dossier de quinze pages distribué à tous les habitants et par de grandes affiches rouge et noir placardées dans toute la ville - on y voit un Algérien, mains sur la tête, fouillé par un policier sur le tarmac du Bourget et prêt à être renvoyé « dans son douar d’origine ». Une intégration au patrimoine local si rapide qu’elle risque parfois de brouiller certains repères politiques et historiques.

Les conditions de l’oubli : le 17 octobre 1961 à Nanterre

Rapidement oublié après 1961 par des élus et une municipalité communiste s’étant détourné d’Algériens de plus en plus considérés comme des étrangers10, administrativement et politiquement, le 17 octobre est longtemps resté confiné à un espace militant restreint. D’autant que, comme le souligne clairement Aïcha M. en son témoignage, le silence et le non-dit prévalaient aussi dans de nombreuses familles algériennes. Le souvenir du massacre, même enfoui, reste quand même bien présent, permettant de comprendre un ensemble de craintes, de méfiance, en particulier envers une police passée du statut d’adversaire déjà déclaré durant l’indépendance à celui d’ennemi irréductible.

En 1961, plusieurs milliers d’Algériens vivaient à Nanterre, en grande majorité dans ses bidonvilles. Et de fait, la commune fut, le 17 octobre 1961, un point de rassemblement essentiel du cortège devant se rendre à l’Étoile ; nombreux étaient les « Nanterriens diminués » à y participer11.
Contre l’avis de la municipalité, le recensement de 1954 s’était refusé à les comptabiliser comme habitants de la commune. Et les administrations communales les catégorisaient de plus en plus comme étrangers, catégorisation facilitée par leur assimilation à un habitat étrange, les bidonvilles12. Puisqu’ils ne formaient plus un groupe susceptible de servir de clientèle stable à la municipalité, cette dernière s’en est progressivement détachée. L’intensité croissante de la guerre d’Algérie a encore, via l’importation locale du conflit, aggravé ce fossé. La violence s’est installée autour de ces bidonvilles : rondes permanentes de la police, détachement de supplétifs de l’armée à proximité, destructions de baraques et contrôles tous azimuts en pleine nuit, brimades quotidiennes et meurtres ponctuels dès le mois de septembre - ce que détaille Monique Hervo, l’une des rares militante présente quotidiennement à la Folie et manifestante le 17 octobre 1961.

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Après la manifestation du 17 octobre, de nombreux Nanterriens sont restés introuvables - abattus, cachés disparus, internés ou expulsés. Et les arrestations, les destructions de baraquements et les meurtres se sont poursuivis après la seconde manifestation du 18. Le 20 octobre 1961, les femmes ont manifesté pour appeler à l’indépendance et demander le retour des hommes, dont beaucoup sont retenus au « centre d’internement de Vincennes ». Le conseil municipal, dirigé par Raymond Barbet, a alors réagi vivement. Le maire de l’époque a longtemps défendu les populations étrangères et algériennes, et s’est déclaré à plusieurs reprises en faveur de l’indépendance en marge d’un Parti communiste où le mot d’ordre de paix prédomine ; cela lui vaudra d’ailleurs d’être victime, en février 1962 et à son domicile, d’un attentat de l’OAS13. Raymond Barbet a reçu le 23 octobre une trentaine de délégations d’entreprises et de représentants du quartier dénonçant la répression. Et le 27 octobre, le conseil municipal, réuni en session extraordinaire, a condamné la répression et a décidé le versement d’une «  aide d’urgence » aux «  familles algériennes nécessiteuses » via une subvention de «  20 000 nouveaux francs ». Un avocat, maître Pierre Kaldor, proche de la municipalité, a aussi participé à la défense de familles endeuillées.

Rapidement, pourtant, l’événement est tombé dans l’oubli. La répression et les 8 morts, liés à la CGT, de la manifestation du 8 février 1962 au métro Charonne a en partie déporté l’attention. L’indépendance a aussi joué : côté algérien, on n’abordera plus avant 1968 un événement trop lié à la fédération de France du FLN, l’une des perdantes de la réorganisation du pouvoir en Algérie ; en France, l’amnistie pour les crimes policiers et militaires a rendu impossible, ou presque, toute poursuite judiciaire. Mais la raison première reste qu’à Nanterre, comme ailleurs, on souhaitait en finir avec la guerre. Son importation avait durci terriblement la vie locale : présence militaire et policière quotidienne, coupure durable de la ville avec ses bidonvilles. Cette rupture s’est exprimée dès la déclaration du 27 octobre, où l’attention s’est focalisée autant sur l’éradication des bidonvilles et la question du logement que sur la répression. Le conseil municipal a ainsi mêlé aux morts et violences du 17 octobre l’idée d’une «  accentuation des conditions intolérables des bidonvilles ». Il appelait à l’approche de l’hiver à « des mesures urgentes  » pour «  le relogement et le dégagement des accès du groupe scolaire “Les Pâquerettes” et pour construire une crèche et une bibliothèque  ». «  La disparition des bidonvilles » devait ainsi permettre «  l’aménagement rationnel de l’ensemble des habitations dans ce quartier et l’installation d’un centre commercial ». Soit un mélange de dénonciation et d’enrôlement du massacre dans d’autres logiques, de plus longue haleine. C’est que depuis le milieu des années 1950, le soutien municipal aux Algériens et aux étrangers s’est progressivement estompé au profit d’une revendication centrale : la résorption des bidonvilles, en particulier au Petit Nanterre, où la mairie souhaitait récupérer des terrains et construire un quartier « ouvrier  » exemplaire. En 1961, donc, si la « répression contre les travailleurs  » est fermement dénoncée, l’ambivalence du soutien s’est renforcée.

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Si le 17 octobre 1961 a quand même entraîné un sursaut de solidarité, celle-ci s’inscrivait dans une conjoncture plus longue où elle baissait tendanciellement. Catégorisés comme « étrangers », assimilés à cet habitat gênant que constituaient les bidonvilles, devenus des symboles de la guerre, marqués par leur différence avec les autres Nanterriens, les Algériens se trouvaient dotés d’un statut hors-sol et négatif. Assimilés à un habitat occupant une grande partie du territoire communal, ils étaient vus comme empêchant la construction d’équipements et de logements, enrôlés malgré eux dans l’opposition municipale à l’État et à l’EPAD, l’aménageur de la Défense créé en 1958. Et le 17 octobre 1961 n’a pas effacé ce cadre où le regard sur les bidonvilles se dépolitisait et se dépréciait : ceux qui se mobilisaient n’affichaient plus leur soutien aux « patriotes algériens  » comme au début des années 1950, mais aux « familles nécessiteuses et aux pères de famille » ; quant à la revendication de résorption des bidonvilles, elle se substituait à celle réclamant un traitement égal entre travailleurs français, algériens et étrangers. Dès lors, les conditions de l’oubli étaient réunies, la rupture allait être durable, renforcée par des luttes immigrées de plus en plus éloignées des canons du communisme local.

Heurts et malheurs de la mémoire des immigrés : vers l’institutionalisation municipale du 17 octobre

L’effacement ne devait évidemment pas qu’à l’action municipale. On l’a vu, la France comme le FLN se passaient aisément de ce passé encombrant. Rapidement aussi, les luttes des travailleurs immigrés et enfants d’immigrés se sont déclinées au présent. Alors qu’une partie des cadres du FLN et de nombreux algériens rejoignaient l’Algérie indépendante, l’immigration algérienne s’est retrouvée pour un temps coupée de cadres politiques. Plusieurs années se sont ainsi écoulées avant que les luttes ne reprennent, souvent aux côtés de militants français marqués par la résistance et la guerre d’Algérie, généralement à l’extrême gauche ou au sein de la gauche chrétienne, dans le sillon de mai 68. Luttes sur les conditions de travail, sur le logement, sur le relogement des habitants des bidonvilles et des cités de transit, mais aussi contre les crimes racistes, contre les expulsions et pour le droit au séjour des étrangers. Un militantisme au présent, des grèves de l’usine Margoline en 1973 à celles réclamant la fin des cités de transit et des crimes racistes en 1983 à la cité Gutenberg.

Luttes plus associatives aussi, avec le droit d’association accordé aux étrangers en 1981 et la perte d’hégémonie d’une extrême gauche anti-impérialiste. Dans le journal municipal, cependant, toujours pas de traces du 17 octobre, ni de la marche pour l’égalité des droits et contre le racisme de 1983, qui a pourtant réuni cent mille personnes à Paris et dont les relais locaux étaient forts à Nanterre, autour des luttes sur la cité de transit Gutenberg. La tension avec le communisme local était encore palpable. Les mobilisations des uns et des autres restaient souvent séparées, les revendications d’un éparpillement et du relogement des immigrés en dehors de la ville sous la mandature d’Yves Saudmont ayant accentué un fossé politique déjà existant socialement. Il a fallu attendre 1991 pour qu’une page du journal municipal évoque le 17 octobre, à l’occasion du trentième anniversaire du massacre. Une initiative a alors été lancée par l’association de quartier Nahda pour rassembler les témoignages des habitants du bidonville des Pâquerettes, malheureusement restée sans suite. Progressivement, alors que le communisme et la gauche en général, de même que les grands mouvements d’immigrés suivant la Marche pour l’égalité, semblaient échouer à changer l’ordre des choses, le besoin d’entretenir le souvenir des luttes, de revenir sur le passé de l’immigration, s’est fait plus fort. En particulier chez ceux qui avaient grandi dans les bidonvilles, participaient de plus en plus aux associations de quartier ou voyaient dans les violences policières et les morts de descendants du 17 octobre une continuité macabre. En parallèle, à Bezons et dans d’autres villes, comme à Paris depuis 1991, d’anciens membres du FLN et des militants plus jeunes, peu nombreux mais tenaces, se sont mis à commémorer le 17 octobre.

Un vrai changement, donc. D’un enjeu à oublier, source de potentielles divisions et tensions, l’histoire des bidonvilles et du 17 octobre est devenue à la fin des années 1990 un pan du patrimoine ou de l’identité locale à valoriser. L’affaiblissement militant du Parti communiste, le renouvellement de l’équipe dirigeante et l’abandon de l’idée d’une immigration « provisoire » ont joué côté municipal ; de l’autre a pesé la part croissante des enfants d’Algériens dans les associations de quartier nées dans les années 1980 (les Acacias) et 1990 (Zy’va, Authenti-cité, la Traverse), ainsi qu’une présence politique plus affirmée, parfois sur des listes électorales dissidentes, avec l’ouverture locale à de nouveaux représentants depuis 1995. L’importance prise par le passé après les années 2000 se comprend aussi par cette arrivée d’immigrés et enfants d’immigrés au conseil municipal en 1995 et en 2001, avec dans le même temps l’importation locale d’une actualité nationale, celle du procès Papon, des révélations de Jean-Luc Einaudi sur le 17 octobre et du retour de la torture et de la guerre d’Algérie sur le devant de la scène médiatique.

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À Nanterre, un des temps forts de cette valorisation s’est produit en 1999 avec l’adaptation au cinéma de l’ouvrage de Brahim Benaïcha, Vivre au paradis, film focalisé sur le 17 octobre. Une projection en plein air a même été organisée, réunissant plusieurs centaines de personnes au Petit Nanterre. Un événement qui rouvrait publiquement le non-dit et le souvenir resté longtemps familial. Dans la foulée, en 2001, paraissait le livre de Monique Hervo, Chroniques du bidonville : Nanterre en guerre d’Algérie. En 2003, l’année de l’Algérie était réadaptée à Nanterre avec de nombreux événements dont un colloque en hommage à Abdelmalek Sayad sur les mémoires algériennes et la pose d’une plaque en novembre en souvenir du massacre du 17 octobre face à la préfecture. Quelques publications et documentaires suivaient, sur la mémoire des quartiers ou centrés sur le 17 octobre, comme le film de Cheikh Djemaï, Nanterre, une mémoire en miroir. Le collectif d’associations « Nanterre contre l’oubli », revendiquant une rue 17 octobre 1961, s’est également créé à cette période. Enfin, en 2004, une association, les Oranges, a fait de ce passé un enjeu central, à travers des conférences sur l’histoire et la mémoire des « héritiers de l’immigration coloniale ». S’associant aux commémorations, elle poussait à leur extension et militait pour un collège au nom du sociologue Abdelmalek Sayad entre 2006 et 2008. L’association a joué un rôle important dans l’ascension et l’affichage de plus en plus volontaire de cette histoire par la municipalité.
Une effervescence associative qui s’entrechoquait avec une autre effervescence, médiatique celle-à : émeutes de 2005, arrivée de Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara dans les ministères Sarkozy en 2007. Cette conjoncture a également conduit la municipalité à réagir, comme d’autres, avec l’arrivée massive des enfants d’immigrés au Conseil municipal en 2008, dont une partie avait une histoire partagée avec les bidonvilles, le 17 octobre et l’histoire de l’immigration. Les commémorations se sont progressivement faites en présence d’élus plus nombreux et l’idée d’une rue 17 octobre 1961 a été entérinée, comme celle d’un bâtiment public municipal au nom d’Abdelmalek Sayad.

Longtemps mémoire habitante, silencieuse et invisible politiquement, le 17 octobre occupe désormais une place dans le patrimoine local. Le risque de cette institutionnalisation est double : 1/ Sa visibilité, comme lors de certains événements plus culturels, peut conduire à une dépolitisation criante de l’événement et à une transformation qui empêche d’y voir son actualité. 2/ Son caractère dramatique, extrêmement spectaculaire, facilitant la reconnaissance du passé des immigrés, peut masquer en partie la longue durée des stigmatisations, la vie quotidienne dans les bidonvilles et cités de transit, et faire croire à un passé relativement révolu en gommant les continuités de ces rapports conflictuels de l’Etat et de la police avec les habitants de quartiers populaires souvent catégorisés comme des « immigrés » à vie. A trop gouverner par les morts et le symbolique, on peut finir par oublier les vivants, les luttes ou la situation de nouveaux étrangers moins visibles ou ancrés sur le territoire. S’agit-il pour autant d’un enjeu passéiste parce que passé ? D’une lutte secondaire voire de diversion (des enjeux économiques et politiques du présent) au profit de politiques d’identité minoritaires et des rancœurs du passé ? Pour les manifestants, ceux qui ont eu des parents tués, blessés, ceux qui, nombreux en banlieue, se confrontent toujours à un Etat français essentiellement à travers son bras armé, ses stigmatisations, ses enfermements, ses meurtres au faciès… pas si sûr. Reste que le pont entre passé et présent doit rester clairement avancé contre une fossilisation des commémorations.

« Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre »

Pour l’historien Marc Bloch, chercher à saisir le présent sans se référer à l’histoire revenait à vouloir comprendre le sens des marées en restant les yeux rivés sur la mer. Ou à vouloir saisir les violences d’Etat et le présent de l’immigration sans se référer à cette histoire très mouvementée dont le 17 octobre constitue une page parmi d’autres. Plus que la somme de quelques militants et survivants du drame, il est une part de l’histoire collective des luttes contre l’Etat français et ses administrations, parfois locales, qui catégorisent, enferment, divisent et provoquent des humanités à plusieurs vitesses. Or, l’ascension mémorielle du 17 octobre ne doit rien au miracle, ni à une pure instrumentalisation politique par des élus en mal d’innovation politique et économique. Mais plutôt à l’action de quelques acharnés : Chérif C. à Colombes depuis les années 1990 (d’Action Citoyenne aux Motivé-e-s), M’hamed K. des Oranges, le collectif Nanterre contre l’oubli, des militants fatigués de n’entendre parler de leur passé que dans des réunions entre convaincus ; mais aussi quelques acteurs politiques plus réceptifs, dont la trajectoire les rapproche parfois de cette histoire, comme celle du maire de Nanterre et de plusieurs de ses adjoints. Une ascension faites de rapports de force. Aussi symbolique soit-il, le retour public du 17 octobre pose la question de ces luttes contre l’oubli, contre l’enfouissement d’une histoire par des dominants étatiques ou locaux, souvent bien mieux armés que les « vaincus de l’histoire ». C’est donc aussi l’histoire d’une possibilité, d’une reproductibilité. Et surtout, au-delà du décompte des morts, d’un processus : celui qu’il faut interroger pour comprendre comment ce massacre au cœur de la république gaullienne et en pleine rue n’avait rien d’exceptionnel dans son déroulement et surtout son effacement. Un massacre qui n’a pas provoqué sur le coup la protestation de milliers de personnes, juste celle de rares militants, syndicalistes, étudiants ou humanistes. De même qu’aujourd’hui l’enfermement généralisé et la stigmatisation des étrangers, ou les crimes persistants de la police française envers les héritiers de cette histoire et des classes populaires.

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Lutter pour la reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961 implique une interrogation sur son sens. Or, celui-ci dépasse l’histoire algérienne. En 2011, en France, libre à chacun d’en faire un simple « devoir de mémoire », assez dépolitisé, envers un massacre qui ne reproduira jamais tel quel (ce qui est vrai) ; ou bien, au contraire, de réclamer une exigence de justice loin de s’arrêter en 1961, d’en faire un symbole fort des luttes contre la stigmatisation, l’exclusion de ceux qui sont catégorisés comme étrangers, immigrés, déviants et/ou délinquants. Voire un réflexe salutaire contre l’enfermement dans des différences entre nationalités, français mais sujets coloniaux hier, jeunes des cités à qui on dénie la citoyenneté aujourd’hui. D’une guerre coloniale l’autre, sociale et européenne, souvent à distance et mieux individualisée, contre les classes populaires et les migrants. Si les catégorisations et les nationalités changent, les dispositifs policiers et les bidonvilles, eux, fleurissent.

Le 17 octobre 1961, un jeune Boxeur de Nanterre était tué dans un café du bidonville de la Folie par des policiers, meurtre que la préfecture de police s’empressa d’attribuer à un règlement de compte entre militants algériens. Aujourd’hui encore, seuls les témoins présents invalident la version policière et judiciaire de l’histoire. En juin 2011, Mohammed, jeune boxeur du quartier du Chemin de l’île à Nanterre, mourait à 21 ans, percuté par une voiture de police qui le poursuivait sur sa moto alors qu’il se trouvait au mariage d’un ami. Hormis les témoins et amis présents au moment du drame, l’enquête de police et les journaux relayant l’information validèrent sans hésitation l’irresponsabilité de la conduite de l’un, enterrant pour longtemps celles des autres. Quasiment au moment où, cinquante après, on inaugure un boulevard du nom du massacre des uns, à la prison de Nanterre, Djamal G., jeune de Gennevilliers de 23 ans, mourait couvert d’ecchymoses à la suite d’altercations avec des matons ; la manifestation des proches et amis se déroula dans un silence assourdissant.

Lorsque les commémorations de la répression du 17 octobre se seront tues à Nanterre, la mort sociale programmée de certains habitants de Villiers-le-Bel aura connu son épilogue dans la même ville, au cours d’un procès en appel aux relents de tribunal d’exception. « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre  », disait Marx : l’histoire du 17 octobre est aussi celle de ses enfants, de la violence d’Etat et en premier lieu de sa police. A chacun de commémorer ces sombres pages de l’histoire, au passé et au présent.



1 À l’époque, La Folie désigne un « quartier » très étendu constitué aux alentours de la gare de la Folie (aujourd’hui Nanterre Université) et fait de plusieurs bidonvilles, de terrains vagues et de quelques commerces. Les baraques de la rue de la Garenne y formeront le plus grand et le plus peuplé des bidonvilles de Nanterre, un des plus durables aussi - et pour ces raisons, resté dans les mémoires, sa destruction finale n’ayant lieu qu’en 1971.

2 Ce « on » désigne cette fois vraisemblablement les cadres locaux du Front de libération national. Dans les luttes intestines pour le contrôle de la lutte de libération algérienne – entre MNA (Mouvement national algérien) de Messali Hadj et FLN (Front de libération national) -, ce dernier sort progressivement vainqueur, en particulier dans la région parisienne. En 1961, les bidonvilles de Nanterre sont, semble-t-il, exclusivement liés au FLN après avoir été longtemps dominés par le MNA. C’est à l’initiative de la fédération de France du FLN et de son représentant, Mohammedi M. Saddek, qu’est lancé l’appel à la manifestation du 17 octobre 1961 contre le couvre-feu racial instauré par Maurice Papon (le 5 octobre, à l’encontre des « travailleurs algériens » et des « nord-africains »).

3 Cet article a été rédigé en grande partie avant les commémorations du 17 octobre 2011.

4 La distinction entre territoire métropolitain, outre-mer et colonies, est ici de rigueur. Dans ces dernières, les répressions sanglantes ne se comptent plus, de même que les morts qu’elles ont suscités.

5 Lors de cette dernière, les discours de personnalités comme Stéphane Hessel et d’intellectuels y trouvant une visibilité publique et politique ont rivalisé de longueur et d’emphase, épuisant un certain nombre de manifestants.

6 Un bilan proclamé dès le 18 octobre par le préfet de police parisien, Maurice Papon, repris et entériné dans la foulée par le ministre de l’intérieur Roger Frey.

7 Mais le décompte précis de la répression de la manifestation des Algériens ne sera vraisemblablement jamais clos, compte tenu des maquillages d’assassinats (notamment en règlements de compte entre algériens), de la lenteur mise par certains corps jetés à la Seine à refaire surface, de blessés expulsés et morts par la suite en Algérie,…C’est l’une des conclusions de l’ouvrage de synthèse de Neil McMaster et Jim House, Paris 1961. Les Algériens, la terreur d’État et la mémoire (Tallandier, 2008). Quant à l’historien Jean-Luc Einaudi, qui s’exprima publiquement sur le 17 octobre en témoignant lors du procès Papon en 1997, il a toujours évoqué le chiffre de plusieurs centaines de morts, mais du mois d’août à la mi-novembre. Dans la dernière édition de son ouvrage, Octobre à Paris, publié en 2011, il dresse une liste des 316 morts et 73 disparus de l’automne. 156 de ces assassinats ont été commis après le 17 octobre et y sont presque tous liés.

8 Malgré tout, les archives de l’Élysée demeurent inaccessibles et les plus hautes instances de l’État, en particulier la figure du Général, restent largement épargnées.

9 On retrouve les maires de villes toutes apparentées à gauche, historiquement liées au communisme municipal (Argenteuil, Colombes, Nanterre, Gennevilliers) ou au parti socialiste (comme Clichy), avec l’exception d’Asnières récemment passé au PS pour la première fois de son histoire.

10 S’ils luttent pour la libération de leur pays, les Algériens restent des français musulmans d’Algérie censés disposer, en tant que sujets français, de droits équivalents aux métropolitains depuis 1945... La fiction juridique est ici broyée par les faits.

11 Il s’agit de ces Français musulmans d’Algériens, juridiquement citoyens de plein droit en métropole mais souffrant de lourdes inégalités sociales et politiques, liées à leur origine coloniale. Le terme de « citoyen diminué » apparaît à partir de 1944, certains l’utilisant pour défendre les concernés, la plupart pour valider les faits et s’en accommoder. Cf. Emmanuel Blanchard, Encadrer des « citoyens diminués, thèse d’histoire, Université de Bourgogne, 2008.

12 Françoise de Barros, L’État au prisme des municipalités – Une comparaison historique des catégorisations des étrangers en France (1919-1984), Thèse pour le doctorat de science politique sous la direction de Michel Offerlé, Paris I, 2004, p. 385-450

13 L’Organisation armée secrète est constituée en février 1961 par de nombreux militaires et partisans décidés à conserver l’Algérie française, refusant la progression du processus d’autodétermination et la « trahison » du général De Gaulle. Elle est responsable de plusieurs centaines d’attentats, en Algérie comme en métropole, et de milliers d’assassinats durant les quelques mois antérieurs et postérieurs aux accords d’Évian de mars 1962.


COMMENTAIRES

 


  • vendredi 25 novembre 2011 à 09h57, par Remugle

    Texte passionnant, magnifique et terrible....

    Autour de l’événement un poète, en s’adressant aux membres honteux du PCF avait écrit :

    Vous me parlez d’octobre 17

    et moi je vous parle du 17 octobre..."

    Quelqu’un se souvient-il du nom de l’auteur ?



  • vendredi 25 novembre 2011 à 13h42, par mathieu.k

    « A trop gouverner par les morts et le symbolique, on peut finir par oublier les vivants »

    Il claque ce texte. Bravo



  • vendredi 25 novembre 2011 à 14h13, par vicovitch

    Merci, ça fait plaisir. Une bonne partie revient à plein de monde, militants et chercheurs, et surtout à l’ami Cherif avec qui on a arpenté les marchés et les cafés et qui, il faut le reconnaître, connaît vraiment tout le monde dans le coin.

    Pour la citation, j’avoue que je suis preneur si quelqu’un trouve, elle est classe. J’ai pensé au départ à Kateb Yacine en la lisant, pour le côté poète et référence communiste mais sans aucune certitude...

    • vendredi 25 novembre 2011 à 17h24, par Amedhyaz

      Merci pour la pertinence de ce texte, j’en ai une fois de plus le souffle coupé !!!

      Je pensais également à Kateb Yacine pour cette citation, mais pareil j’ai comme un doute...

      • vendredi 25 novembre 2011 à 18h24, par Remugle

        Non, c’est pas dans un poème de Kateb Yacine, c’était un ou une poète frankaoui, mais ya khasra ! j’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien...

        • vendredi 25 novembre 2011 à 20h23, par thé

          DU NOUVEAU SOUS LES PONTS

          Ah, ils les foutent à la Seine.
          Anonyme

          Il y a eu la journée du 17 octobre. Et
          celles d’avant. Et celles d’après. Et les
          cadavres dans la Seine, et la cadavres
          dans les bois. Aucune enquête sérieuse
          n’a été faite ni aucune sanction prise.
          E.A.L.V

          Vous parlez d’Octobre 17
          Moi je pense au 17 octobre

          1

          Paris 61 dix-sept octobre on est à l’heure grise
          où le pays se met à table en disant c’est l’automne
          lorsque silencieux venus des bidonvilles et cagnas
          des Algériens français sur le soir envahissent
          de leur foule entêtée les boulevards qu’ils n’aiment pas
          ce couvre-feu les traite en coupables
          décidément ça fait trop d’Arabes qui bougent
          le Pouvoir envoie ses flics sur tous les ponts
          nous montrer qu’à Paris l’ordre règne
          il pleut sur les marcheurs et sur les casques il va pleuvoir
          bientôt sur les cris pleuvoir sur le sang

          2

          Sur Ahcène Boulanouar
          battu puis jeté dans l’eau
          en chemise et sans connaissance
          vers Notre-Dame il fait noir
          le choc le réveille il nage
          la France elle en est à la soupe

          Et sur Bachir Aidouni
          pris avec d’autres marcheurs
          lancés dans l’eau froide aller simple
          de leurs douars jusqu’à la Seine
          Bachir seul retouche au quai
          la France elle en est au fromage

          Sur Khebach avec trois autres
          qui tombent depuis le pont
          d’Alfortville on l’aura cogné
          moins fort puisqu’il en remonte
          les frères où sont-ils passés
          la France elle en est au dessert

          Et sur les quatre ouvriers
          menés d’Argenteuil au pont
          Neuf pour être culbutés
          dans l’eau noire en souvenir
          de nous un seul va survivre
          la France elle en est à roter

          Et sur les trente à Nanterre
          roués de coups précipités
          depuis le pont dit du Chateau
          quinze à peu près vont au fod
          tir à vue sur ceux qui nagent
          la France elle est bonne à dormir

          3

          Paris terre promise à tous les rêveurs des gourbis
          leur Chanaan ce soir est dans l’eau sombre
          ils ont gémi mains sous la pluie mais sur la nuque
          c’est mains dans le dos qu’on en retrouve ils flottent
          enchaînés pour quelques jours à la poussée du fleuve
          c’est la pêche miraculeuse ah pour mordre ça mord
          on en repêche au pont d’Austerlitz
          on en repêche au quai d’Argenteuil
          on en repêche au pont de Bezons la France dort
          on repêche une femme au canal Saint-Denis
          les rats crevés les poissons ventre en l’air les godasses
          ne filent plus tout à fait seuls avec les veiux cartons
          et les noyés habituels venus donner contre les piles
          on peut dire qu’il y a du nouveau sous les ponts
          la Seine s’est mise à charrier des Arabes
          avec ces éclats de ciel noir dans l’eau frappée de pluie
          Ludovic Janvier



  • vendredi 25 novembre 2011 à 16h01, par Ubifaciunt

    Article aussi documenté qu’intelligent.

    Chapeau bas !



  • vendredi 25 novembre 2011 à 18h49, par un-e anonyme

    Je dirais même plus, chapeau bas !



  • samedi 26 novembre 2011 à 00h02, par gogole

    la place du massacre du 17 avril 1961 à Nanterre sur le web.

    résultat recherche gogol :

    1. *2 décembre 1805 (austerlitz):_______ 352’000 résultats
    2. *24 août 1572 (Saint-Barthélemy):__ 1’410’000 résultats
    3. *14 juillet 1789 (la Bastille):________ 2’180’000 résultats
    4. *18 juin 1940(la Pelle):____________ 8’920’000 résultats
    5. *17 octobre 1961:_______________ 60’200’000 résultats
    6. *11 septembre 2001:____________ 87’600’000 résultats

    • samedi 26 novembre 2011 à 01h21, par un-e anonyme

      et alors ?

      • samedi 26 novembre 2011 à 02h17, par hahahoho

        et alors, ce massacre n’est plus dans l’ombre, hombre.
        C’est un des événement les plus discuté par les historiens, les plus analysé de cette époque, on en cause à la radio, on the web a peu près autant que le 11 septembe, y’a des commémorations, des plaques, des politiques qui papillonnent autour ...
        Aujourd’hui, faut arrêter avec le mythe du massacre secret caché sous le tapis, c’était vrai y’a 10 ans, mais plus aujourd’hui...
        Et ceci dit sans mauvais esprit.

        • samedi 26 novembre 2011 à 11h40, par vicovitch

          Je suis pas sûr qu’on parle de la même chose.

          J’aimerais croire au magistère des historiens et des discussions intellectuelles dont tu parles et qui sont effectivement très avancées. Mais il me semble que c’est précisément l’objet de l’article : non pas montrer un événement secret et caché mais un décalage absolu et en cela assez banal entre connaissance (historienne, intellectuelle) et reconnaissance publique et politique (qui elle ne sort pas des quelques municipalités de gauche souvent communistes ou qui l’ont été).

          Juste un fait : le bilan de trois morts dont un Français tué par asphyxie reste officiel. Tous les administrateurs des ponts (sous autorité des préfectures et départements) ont refusé les poses de plaque en mémoire de la répression ce cinquantenaire et celle de Paris est assez invisible.
          Il y a dix ans, il était déjà aussi connu des spécialistes, militants et personnes qui l’ont vécu dans leurs familles. Il faisait même plus de bruit. Pas sûr pour autant que ce soit là que se joue la transmission et sa connaissance publique, scolaire, politique.

          Quant à la transmission de l’histoire de la police, de la justice et de l’égalité qu’il est susceptible de véhiculer, comme bien d’autres massacres de l’Etat français, on en est à des lieues.

          Salutations

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