ARTICLE11
 
 

samedi 27 avril 2013

Textes et traductions

posté à 18h11, par Jean-Luc Porquet
33 commentaires

Le cri de la tomate - n°1

La tomate a disparu. Elle était là, sous nos yeux, dans nos paniers, pimpante et goûtue. Et puis plus rien, envolée. À sa place, de tristes ersatz, fades et bidouillés. Qu’est-il arrivé ?

Cette chronique a été publiée dans le numéro 11 de la version papier d’Article11 (toujours en kiosques, soit dit en passant)

*

1.

Dans « l’appel des 451  » lancé par un collectif de personnes travaillant dans différents secteurs du livre, et désireux de contrer (entre autres) l’arrivée du « livre numérique », on tombe sur cette distrayante anecdote : «  Un ami paysan nous racontait : “Avant il y avait la tomate. Puis, ils ont fabriqué la tomate de merde. Et au lieu de l’appeler ‘tomate de merde’, ils l’ont appelée ‘tomate’ ; tandis que la tomate, celle qui avait un goût de tomate et qui était cultivée en tant que telle, est devenue ‘tomate bio’. A partir de là, c’était foutu.” »

2.

Pour qu’elles ne souffrent plus du vent, du gel, des intermittences du soleil, et qu’elles poussent en toute saison, on les a mises sous serre, et ce sont désormais des ordinateurs qui règlent leur météo.
Pour qu’elles échappent aux maladies et aux parasites, on les a fait pousser sur un support inerte, généralement en laine de roche, par lequel passent chaque jour près de cinq litres de liquide nutritif apportant à chaque plant, goutte à goutte, sa ration d’azote, de phosphore, potasse, calcium, magnésium, sulfate, oligo-éléments, etc. Pour qu’elles soient parfaitement standardisées, sphériques, d’un rouge uniforme, fermes sous la main, pour que leur rendement soit maximum et les marges bénéficiaires confortables, on les a hybridées.

Depuis les années 1960, les chercheurs de l’INRA créent à jets continus de nouvelles variétés de tomates en croisant plusieurs variétés dont ils mélangent savamment les gènes, ceux qui donnent de meilleurs rendements, ceux qui permettent une bonne résistance aux maladies, ceux qui contrôlent l’épaisseur de la peau, etc. Chaque année sortent des variétés plus performantes : «  Il y a dix ans on tournait à 25 kg de tomates grappes par mètre carré de serre et par an, explique un producteur, cité par La Croix (11/6/12). Aujourd’hui, il faut atteindre les 40 kg, sinon on n’est pas rentables. »

Pour qu’elles tiennent le plus longtemps possible sur l’étal du marchand sans mollir, des chercheurs israéliens ont inventé la long life. Apparue en 1995, la Daniela fut la première d’entre elles. Elle bénéficie de cette étonnante particularité : alors que les tomates ordinaires, même hybridées, ont la désagréable idée de mûrir en quelques jours et, une fois bien rouges, de vite mollir puis pourrir, la Daniela possède le gène rin, dit « inhibiteur de maturation », qui lui permet de rester imperturbablement rouge, ronde, arrogamment dure, jusqu’à trois semaines après avoir été cueillie. Pour le producteur, le grossiste, le transporteur, le vendeur, c’est génial. Seul problème : la long life est immangeable. C’est une tomate de merde. Elle s’est répandue partout.

3.

Les consommateurs ont fini par s’en apercevoir. Il y a eu des articles dans les journaux. Des enquêtes d’opinion. Plein de gens ont dit que les tomates, c’était mieux avant. Généralement, quand quelqu’un dit que c’était mieux avant, on lui rit au nez. C’est un indécrottable. Un accroché à ses chimères. Un réac et tout ce qu’on veut. Mais là, ceux qui disaient que c’était mieux avant pouvaient le prouver : ils élevaient des tomates dans leur jardin. Des tomates pas hybrides pour deux sous. Des variétés rustiques, dont ils se refilaient les semences entre voisins. Ou qu’ils achetaient chez Kokopelli, ou dans des foires à la tomate. On ne soupçonne pas l’intense activité tomatière qui agite nos campagnes. Ces tomates-là avaient du goût. Avaient, et ont encore, un vrai goût.

On imagine le drame des inventeurs de tomates high-tech. Depuis, ils essayent désespérément de donner du goût à leurs tomates de merde. Ça fait plus de dix ans qu’ils essaient. En vain. C’est très compliqué, le goût de la tomate. Il y a quatre cents composés aromatiques. Bidouiller les gènes qui les commandent est un vrai casse-tête. Mais ils finiront bien par y arriver. Le génome de la tomate a été intégralement séquencé en mai 2012, alors…

4.

Il existe deux conceptions du monde : la tomatière et la non-tomatière. Pour les non-tomatiers, peu importe le goût de la tomate. C’est le cadet de leurs soucis, du moment qu’elle est ronde, rouge et pas chère. Ils l’achètent n’importe où ; ce qu’ils aiment, c’est pousser leurs caddies et les remplir de choses pas chères. Certes, la plupart du temps, c’est la faiblesse de leur pouvoir d’achat qui les incite à adopter ce comportement douteux. Mais pas toujours. Il y a aussi ceux qui aiment ça, ceux à qui on ne la fait pas. Ce n’est pas à eux qu’on va expliquer ce qu’est une tomate : ils le savent. Ils savent que même trafiquée, hybride, transgénique, tout ce qu’on veut, une tomate reste une tomate. Si on essayait de leur refiler une courgette à la place, ils s’en apercevaient, hein ! Ce ne sont pas des imbéciles. Ils sont prêts à transiger sur les détails. Mais pas sur l’essence des choses. Or la tomate qu’ils achètent chez Auchan, c’est bien de la tomate, non ?
Et c’est pareil pour tout. Ils savent qu’on vit en démocratie, puisqu’on est libre dans l’isoloir et devant l’étal du supermarché. Les non-tomatiers ne cherchent pas midi à quatorze heures. Les tomatiers sont plus compliqués.

5.

«  Devenir adulte, c’est surmonter le désir infantile de l’âge d’or », dit Freud. Mais Freud ne connaissait pas les tomates d’aujourd’hui. Freud n’allait pas faire ses courses à Auchan. Freud vivait sans le savoir en plein âge d’or de la tomate. Nous qui rêvons à cet âge d’or ne sommes pas des enfants. C’est juste que nous n’acceptons pas d’être condamnés aux tomates de merde.

6.

Ça se passe près de Biscarrosse, dans les Landes. Il y a là des serres à tomates. C’est la société Rougeline qui les élève. Une grosse société, qui s’enorgueillit de fournir à elle seule 8 % de la production hexagonale de tomates. Un récent article du Figaro (25/1/13) nous explique à quel point ils sont malins, chez Rougeline. Ils se chauffent grâce au champ de pétrole du voisin. Le voisin, en effet, est une société canadienne qui extrait du pétrole à 2 000 mètres de profondeur. Pour maintenir une certaine pression dans le forage, la société Vermilion (toutes ces boites arborent des noms calculés pour sonner « sympa ») injecte en permanence de l’eau salée dans le sol. Ne me demandez pas comment ça marche, mais cette eau remonte et redescend en circuit (presque) fermé. Quand elle a remonté, elle est chaude. Rougeline s’est débrouillée pour que cette eau refile ses calories à son eau de chauffage à elle. L’intérêt ? On chauffe la serre à moindre coût. Or « l’énergie représente 30 % du coût de revient d’une tomate  », explique le patron de Rougeline. En récupérant pour pas cher la chaleur du forage, il réduit sa facture énergétique de 75 %. Les pétro-tomates ont de l’avenir : le jour où les forages de gaz de schiste se multiplieront, ce sera fête ! En attendant, cette expérience a donné des idées aux petits malins de Rougeline. Ils cherchent d’autres sites industriels à côté desquels s’installer. Ils sont en train de lorgner vers les incinérateurs…

7.

Je ne sais plus qui a dit que si Diogène revenait parmi nous il ne chercherait pas un homme, mais une tomate, une vraie.

(à suivre)

*

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Pablo Picasso, « Carafe et plant de tomate », 1944

COMMENTAIRES

 


  • dimanche 28 avril 2013 à 14h51, par alienations

    j’avais déjà trouvé cet article merveilleux dans la version papier,

    le relire ici est tout aussi bon.

    des larmes coulent devant la beauté de la distrayante citation, je vous jure, c’est juste beau.

    merci les compagnons



  • dimanche 28 avril 2013 à 18h26, par Fabrice

    Sans être un historien de la tomate, je pense que la création de la première tomate de type long life, c’est plutôt 1985 que 1995.
    Et tant qu’on est dans les dates, pour pouvoir déguster une tomate produite en France sans chauffage des serres, il faut patienter jusqu’à début juin, pour les zones les plus méridionales. Ou on va encore une fois que la lenteur est un principe politique réellement subversif.

    • dimanche 28 avril 2013 à 18h28, par Fabrice

      va => voit
      désolé

      • dimanche 28 avril 2013 à 21h37, par pièce détachée

        Et aussi Ou => Où, mais aucune raison d’être désolé pour tout ça.

    • lundi 29 avril 2013 à 12h51, par Vincent

      Fabrice >Et tant qu’on est dans les dates, pour pouvoir déguster une tomate produite en France sans chauffage des serres, il faut patienter jusqu’à début juin, pour les zones les plus méridionales.

      Bravo pour cette précision : il faut aussi que les consommateurs cessent de vouloir le beurre et l’argent du beurre. De même que rien ne pousse en Ile-de-France en hiver (et que donc, si l’on veut manger de la nourriture locale et de saison, on ne mange quasiment rien de frais pendant trois mois), la région est absolument incapable même en été de fournir suffisamment de tomates à sa population en raison du manque de terres agricoles voire d’ensoleillement.

      D’ailleurs, peut-on même produire des tomates goûteuses en Ile-de-France en été ?

      Merci pour cet article plein de bon sens sans virer réac.

      (Note : le site semble supprimer les doubles retour-chariots de fin de paragraphe).

      • mardi 30 avril 2013 à 07h58, par Filochard

        Oui on peut se régaler de tomate goûteuse en été en île de fRance, et même plus au nord en picardie, « des tomates du jardin » comme disait mon grand-père, qui faisait son jardin le matin et le soir avant et après l’usine. Il fabriquait aussi des serres (sans chauffage bien sûr) pour ses salades etc..

        Voilà, voilà !!

      • jeudi 2 janvier 2014 à 21h43, par Popolon

        > De même que rien ne pousse en Ile-de-France en hiver (et que donc, si l’on veut manger de la nourriture locale et de saison, on ne mange quasiment rien de frais pendant trois mois), la région est absolument incapable même en été de fournir suffisamment de tomates à sa population en raison (...)

        Sauf qu’au IVe siècle, (graçe aux Romains), l’Île-de-France était la première région productrice de vignobles et de vin en France, si bien qu’elle en exportait. Il n’en reste aujourd’hui quasiment plus que le vignoble de Montmartre. Sinon, la Brie qui est aussi en île de France est parsemé de champs de blé, colza, etc... (sans doute pas le meilleur et un bien arrosé). En fait tous les départements les plus éloignés de Paris en Île-de-France, sont majoritairement agricoles. Et hier, un 1er janvier, assez doux, certes, il y avait quelques paquets de fleurs ouvertes dans les jardins de Paris. Il y a un plaqueminier dans le jardin des plantes, donnant des kakis moyens en automne. Il y a pas mal de jardins ouvriers autour de Paris et de jardins participatifs dans Paris, et la vie y pousse bien. Il y a également pas mal d’AMAP, qui sont bien obligés de fournir local et de saison.

        Si rien n’y poussait, je me demande comment la population aurait pu être aussi importante depuis 2000 ans.

    • lundi 29 avril 2013 à 21h56, par F

      je pense que c’est 1995 (je me rappelle avoir lu un article dans une revue scientifique, j’étais au lycée, je trouvais ça super bien).
      Les tomates sans goût sont elles, arrivées un peu avant (je me rappelle ma stupeur au RU devant les tomates en décembre : avant, je n’en avais jamais vu après le mois d’octobre).
      Sinon, excellent article.

    • vendredi 3 mai 2013 à 17h20, par el mexicano

      Je le dis ! (que la lenteur est un principe politique réellemet subversif)



  • dimanche 28 avril 2013 à 18h51, par Cesar

    http://www.sudouest.fr/2013/04/24/d...

    Là aussi c’est Rougeline, en plus y’ a des Lamas c’est dans le Sud Ouest sur ce qui pourrait être la plus grande décharge d’Europe, ce sera la tomate chauffée par les déchets ultimes.



  • dimanche 28 avril 2013 à 19h35, par el mexicano

    Un état des lieux terriblement lucide. L’invasion de la tomate hollandaise n’épargne aucun endroit de la planète. Quand je suis arrivé au Mexique voici trois ans je pensais, bien naïvement je l’admets, que j’allais me faire un festival de tomates : le pays d’où l’on a importé la tomate, voici cinq siècles !!! La déconvenue fut cruelle : ici, c’est peut-être même pire qu’en Europe. On ne trouve qu’une seule et unique variété de tomate, et les invernadores, les serres plastiques, prolifèrent de partout. Seules quelques paysannes squattant les abords des marchés proposent deux ou trois variétés non cultivées en serre, mais ça s’arrête là... La situation est aggravée du fait que les Mexicains, s’ils sont gros mangeurs de fruits ne sont pas de gros mangeurs de légumes, et n’accordent donc pas beaucoup d’attention à l’invasion de la tomate hollandaise et à ses conséquences. Toutefois-néanmoins, j’ai bon espoir : une séance d’échange de semences organiques (ici on ne dit pas bio) a eu lieu le mois dernier sur ma terrasse, et j’ai pu enfin rencontrer quelques uns des rares et courageux résistants, descendus de la sierra pour inciter les urbains que nous sommes à s’organiser.

    Je sais aussi qu’en Italie des bruits alarmants courent sur la prochaine mise en exploitation d’une tomate 100% OGM... Il est temps d’agir, compañeros y compañeras : nous pouvons encore gagner la guerre de la tomate hollandaise !

    La lutte sera longue, et elle sera sans pitié. Mais un jour viendra, que nous ne verrons peut-être pas mais nos descendants verront, un jour viendra donc où les infâmes producteurs de tomates hollandaises se tireront l’un après l’autre une balle dans la tête, déséspérés de voir leurs infects produits invendus, superbement ignorés d’une humanité enfin réconciliée avec le goût des fruits que nous offre la Tierra-madre.

    • lundi 29 avril 2013 à 13h10, par Vincent

      el mexicano > Toutefois-néanmoins, j’ai bon espoir : une séance d’échange de semences organiques (ici on ne dit pas bio)

      « bio », ça ne veut rien dire. Par définition, l’agriculture, c’est de la biologie. On se demande d’ailleurs pourquoi une pratique s’est arrogée le monopole du terme.

      Vous auriez simplement dû écrire : des semences non-industrielles... à supposer 1) que cette distinction ait un sens et 2) que les semences suffisent à donner un goût différent (une semence « industrielle » peut-elle donner des fruits et légumes goûteux si production à l’ancienne ?).

      > Je sais aussi qu’en Italie des bruits alarmants courent sur la prochaine mise en exploitation d’une tomate 100% OGM

      Pourquoi alarmant ? La transgénèse, c’est juste une manière plus intelligente d’améliorer des semences, une pratique aussi vieille que l’agriculture.
      Si l’on suit cette logique, c’est comme refuser de prendre de l’aspirine sous forme de cachet et de retourner se la fabriquer à partir de saule comme on le faisait il y a un siècle, avec une productivité nulle, une empreinte écologique beaucoup plus importante et l’absorption d’autres molécules dont les effets secondaires sont peut-être dangereux. Aucun intérêt.

      « Les gens ont peur des OGM. Pas moi »
      http://fcorpet.free.fr/Denis/OGM.html

      • mardi 30 avril 2013 à 19h31, par Gavroche

        Le « professeur Corpet » est un des contributeurs du site « pseudo-sciences », qui émane d’une association l’AFIS, dont les accointances avec les lobbies de l’agrochimie et des OGM ne sont plus un secret.

        http://www.pseudo-sciences.org/spip...

        Son président est un certain Louis Marie Houdebine, qui faisait partie jusqu’à récemment du Comité d’experts de l’ANSES sur les biotechnologies... Mais il est aussi fondateur de la start-up Bioprotein Technologies SA, créé en 1998, et spécialisée dans la « production de protéines et de vaccins recombinants dans le lait de lapines transgéniques. »

        http://www.bioprotein.com/gb/people.htm

      • vendredi 3 mai 2013 à 17h27, par el mexicano

        Noys y voilà ! les thuriféraires de la manipulation transgénique viennent nous ressortir l’argument classique. Comme si l’hybridation, qui a été effectivement une pratique constante depuis l’invention de l’agriculture, et la transgénése, qui vise à placer le vivant sous la domination de quelques grands groupes agroalimentaires, relevaient du même registre !
        Je remarque l’argument sur l’aspirine, qui, si on suit sa logique, revient à mettre sur le même plan un médicament, dont on n’attend évidemment aucune qualité gustative et alimentaire, et un fruit (en l’occurence la tomate) dont on attend évidemment qu’elle ait un goût un peu plus prononcé qu’un cachet d’aspirine.
        Effectivement, au train où vont les progrès de la manipulation en labortoire, Bayer va bientôt pouvoir nous vendre des tomates. Bon appétit !



  • lundi 29 avril 2013 à 14h09, par A.J.T.

    la transgenèse est certes une technique non dénuée d’intérêts et POURRAIT être très positive, mais ce qui est utilisé actuellement, si c’est généralement exploitable commercialement n’est PAS DU TOUT une technique neutre, cette affirmation « approximative » est en fait un gros mensonge de propagandiste pro OGM.

    Les techniques actuellement utilisées pour produire des plantes OGM utilisent des gènes marqueurs non neutres (résistances à des antibios ou autres), la localisation des gènes insérés est approximative pour ne pas dire totalement aléatoire, et déclenche parfois des productions de substances non prévues chez les plantes, et celles recherchées n’ont pas fait preuve loin de là de leur innocuité chez les consommateurs (humains ou animaux), les risques de transferts aux plantes de la même famille ne sont pas des risques, mais des faits avérés, mais aussi plus que probablement à des plantes voire des organismes plus ou moins proches, car les gène transférés gardent souvent les « outils » génétiques qui ont permis ces transferts, etc etc...

    et je n’aborde même pas l’aspect simplement scandaleux du principe de brevetabilité du vivant, une monstruosité « légale » qu’on peut légitimement appeler clairement crime contre l’humanité, et même contre tout le vivant...



  • mardi 30 avril 2013 à 07h35, par Filochard

    Un bel exemple de « spectaculaire intégré ».

    « Tout ce qui était directement “goûtu” s’est éloigné dans une représentation ».

    Guy Dabord « La Satiété du Spectacle »



  • mardi 30 avril 2013 à 09h33, par Gavroche

    Cré vingt dieux d’vingt dieux, retrouver Jean-Luc Porquet ici, qué bonheur ! C’est bien le seul que je lisais encore dans le Canard... Avec Sorj Chalandon.

    M’sieu Porquet, je vous aime ... Voilà c’est dit.

    Et tous les ans, j’ai de belles tomates dans mon jardin, oeuf corse.

    Signé : une (indécrottable) et passéiste tomatière... :-))

    • dimanche 12 mai 2013 à 11h09, par Fr.

      Ha ! En lisant cet article, dans sa version papier, je m’étais fait la réflexion d’avoir lu quelque chose de similaire dans le Canard enchaîné il y a quelques années (c’était en été si ma mémoire est bonne). Je n’ai pas retenu le nom de l’auteur du papier, mais ce doit être le même. En tout cas merci à lui.

      Sinon, on pourrait aussi s’intéresser au cas de l’endive insipide qu’on nous vend de nos jours, et dont le goût n’a plus rien à voir avec avec l’amertume qui était la sienne dans un temps pas si lointain.



  • mardi 30 avril 2013 à 10h35, par zozéfine

    sur mon île, j’ai un informateur-local qui garde soigneusement ses pépins de tomates d’une année sur l’autre, pour les replanter. des variétés diverses, probablement croisées entre elles, pendant des gnérations de tomates, mais en tout cas pas achetées au magasin qui vend de la graine calibrée, 2 ou 3 sortes à tout casser. la situation est aussi désespérante en grèce qu’au mexique ! il s’en fout du « bio », lui ce qui le branche c’est l’autonomie/autarcie. alors le pesticide, c’est l’eau vinaigrée, et donc avec le vinaigre qu’il produit à partir de son vin. des fois pesticide avec du savon, mais comme il le fait lui-même son savon...au supermarket, l’été passé, en grèce écrasée de soleil et de crise, les tomates belges et hollandaises pour 60/70 cents d’euro, mais la tomate grecque, pas spécialement diversifiée, mais au moins locale, plus d’un euro. cherchez l’erreur.

    mais tout ça, c’est vrai et bon et à rappeler, mort à la grosse farineuse sans aucun goût et increvable (en fait, 3 semaines c’est un minimum, j’en ai eu une cet hiver, pour l’expé, elle a eu froid 4 mois... je l’ai jetée de lassitude au compost... elle y est encore ! effrayant). mais je pense aux gens, je sais pas, qui vivent au nord de la suède, et qui en ont marre de bouffer du renne. ça pose question. moi, comme végétarienne, je meurs avec que du renne sur l’assiette. bien obligée d’acheter du légume hors saison en toute saison.

    reste les surgelés, probablement.

    merci à gavroche de m’avoir indiqué ce blog, et merci au maître de ces lieux pour cet article (im)pertinent.



  • mardi 30 avril 2013 à 11h02, par âne debout

    Continuons d’enfoncer le clou.
    http://anedebout.over-blog.com/arti...



  • mardi 30 avril 2013 à 13h22, par cultive ton jardin

    « Rien de frais pendant trois mois » (Vincent) Quelle ignorance ! jamais entendu parler du chou, des poireaux, des carottes, des panais ? Et je ne cite que les plus évidents. Au Moyen Âge, même en plein coeur du Massif central, ou au plus haut de la Maurienne, on mangeait, l’hiver, et le climat y est autrement plus rude qu’en Ile de France !



  • mercredi 1er mai 2013 à 11h22, par Elise

    Article intéressant et criant de vérité... et pourtant, je m’en sens si éloignée !

    Sans doute parce que j’habite en Meuse, un département hyper rural, que j’ai un jardin et un potager comme tous mes voisins et collègues... Naturellement, il m’arrive d’acheter des tomates en supermarché, qui sont absolument dégueu.
    Mais dans mon potager (pourtant très petit, la flemme d’en faire un plus grand), je plante (je ne sème pas, c’est trop compliqué les tomates, à semer, dans la région) des pieds de tomates chaque année ; parfois ça donne beaucoup, comme il y a deux ans, où je ramenais des sachets de tomates à mes collègues et amis moins chanceux, tellement je n’arrivais pas à écouler moi-même mes stocks de tomates (mûres, elles ne tiennent que quelques jours) ; et d’autres années (l’année dernière), ça donne que dalle (Mildiou notamment), mais les voisins plus doués, plus chanceux, ou qui savent manier la bouillie bordelaise, m’en refilent.

    Et c’est comme ça pour tout, à la campagne. Hiver comme été. Noix (j’ai un beau noyer dans mon jardin) contre poireaux (j’ai été incapable d’en faire pousser jusqu’à présent). Pommes de terre contre poires. En juin, le matin, je me réveille et mon fils et moi on se cueille des fraises, framboises et groseilles pour notre petit déj.
    On congèle (il me reste encore de la rhubarbe de l’année dernière, tiens !), on met en bocaux. C’est du taf (quand même), c’est assez aléatoire. Mais c’est cool !

    Je me sens tellement chanceuse et privilégiée, tout à coup... alors une pensée pour les citadins...



  • mercredi 1er mai 2013 à 11h30, par perseus

    On peut faire de bonnes tomates sous serre (et en pleine terre), accessoirement ce sera plus « bio » (notez les guillemets) car besoin d’un peu moins de traitements en raison de la non-exposition à la pluie.

    Les principaux problèmes sont :
     × la courses aux prix bas et la concurrence et marché globalisé qui entraine une dérive productiviste.
     × des distributeurs et la majorité des consommateurs qui veulent avant tout du prix bas et de la tomate visuellement calibrée.

    En conséquence la filière privilégie des variétés selon des critères de productivité et esthétiques.
    La majorité des fruits ne sont pas ramassé à maturité. Même une tomate du jardin, bio, faite avec amour, si elle n’est pas ramassé mûre, elle n’est pas bonne.

    • vendredi 3 mai 2013 à 17h34, par el mexicano

      De fait, il m’est arrivé une ou deux fois d’acheter des tomates« bio » dans une boutique « bio » et elles étaient aussi insipides que des hollandaises. Je préfère encore acheter des tomates sans étiquette mais cultivée en plein champ telles qu’en vend un paysan sur le marché de mon quartier. Le « bio » ne fait pas tout, surtout si c’est cultivé en hydroponie...



  • vendredi 3 mai 2013 à 10h47, par fred

    On en a fait une Ode, à la tomate et aux légumes en général : http://senshumus.wordpress.com/2013/02/22/apres-lode/
    les vrais, pas ceux des labos et de l’agro-industrie !

    Et Cyrielle en a fait un superbe slam :
    http://www.youtube.com/watch?featur...



  • vendredi 3 mai 2013 à 10h50, par fred

    Un « Ode aux Légumes » je voulais dire !

    http://senshumus.wordpress.com/2013...



  • vendredi 3 mai 2013 à 17h56, par pièce détachée

    Ô Tomate, ô Pomme d’Or, si belle et jouissive que sa purée fut un critère d’amour... Puis vinrent la Daniela et ses troupes aux yeux innocents, au cœur piégé, et elles ont tout fucké ; comme si soudain les adorés de nos désirs se transformaient dans nos bras en Kens et Barbies. Invivable.



  • samedi 27 juillet 2013 à 13h23, par Véronique

    Ceci vous intéressera peut-être : le groupe Silsilla : Femmes Semencières
    http://alimentation.silsilla.org/gr...
    Amicalement (et merci pour ce merveilleux article dont j’apprécie particulièrement tant la forme que le fond) :-)



  • dimanche 29 septembre 2013 à 20h10, par Manolise

    Juste excellent ! Je le ferai lire à mon professeur de problèmes économiques contemporains, lui qui nous a fait tout un speech la dernière fois sur la tomate !
    Je sens que cet article a du goût et va en intéressé plus d’un dans mon université ! Merci !



  • jeudi 10 octobre 2013 à 11h04, par Kabylie LIBRE

    « Certes, la plupart du temps, c’est la faiblesse de leur pouvoir d’achat qui les incite à adopter ce comportement douteux. » Là , c’est carrément BOB, Démago et surtout insensible aux « salauds de pôvres » !!! Non, monsieur , nous aimons tous les bonnes et belles choses mais tout le monde n’a pas un salaire de journaliste-chroniqueur au « Canard » ...
    Et avec pareil mépris, on s’étonne que Martine cartonne...

    • mardi 5 janvier 2016 à 16h06, par Euskadi enchaînée

      C’est pas du mépris, hé, le mépris il est plutôt pour ceux qui se l’achètent à 6 euros pièce sur le marché... c’est du constat : les supermarchés vendent de la merde, et quand on a pas les moyens et qu’on sait pas trouver autrement, on mange de la merde. N’empêche que quand on cherche, on peut trouver mieux... mais que ça n’est juste pas applicable à trop de personnes en même temps pour l’instant. Le fait de vouloir des tomates hors saison n’a rien à voir avec le pouvoir d’achat, et pourtant, ô surprise, elles sont quand même vendues hors saisons, à des gens quelque soit leur pouvoir d’achat. Il y a donc, hors pouvoir d’achat, une question de recherche de la qualité ou non, recherche qui va souvent de pair avec le niveau d’éducation.

      Et sinon je reste perplexe... BOB ? celui qui marche avec le feu ou l’éponge ?



  • dimanche 30 mars 2014 à 13h15, par Alexis

    Autant je suis d’accord sur le fond de votre article à savoir que les tomates que l’on achète n’ont plus de goût. Mais par contre sur les arguments que d’amalgames...

    Je ne vois pas ce qu’il y a de mal à :
     × faire en sorte que des ordinateurs gèrent au mieux l’environnement de pousse des tomates
     × faire que les tomates poussent dans des conditions qui limitent les maladies
     × faire que le contenu de la terre soit dosé au mieux pour que les tomates aient tous les nutriments nécessaires.

    Je ne comprends pas tous ces refus de ce que peut apporter l’homme et la technologie avec un encensement du « naturel ».
    C’est comme si l’on disait à ben non, il faut laisser les pucerons et les limaces manger les tomates c’est naturel. Ah ben non il ne faut pas retourner la terre, les tomates peuvent pousser sans ça. Ah ben non on ne va pas mettre du crottin de cheval pour améliorer la qualité de la terre. Ah ben non on ne va pas les arroser, on va attendre qu’il pleuve...

    Et les mélanges gratuits sur les croisements et la méchante génétique. Mélanger des légumes, des fruits se fait depuis des siècles c’est l’un des principes de l’agriculture. Le rutabaga par exemple est un croisement de chou et de navet. Idem pour les brugnons qui sont issu d’un croisement.

    La quête au rendement existe depuis l’apparition de l’agriculture. Est-ce anormal que le paysan ne cherche pas à obtenir les meilleurs conditions pour que ça culture produise le maximum ?

    Le vrai combat c’est la qualité, le gout, le respect de l’environnement mais arrêtons de tout mélanger.

    Et pour revenir à la tomate, une tomate cultivée dans les meilleurs conditions de météo, de qualité de terre optimale, avec les meilleurs croisements sera succulente... si elle est cueillie à maturité. C’est ce dernier point qui fait la différence.

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