ARTICLE11
 
 

dimanche 6 juin 2010

Invités

posté à 23h37, par Thierry Discepolo
33 commentaires

Les haines de l’avant-garde intellectuelle parisienne : Noam Chomsky face au Monde
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Quand le journaliste Jean Birnbaum massacre, dans un quotidien dit de référence, la pensée de l’intellectuel américain Noam Chomsky, réagir s’impose. Pour ce faire, Thierry Discepolo, intervenant au colloque « Rationalité, vérité et démocratie » (organisé à l’occasion de la visite de Chomsky), nous a adressé ce texte. Il y met à nu, méthodiquement, l’incurie vespérale.

Trois pages du Monde des livres pour convaincre ses lecteurs qu’ils doivent oublier Noam Chomsky… N’est-ce pas un peu contre-productif ? Bien sûr, en quatre jours et cinq réunions publiques à Paris, près de quatre mille personnes auront accueilli le linguiste et activiste anarchiste américain, qui n’était pas venu en France depuis trente ans1. Mais d’habitude, cette presse se contente de passer sous silence ce qu’elle juge indigne de ses précieuses colonnes ; ou de lui consacrer un coin de page.
C’est d’ailleurs par là qu’avait commencé un journaliste du Monde envoyé ne pas rendre compte de la première intervention publique de Noam Chomsky au Collège de France. Évidemment, remplir pareil cahier des charges demande un certain talent. On va le voir, autant de pelle que de poignard, entre le fossoyeur et l’intellectuel à gage. Pour cette mission, Le Monde ne pouvait envoyer que son meilleur élément : Jean Birnbaum. C’est l’homme de la situation : fils du politologue bien connu Pierre Birnbaum, ancien militant de Lutte ouvrière, passé un temps par la radio via le « Stacatto » d’Antoine Spire, recruté au Monde par Edwy Plenel… On ne peut douter des qualités de ce montage de duplicités qui a déjà fait ses preuves. D’ailleurs, Le Débat, vient de sélectionner Jean Birnbaum parmi la « génération 2010 » de ceux sur qui Marcel Gauchet et Pierre Nora comptent pour nous dire « De quoi l’avenir sera-t-il fait ». À l’aune de la liste des lauréats de 1980 (Alexandre Adler, Pascal Bruckner, François Ewald, Alain Finkielkraut, Luc Ferry, etc.), autant dire que Jean Birnbaum compte déjà parmi la future élite réactionnaire 2.
En attendant que se réalise cette prophétie sans risque, le matin du 28 mai dernier, Jean Birnbaum était venu faire un tour au colloque « Rationalité, vérité et démocratie », où Noam Chomsky devait prendre la parole. De sa première visite, le journaliste n’en tire qu’un pastel : « Les débats étaient riches et l’ambiance bon enfant 3 » ; et ça n’est pas faux : on raconte qu’un photographe de Libération demandait à toute personne qui s’approchait de la tribune lequel était Noam Chomsky… Quant au contenu des six heures d’interventions et de débat, les lecteurs du Monde n’en liront qu’une phrase tissée de poncifs4.
Sur la (non-)visite du « journaliste du Monde qui n’aimait pas les sandwiches », on lira le récit picaresque qu’en fait Jean-Jacques Rosat, philosophe attaché à la chaire de Jacques Bouveresse au Collège de France et co-organisateur du colloque5. Pour cette première manière de couvrir le séjour de Noam Chomsky, Jean Birnbaum s’est érigé en porte-parole des anarchistes spoliés par le Collège de France suivant un raisonnement que George Orwell a résumé par la formule «  La paix, c’est la guerre » dans son roman 1984. Ainsi un journal qui a ignoré la visite de Chomsky avant d’organiser son exécution défend-il ses « fans » contre l’institution qui lui a consacré une journée de colloque…
Admirons le double langage : Le Monde s’appuie sur « la plus pure tradition chomskienne  » ; Le Monde comprend le « désarroi […] bientôt mué en colère  », d’une dame qui ne comprenait pas l’anglais ; Le Monde s’émeut de la « conférence d’un penseur anarchiste […] ainsi cadenassée » ; Le Monde s’attriste des grilles fermées, «  à l’aide d’une grosse chaîne, [par] la société DMH sécurité, spécialement recrutée pour l’occasion »6 ; Le Monde critique l’entorse faite à la « vénérable institution où l’“entrée libre” est une longue tradition »7.
Pendant deux colonnes de vingt centimètres, Le Monde n’est plus le quotidien qui accompagne si intelligemment les mutations du capitalisme, le développement des politiques sécuritaires et la destruction du service public… Pareil montage demande une disposition intellectuelle et politique tout à fait particulière.
Deux jours plus tard, c’est un autre lauréat de la « génération 2010 » sélectionné par Le Débat qui prenait le relais : Éric Aeschimann titrait son article comme on désigne quelqu’un à la vindicte, « Chomsky s’est exposé, il est donc une cible désignée 8 ». Si Le Monde avait d’abord tenu la pelle, Libération légitimait le tir à vue.
Voyons maintenant comment le premier a mené à bien ce programme.

Reconnaissons une chose au journaliste du Monde qui n’aime pas les sandwiches : il n’a pas volé ses notes de restaurant. Pour remplir sa mission, en plus de s’être adjoint un petit pigiste9, d’avoir assisté aux conférences organisées par le CNRS, par Le Monde diplomatique et par le Collège de France, il a interviewé les linguistes Jean-Claude Milner et Pierre Pica, les éditeurs André Schiffrin (The New Press) et François Gèze (La Découverte), enfin le militant multi-cartes Christophe Aguiton. Tous enrôlés sur trois pleines pages pour aider le Mondeslivres à nous convaincre qu’en politique, comme en linguistique, Chomsky est dépassé. Pareil tir de barrage est difficile à comprendre. Mais Jean Birnbaum en donne un début d’explication : « Hélas, Chomsky a refusé d’intégrer à [son] programme un entretien avec Le Monde. 10 »
Il n’est pas certain que le patron de La Découverte en gardien des cendres de Pierre Vidal-Naquet soit heureux du rôle qu’on lui fait jouer11. Mais un éditeur sérieux ne peut rien refuser au Mondeslivres. De son côté, André Schiffrin a rédigé une mise au point tout à fait claire sur la manière dont Birnbaum a trafiqué ses propos12. Quant à Pierre Pica – celui qui dit avoir noué, depuis 1985, des «  liens solides » avec Chomsky –, difficile de ne pas penser à l’adage : « Protégez-moi de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge. » Peut-on espérer que ça serve de leçon aux prochaines victimes à qui le Mondeslivres va proposer une interview ?
Évidemment, pour le journaliste qui n’aimait pas les sandwiches, refuser de collaborer se paye au prix fort. Ainsi d’avoir dû quémander auprès de Jean-Jacques Rosat (qui n’avait aucune raison de lui faire cette confiance) le texte de la conférence que donnerait Noam Chomsky au Collège de France13. Ou encore, la veille du jour où devaient paraître ses trois pages si bienveillantes, lorsque Jacques Bouveresse, qui a refusé de répondre par téléphone à des questions aussi simples que, par exemple, celle de savoir quelle relation il peut y avoir entre la contribution que Chomsky a apportée à la linguistique et ses prises de position politiques, n’a pas non plus accepté qu’une partie quelconque de leur entretien, qui a duré près d’une demi heure, soit citée – n’ayant évidemment aucun droit de regard sur ce qui serait finalement imprimé. Comment ça, le titulaire de la chaire de philosophie du langage et de la connaissance du Collège de France n’avançait pas en confiance avec l’envoyé d’un journal qui l’accusa d’antisémitisme14, et il manquait de générosité alors que ce même journal s’applique à ignorer, d’un livre sur l’autre, tout son travail de philosophe ?
Il faut dire que Jean Birnbaum n’est pas habitué qu’après avoir insulté quelqu’un celui-ci ne vienne pas lui manger dans la main au premier coup de sifflet. Ainsi Alain Badiou, dont Birnbaum avait jugé les procédés « détestables  » et « déshonorants  », les propos faits d’« amalgames polémiques, [de] raccourcis fallacieux et [de] propositions équivoques », l’« écriture pamphlétaire, à la fois roublarde et outrée  », ne « recul[ant] devant aucune facilité et se compla[isant] dans les allusions obscènes »15… Bref, en automne, Birnbaum faisait ainsi part de son malaise devant le « ton » que le philosophe de la rue d’Ulm adoptait pour parler du président des Français. Et, au printemps suivant, Badiou devisait avec Birnbaum de philosophie et de littérature, de mathématique et de poésie16.

Voilà bientôt vingt-cinq ans, Guy Hocquenghem adressait aux générations futures une Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary17. Il y fustigeait ceux qui avaient renié les idéaux de Mai 68 et tout projet de transformation sociale ; qui avaient retourné leur veste révolutionnaire pour les habits du conformisme petit-bourgeois ; qui s’étaient mis au service de la modernisation du capitalisme par le parti socialiste. Si Hocquenghem s’adressait à ses « frères  » d’une génération marquée par le reniement – de BHL à Glucksmann en passant par Benny Lévy, de Kouchner à Serge July en passant par Debray, Sollers, etc. –, c’est à titre de « pères  » que Jean Birnbaum s’adresse aux mêmes personnages dans une brochure sur les « Maoccidents » 18. Le ton critique cache mal l’admiration filiale de l’apprenti. Fustige-t-il vraiment Jean-Claude Milner d’être passé de Mao à Maurras19 ? Et en retour Milner lui reproche-t-il d’être qualifié de «  petit-bourgeois fier de l’être  », de « néoconservateur à la française  »20 ? Rien de tout cela. Quand Birnbaum a besoin de « la plume martiale de Jean-Claude Milner21 », ce dernier, un doigt sur la couture du pantalon, répond présent22 !
Et Milner est bien l’homme de la situation. Voici comme le jeune héritier présente le néoconservateur type : « Le scepticisme envers les Lumières, la critique de la raison progressiste, […] le procès de l’individu démocratique et sa prétention à l’émancipation, […] l’insistance sur les racines spirituelles de toute nation qui se respecte.23 » Autant dire l’antinomie, point par point, de Noam Chomsky : rationaliste issu des Lumières ; anarchiste confiant dans l’émancipation de l’individu au sein d’une démocratie réelle ; internationaliste accompli.
Dans sa version française, dont le maurassien Milner est le plus beau spécimen, le néoconservateur tient « l’argumentation - [pour] d’autant plus efficace qu’elle ignore les données effectives24 ». Là encore, rien de plus étranger à Chomsky, pour qui les faits et les arguments sont la base de toute réflexion sérieuse25.
Enfin, « nationaliste intégral  », le « Maoccident est un Français forcené » pour qui « Paris reste le centre du monde  »26. On comprend mieux l’accusation de « provincialisme  » que Milner porte sur le linguiste américain ; comme sa défense de la French theory que Chomsky ne prend pas au sérieux. On se demande en revanche ce qui permet à Milner d’attribuer à Chomsky l’idée que l’«  État en tant que tel est voué à mal faire27 » – mais pourquoi prendre au sérieux les « arguments  » de quelqu’un pour qui, comme l’explique Birnbaum lui-même, « l’argumentation est d’autant plus efficace qu’elle ignore les données effectives » ?

C’est évidemment lui faire beaucoup d’honneur que chercher de la cohérence dans les propos douteux rassemblés par Birnbaum pour remplir trois pages de presse. Pourtant, le jeu d’alliance qu’on voit se tisser, des anciens maos aux nouveaux conservateurs, de la critique de tout projet d’émancipation collective à l’apologie du quarteron d’intellectuels parisiens qui ont initié le postmodernisme, des anciennes aux nouvelles avant-gardes, des mandarins de l’Académie aux jeunes ambitieux de l’université ou du journalisme… Ce jeu d’alliances montre comment, désormais, les ruptures politiques majeures ne passent pas tant entre droite et gauche qu’entre renouvellement des avant-gardes éclairées et soutien des mouvements d’émancipation de masse ; entre relativisme postmoderne et défense du sens commun. Les premiers participent à maintenir en place l’ordre social le plus inégalitaire, contre lequel luttent les seconds.
Voilà ceux que sert et à quoi sert un auteur comme Noam Chomsky, que Jacques Bouveresse a invité en France. Et contre quoi les acteurs de ces trois pages du Mondeslivres sont à la pointe de la réaction.


Edit Article11 / 8 juin : l’intervention de Thierry Discepolo au colloque « Rationalité, vérité et démocratie », intitulée « Tout ça n’est pas seulement théorique. Notes sur la pratique d’une ligne éditoriale », est visionnable ici.



1 Les conférences du Collège de France, vendredi 28 et lundi 31 mai, ont reçu près de 1 400 personnes ; le matin du samedi 30, le campus des Cordeliers loué par le CNRS accueillait 600 personnes et, l’après-midi, la Mutualité environ 1 600 (via Le Monde diplomatique) ; dimanche soir aux Métallos, près de 300 personnes ont assistés à l’enregistrement d’une émission de « Là-bas si j’y suis ». Sans compter les 400 internautes environ qui ont assistés en direct à la retranscription du colloque de vendredi au Collège sur son site – ni ceux qui eu ont accès depuis lundi 7 juin à l’intégrale différée ; ni le direct de France 3, « Ce soir ou jamais » (lundi 31) ; ni la série d’émissions de « Là-bas si j’y suis » diffusées les premiers jours de juin – et podcastables depuis.

2 « De quoi l’avenir sera-t-il fait ? Enquêtes 1980, 2010 », Le Débat-Gallimard, 2010.

3 Jean Birnbaum, « Pour Noam Chomsky, on se bouscule derrière les grilles », Le Monde, 30-31 mai 2010, p. 20.

4 Selon Birnbaum, cette journée voulait «  honorer un certain idéal rationnel issu des Lumières ; dénonçant les pensées relativistes, cette tradition affirme la puissance subversive de la vérité face à tous les pouvoirs » (ibid.). Ce qui passe à côté de la convergence inédite entre trois auteurs au programme du colloque : Bertrand Russell, George Orwell et Noam Chomsky ; reliant le libéralisme du XVIIIe siècle à son héritage anarcho-syndicaliste, le rationalisme et le sens commun en tant que bases pour la reconnaissance des faits, la démocratie et la poursuite de la vérité comme entreprises solidaires, l’importance théorique et pratique, morale et politique des concepts de « vérité » et d’« objectivité », etc. Évidemment, l’argumentaire de ce colloque (rédigé par Jacques Bouveresse, lisible ici) ne sera repris par aucun média – à l’exception du Monde diplomatique et de « Là-bas si j’y suis ».

5 Jean-Jacques Rosat, « Chomsky à Paris : le récit du journaliste du Monde qui n’aimait pas les sandwiches » – à lire ici.

6 Où l’on voit la marque de la formation de l’ex-militant de LO Jean Birnbaum par le trotskiste culturel Edwy Plenel et sa vision du journalisme comme l’« amour des petits faits vrais  » : la société DMH n’a pas été «  spécialement recrutée pour l’occasion  » mais assure la sécurité du Collège depuis plusieurs années, y compris les nuits, les week-ends et pour chaque événement important.

7 Jean Birnbaum, « Pour Noam Chomsky, on se bouscule derrière les grilles », op. cit.

8 Éric Aeschimann, « Chomsky s’est exposé, il est donc une cible désignée », Libération, 31 mai 2010, p. 12.

9 Dans Le Monde des livres du 3 juin 2008, du philosophe médiatique en début de carrière Patrice Maniglier, « Une pensée en révolution permanente » - sur la linguistique chomskyenne ; et « Le savant et le militant, un petit « & » énigmatique », consacré au livre de Noam Chomsky Raison & Liberté. Sur la nature humaine, l’éducation et le rôle des intellectuels (préface de Jacques Bouveresse, Agone, 2010). Plutôt que d’entrer dans le détail de ces textes de commande, on se contentera de renvoyer à deux articles sur les mêmes thèmes, par le journaliste scientifique Nicolas Chevassus-au-Louis, « Chomsky savant et politique : la grammaire universelle de la libération humaine », L’Humanité, 24 avril 2010 (lisible ici) ; et « Le langage sert d’abord à penser. Entretien avec Noam Chomsky », La Recherche, juillet-août 2010, n° 443.

10 Jean Birnbaum, « Chomsky à Paris : chronique d’un malentendu », Le Monde des livres, 3 juin 2008.

11 Il serait trop long de relever les rumeurs et approximations que rapporte Birnbaum comme on fait feu de tout bois. Chomsky aurait « qualifié le psychanalyste Jacques Lacan de “malade mental”  » – où ça ? Le peu d’estime dans lequel Chomsky tient les ténors parisiens à l’origine du postmodernisme est bien connu ; mais enfin, les arguments à charge ne manquent pas ; et il n’est pas le seul à en avoir produit – lire par exemple Jacques Bouveresse, Rationalité et cynisme (Minuit, 1984). Quant au « dédain  » dans lequel Chomsky tenait « un grand historien de l’Antiquité comme Vidal-Naquet », je garde un souvenir assez vif des dialogues que j’ai entretenu avec l’un et l’autre au moment où paraissait, dans la revue Agone, un texte de chacun d’eux (« Neutralité et engagement du savoir », 1998, n° 18-19). De la colère, oui, du mépris, non – mais surtout un dialogue impossible, qu’il serait utile relire à l’aune de l’engagement de Vidal-Naquet contre la loi Gayssot. Quant à l’« affaire Faurisson », le sujet déborde de cette note, mais, contrairement aux affirmations lapidaires de Birnbaum, elle n’est «  riche d’aucun enseignements pour qui veut comprendre les relations entre Chomsky et la France  ». En revanche, le livre de Michael Scott Christofferson sur Les Intellectuels contre la gauche donne, lui, les clés de cette affaire : l’opportunité pour le champ intellectuel français d’éliminer un concurrent dérangeant, qui n’a pas compris la reconversion en cours, chez les anciens « révolutionnaires » (maos, trots ou cocos), convertis à l’idéologie antitotalitaire – l’URSS en ennemi principal et les États-Unis en démocratie modèle – au moment où les socialistes français, encore encombrés par leur alliance avec le PCF, s’apprêtent à prendre le pouvoir et intégrer tout ce beau monde dans leur projet de société, qui n’a rien de révolutionnaire (lire Michael Christofferson, Les Intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1973-1981), préface de Philippe Olivera, Agone, 2009).

12 André Schiffrin est l’un des principaux éditeurs américains de Noam Chomsky. Dans son droit de réponse au Monde (non paru), il précise notamment que, devant Birnbaum, il n’a jamais évoqué, à propos de Chomsky, l’idée « d’une pensée éparpillée, superficielle » ; mais surtout, sur l’« affaire Faurisson », il rappelle que l’accusation est absurde et qu’elle a été utilisée par les intellectuels français pour éliminer durablement la traduction des livres de Chomsky ; enfin, Schiffrin critique la manière dont Birnbaum a déformé l’ensemble de ses propos afin de donner l’impression qu’ils sont d’accord.

13 De même, le Collège de France n’est pas sans responsabilité dans la vengeance du journaliste qui n’aimait pas les sandwiches. En effet, si la « vénérable institution », plutôt que de se crisper sur sa tradition de l’« entrée libre » – évidemment «  dans la limite des places disponibles  » –, avait respecté celle du passe-droit des cartes presse, Jean Birnbaum n’aurait, comme d’habitude, pas remarqué ceux qui restent dehors. Par un excès de démocratie, le Collège rappelait à l’ancien de LO la couleur du mauvais côté des grilles (qu’il n’a toutefois jamais connu que dans les livres), donnant l’occasion au Monde de cacher sous quelques lignes accordées aux fans malheureux de Noam Chomsky ce qu’il a dit à des milliers d’autres, plus heureux.

14 Dans son compte-rendu d’un livre de Géraldine Mulmman consacré au journalisme comme garant de la démocratie, Le Monde rassemble Jacques Bouveresse, Pierre Bourdieu, Serge Halimi (et Karl Kraus) pour leur critique des médias, qui serait discrètement antidémocratique et secrètement ou potentiellement antisémite. (Nicolas Weil, « Le journalisme au-delà du mépris », Le Monde des livres, 2 avril 2004 ; en lire l’analyse par Henri Maler, « Le Monde contre “les critiques antimédias”, antidémocrates et antisémites », Acrimed, avril 2004, ici).

15 Jean Birnbaum, « Haro sur le “nom” Sarkozy », Le Monde des livres, 3 novembre 2007.

16 Alain Badiou, « En tant que philosophe, je ne peux rendre raison du roman », entretien avec Jean Birnbaum, Le Monde des livres, 22 mai 2009. Avouons toutefois que l’exemple n’est peut-être pas probant tant on peut se demander jusqu’où s’avilira le «  philosophe français le plus traduit » après avoir accepté de s’« opposer  » à Alain Finkelkraut sur la question des « apéros Facebook  » (jeudi 20 mai, France 3, « Ce soir ou jamais »).

17 Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary 1986, préface de Serge Hamili, Agone, 2004.

18 Jean Birnbaum, Les Maoccidents. Un néconservatisme à la française, Stock, 2009.

19 Où l’on voit Jean-Claude Milner « ramené à Maurras  » par le «  rêve de bien écrire » la langue française ; tandis que – si ça veut dire quelque chose – le « Juif est mis en équation avec le Maurrassien, et l’alliance entre les uns et les autres semble un fait structurel  » – ibid., resp. p. 124 et 111.

20 Ibid., p. 122.

21 Ibid., p. 114.

22 Jean-Claude Milner, « Il ne cache pas son mépris pour les intellectuels parisiens », propos recueillis par Jean Birnbaum, Le Monde des livres, 3 mai 2010.

23 Jean Birnbaum, Les Maoccidents…, op. cit., p. 120.

24 Ibid., p. 123.

25 En outre, prêter à Chomsky l’idée qu’« une argumentation digne de ce nom doit pouvoir être représentée, sans reste, par le calcul des propositions : si un raisonnement ne peut pas être présenté sous cette forme logique, il ne vaut rien  » (Jean-Claude Milner, « Il ne cache pas… », op. cit.) ; voilà qui ajoute l’ignorance à l’ineptie : même les lois de la nature les plus élémentaires ne sont pas formulables dans la logique trop pauvre qu’est le calcul des propositions.

26 Jean Birnbaum, Les Maoccidents…, op. cit., p. 125-126.

27 Jean-Claude Milner, « Il ne cache pas… », op. cit.


COMMENTAIRES

 


  • lundi 7 juin 2010 à 09h56, par François Mary-Vallée

    Il y a bien longtemps, je me suis détourné du petit écran. Plus tard je me suis détourné des journaux dits « de référence ».

    Après « désintoxication », les questions sont plus simples en moins simplistes et les réponses apportées se teintent d’évidence.

    Considérons les exercices du pouvoir, ceux qui les pratiquent et ceux qui les cautionnent, sans oublier les motivations.

    Noam Chomsky propose des outils, un angle de vue.



  • Vous n’auriez pas dû leur répondre et ainsi rentrer dans leur jeu : l’indifférence me semble la meilleure attitude dans cas. Ils ne méritent pas le temps consacré à la rédaction de cet article. Ils ne verront pas l’argumentaire mais juste le fait qu’ils ont visé juste car une réaction a eu lieu.

    Souhaitons au Monde une prompte banqueroute et longue vie aux éditons Agone !

    Bien à vous,



  • Merci, l’article du Monde avait effectivement fait réagir, dès sa parution. Ainsi, dire en une phrase que des citoyens n’avaient pas pu rentrer au Collège de France, pour rencontrer Noam Chomsky, aurait été parfaitement bienvenu. Mais en faire l’ensemble du seul article de ce journal de référence, rendant compte de la présence de l’intellectuel américain à Paris, c’était délibérément une attaque contre le Monde Diplo’, oui.

    Et la suite n’est que combat logique entre courants opposés. S’étonner que la pensée de Noam Chomsky dérange, rencontre des résistances, c’est oublier combien le sens de ses propos frappe juste, et offre ainsi un petit déluge de réactions nauséeuses.

    Bravo Noam et félicitation à tous ceux qui l’on soutenu, notamment son éditeur français, très réactif et juste dans son analyse éclairée.

    On the Move...

    Voir en ligne : http://francafric.free.fr



  • Merci d’avoir fait l’effort de lire de telles cochonneries. Il n’est pas aisé de tenir à l’oeil une opinion publique fabriquée.

    Voir en ligne : Austérité littéraire



  • J’avoue ne pas avoir eu le courage de lire tout les papiers de l’offensive anti-Chomsky de la semaine. Le premier (dans le Monde des Livres) m’avait fait pouffer tant les ficelles étaient grosses) mais avec le volume stupéfiant d’articles mensongers, le dégout a remplacé la lassitude.
    Merci à Discepolo d’avoir inspecté pour nous les intestins grêles des gros médias.

    En image aussi : http://3.bp.blogspot.com/_AZ6ZAUlFG...

    Voir en ligne : Les médias libres



  • lundi 7 juin 2010 à 16h25, par Cinaih

    Votre article tourne autour du sujet sans l’aborder et traduit assez bien votre haine de l’avant garde intellectuelle parisienne, bien pauvre si vous estimez que ces pages la représente. J’ai trouvé ces pages plutôt vides et parlant surtout d’un vieux monsieur, dont la tournée parisienne n’a pas vraiment soulevé les foules.

    Au contraire, il apparaît que de nombreux fascistes s’appuyant sur sa critique (formidable à mes yeux) de notre monde occidental et qui profitent de ses prises de positions libertaires, sur la liberté d’expression (moins formidable à mes yeux, notamment sur la France) ont beaucoup plus de succès que lui, pourriez vous aborder ce sujet ? L’urgence est là et non pas d’attaquer des vieux meubles largués comme « l’avant garde intellectuelle parisienne » dont tout le monde se branle le con, comme une vieille nonne.

    • mardi 8 juin 2010 à 10h50, par J.Gorban

      « L’urgence est là »

      de quelle urgence parlez-vous ?

      de l’urgence de parler des fascistes ?

      pour moi l’urgence des urgences c’est bien de proposer aux exploités un nouvel espoir ; ce nouvel espoir ne peut être basé , à mon sens, que par la multiplicité des offensives ( comme la vie qui est multiforme ) : de l’alternative basique et terre à terre non violente à la lutte violente contre la violence étatique.

      nous crèvons de ce manque de perspectives progressistes ( communiste, socialiste, anarchiste ou tout autre terme qui vous plaira ) pendant que les réactionnaires montent en un flot désordonné ( désordonné car quoi de comparable entre un islamiste et un frontiste, enfin au premier abord ..... ) mais qui semble d’autant plus irrisitible qu’en face qu’avons nous sérieusement à proposer ?

      alors l’urgence n’est pas de parler de nos ennemis mais de parler de ce que nous VOULONS !

      et de montrer que ça vaut le coup de sacrifier un peu de nos désirs immédiats ( oui sacrifier car la société nous incite QU’A satisfaire nos désirs immédiats )

      et attention à la critique consummériste sans projet, car je sens monter en rejet à cette société du néant un retour puissant au religieux

      pour les lecteurs d’Article 11 un texte que j’ai apprécié :
      http://www.les-renseignements-gener...

      en particulier ça :
      Peux-tu détailler ce que tu entends par aveuglement : page 14/15
      Et bien d’autres choses dans cette interview ……..



  • « Quant à Pierre Pica – celui qui dit avoir noué, depuis 1985, des « liens solides » avec Chomsky –, difficile de ne pas penser à l’adage : « Protégez-moi de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge. » »

    ***

    Pierre Pica s’est exprimé en détail chez @rrêt sur images et est révolté par le contenu de ce « dossier Chomsky » du Monde des Livres, il parle de « manipulation médiatique » et envisage d’envoyer au Monde un droit de réponse.
    L’article de Birnbaum le fait passer pour une sorte d’agent double mais la réalité semble être toute autre.

    Quelques détails réunis là :

    Voir en ligne : L’étrange traitement par « Le Monde » de la visite de Noam Chomsky en France



  • mardi 8 juin 2010 à 12h53, par un-e anonyme

    D’accord sur tout avec Thierry Discepolo.
    Petit détail : contrairement à ce que dit Pica, Le Monde des Livres n’a jamais voulu donner suite à l’entretien avec Chomsky que je lui avais proposé, via Eric Fotorino, dès le mois de février.
    Et réponse de Nicolas Weill auquel nous avions envoyé comme au reste de la rédaction, le Cahier de L’Herne consacré à Chomsky ainsi que les derniers titres de Chomsky (Le Monde n’en citant d’ailleurs aucun)
    Laurence Tacou
    Editions de L’Herne

    Madame,

    Permettez-moi de saisir l’occasion de vous dire que le personnage auquel vous avez consacré une publication ne m’intéresse nullement. Je vois sa popularité comme un signe de déclin intellectuel absolu. Inutile donc d’encombrer de message le concernant ma boite mail.
    Bien à vous,

    Nicolas Weill

    Voir en ligne : Chomsky

    • mardi 8 juin 2010 à 18h24, par Sébastien Fontenelle

      Nicolas veille.
      C’est rassurant : les idées seront bien gardées.



  • C’est en les entendant tous en choeur démolir Bourdieu que j’ai eu envie de le découvrir. Une telle unanimité, et tant d’encre et de salive pour quelqu’un de nul, c’était bizarre. Souhaitons que ce traitement réservé à Chomsky mette la puce à l’oreille de certains lecteurs (du Monde) qui deviendraient alors lecteurs de Chomsky.



  • « Comment voulez-vous que, nous, parlementaires, puissions, au quotidien, défendre et promouvoir la presse et la liberté de la presse si certains titres ayant pourtant pignon sur rue s’abaissent à ce genre de procédés ? »

    Il fallait que ce soit dit.



  • Chomsky est une épine dans le pied - et même pour les anarchistes, c’est tout dire.

    En fait, il est détesté par beaucoup de gens - et ignoré par les autres. En France, le nombre de fois où j’ai discuté de lui et j’ai rencontré l’ignorance totale ! Hallucinant de la part de gens cultivés. Quelques fois, on me disait, « Ah oui, Chomsky, la grammaire générative, la théorie de langage... » - sans rire, les informaticiens le connaissent pour ça...

    J’avoue que moi, quand je lis « deux heures de lucidité » et que je pense que personne ne connait ça ! je rêve de gagner au loto et d’en inonder le pays. 30 millions d’exemplaires, ça couterait combien ?

    Tiens, je vais parier sur la france à la coupe du monde. Ils sont au moins à 1 milliard contre 1, alors si la france gagne, attendez-vous à une surprise dans la boite aux lettres...

    Voir en ligne : Noëlle, ici et ailleurs...



  • mercredi 9 juin 2010 à 00h48, par Gédéon

    Bravo, encore une fois, à Article XI, pour se faire le relais du contrefeu de Thierry Discepolo ! Une petite question en passant : le texte qu’André Schiffrin a écrit, semble-t-il, en droit de réponse pour Le Monde - lequel a, comme c’est bizarre, omis de le publier - est-il consultable quelque part ? J’ai échoué à le trouver sur le Net, mais je serais heureux de le lire, car son enrôlement dans ce cloaque vespéral sentait l’embrouille, effectivement.
    Merci, salut et fraternité !



  • La question de la vérité est intéressante.
    Les Lumières ont posé des bases communes, une méthode rationnelle d’investigation : la critique. Mais on peut tout autant opposer que l’Idéal universalisant et la méthode proposée, que les vérités objectivées mises en avant, étaient empruntes de christianisme, plus ou moins consciemment (cf. Mondzain et cf. Bourdieu). Pour en revenir encore et toujours à Kant (figure marquante des Lumières), il a aussi des failles. Avec le « sens commun » (Critique de la faculté de juger, § 40) : voir avec les yeux de la raison, autrement dit : transformer toute perception sensible en produit de la raison, puis discuter ensemble de ce produit de la raison. Parfait, mais cela fait des sensations et des émotions subjectives (de la sensibilité, de la sensualité, de la Sinnlichkeit) des sous-produits, des informations dont on ne peut rien tirer : des éléments ne pouvant être considérés comme cognitifs, tant que la raison et le concept ne sont pas venus ordonner ce qui est perçu.
    Que sont les concepts : des schémas dans lesquels ont ordonne le perçu. Autrement dit : on dispose de boîtes a priori et on range dans ses boîtes les éléments perçus. Suivant la finesse avec laquelle on opère, on peut très bien aboutir, par ce système, à une complète automatisation des comportements en fonction de schémas préétablis. Des schémas véritables, véridiques, légitimes, préalablement communément légitimés (par la génération antérieure, par exemple, ou par des experts rationnels). Concernant la vérité historique kantienne, cf. Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique.

    D’où viennent les schémas ? La modernité, c’est aussi le Génie. Celui qui crée des schéma, de nouveaux schémas, de nouveaux modes de représentations, et donc de conceptualisation : tout simplement de nouvelle façons collectives de penser, de comprendre le perçu (a priori de la perception individuelle). Et le Génie, on peut aussi le voir se métamorphoser en culte de la personnalité, en culte des experts et des spécialistes : on délègue aux spécialistes ce en quoi on n’est pas spécialisé : on divise les tâches, on rationalise le travail.

    La postmodernité s’est radicalement opposée à ce culte du nouveau et de la vérité du Génie. Elle s’est opposée aux frontières, a souhaité brouiller les lignes, les démarcations, les secteurs. Mélanger : les genres, les styles, les goûts.
    Par l’usage de la citation, par l’anonymat, par le relativisme et le pluralisme culturel.
    Je pense aux white labels, aux free parties, au mix, par exemple. Je pense à Jorge Luis Borges.
    La déconstruction des systèmes hiérarchiques, Le Corps sans Organe, la tentative de penser autrement qu’en systèmes de valeurs a priori ( -> réseaux). Le déconstruction du génie (Foucault : Qu’est-ce qu’un auteur ; Surveiller et punir –grand moment de vérité morale et rationalisée, directement héritée de la Critique de la raison pratique).

    Le problème, effectivement, de ce reflux des idiosyncrasies (des préférences personnelles), c’est la démobilisation. Comment se mobiliser collectivement si tout est relatif, si toutes les vérités individuelles se valent ? Et la cohorte de débats insolubles (doit-on interdire la propagande néonazie ?).

    La modernité avait l’avantage d’avoir posé des jalons solides, des piliers : des vérités transcendantales, objectives et devant être vécues comme telle. Le génie romantique n’avait de romantique que le fait d’être censé ne pas être conscient de sa façon de produire du nouveau (une illumination soudaine, une inspiration géniale).
    Mais la WWII [notation évitant d’avoir à choisir entre seconde et deuxième], la WWII, avec sa barbarie rationnelle (et scientifique), a balayé la réussite de ce système.
    Et Eichmann, à son procès, a laissé comprendre qu’il n’avait pas trahi sa philosophie kantienne et rationnelle du penser en se mettant à la place d’autrui, du ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas que l’on nous fasse : dans sa morale rationnelle, il ne pouvait rationnellement s’assimiler à un juif.

    Les Lumières ne sont pas si laïques que ça. Elles sont empruntes de leur héritage culturel (occidental et chrétien). Elles sont imprégnées de culture, de moralité chrétienne. Tout comme il est biaisé d’affirmer que le nazisme n’a aucun fondement religieux (Cf. Luther : Des juifs et de leurs mensonges, cité textuellement dans le film le plus antisémite de la propagande de Goebbels : Jud Süss / Le juif Süss. Texte extrêmement violent, incitant non seulement à la destruction, mais aussi, à l’occasion, au meurtre).

    Au nom de l’universalité rationnelle et scientifique, la colonisation a trouvé légitimation et bonne conscience : ce sauvage irrationnel, primitif et sensuel, qui ne « pense » qu’à danser sur des tam-tam, baiser et manger, n’est-ce pas là une emprunte des Lumières, aussi ?

    Le meurtre, l’élimination et les hiérarchies humiliantes peuvent tout à fait être rationnellement légitimés. Et le sens commun (à l’échelle sociale), peut tout à fait se transformer en un paquet de théories rationnelles immondes (théorie des races, eugénisme, darwinisme social).

    Voici pour le contre-point.
    Mais je ne prétends pas détenir La Vérité. Je propose ma lecture, ce que je comprends en l’état actuel.

    Sinon, le muffin était sympa. Miam. Par contre la statue de Champollion m’a déçue : piétiner un masque funéraire égyptien, ou le visage du dieu Sphinx, ça le fait moyen. Encore un héritage des Modernes et de la rationalité asservissant la superstition, le doute, l’incertitude, l’inconnu ? Aujourd’hui on pardonne les propos racistes et sexistes des philosophes des Lumières en disant : « c’était des Hommes de leur temps ».

    Voltaire finissait ses lettres par : « Écrasez l’infâme ! »

    Moi je finis ainsi : bonne route.



  • Amateur des textes politiques de Chomsky, et ayant trouvé le texte de Birnbaum plutôt médiocre, j’ai cependant trouvé cette réaction complètement démesurée et ridicule. Les articles du Monde des livres « contre » Chomsky ici attaqués étaient plus drôles, moins haineux, et moins calomnieux que ne l’est ce texte envers ceux qui ont eu l’affront d’exprimer des désaccords et des critiques, certes parfois injustes, envers le Maître Chomsky. Qu’y a-t-il donc de scandaleux à ce que des adversaires politiques exposent leurs critiques ? A moins qu’il ne s’agisse, dans cette agitation autour de Chomsky, seulement de défendre les intérêts d’une petite coterie parisienne ayant pignon sur rue (pauvre petit Bouveresse et pauvre petit Collège de France !)... Au reste, vous avez oublié de parler de l’article louangeur de Maniglier sur Chomsky linguiste. Malgré quelques critiques, il apportait plus de connaissances sur l’oeuvre de Chomsky que cette tribune furieuse.



  • A propos des Lumières, qu’on entend ou lit partout chez nos chez éditocrates, c’est du gros pipeau.

    Tout le monde dans la polito-journalo-sphère se déclare « descendant des Lumières », farouchement attaché à leurs valeurs, Voltaire, tout ça, « je me battrai jusqu’à la mort, chemise ouverte, pour que vous puissiez donner votre avis, blablabla »...

    Ca me fait le même effet de voir cette grande bande de faussaires parler ainsi des Lumières et de « Vérité avec un grand V », que de voir un ancien trostko/coco/ce que vous voulez très à gauche, vanter les mérites de la social-démocratie.

    Tenez, une autre image : un gars très à droite qui voudrait faire lire une lettre d’un résistant communiste à l’école... Suivez mon regard...

    Oh une autre sur la Vérité absolue tiens ! BHL en croisade hier qui qualifie de « coup d’état » l’élection du Hamas à Gaza. Qu’il y ait eu des fraudes ou pas dans ces élections, j’en sais rien. [D’ailleurs, il semble que non, vu que l’Occident n’est pas intervenu pour y instaurer la liberté et la démocratie... Mais que fait la police ??]

    Que dirait-il donc de la situation au Honduras ??!!

    Je crois que le terme adéquat est : IMPOSTURE.

    • Dès que j’entends critiquer les lumières par des adeptes du relativisme culturel, de la déconstruction ou de la construction imaginaire de toute réalité, j’ai le même réflexe que lorsque je les entends servir au règne de la démocratie façon George Bush, à l’assassinat des musulmans (tous fanatiques et voileurs, violeurs de femmes) : je repars à la recherche de mon trousseau de clés perdu. Mais où diable sont donc passées mes oeuvres complètes de Marx, de Freud, de Bakounine ? Qu’ai-je donc fait du sens en création perpétuelle, qu’ai-je donc fait de ma pratique sociale, de mes solidarités de classe, de mes désirs amoureux, de mes abandons à la musique, à la folie des mots, aux mots de la folie ?
      Mais... suis-je bête, tout était là, sous mes yeux.

      J’y retourne immédiatement !

      • Moi aussi ! Je les ai sous ces yeux, ces clés à hiéroglyphes ! Avec la vipère à cornes. Celle qu’on ne saurait écrire que surmontée d’un triangle aigu pour l’épingler, sinon elle s’échappe de la phrase et va se fourrer partout. Merci à ce salaud de Champollion, qui nous a déchiffré une telle folie d’écriture !



  • Je ne sais comment dire ceci de manière à ce qu’on ne me prenne pas pour une réactionnaire …

    Chomsky brouille les pistes, instaure une confusion qui profite à la droite et à l’extrême droite et dessert la gauche …
    Mais comme en France on connaît mal les magouilles du contrôle de l’opinion ou, du moins, d’une grande partie de celle-ci, alors on mord l’hameçon …

    Croyez-vous vraiment que les médias et les groupes qui tirent les ficelles de la propagande anti et pro chomskienne viendront vous éclaircir sur ce point ?
    Non, pas du tout, ils font tout pour créer davantage de confusion …

    Puis il y a le prestige du linguiste …
    Et dire qu’on admire quelqu’un qui a développé une théorie selon laquelle ce qui structure le sujet est de l’ordre de l’inné et non pas du culturel …
    Mais alors ? Quel égarement emporte si loin les admirateurs de Chomsky ?

    Pourquoi sont-ils si obnubilés par un personnage qui — si on ne lui accordait pas le bénéfice du doute, c’est à-dire-, le bénéfice de son aliénation — pourrait être désigné comme un vil imposteur ?

    Pourquoi ne peut-on pas reconnaître la manipulation psycho-philo-médiatique organisée autour de et par Chomsky et compagnie ?

    Malheur-fatalité ! Quelle embrouille !

    • Hum......

      Dans ce cas, il faut argumenter, nous expliquer en quoi Chomsky est un embrouilleur, en quoi ses écrits profitent à l’extrême-droite, sinon il faut se fier à ta seule opinion. Ce qui, tu en conviendras, est un peu insuffisant.

      • Karib,

        Il me semble qu’il faudrait que tu cherches également par toi-même, comme je l’ai fait … Si tu sais lire et faire des recherches sur internet ou ailleurs, tu pourras te renseigner personnellement et directement …
        Bien sûr que je pourrais argumenter, le problème est que pour ce genre de discussions il faut que le dialogue soit fluide et que les arguments qu’on présente ne soient ni ambigus ni incomplets. Imagine !

        D’autre part, il ne faut jamais se fier à la “seule opinion” de quelqu’un car elle sera toujours insuffisante !

        (1) Si tu comprends l’anglais, tu pourrais visionner et entendre Foucault et Chomsky parler du pouvoir et de la “nature humaine”. La confrontation des ces deux intellectuels te mettra peut-être la puce à l’oreille
        Il s’agit d’un débat télévisé qui date de 1971 (pour la Ducht Television – Télévision Hollandaise)— tu retrouveras le même Chomsky, celui d’aujourd’hui :

        http://www.youtube.com/watch?v=T6Bo...

        (2) Puis voici un article éclairant [et il y en a d’autres bien sûr] …

        Noam Chomsky et le Lobby pro-israélien : Quatorze thèses erronées, par James Petras

        « La longue histoire du déni par Chomsky du pouvoir et du rôle joué par le lobby pro-israélien dans la formation décisive de la politique moyen-orientale des Etats-Unis a atteint un point culminant, récemment, lorsqu’il a joint sa voix à la machine à propagande sioniste des Etats-Unis, en attaquant une étude faisant la critique du lobby israélien.
        Je fais ici référence à l’essai publié par la London Review of Books, intitulé « Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis » co-rédigé par le Professeur John Mearsheimer et le Professeur Stephan Walt. »

        Lire la suite dans :
        http://www.alterinfo.net/Noam-Choms...

        J’ai eu le livre des professeurs (dignes de ce nom) John Mearsheimer et Walt entre les mains, c’est un MONUMENT DE VÉRITÉ !

        N’oublie pas de t’exercer à ta propre recherche, à lire entre les lignes et à entendre les mots sous les mots … À mon avis, ça aide à démêler les embrouilles intellectuelles qui nous entourent et qui parfois finissent par nous habiter …

        Bien cordialement.

        P.S. : Bien sûr que c’est plus agréable d’entendre Chomsky que des discours remplis de haine et de mépris … Le problème n’est pas là. Le problème ce sont les effets de sens que les discours soi-disant de gauche produisent dans la réalité, année après année …

        • Sous réserve encore de la lecture complète du « Chomsky » aux éditions de l’HERNE que je me suis procuré et dans lequel on trouvera :
           × p 297 à p 307, la retranscription du débat de 1971 entre Noam Chomsky et Michel Foucault sous le titre « De la nature humaine. Justice contre pouvoir » (extraits livrés par le Diplo) ;
           × p 32 à p 58, un autre article traitant de la nature humaine sous le titre « Sur la nature humaine, le changement social et la science » (entretien avec Jean Bricmont) qui renvoie notamment à « Sur la nature humaine : Comprendre le pouvoir Interlude », avec Michel Foucault, Bruxelles, Aden, 2006 et au site http://blog.zmag.org/blog/13 qui me semble avoir été rénové depuis et accessible désormais à l’adresse suivante http://www.zcommunications.org/blog/noamchomsky pour trouver des réponses à diverses questions ;

          et malgré la lecture dans Le Monde Diplomatique n°676 de juillet 2010, en page 8, du « Dialogue avec Noam Chomsky » en regard d’un « Israël et la troisième menace » en page 9 ;

          personnellement, je ne trouve rien qui contribuerait à un embrouillage ou à un enfumage au plus près des écrits touchant directement aux travaux de Chomsky ou de Chomsky lui-même, excepté peut-être ce que je n’aurais pas vu ou pas compris ce qui n’est pas impossible étant donné que je ne suis pas issu de l’école de la linguistique générative que je ne connais que de loin. La lecture complète de l’édition de l’Herne devrait m’éclairer plus avant.

          En revanche, au bénéfice d’une autre lecture qui apporte un certain recul, on pourrait en effet trouver une nouvelle motivation pour approfondir la démarche suggérée par Marina. Dans le journal La Décroissance n°71 de Juillet-Août 2010, dans le cadre du traitement d’un sujet sur l’« Art contemporain, art productiviste » pages 8 et 9, on trouve un À la botte des Etats dans lequel on peut lire :

          Exception culturelle ? Non. Si on regarde bien, aux États-Unis, malgré l’absence de ministère de la Culture et un libéralisme affiché, ce sont aussi des financements publics très importants (combinés à des financements privés) qui irriguent la création artistique contemporaine. Et ce, dans la continuité de la politique définie pendant la guerre froide pour construire une hégémonie culturelle américaine à l’échelle internationale. Comme le rappelle Frédéric Martel dans son ouvrage De la culture en Amérique (Gallimard, 2006), après 1945 le « bureau des activités culturelles » de la CIA prit en charge la diffusion de l’art américain à l’étranger : « les opinions divergentes et les oeuvres d’art subversives étaient tolérées par la CIA dès lors « qu’elles se situaient dans le cadre d’ensemble de la guerre froide ». En d’autres termes, la CIA (...) pouvait faire confiance à des artistes ou à des intellectuels, fussent-ils d’avant-garde ou anciens communistes, à condition qu’ils incarnent la liberté d’expression et le contraire de la société soviétique « régimentée ». »

          [c’est moi qui souligne la dernière phrase de la citation]

          Voir en ligne : netoyens.info

    • Chomsky brouille les pistes, instaure une confusion qui profite à la droite et à l’extrême droite et dessert la gauche …

      C’est normal, l’échiquier politique aux USA est totalement différent des petites guéguerres entre droite et gauche, gauche et extrême gauche, intra-gauche, ... qu’on peut voir en France.
      En regardant uniquement par notre prisme, c’est sûr que la gauche prend un sérieux coup dans l’aile lorsqu’on met ses actions en parallèle avec les critiques de Chomsky...

      Et elle l’a pas volé non plus (le coup dans l’aile... haha !). Ok j’arrête...

      • Ne t’énerve pas HN, les choses ne sont pas si simples … Chomsky n’est pas un activiste à qui on lui dit “cause toujours” et que l’on fait attaquer par la droite pour que ce soit la gauche qui le défend … C’est plus complexe que cela.
        En plus, lui même n’attaque pas véritablement la gauche … il la conforte dans sa désespérance en brouillant les pistes, j’insiste excuse-moi. Chomsky n’ouvre pas seulement les portes, il les ferme également !

        Le jour où Chomsky arrêtera d’agir ainsi, j’arrêterai de parler de brouillage …

        Il me semble qu’il ne suffit pas d’avoir un discours “de gauche” pour faire bouger la “gauche” (un tant soit peu) vers une remise en question de fond.

        • Sans remettre en cause votre propos, celui-ci, si vous voulez le faire entendre, comprendre, et je suis preneur, mérite effectivement d’etre explicité, argumenté.

          Vous nous donnez des liens a consulter, oui, à nouveau je suis preneur, mais vous ne dites pas, ce que VOUS, vous y avez trouvé et qui vous conduit ajd à vous exprimer sur le sujet.

          Vous parlez de « puce à l’oreille », « d’embrouilles » , de « brouillage de pistes »...mais encore une fois vous ne nous dites pas veritablement lesquelles.

          Je dis cela sincerement dans un esprit d’ouverture et non de fermeture a votre propos.

          Vous avez commencé, alors maintenant engagez vous veritablement dans ce debat :)

          Le condor.

          • Merci de votre commentaire. En réalité, je n’ai fait que vous mettre la puce à l’oreille. Vous savez, moi je pense que le fait de citer une phrase, de recommander la lecture d’un livre ou d’un article en dit long sur la pensée de la personne qui cite ou qui recommande … Prenez-la peine de LIRE, je vous en prie. J’ai transmis deux liens, écoutez le premier (si vous comprenez l’anglais) lisez le second … Chacun doit se faire sa propre idée. Faites-vous la vôtre. Allez, lisez ! (Si vous le voulez bien …)

            • Marina, prenez vous aussi (je suppose que le commentaire juste ci-dessus est de vous), le temps d’écouter.

              Dans votre commentaire signé, vous écrivez : « Et dire qu’on admire quelqu’un qui a développé une théorie selon laquelle ce qui structure le sujet est de l’ordre de l’inné et non pas du culturel. » Chomsky n’a jamais affirmé une chose pareille, pour la raison que son concept de « grammaire universelle » ne préjuge en aucune façon, ni du fait que le langage « structurerait » ou non le « sujet » (on croit sentir plutôt là chez vous une allusion à Lacan, qui parle sur un tout autre plan), ni du fait que ce serait là chose « innée » — c’est plutôt que la science ne sait pas (pas encore ?) pourquoi au juste l’espèce humaine tout entière, et elle seule, a la capacité de créer des énoncés à l’infini.

              Chomsky l’a encore dit et redit dans sa conférence du 31 mai : « Interpretation and understanding : language and beyond », et plus encore dans la discussion qui a suivi (featuring le phénomène de foire Claude Hagège en Mékeskidi gouleyant, mais ne nous égarons pas).

              Écoutez bien, c’est ici, en v.o. ou en français.

              • Anonyme-Pièce Détachée,

                Si on veut comprendre la futilité de cette piètre théorie de la langue-syntaxe appelée “grammaire générative”, si éloignée du véritable fonctionnement de l’objet d’étude en question (la langue), lisons et apprenons des linguistes dignes de ce nom : Ferdinand de Saussure, Roman Jakobson, Émile Benveniste, Gustave Guillaume et d’autres … y compris les plus subtils des poètes, les plus cohérents des philosophes, des sémioticiens et des psychanalystes … Et même les physiciens … Lisons les meilleurs et mettons leurs théories et découvertes à l’épreuve … constamment …

                Mais par pitié, ne perdons pas notre temps avec des guignols … Nous n’avons qu’une vie !

                Malheureusement je ne pourrai continuer cet échange … Je suis désolée …



  • POur moi c’est très simple ; Chomsky critique Israël, les USA et le néo libéralisme et cela les sionistes libéraux ne peuvent le tolérer et il est donc victime de la même campagne de dénigrement pour ne pas dire de diffamation que tous ceux qui ont l’audace de le faire. Ils sont rarissimes en France, ces courageux, à cause des lois mémorielles instrumentalisées pour interdire toute critique d’Israël mais aux USA et en GB où la liberté d’expression existe, on commence à dénoncer l’influence néfaste et dangereuse des lobbies sionistes et de leurs extrêmement nombreux réprésentants dans l’oligarchie au pouvoir ( médias plus élus plus élites plus intellectuels). Donc comme nous suivons les Anglo-saxons comme des automates avec quelques années de décalage, et que les USA perdent du pouvoir (et nous avec) il ne reste plus qu’à espérer que le peuple se réveillera avant qu’ils n’aient réussi à nous entraîner dans une guerre avec l’Iran....On voit comment la société civile commence à prendre les choses en main suite aux deux derniers massacres médiatisés du MO, celui de Gaza en dec 08 et celui de la flottille...Ca donne de l’espoir !



  • La seule chose que je regrette en lisant ce papier, c’est que Chomsky soit défendu contre les crétins haineux du Monde et consorts (qui ne méritent pas qu’on leur consacre une ligne) par un Discepolo, dont la pensée étriquée, binaire et fielleuse le range plutôt du côté des Bruckner et des Glucksmann que de celui pour lequel il plaide. Quant à Bouveresse, on pourra s’amuser à relire ses livres si on en a le temps, après avoir terminé les oeuvres complètes de Patrick Sébastien et de Michel Drucker, et avant d’attaquer les mémoires de Loana. Preuve qu’on n’a malheureusement pas toujours les amis qu’on mérite.

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