ARTICLE11
 
 

mercredi 20 novembre 2013

Sur le terrain

posté à 18h47, par Jacques B.
11 commentaires

Sur les traces de Panaït Istrati

À sa mort en 1935, l’écrivain et intellectuel roumain Panaït Istrati était discrédité auprès d’une grande partie de l’intelligentsia de gauche. Pour avoir « trop tôt » dénoncé les errements de la révolution bolchevique, il était considéré comme un traître. Si l’histoire lui a donné raison, son œuvre romanesque reste méconnue. L’ami Jacques, désireux de pallier ce manque, s’est envolé pour la Roumanie. Sur ses traces.

Lorsqu’en décembre dernier, une amie m’offre les Souvenirs de Boris Souvarine, elle ne se doute pas que ce petit livre va me mener droit en Roumanie1. Et pourtant...

Ce livre, trop peu connu, revient sur le parcours de trois hommes2 : Isaac Babel, Pierre Pascal et Panaït Istrati. L’auteur les a rencontrés peu après l’avènement de l’URSS, et il se remémore dans l’ouvrage les derniers moments passés en leur compagnie. Il rappelle évidemment que ces trois écrivains ont d’abord contribué par leur engagement et leurs livres à la défense de la Révolution d’Octobre et à l’édification de ce qu’ils croyaient être une véritable République des prolétaires. Et qu’ils ont aussi été parmi les premiers à critiquer les nombreux dysfonctionnements de ce nouveau régime. Ils en ont payé le prix.

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Tout ça me donne envie de creuser le sujet. Au cours des semaines suivantes, je continue sur ma lancée et dévore quelques romans de l’écrivain roumain : Les chardons du Baragan, Oncle Anghel, Présentation des Haïdoucs3… Jusqu’à ce que se produise une belle coïncidence : la publication par les éditions Lignes de La véritable tragédie de Panaït Istrati. Un ouvrage signé Eleni Samos-Kazantzakis, compagne du célèbre écrivain grec, Nikos Kazantzakis (auteur, entre autres, du fantastique Alexis Zorba). Tous deux sont de vieilles connaissances de l’auteur roumain : le couple a en effet accompagné Istrati quand il a rejoint l’URSS en 1927.

Ce livre est l’occasion d’en apprendre davantage sur l’écrivain roumain. Et notamment sur les espoirs (déçus) qu’il avait placés dans l’URSS. D’abord décidé à passer beaucoup de temps sur place (il envisage même de s’y installer) pour rendre compte des avancées sociales, Istrati rentre finalement à Paris seize mois plus tard. Écœuré par ce qu’il a vu. Totalement désespéré. La préface et la postface d’Anselm Jappe racontent la suite : Istrati écrit alors Vers l’autre flamme4, dans lequel il revient sur son séjour. Au menu : déceptions et désillusions. Non, le bolchevisme n’est pas la société idéale ! Un point de vue qui lui vaut de devenir cible privilégiée des staliniens : menés par Henri Barbusse, ceux-ci lancent une véritable campagne de calomnie. Panaït Istrati est accusé d’être « vendu à la Sigourantza roumaine » et traité de « bourgeois romantique ». Le coup est terrible. Lui qui a voyagé dans toute l’Europe et le Moyen-Orient, qui a exercé tous les métiers du monde, qui a été au plus proche de ceux d’en-bas, se retrouve totalement évincé du milieu littéraire et politique français. Ses amis lui tournent le dos, y compris Romain Rolland, l’homme qui avait découvert son talent et l’avait encouragé à écrire. Istrati meurt finalement en 1935 à Bucarest, totalement ruiné et abandonné de tous. Ou presque.

*

Joseph Kessel, lui, ne l’a pas lâché. Bien plus tard, il préfacera d’ailleurs les œuvres romanesques complètes d’Istrati, publiées par Gallimard en 1968. Et si les écrits de l’écrivain roumain ont pu sortir de l’oubli et résister à cette forme de censure, il n’y fut pas étranger. De même que Margareta Istrati, la femme de Panaït, et l’un de ses meilleurs amis, Alexandre.

Mais au fil de mes recherches, je comprends que ceux qui ont permis à l’écrivain roumain de retrouver des lecteurs sont d’abord ces soutiens plus ou moins anonymes, cette « armée des ombres » qui a fondé en 1969 l’association des Amis de Panaït Istrati. Eux n’ont pas ménagé leurs efforts. De 1969 à 1996, ils ont ainsi édité plus de soixante-dix bulletins et une trentaine de cahiers, destinés tout autant aux libraires qu’à ceux et celles souhaitant en connaître un peu plus sur ce personnage hors du commun. Alors, c’est vrai, depuis 1996, l’association n’a rien publié. Mais qu’importe : comme l’écrit Christian Delrue, l’actuel président, «  sous la cendre quelques braises couvent »5...

Et ces braises me parlent ! À tel point que j’écris à Christian Delrue. Ma lettre lui plaît, il m’appelle. Et me décrit en quelques mots l’objet de la petite structure : elle réunit des « personnes très différentes » qui ont en commun « l’amour de la littérature » et « se retrouvent dans les valeurs que défend Istrati dans ses romans. » L’association, m’explique-t-il, est loin d’avoir lâché le flambeau : « Nous venons de publier un nouveau bulletin, Le Haïdouc, et nous travaillons à éditer un prochain Cahier. »

Quelques échanges de mails et c’est décidé : avec ma compagne, nous partons en Roumanie. Christian Delrue me met alors en relation avec Camelia Spanescu, habitante de Bucarest et présidente de l’association roumaine, et avec Zamfir Ballan, conservateur au musée Panaït Istrati, à Braïla (et également éditeur des romans d’Istrati en Roumanie6).
J’avais beau savoir la générosité et l’entraide de rigueur parmi les membres de l’association, je ne m’attendais pas à un tel accueil : Camelia propose de venir nous chercher à l’aéroport et de nous prêter un appartement dans le centre-ville de Bucarest. « En aimant Istrati, explique-t-elle, vous intégrez ma famille spirituelle. Nous sommes donc en famille, chers istratiens. La grande famille des rêveurs qui sont « le sel de la terre ». »

Débarquement à l’aéroport. Camelia est bien là. Elle nous prend dans ses bras, nous embrasse. Et promet : « Une fois arrivés à la maison, nous fêterons notre rencontre à la roumaine ! » Pas des paroles en l’air : au menu, vin, poulet rôti, caviar d’aubergine, poivrons, tomates, polenta7

L’un des derniers souhaits du mari de Camelia, qui a œuvré largement à la diffusion des œuvres de Panaït en Roumanie8 et qui est mort il y a peu de temps, était de mettre à disposition des Amis de Panaït Istrati cet appartement que le couple avait reçu en héritage. Dans le bureau, une étagère entière est ainsi consacrée au vagabond éternel : des éditions rares, l’ensemble des cahiers édités par l’association, des médailles d’anniversaire, etc. Et aussi, ce qui me paraît un peu étrange, les premières éditions en français de Georges Orwell. Camelia m’explique alors : « Panaït Istrati a écrit en 1935, la préface au premier livre d’Orwell paru en français : La Vache Enragée9. Plus qu’une théorie sociale, Panaït justifiait ses actions en faveur des opprimés par une espèce d’éthique, de sentiment d’injustice qui se rapproche énormément de la Common Decency de l’auteur de 1984. » Tout se rejoint, finalement.

Le lendemain, nous partons en promenade dans le plus grand parc de Bucarest, Herastrau. Des jardins, des lacs, des forêts... Mais surtout, deux rives, deux classes. D’un côté, on se contente de vélos, de marchands de glace et des banc publics ; de l’autre, on se pavane sur des terrasses « lounge » où la musique assourdissante évoque à s’y méprendre celle des cafés branchés parisiens. Selon Camelia, les nouveaux riches se font, depuis quelques années, de plus en plus nombreux. Et ils prennent d’assaut les plus beaux quartiers de la ville, contraignant au départ les habitants les plus modestes. La gentrification ne sévit pas qu’à Paris.

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Photographie de Roger Viollet

Après le parc, nous enchaînons sur la visite du musée du Paysan roumain. Ennuyeux ? Au contraire, l’endroit permet de mieux comprendre l’univers romanesque d’Istrati. « Les oncles de Panaït, Anghel et Dimi, qui l’ont marqué de bien des manières, habitaient dans ce genre de maison et travaillaient le bois d’une manière similaire », remarque Camelia. Aujourd’hui encore, les paysans roumains constituent 40 % de la population active. Et les pièces d’artisanat du musée mettent en avant un savoir-faire impressionnant. Meubles, couverts, outils sont travaillés minutieusement mais sans ostentation. « Jusqu’en 1850, commente Camelia, le faste n’avait pas du tout la même signification qu’aujourd’hui. Il renvoyait à une forme de richesse toute entière contenue dans l’harmonie avec l’habitat. La vie du paysan se devait de ressembler à ce qui l’entourait : la nature. Il y avait là une forme d’équilibre. »

Le soir, Camelia nous invite à dîner. Après avoir fait honneur aux spécialités, on passe en revue son incroyable bibliothèque. Zola, Dostoïevski, Hugo y côtoient Balzac, Shakespeare, Eminescu et Camus. « Mais mon écrivain français préféré reste cet homme-là », dit-elle, en montrant un livre de Gérard de Nerval. Un auteur que nous n’avons pas lu. Au fil de la soirée, l’évidence s’impose : elle connaît notre patrimoine culturel beaucoup mieux que nous. « J’espère juste que tous ces livres trouveront des lecteurs une fois que je serai ’’partie’’, conclut-elle. Tout va trop vite aujourd’hui en Roumanie, plus personne ne prend le temps de lire. Les jeunes sont fascinés par tout ce qui brille et qui vient des États-Unis. Mais pour moi, l’Amérique, c’est la mort. »

*

La librairie francophone de Bucarest porte le nom du premier roman d’Istrati : Kyralina. Située à deux pas de la Place Vitorei, elle constitue un véritable havre de paix au milieu du brouhaha citadin. Nous expliquons notre démarche à la libraire travaillant ce jour-ci. Enthousiasmée à l’idée d’échanger autour du « pèlerin du cœur »10, elle raconte alors sa rencontre avec les livres de Panaït Istrati. Avant de nous encourager à nous rendre « en pèlerinage » à Braïla, sa ville natale.

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À l’époque d’Istrati, Braïla était le second port du Danube. Cette ville cosmopolite, escale de nombreux marins de la mer Noire et de la Méditerranée, bouillonnait littéralement d’activité. Mais l’industrialisation du port, à partir des années 1920-193011, puis le développement des transports aériens lui ont fait perdre beaucoup de son poids économique. Au point qu’aujourd’hui elle ressemble à s’y méprendre à une ville fantôme : bâtiments en ruine, port désaffecté, lignes de tramway abandonnées…
Mais Braïla abrite encore nombre d’éléments renvoyant aux romans d’Istrati. Un peu d’imagination et Mikhaïl apparaît sur un banc public, strada (rue) Graznitva, son livre Jack à la main. Et la pâtisserie de la place Georghe Doja, juste en face du belvédère, ne pourrait-elle être celle où Kir Nicolas faisait cuire sa platchynta ? Certes, on ne voit nulle trace de Procop et de son salon de thé, mais cet homme à l’allure de bagnard attablé à la terrasse d’un café n’a t-il pas quelque chose de Codine ? Et puis, le Jardin public surplombant les eaux grises du Danube reste toujours le rendez-vous des éternels amis et des amours éphémères.
C’est d’ailleurs là qu’a été édifiée la maison Panaït Istrati. Une des pièces du bâtiment abrite toutes les éditions étrangères du vagabond : allemandes, grecques, égyptiennes. Et une autre héberge sa bibliothèque personnelle, avec ses toutes premières éditions, des livres dédicacés par ses meilleurs amis et quelques « reliques » comme sa montre et ses lunettes. Des passages de son texte le plus beau, le plus visionnaire, Les Arts et l’Humanité aujourd’hui, ornent les murs : « Il me semble inconcevable qu’un être humain puisse cultiver le cœur, l’esprit, sans qu’il prenne immédiatement un vif intérêt à ce qui se passe autour de lui ; sans qu’il devienne sensible - s’il ne l’est pas de naissance - aux multiples misères et injustices qui ravagent l’humanité. »

*

Une fois de retour à Bucarest, Camelia nous emmène voir la tombe d’Istrati au cimetière Bellu, l’un des plus beaux d’Europe. Les sépultures des écrivains enterrés ici sont toutes rassemblées dans une même zone. Une seule exception : Panaït Istrati. A sa mort, en 1935, la société des écrivains roumaine n’a pas voulu lui faire de place. Parce qu’il a écrit ses livres en français ? Parce qu’il n’est jamais revenu sur son jugement à propos de l’URSS ?

Au-dessus de sa sépulture, un emplacement vide : le bouclier en bronze qui l’ornait a été dérobé l’année dernière. Il y aura toujours plus de chiens que de haïdoucs.

*

Sache, Panaït, que rien n’a changé depuis ta disparition. L’Art tel que tu le concevais a subi une terrible défaite. Il n’a pas réussi à rendre l’humanité meilleure qu’elle n’était, loin de là. Comment aurait-il pu ? Les artistes se comportent désormais comme des épiciers désireux d’arrondir leurs fins de mois. Même si certains résistent, encore et toujours. Des femmes et des hommes avec le même sens de l’amitié, la même passion pour la littérature, et le même souci de leur prochain. Et qui consacrent une partie de leur vie à partager tes écrits et à combattre, à leur manière, le capitalisme.

« Il n’y a de meilleur hommage que le souvenir, il n’y a de vrai culte que la mémoire critique ; il n’y a que d’autre amour dans la complicité dans leurs obsessions. Tout est rêve, et presque tout vire au cauchemar. »12

Rêvons, et souvenons-nous de Panaït Istrati.
Vive l’Homme qui n’adhère à rien !13

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***

Les Amis de Panaït Istrati
Le 9 novembre dernier, une trentaine de personnes ont participé à l’assemblée générale de l’association. Pour adhérer à cette dernière, il suffit d’envoyer un chèque de 25 € (10 € pour les moins de 25 ans) à cette adresse : association des Amis de Panaït Istrait, Christian Delrue. 179 rue Duguesclin, 69003 Lyon. L’adhésion permet d’être tenu au courant des manifestations organisées autour de l’écrivain roumain et donne droit à un abonnement gratuit au bulletin d’information Le Haïdouc.



1 Edité par Gérard Lebovici en 1985, l’ouvrage est malheureusement assez difficile à trouver aujourd’hui.

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2 En fait, Souvarine consacre à chacun d’entre eux un chapitre entier.

3 Bandits roumains très présents dans le folklore du pays.

4

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5 Il existe en réalité deux associations existent, l’une française et l’autre roumaine. Elles se nomment toutes deux « Les Amis de Panaït Istrati », mais ont des initiatives et des bureaux différents.

6 Istrati a écrit tous ses livres en langue française ; il n’a pourtant apprise celle-ci qu’à 30 ans !

7 Si vous trouvez que cela ressemble par trop à une carte postale, empressez-vous de lire un des romans d’Istrati : vous comprendrez que la nourriture revêt pour lui une grande importance. De même pour l’hospitalité : l’amitié débute très souvent avec un hôte et un invité.

8 Dan Ursuleanu a en effet réalisé plusieurs émissions radiophoniques consacrées à Istrati, et elles ont rencontré un large écho.

9 Aujourd’hui publié sous le titre Dans la dèche à Paris et à Londres.

10 Titre du recueil publié pour le centenaire de la naissance d’Istrati en 1984.

11 Le thème est abordé dans l’un des livres de l’écrivain, La Maison Thuringer. Certains passages de l’ouvrage évoquent par ailleurs largement les critiques d’Ellul sur la technique.

12 Préface à Archanges, 12 histoires de révolutionnaires sans révolution possible, 2012, Métailié, Paco Ignacio Taibo II.

13 Istrati, dans la préface de son livre La Maison Thuringer (écrit juste après avoir été la cible des staliniens) se défend en se présentant comme un Homme qui n’adhère à rien. Par cette expression, il entend se démarquer à la fois du communisme bolchévique et de la classe bourgeoise. Ainsi, en n’adhérant à rien, il continue de croire en ce qu’il a toujours cru, et ce qui fait la beauté de ses romans : l’amitié et la solidarité.


COMMENTAIRES

 


  • mercredi 20 novembre 2013 à 21h24, par Jo

    Oui, Istrati est un homme à lire : il parle encore haut et fort à nos cœurs (les staliniens n’ont pas réussi à l’oblitérer même chez Gallimard où ses œuvres sont disponibles en format poche) et c’est très bien d’aller sur ses pas en Roumanie. N’empêche, quand je lis « « Mais mon écrivain français préféré reste cet homme-là », dit-elle, en montrant un livre de Gérard de Nerval. Un auteur que nous n’avons pas lu » mes cheveux se dressent sur la tête. Ne pas avoir lu, jamais, Gérard de Nerval et apprendre son existence à Bucarest ? Il y a encore des voyages à faire…

    • jeudi 21 novembre 2013 à 13h46, par Ogur

      Et puis il y a Victor Serge, Benjamin Fondane et moins connu Jan Zabrana (des extraits de son journal, publié chez Allia sous le titre « toute une vie »
      extrait : "Ils ont appris des choses. Dans leur intérêt évidemment. En 1950 ils pendaient les gens, et c’est quelque chose qu’on ne peut pas oublier, qu’ils traîneront toujours derrière eux, que n’importe qui pouvait leur lancer à la figure, en 1968 - quelque chose qu’ils ne pouvaient pas expédier d’un geste irrité au rayon des erreurs négligeables, insignifiantes, dérisoires.
      Aujourd’hui ils se débarrassent des gens administrativement, en silence - en les précipitant dans des soucis matériels chroniques, en les renvoyant de leur travail chaque fois qu’ils en trouvent un. ça use un homme en quelques années, ça l’écrase, ça l’abat définitivement. Et pourtant rien ne lui est arrivé. S’il les accusait un jour de l’avoir congédié illicitement, il serait ridicule"

      http://www.youtube.com/watch?v=GkRR...



  • jeudi 21 novembre 2013 à 15h20, par Karib

    Jacques B., je t’envie : tu n’as pas encore découvert Gérard de Nerval, le doux, le merveilleux Gérard et tu vas passer des moments aussi superbes qu’avec Panaït Istrati !

    Et puis merci pour le récit de ton périple, merci d’avoir rappelé à nous ce magnifique écrivain que fut Istrati, qui a eu le tort, comme Victor Serge, de dénoncer trop tôt l’horreur et l’imposture staliniennes et qui l’a payé si cher.



  • jeudi 21 novembre 2013 à 20h02, par Ymmy

    Codine c’est aussi un film ;( Beaubourg , petite salle 1985 , Fr3 1986 ) y a t il eu d’autres adaptations ? l’article aurait pu le préciser :



  • vendredi 22 novembre 2013 à 19h44, par P.Pellicer

    Ahhhh l’immensissime Panaït !

    Naples, Istrati, le flamenco...Article11 parle aussi à nos coeurs, et bien !



  • samedi 23 novembre 2013 à 04h58, par Mézigue

    Merci pour ce bel article

    Une petite précision à propos de ce qui est souvent affirmé sur Vers l’autre flamme :



  • samedi 30 novembre 2013 à 15h18, par Marc

    … Pourtant il faut tâcher d’aller plus loin. Tant soit peu. Il faut tâcher.

    Car il y a devant nous, tel un cadavre puant, la terrible vie des hommes - des hommes qui s’entredévorent. Enfin ! N’est-il pas vrai que, depuis que le monde existe, toute force qui se lève au-dessus de la masse humaine, et d’où qu’elle vienne, d’en haut ou d’en bas, ne fait qu’écraser son faible prochain ? Eh bien ! où est-il écrit que cela doit continuer ainsi jusqu’à la fin des siècles ?

    Je sais : des amis savants me rappellent sans cesse la, biologie et ses lois. Non ! non ! si les universités n’enseignent que cela, à bas les universités ! Je refuse de me considérer comme un oiseau de proie qui se nourrit du sang de ses congénères. Je suis un homme, c’est-à-dire la seule de toutes les créatures animales qui souffre au spectacle de la souffrance de ses semblables. Il ne faut pas me confondre avec un pauvre épervier.

    Alors ? A quoi servent toutes ces sciences, tous ces arts, tout le fumier de vos philosophies millénaires, puisqu’on n’est pas encore arrivé à défendre, sous peine de mort, de vivre du sang de son prochain ? Pourquoi, du haut de vos chaires de morale et de religion, prêchez-vous le Beau, le Bien, le Juste, puisque tous, jusqu’au dernier, vous ne faites en pratique qu’obéir aux lois de la biologie de l’épervier ?

    Mais toutes ces choses-là on les a déjà dites, et si bien dites que les foules toujours avides de justice s’en sont engouées. Et de tous les iconoclastes elles ont fait leurs nouvelles idoles.

    Qu’en est-il résulté ? Rien.

    Ou plutôt, si ! Il en est résulté un nouveau métier, le plus horrible de tous : le métier, bien lucratif, de l’artiste ou du moraliste qui vit du sang de la sainte révolte des vaincus.

    Maintenant c’est fini.

    Je vois naître dans la rue un homme nouveau, un gueux. Un gueux qui ne croit plus à rien, mais qui a foi totale dans les forces de la vie. Et de mon lit de malade - qui peut devenir cet automne même mon lit de mort - Je dis à ce gueux ce qu’Adrien Zograffi n’aura peut-être plus le temps de dire. Je lui dis ceci :
    Après avoir eu foi dans toutes les démocraties, dans toutes les dictatures et dans toutes les sciences et après avoir été partout déçu, mon dernier espoir de justice sociale s’était fixé sur les arts et les artistes. Vu leur grand pouvoir sur les masses, je m’attendais à ce que surgissent dans les lettres des géants révoltés qui tous, dans la rue, se mettraient à la tête de la croisade contre notre civilisation bestiale, démasquant toutes les hypocrisies : démocratiques, dictatoriales, religieuses, scientifiques, pacifiques ou moralisantes.

    On n’a rien vu de tel, comme tu sais. L’art est une supercherie, à l’égal de toutes les autres prétendues valeurs. J’ai moi-même fait de l’art, et pas mal réussi, je puis donc te le dire : encore une supercherie. Et l’artiste est semblable à l’homme d’église ; il prêche le sublime, mais il entasse des louis tant qu’il peut, t’abandonne dans la gueule du loup et se retire pour grignoter son magot, parfaitement défendu par ces mêmes mitrailleuses qu’il te demande, à toi, à toi seul de détruire.

    Voilà ce que sont les arts et les artistes qui t’émeuvent. Des charlatans.

    Aussi, quand, de leur retraite, ils t’exhortent à adhérer à ceci et à cela, en versant des larmes sur ton sort, n’adhère plus à rien. Pas même à toutes ces "patries internationales » qui sont à la mode en ce siècle. Patries ? A bas toutes les patries, nationales ou internationales, avec leurs vieux ou leurs nouveaux maîtres, démocrates ou absolutistes, tous des maîtres - à bas toutes les patries qui font toujours tuer les uns afin de faire vivre les autres. Refuse de crever pour qui que ce soit. Croise les bras ! Sabote tout ! Demeure lourd de toute ta masse. Dis à ces messieurs, quels qu’ils soient, d’aller, eux, se faire tuer pour toutes ces patries qu’ils inventent chaque siècle et qui se ressemblent toutes. Toi, homme nu, homme qui n’as que tes pauvres bras ou ta pauvre tête, refuse-toi à tout, à tout : à leurs idées comme à leur technique ; à leurs arts comme à leur révolte confortable.

    Et si l’envie te prend de crever quand même pour quelqu’un ou pour quelque chose, crève-toi pour une putain, pour un chien d’ami ou pour ta paresse.

    Vive l’homme qui n’adhère à rien !

    Panaït Istrati -1932



  • mardi 3 décembre 2013 à 08h44, par sacha

    Ben dis donc qu’est-ce que c’est beau !!! Je ne connais pas Panait Istrati, je fonce ! Merci de cet article !



  • mercredi 4 décembre 2013 à 00h45, par chouquette

    Bel article et bravo à son auteur. Il est toujours très agréable de lire un travail sur un auteur aussi intéressant que méconnu du plus grand nombre.
    Amitiés



  • dimanche 29 décembre 2013 à 17h01, par bikepunk

    merci pour cet article sur istrati. j’ai découvert l’auteur en lisant, par hasard, dominitza de snagov, dans une bibliothèque à Bucarest. quand j’ai apporté le livre à ma grand mère centenaire, elle m’a dit : « ah oui, istrati, c’est bien ça ! c’était à la mode quand j’étais jeune ! et puis on l’a oublié, je ne sais pas pourquoi... »

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