ARTICLE11
 
 

vendredi 14 septembre 2012

Entretiens

posté à 21h05, par Marion Dumand
14 commentaires

Tordères : commune autogérée, mode d’emploi

Avec 180 habitants, le petit village de Tordères dans les Pyrénées Orientales s’est fait connaître pour son fonctionnement municipal inhabituel : le pouvoir y est aux villageois, et la démocratie, participative. Une expérience d’auto-gestion discrète mais bien rodée. Interview de la mairesse porte-voix, Maya Lesné.

Tordères est connu pour sa démocratie participative. Comment le projet et l’équipe municipale se sont-ils constitués ?

Aux dernières élections, le maire sortant en avait ras la casquette, et le précédent (qui était resté 14 ans à la mairie), plutôt procédurier et bétonneur, voulait y retourner. On a alors organisé une grande réunion publique, ouverte à tous, même aux enfants et aux ados. On n’a pas réfléchi à qui était de droite, qui était de gauche, même s’il faut bien avouer que la majorité du village vote à gauche. Nous voulions d’abord décider ensemble de ce que nous souhaitions défendre et ensuite déterminer qui serait candidat, disposé à défendre le bien commun et pas ses propres intérêts.

Très vite, des idées essentielles se sont imposées, quant à la constitution de la liste et au fonctionnement de l’équipe municipale :
1. Que la population soit toujours impliquée dans les décisions du conseil municipal.
2. Que la liste ne soit pas exclusivement composée de notables ni de retraités (qui ont souvent soit le temps, soit l’argent – voire les deux), mais de « gens normaux » : hommes et femmes à parts égales, de tous âges, sans exclure les chômeurs, les précaires ni les personnes arrivant de l’étranger.

Comment se sont déroulées les élections ?

Des 20 personnes retenues, seules 11 se sont finalement présentées, afin de pouvoir faire face à la liste adverse malgré le panachage électoral. Nous avons obtenu 86 voix contre 20. Au final, la moyenne d’âge se situe autour de la quarantaine, ce qui n’est pas sans poser problème : beaucoup ont des activités, une famille, alors que la participation au Conseil prend du temps et de l’énergie. J’ai été désignée comme mairesse, tout simplement parce que j’étais au chômage à l’époque et que j’avais donc plus de temps. Il faut aussi dire que je suis assez grande gueule... L’important étant que ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous.

Quelles priorités pour le village ?

« On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste…  » C’est l’esprit de notre programme. Plus concrètement, nous avons défini quatre axes primordiaux :
1. Maintenir l’école coûte que coûte. C’est la condition sine qua non pour que le village vive (le quart de la population a moins de 18 ans !), même si ça représente la moitié du budget.
2. Maintenir les emplois municipaux, également coûte que coûte (secrétaire de mairie et employé polyvalent).
3. Entreprendre une grande réflexion sur l’urbanisme, pour réagir à la forte pression foncière venant de Perpignan. En incluant la protection des zones agricoles et naturelles.
4. Continuer à bien vivre ensemble.

Comment les habitants participent-ils à la prise de décision ?

Pour le premier conseil municipal, nous avons envoyé une lettre aux habitants : tous pouvaient s’inscrire dans les commissions municipales et extra-municipales de leur choix. Finalement, parce que c’était trop restrictif et figé, nous avons encore plus ouvert : tous les habitants du village, enfants et adultes confondus, peuvent à tout moment participer à n’importe quelle commission.

Il existe 5 commissions municipales : Travaux, Environnement et Agriculture, Finances, Affaires sociales, Urbanisme. Certaines d’entre elles sont extra-municipales, dont « Tordères en fête », tout à fait intergénérationnelle : de 4 à 90 ans...

Les commissions ont-elles un rôle réel ?

Oui, les trois quarts des décisions fondamentales se prennent là, dans les commissions, qui se tiennent plus ou moins fréquemment. Les décisions ne sont pas actées si la participation est trop faible (en deçà de 5). Dans ce cas, elles sont mises en attente. « Ça ne vous intéresse plus, alors on en reparlera quand nous serons à nouveau mobilisés.  » Il n’est pas question de décider à la place de tous. Si l’on nous dit : « C’est aux élus de faire le boulot !  », je réponds : «  C’est mieux qu’on s’y mette tous ! » Il est plus sain de prendre une décision à plusieurs, même si c’est plus long, même si le préfet nous engueule à cause des délais. Et puis, il faut bien avouer que cette façon de faire heurte les habitudes des habitants !

Comment s’articulent commissions et conseil municipal ?

Prenons l’exemple de la Commission Travaux, qui remporte un franc succès. Les habitants se réunissent par rue, ou par « quartier ». C’est à eux de lister les problèmes qu’ils rencontrent et d’envisager les solutions (par exemple, mettre du goudron ou de la terre battue…).

Nous, au conseil municipal, on se contente de chercher le pognon et de voir si c’est jouable, en faisant faire des devis, en recueillant des avis d’experts. Ensuite, on présente ce dossier aux habitants, et c’est eux qui décident. Après tout, c’est leurs impôts, c’est à eux de trancher, et tous sont bien conscients des limites financières.

Il est souvent difficile de comprendre le fonctionnement d’un budget municipal…

Il faut reconnaître que la Commission Finances n’a aucun succès. Les gens ne se sentent pas compétents. Pourtant, comprendre le budget de la commune, et son fonctionnement, est primordial. Cette transmission de la gestion administrative et comptable de la commune à la nouvelle équipe est assurée à 80% par le ou la secrétaire de mairie, bien plus que par l’ancien maire. Sans leur compétence, nous serions démunis.

Trop souvent, à l’échelle de la commune, de la ComCom, du département, les budgets et les questions « délicates » font l’objet de réunions officieuses, où l’on débat, questionne, se met d’accord. Puis, au conseil, dans les réunions ouvertes au public, les décisions sont votées en deux minutes. Elles demeurent incompréhensibles pour les non-initiés, ce qui est à mon sens dramatique.

Il n’y a pas d’essoufflement de la participation, sur la longueur ?

Le problème de ce système est lié à l’usure de l’engagement. Une fois passée l’euphorie des débuts, la participation baisse. Il faut aller tous les jours chercher les habitants pour qu’ils participent, ce qui est plus fatigant que flatteur (même si cela témoigne aussi de la confiance faite aux membres du conseil).

Au début, certains ont également redouté « l’attaque des balançoires », c’est-à-dire la participation des plus jeunes aux décisions municipales. Ce qui a poussé ces adultes à s’engager davantage… Et c’est un sacré exercice de transmettre l’information à la fois aux adultes et aux jeunes. Mais cette transmission nous semble primordiale : il faut que les mômes s’emparent de l’histoire de leur village. Même s’ils sont, par nature, un peu conservateurs…

Est-ce compliqué d’être mairesse dans ces conditions ?

En fait, ce fonctionnement est trois fois plus fastoche pour le maire, et gratifiant. C’est vrai que tu es parfois amené à soutenir le projet des autres. Mais tu peux démissionner si ces derniers vont vraiment à l’encontre de ta façon de voir. C’est ce que je ferais si j’étais confrontée à cette situation. Un maire peut se sentir un peu seul ; il doit (ré)apprendre la discussion, la confiance, la discrétion, parce qu’il y a des moments que tu ne partages ni avec le conseil ni avec les commissions, des moments qui te plongent dans l’intimité des familles. Le premier à être appelé, en cas d’événements graves, ce n’est plus le curé, c’est le maire. On pénètre parfois un espace secret, qui doit le rester. Mais cet isolement n’est pas problématique si l’on aime le dialogue et son village.

Votre village fonctionne de façon très collective. Ce qui n’est pas d’usage à l’extérieur…

C’est là que les choses se corsent, à la préfecture, à la ComCom, dans des réunions qui prennent beaucoup de temps et d’énergie. Tu es alors vraiment seul : le fonctionnement n’est plus collectif, comme au village, mais individuel, fait de rapports de force. Quand, en plus, tu es une nana, et jeune, tu t’en ramasses plein la tronche. Dans ce cas, savoir que le village est derrière toi, que tu défends ses décisions, ça donne des forces.

Peux-tu nous donner un exemple d’un combat mené par Tordères ?

Nous avons eu un sacré bras de fer avec le préfet quant au plan de prévention des risques incendies. Tordères est en zone rouge : les assurances sont très élevées (ce qui entraîne une injuste « sélection  » sociale) et, si ta maison brûle, tu ne peux pas la reconstruire ! Sans compter que la commune était censée réaliser des travaux délirants vu son budget. À un moment, si l’État prescrit, l’État paye – ou devrait le faire ! Le préfet pensait nous mettre la pression village par village. Mais nous avons monté un collectif, d’abord au sein de la Comcom des Aspres, qui a hérité avec la Résistance d’une forte solidarité. Le collectif compte maintenant 50 mairies et fait tache d’huile dans tout le Midi. Face à ce plan décidé par un technocrate à deux balles, nous demandons une réflexion nationale.

Et qu’en est-il du projet d’éoliennes sur votre territoire ?

C’était un projet de la ComCom. Les grosses communes étaient pour… mais lorsqu’il a été question des petites communes, ça a été une autre histoire ! Nous ne sommes pas contre l’éolien ou le solaire, au contraire. Nous aurions même pu faire abstraction de la dégradation visuelle. Mais nous ne voulions pas d’un projet qui nous était imposé, en toute opacité, avec en lice des grosses boîtes comme Suez et Areva, où l’énergie produite n’était pas réinjectée dans la commune. Le bras de fer a duré deux ans, mais nous avons fini par gagner : le projet a été abandonné.

Un dernier mot ?

Il est fondamental de se donner d’autres idées, d’autres envies, d’autres manières de faire, en regardant notamment ce qui se passe à Marinaleda, un village d’Andalousie1.


COMMENTAIRES

 


  • samedi 15 septembre 2012 à 14h32, par Francois

    hop, sur le sujet, aussi ça : http://www.cequilfautdetruire.org/s...

    F



  • dimanche 16 septembre 2012 à 20h11, par GF

    C’est chouette à lire, comme expérience, et ça a l’air de tenir, malgré les difficultés, depuis plusieurs années. Je serais curieux de savoir s’il y a des choses similaires en milieu urbain, tiens.

    Merci pour l’itw, en tout cas...



  • lundi 17 septembre 2012 à 05h59, par Papillon

    Bonjour,

    Sur la VRAIE démocratie il faut absolument suivre les conférences d’Etienne CHOUARD, comme celle-ci par exemple :

    http://etienne.chouard.free.fr/Euro...

    • mardi 18 septembre 2012 à 11h58, par guillaume

      ouais ben, sur Chouard justement, un article pas triste de la part de Conspi hors de nos villes :
      http://conspishorsdenosvies.noblogs...

      où, si le sieur Chouard se revendique de l’anarchisme, il n’empêche que ses fréquentations donnent la nausée.
      D’ailleurs, un sujet d’article sur Article 11 : le voltairianisme est-il un humanisme ???
      saluts libertaris
      guillaume



  • lundi 17 septembre 2012 à 10h47, par Maya Lesné

    Bonjour,

    Je viens de recevoir l’article, qui est très chouette, mais j’ai quand même deux ou trois remarques à apporter.

    Tout d’abord sur le titre qui donne une vision trop idéalisée du village. Autogéré, Tordères ne l’est pas car au-delà de ses habitants et de son équipe municipale, l’essentiel des prises de décisions qui concerne son fonctionnement est, comme pour n’importe quelle autre commune, régi par des lois et des règles instaurées par un Etat et une Constitution auxquelles nous obéissons (avec plus ou moins d’enthousiasme) et, par ailleurs, le quotidien communal dépend en large partie des dotations d’Etat qui sont versées, mais également des aides d’autres collectivités territoriales (Conseil Général, Communauté de Communes, etc.) sans lesquelles on crèverait tout bonnement... En ce sens, Tordères est très très très loin d’une autogestion et ce serait bien prétentieux de raconter le contraire.

    Je crois que ce qui paraît toujours le plus novateur à ceux qui découvrent notre fonctionnement, c’est la question de la participation, par le biais notamment des commissions populaires, pourtant c’est quelque chose qui se pratique souvent dans les petites communes rurales sans qu’on en fasse tout un plat. Ce n’est ni plus ni moins que la banale commission extra-municipale telle qu’elle est prévue par la loi. Ca n’est pas neuf et, quoique probabement hérité de la Révolution Française et de la Commune, ça n’est finalement pas si révolutionnaire que ça non plus. Je ne veux pas diminuer le boulot (de longue haleine) que nous avons entrepris ici mais je veux simplement que vous sachiez qu’il n’a rien d’extraordinaire et surtout qu’il évolue avec l’expérience et n’obéit à aucun dogmatisme (d’aucuns nous contactent parfois en se pâmant : « alors, c’est formidable, vous menez une expérience de municipalisme libertaire ! »... Comme si le besoin de coller des étiquettes était toujours plus fort que tout... Hé bien, non, mon poto, nous menons une expérience de municipalisme tout court et des fois, ça marche, et des fois ça marche pas, et des fois on se marre, et des fois on s’engueule, et des fois on se trompe, des fois c’est douloureux, des fois c’est pesant, des fois c’est formidable, etc., mais jamais, ô grand jamais, ça n’obéit à la loi des étiquettes !)

    La base de ce fonctionnement participatif, c’est la pacification. Ce que l’article ne précise pas, c’est qu’une des premières choses qui ait été faite a été de parler avec la liste adverse et de l’inviter à participer à la vie communale. La plupart sont venus et c’est sans doute parce qu’ils ont fait cette démarche (qui n’est en fait pas si facile, surtout quand on a été maire pendant quatorze ans et qu’on n’a pas été réélu) que tout a été possible. Trop souvent, ce qui bouffe les villages, ce sont de très vieilles querelles jamais réglées, notamment les querelles municipales. Pacifier, c’est la base de tout. Rien de bon ne peut se construire sur la haine. C’est pour ça qu’un petit point me chagrine un peu dans l’article : certes, un des maires précédent avait un goût prononcé pour les procédures et le béton mais, bon an mal an, il en est revenu et, non seulement accepte notre mode de fonctionnement mais en plus y adhère. Bienheureusement, il n’est pas interdit de changer et chacun a droit à ses erreurs, d’autant qu’être maire n’est pas une tâche simple et, si on vous laisse trop seul (ce qui est souvent le lot des maires), on peut parfois dériver... On croit bien faire et on se plante...

    Enfin bref, voilà, c’était deux ou trois remarques livrée en vrac.

    A bientôt !

    Maya



  • lundi 17 septembre 2012 à 11h38, par Maya Lesné

    Euh, j’ai écrit trop vite : il manque un « s » à « précédent » et à « livrée »... Ouah, la honte !



  • mardi 18 septembre 2012 à 18h14, par Béatrice

    Hé bien bravo, même si le dernier commentaire casse l’ambiance si encourageante. Je n’ai jamais vécu une telle expérience dans une commune. Bravo à vous Mme la Mairesse, vous êtes au chomage et il me semble que vous trouviiez enfin un sens à votre vie car c’est un emploi du temps très riche, surtout en relations humaines. Félicitations !
    Béatrice

    • mercredi 19 septembre 2012 à 05h44, par pièce détachée

      @ Béatrice : merci pour votre commentaire, qui me permet de dire autrement qu’en version groupie tout le bien que je pense du « dernier commentaire » auquel vous faites allusion — je suppose qu’il s’agit de celui-ci, n’osant croire que ce sont deux petits « s » oubliés, dont Maya a exagérément honte, qui vous « cassent l’ambiance si encourageante ».

      Il vous faut de l’ambiance ? Il existe des diffuseurs pour salon, en plastique imitation porcelaine, avec bergère et pâtre au doux parfum de lévitation autogérée. Quant à penser qu’un chômeur perd le sens de sa vie (à supposer que ça existe et qu’on puisse l’égarer) et le retrouve, hop !, avec un emploi du temps riche d’humanité, vous pourriez peut-être essayer la recharge Brise des Îles.

      Je viens de vivre plus de onze ans dans l’appartement communal, au-dessus de la mairie en pleins champs, d’une commune à hameaux dispersés de 116 habitants. J’ai vu (c’est drôle) et payé (ça l’est moins avec le RMI et ses clones) les pires injustices et dégradations irresponsables, tout en nettoyant puis entretenant à mes frais et travaux l’horrible friche du jardin municipal (500 m carrés), dont plein de gens venaient désormais, d’un printemps à l’autre, photographier « l’ambiance si encourageante », comme vous dites. J’ai proposé, parlé, participé, pour me faire taper dessus physiquement, traiter de ouf, et failli finir tétraplégique + brûlée vive en disant cinq fois bonjour avant qu’on me réponde. J’ai vu passer deux équipes municipales — en grande partie les mêmes personnes, sachant que les petites communes ont bien du mal à réunir les onze équipiers de rigueur, dont beaucoup sont consanguins (le père, la mère, les fils s’il y en a, à défaut les filles, puis les gendres & brus, et ainsi de suite) ; le « reste », qui sert de bouche-trou sur les listes panachables, ne vient jamais aux réunions, ou déménage carrément quinze jours après les élections. J’ai vu des dépenses insensées pour barbouiller en façade des trucs moches, pourris, dangereux, absurdes. Il existe aussi des communes qui refusent de faire partie des communautés de communes, et j’ai eu beau chercher, personne n’a su me dire en quoi c’est bien ou non. Bref, comme d’hab retrousser mes manches, penser, proposer, inventer, me tromper, mais en compagnie de Maya et tou(te)s les autres, dans ma soif je n’aurais pas craché dessus, quelles que soient les autorités de tutelle, quelle que soit cette fameuse ambiance qui vous échappe jusqu’à vous fuir.

      J’habite désormais dans une commune de 1 300 habitants (hameaux à 8 km inclus), 29 associations, 17 nationalités. C’est moins bien que Tordères, pas autogéré, il fait vite froid, humide, pentu et verglacé en tous sens, il faut se coltiner le bois de l’abattage jusqu’à la chauffe, et les gens qui retroussent leurs manches en notre compagnie pratiquent aussi le sport de rire de nous. Putain d’ambiance décourageante, pas révolutionnaire pour un sou.

      Béatrice, je vous le dis, si vous cherchez le Messie d’Ambiance, ne venez pas vers chez moi (pas loin, il y a aussi la commune de France qui vote le plus à gauche, toutes élections confondues, mais ça caille aussi en moins beau, avec des veilleurs féroces). Allez plutôt faire chier toute l’équipe de Maya.

      • vendredi 21 septembre 2012 à 10h58, par pièce détachée

        ...je reviens sur mon commentaire ci-dessus, pour en regretter la forme brutale (à moi la honte cette fois !). Pour le fond, je maintiens : « depuis tant de grands soirs que tant de têtes tombent » (Brassens), on peut concevoir se défaire du fantasme des grandes déferlantes libératrices sur fond de cadavres, et choisir de faire (limité) avec ce qu’on a (peu), à regret évidemment et avec plein de compromis. On comprend alors que certaines formes de « tourisme alternatif », avec les malentendus qu’elles promènent, puissent agacer un peu...

        • samedi 22 septembre 2012 à 19h07, par un-e anonyme

          Ohlala, je l’entends tellement bien ton précédent message que je pense pas te jeter la pierre.
          Le petit village ou j’étais (-de 100 habitants) j’ai fini par le quitter, la france profonde TF1nisé, au secours !
          Ils auront réussi à me faire fuir à force d’acharnement, presque 15 ans là-bas, les vignes, les murets de pierre, l’allée qui menait au potager, supprimés, bétonnés, modernisés. Les vieux c’était les moins butés, les plus ouverts, conscients du temps qui ne revient pas, conscients que se foutre sur la gueule avec le voisin n’a aucun sens quand le village se désertifie. N’empêche, même les espagnols arrivés en 36 y sont toujours des étrangers…
          Alors oui, la consanguinité, la méchanceté, la xénophobie des petits villages si charmants, ça existe !
          Bravo en tout cas d’avoir réussi à Tordères à engager un renouveau dans le partage des pouvoirs, parce que dans le Languedoc-Roussillon, la mafia des seigneurs et des serfs y sévit encore. Ah, un point à connaitre en passant, combien « d’Autochtones » à Tordères, et combien de « Néos » ?



  • samedi 22 septembre 2012 à 12h02, par Séb

    Sur ce sujet, à voir aussi l’expérience de la commune de Beckerich (2500 habitants, peut-on parler de ville comme le demandait l’un des premiers posts, sachant qu’il y a plusieurs dizaines d’entreprises sur son territoire ?) au Luxembourg, qui en plus et d’ici quelques mois devrait être autonome énergétiquement (biométhanisation, filière bois etc.). Les habitants ont également décidé de « sortir de l’euro » à leur manière en lançant leur monnaie locale. Le problème, c’est que la banque centrale du Luxembourg (pays bien connu ça) essaie de les emmerder. Mais bon, ils tiennent bon les gaillards. Cet exemple m’a fait bien plaisir quand je suis allé voir sur place...



  • vendredi 12 octobre 2012 à 09h54, par Pierre Thomé

    Super et réconfortant... Vive Maya et les habitants de Tordères « Créateurs d’utopies » !

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