ARTICLE11
 
 

mercredi 28 octobre 2015

Sur le terrain

posté à 14h03, par Lémi
18 commentaires

Marseille – la coupe est Plaine

Marseille. Son pastis. Son mistral. Son OM. Sa Canebière. Et... sa Plaine. Une place un peu absurde, vivante, bordélique et populaire, que voudraient bien « nettoyer » et « lisser » les aménageurs du nouveau monde. Heureusement, le projet ne fait pas l’unanimité.

« C’est une vaste place encadrée de chaque côté par deux allées d’arbres. Au printemps, il y a dessus une foire », écrivait Jean Giono dans Noé (1947), en un passage dépeignant La Plaine. « Du temps de ma jeunesse, continuait-il, il y avait au centre de cette place un bassin dans lequel évoluait un bateau à rames à forme de petit paquebot et pouvant contenir une dizaine d’enfants. Un feignant costumé en matelot faisait faire pour deux sous trois fois le tour du bassin, lentement, avec de longues pauses. Cela s’appelait le tour du monde. Chaque fois que je descendais à Marseille avec mon père, il me payait ça. Je montais dans la barque et j’étais navré de le quitter, car il restait à terre. Il restait à terre et il faisait lentement le tour du bassin en même temps que moi, car il était navré de me quitter. Mais, dès que nous arrivions à Marseille, lui et moi, il me disait : Viens, Jean, je vais te payer le tour du monde. »

Aujourd’hui, il n’y a plus de bassin sur La Plaine. Plus de bateau non plus, ni de « feignant costumé ». Mais « le tour du monde », on peut toujours le faire. Il suffit d’y passer du temps.

*

Pour tout Marseillais qui se respecte, même fraîchement débarqué, la place Jean-Jaurès, communément appelée La Plaine, est un endroit spécial, presque sacré. Un symbole. Non que cet espace rectangulaire situé dans les hauteurs de la Canebière soit particulièrement esthétique ou pratique – le proclamer reviendrait à s’enflammer un tantinet –, mais parce qu’il est habité d’un esprit particulier, aussi frondeur que débrouillard. Une fierté locale.

La Plaine, c’est un univers en soi. Avec ses quelques bars qui ne paient pas de mine mais regorgent de vie. Son marché tri-hebdomadaire (mardi, jeudi et samedi) aussi foutraque qu’accessible et fréquenté par les populations les plus pauvres de la ville. Son aire de jeu accueillant les enfants dans la journée et les gros bourrés la nuit. Ses soirs de foot (allez l’Ohème) où rien d’autre n’existe que le ballon rond. Son micro-jardin propice aux ébats nocturnes. Ses magnolias esseulés. Son aberrant parking perpétuel aux airs de casse-tête chinois. Ses trottoirs d’une largeur microscopique. Au vrai, tout y est plutôt brinquebalant. Comme rafistolé, de bric et de broc. Mais – bonjour lyrisme – tout a une âme.

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Photo Lémi

C’est le samedi que La Plaine revêt ses habits les plus azimutés. Ce jour-là, le marché est si fréquenté qu’il semble littéralement déborder hors de la place. De l’avis général, on y trouve tout. Et son contraire. De l’électroménager aux contrefaçons, des barrettes à cheveux aux marrons chauds, des fripes à un euro aux parfums à prix dégriffés. Une sorte d’inventaire à la Prévert, version marchande. Et dont la bande-son vaut son pesant d’or en toc. Quelques aller-retours, et les bouts de dialogue s’entassent sur le carnet du plumitif en goguette :

« Il est fou, le marchand, vous dites, à faire des prix si bas ? Eh bien, oui, il est fou ! Barge ! »

« Je vais vous dire, cette ceinture elle vous ira aussi bien à vous qu’à votre mari. C’est l’époque qui veut ça. Plein d’articles sont désormais mixtes. Depuis le Mariage pour tous, les codes ont changé. »

« Je l’ai vu à Téléachat ! Et maintenant, il est là ! C’est pas magique ? »

« Tu veux que je te casse la tête devant tout le monde, eh, fumiste ? Non ? Bah taille-toi, alors ! »

« Je vais vous dire, j’adore Hello Kitty ! J’ai quarante ans, mais je m’en lasse pas ! »

Un joyeux théâtre, regorgeant de bonnes affaires, d’embrouilles, de produits tombés du camion, de bruyant bagout et de tonitruantes civilités1. Si on y fait facilement le « tour du monde », ce dernier semble bien bordélique. Et c’est justement ce bordel qui constitue l’essence de La Plaine, sa vérité première. À savoir : l’inverse d’une « Fake Plastic City ». Imprévisible, ingérable, mal peignée et débraillée, parfois absurde, voilà La Plaine dans toute sa splendeur crue. À en croire le propriétaire d’une brasserie donnant sur la place, il y aurait même des crocodiles dans les canalisations2. Certes : ce n’est pas avéré.

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« Ce qui fait le charme de cette place, c’est son irrationalité, expliquait Mehdi3, un intervenant d’une soixantaine d’années, lors de la dernière réunion mensuelle de l’Assemblée de La Plaine, association d’habitants et d’habitués des lieux. Quel que soit le projet qui viserait à la modifier, il rationaliserait forcément l’espace. Ce n’est pas acceptable. Parce que toute démarche en ce sens se fera au profit de l’espace marchand. » Il insiste : cette place est parfaite comme elle est. À deux petites exceptions près : « Il suffit juste d’améliorer l’éclairage nocturne et d’installer de nouveaux urinoirs. Le reste est à refuser absolument. »

Ils sont nombreux à penser ainsi dans ce petit bout de Marseille, situé à cheval entre le Ier, le Ve et le VIe arrondissement. À « refuser absolument » que change l’essence de cet endroit qu’ils aiment, malgré ses criants défauts. Las. Cet attachement au lieu n’est pas partagé dans les hautes sphères marseillaises. Un désamour logique, ainsi que le rappelait en 2004 le très bon pamphlet La Fête est finie4 :

« Un ’’quartier populaire’’ est avant tout un quartier habité, c’est-à-dire ingouvernable. Ce qui le rend ingouvernable, ce sont les liens qui s’y maintiennent. Liens de la parole et de la parenté. Liens du souvenir et de l’inimitié. Habitudes, usages, solidarités. Tous ces liens établissent entre les humains, entre les humains et les choses, entre les lieux, des circulations anarchiques sur quoi la marchandise et ses promoteurs n’ont pas directement prise. L’intensité de ces liens est ce qui les rend moins exposés et plus impassibles aux rapports marchands. Dans l’histoire du capitalisme, cela a toujours été le rôle de l’État que de briser ces liens, de leur ôter leur base matérielle afin de disposer les êtres au travail, à la consommation et au désenchantement. »

Oui, il est logique que les supplétifs de l’État se sentent peu d’affinités avec cette Plaine qu’ils ne peuvent pour l’instant modeler à leur guise. Trop d’ « habitudes, d’usages, de solidarités », trop de « liens » qu’il convient de « briser » sans plus tarder. La mairie gaudinesque semble ainsi décidée à (tenter d’) extirper la racine rebelle et populaire de l’endroit, dans le cadre du maousse projet « Marseille Grand Centre-ville ». Les aménageurs municipaux ont déjà planifié un plan de rénovation, s’étalant de 2017 à 2019 et doté d’un budget prévisionnel de 11,5 millions d’euros. Aux manettes, une société publique locale affiliée à la Mairie, la Soleam (Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire marseillaise). L’objectif avoué, claironné : « Faire monter en gamme la place ». Il s’agirait carrément d’ « un enjeu majeur pour la requalification de tout le secteur5 ». Bien dans l’air du temps.

*

Ça n’a rien d’un scoop : Marseille a beaucoup changé ces dernières années. Certains quartiers ont été vidés de leurs populations originelles, gentrifiés à grandes eaux. Le Panier, longtemps quartier populaire, est désormais presque totalement nettoyé de ses indésirables pauvres. Le Vieux Port s’est adapté aux touriste, multipliant les terrasses hors de prix et les pagnolades touristiques. L’Hôtel Dieu, anciennement hôpital publique, est devenu en 2013 un palace cinq étoiles. Jusqu’au Cours Julien, sympathique place située à proximité de La Plaine, qui se métamorphose progressivement en repère pour étudiants et populations culturalo-branchées – les bancs ont disparu, remplacés par des terrasses. Refrain connu. Si « la géographie […] sert d’abord à faire la guerre »6, alors l’urbanisme contemporain est quand à lui un zélé auxiliaire de la guerre sociale.

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Sur La Canebière - photos Lémi

Un processus d’aseptisation par l’aménagement que connaissent toutes les grandes villes d’Europe. Marseille y a pourtant longtemps résisté, du fait de l’enracinement des classes populaires en plein centre-ville7. Pour y remédier, la municipalité a récemment mis les grands moyens dans la rénovation de la ville et sa « métropolisation », notamment via la clinquante opération Marseille-Provence 20138 (MP2013). Ce processus de vampirisation par la culture est désormais bien connu. Il est destiné à repousser les classes populaires loin des zones d’ « attractivité ». Alèssi Dell Umbria l’expliquait joliment dans un article publié sur A11 en 20139 :

« Le Vieux Port a été piétonnisé et relifté high tech, [tandis] que les quais ont laissé place à une esplanade glaciale d’où tout banc public a été proscrit. Tout cela dans le cadre de MP2013, bien sûr. Comme la Rue de la République : maintenant, c’est ’’La Street qui bouge’’, ainsi qu’on peut le lire sur de grands placards. Dans quelle direction elle bouge, facile à voir : le bar Le Réverbère est devenu un Starbucks Coffee, un très ancien et charmant magasin de jouets un H & M, le petit restau chinois ouvert toute la journée une enseigne Nespresso... Le plus beau, c’est que le ramolli du bulbe qui a accouché de ce slogan a sûrement dû se palper 10 ou 15 000 euros pour cette trouvaille. ’’La Street qui bouge’’  ! Non mais tu le crois ?! »

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Pour ce qui est de « bouger », La Plaine s’y connaît pourtant très bien. Y est notamment organisé tous les ans un carnaval populaire braillard et bon enfant. Tout l’inverse d’une animation touristique ou d’une opération promotionnelle. Et c’est bien là que le bât blesse : pas question que les gens du coin se retrouvent pour faire la fête et conjurer les temps présents sans se placer sous la haute juridiction de la culture municipale... Début 2014, la police est donc brutalement intervenue pour stopper les festivités. Un épisode évoqué en images dans La Fête est finie10, très bon documentaire de Nicolas Burlaud (sortie nationale le 4 novembre), consacré aux processus de rénovation mis en place conjointement à l’opération MP2013. Le film démontre habilement que la culture est désormais un parfait cheval de Troie pour toute municipalité décidée à livrer sa ville à l’argent-roi. « L’année Capitale de la culture, sera une machine de guerre pour transformer Marseille en métropole », s’enflammait à l’époque un certain Jacques Pfister, alors président de la chambre de commerce ainsi que de l’association MP2013. Ainsi fut fait.

Un carnaval populaire ne peut être réduit à sa dimension festive. Il se fonde généralement sur une réappropriation de la rue et sur la mise en scène des travers des puissants. En 2014, avant que les matraques n’interviennent, celui de La Plaine s’attaquait à la rénovation sauce MP2013, notamment via le procès de l’effigie en carton d’un hôtel de luxe. Devant une foule convaincue et vociférante, un homme costumé finissait par livrer son verdict : « Aujourd’hui, ils veulent donner Marseille aux riches. […] Si on est venu sur cette place, c’est pour faire le procès de ces riches, de toutes ces politiques. […] Je déclare l’accusé coupable. Et je le condamne à être brûlé, sur cette place.11 »

Dont acte : woush.

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Image signée Primitivi

*

11 octobre 2015. L’Assemblée de La Plaine, association fondée il y a quelques années pour porter la parole des habitants du coin, organise une journée d’information sur le projet de rénovation. Cela se passe sur la place même, au soleil. Une centaine de personnes y assistent. Des commerçants. Des habitants de longue date. Des nouveaux venus. Des jeunes et des vieux. Le dialogue n’est pas toujours évident – parfois ça crisse, des points de vue divergent –, mais il progresse cahin-caha, malgré les incessants grésillements d’un micro récalcitrant. Avec cette évidence répétée par tous : « On est un quartier populaire, on lutte tous ensemble. »

Ce n’est pas la première fois que les aménageurs de ville en toc s’attaquent à La Plaine. Il y a une quinzaine d’années, de patibulaires grilles ont été installées autour du petit parc, malgré les protestations des habitants. À la même époque, le terrain de foot que plébiscitaient les mômes du coin a été transformé en terrain pour boulistes – moins bruyants, moins agités. Plus récemment, un arrêté préfectoral a interdit la vente de boissons alcoolisées dans les petites épiceries environnantes ; des descentes de police très médiatisées ont même eu lieu. Mais jusqu’ici, la bête gentrificatrice avançait encore à couvert. À pas prudents. Le nouveau projet s’inscrit dans une autre dimension – main-basse sur la place.

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Si les détails de l’opération envisagée par la municipalité ne sont pas encore connus (plusieurs projets sont en concurrence), il semble évident que le marché sera l’une de ses premières cibles. « Ils veulent supprimer ce marché pour gens modestes, estime Christine, très remontée. Exactement comme ça s’est passé avec celui du Prado : il a été rénové et tout a changé, depuis les populations qui le fréquentent jusqu’aux forains qui y travaillent. De Nice à Marseille, c’est partout pareil. »

Trop bordélique, trop « bas de gamme », le marché présente en effet peu d’intérêt pour les populations – plus riches – qui sont censées être séduites par le projet de rénovation. Pour Sabine Bernasconi, maire Les Républicains des Ier et VIIe arrondissements, citée par La Provence, il est en tout cas temps d’agir : « Cette place, il faut l’aérer, la réorganiser, lui redonner des fonctions lisibles. Le marché doit aussi être repris en main. » Même son de cloche chez le groupe d’assistance à maîtrise d’ouvrage Samop, téléguidé par la municipalité et la Soleam pour poser les bases du programme d’aménagement : « Ce ’’programmiste’’, écrit La Provence, ne part cependant pas à tâtons : d’ores et déjà, la Ville lui a soufflé ses souhaits, à savoir se doter d’un ’’beau marché qualitatif’’12, ’’faire monter en gamme’’ la place en ’’s’appuyant sur ses qualités architecturales et paysagères’’ et en renforçant la part du végétal, dégager les façades pour créer des terrasses, des cheminements piétons et cyclistes agréables, réduire la place de la voiture... » 

Derrière la novlangue fleurie des aménageurs, toujours friands d’envolées végétales et « qualitatives », transparaissent toutes les caractéristiques d’une gentrification en bonne et due forme. Il s’agit d’enjoliver la carte postale à destination des touristes et promoteurs. De quoi faire monter rapidement le prix du foncier. Attirer d’autres populations. D’autres commerces. Saboter le marché populaire. Et, in fine, virer les gueux. Une vraie montée en gamme. « On connaît tous la suite, résume un intervenant. Ils veulent aseptiser ce lieu, comme ils l’ont fait au Panier ou aux Terrasses du Port, comme à Paris ou New York. » 

*

Idéaliser béatement La Plaine serait une erreur, disent de nombreux habitants. Un tic de transfuge parisien débarquant la bouche en cœur (à l’image de votre serviteur) et minimisant l’envers du décor. Au vrai, tout n’est pas rose. Et les chantiers légitimes ne manquent pas. Améliorer l’hygiène et la gestion des déchets. Réparer l’éclairage publique. Repenser la circulation automobile. Des domaines que la mairie a justement déserté depuis un bail, bien décidée à laisser pourrir la situation13.

Pour les tenants de la résistance, il y a donc une ligne de crête à tenir. D’un côté, refuser d’un bloc les projets des édiles et de leurs affidés. De l’autre, prendre en compte les revendications basiques des populations concernées.
Deux impératifs difficilement conciliables, sauf à se retrousser collectivement les manches. Un nouvel intervenant, largement applaudi, résume la question : « Il faut prendre le destin de la place en main, nous devons nous charger nous-mêmes de l’améliorer. Boulonner des bancs, par exemple. Ou construire des urinoirs. Avec sur chaque réalisation un panneau indiquant ’’Offert par l’Assemblée de la Plaine’’. »

Ils sont nombreux à le penser : couper l’herbe sous le pied des aménageurs permettrait de garder la main sur les événements. De ne pas suivre un agenda sur lequel les habitants n’ont pas de prise. De prendre les devants, en quelque sorte.

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Inscription sur le cours Julien

Le chantier de résistance n’en est qu’à ses débuts. Alors qu’architectes et paysagistes en charge du grand chambardement seront désignés en janvier 2016, les indésirables commencent tout juste à s’organiser – aux aguets. Avec notamment l’instauration d’un repas de quartier bimensuel, rassemblant les bonnes volontés dans une joyeuse ambiance14. Ou le nécessaire travail d’information et de documentation mené sur ce sujet et depuis longtemps par les aminches de Primitivi. Les premières pièces du puzzle.

C’est peut-être Nadir, figure de la place, toujours là, toujours vociférant, qui en fin d’assemblée résume le mieux l’état d’esprit des habitants, tous postillons sortis : « Les gens, je vous aime et je vous adore. En attendant, je vous le dis : révolution pour le quartier de la Plaine ! »



1 Une atmosphère bien rendue il y a quelques années par un reportage de Radio Grenouille, « Le souk de La Plaine », à écouter ICI.

2 « Ça fait quinze ans qu’ils doivent déboucher les canalisations, s’enflammait-il il y a quelques semaines, lors d’une réunion d’habitants. Attends, y a des crocodiles qui y traînent, je te jure. Pas des rats, pas des chatons... des crocodiles ! »

3 Les prénoms des habitants ont été changés.

4 Cité fort à propos dans un récent article de Lundi Matin, « Les forains contre la métropole ».

5 Expressions utilisées dans un article de La Provence, en date du 17 septembre 2015, « À La Plaine, une nouvelle place d’ici 2019 ? »

6 Titre d’un célèbre ouvrage d’Yves Lacoste.

7 Situation que Jean-Pierre Garnier a très bien résumée dans son livre Une violence éminemment contemporaine (Agone, 2010). Ainsi que dans les entretiens (ici et ici) et chroniques (voir la version papier d’A11) qu’il nous a accordés.

8 Capitale européenne de la culture.

9 « Lancement de Marseille 2013 – La Corée du Nord revisitée fluo et fun », article publié le 3 juillet 2013.

10 À ne pas confondre avec le pamphlet du même nom cité précédemment dans l’article.

11 La police est intervenue alors que l’effigie en carton brûlait toujours. Et la voix off de résumer : « Dans la ville nouvelle, la rue n’est pas le lieu où le peuple s’invente, en faisant l’expérience collective de lui-même. Tout au plus un espace de représentation spectaculaire, qui met tout à distance, qui s’interpose entre nous et le monde. »

12 Il s’agirait aux dires de certains d’un marché provençal, succursale alimentaire de Plus belle la vie, avec lourde insistance sur les cigales et l’huile d’olive.

13 Ainsi de ce pylône électrique embouti il y a quelques années par un camion. Les fils électriques gisaient au sol, raconte un Marseillais de longue date. Et devant l’inaction municipale, ce sont des habitants qui se sont chargé de régler le problème.

14 Le premier avait lieu dimanche dernier. Au soleil, avec fanfare de rigueur et reprise enflammée de « Belsunce breakdown » – « Tout part et vient d’ici. Tu contestes ? Prépares ton testament, gars ».


COMMENTAIRES

 


  • jeudi 29 octobre 2015 à 16h14, par sacha

    Forza ragazzi !!!



  • jeudi 29 octobre 2015 à 19h35, par caramentran

    Il me rappelle Kalifa en vrai, ce « Nadir ».



  • vendredi 30 octobre 2015 à 17h38, par tomagnetik

    Bravissimo

    • jeudi 5 novembre 2015 à 12h08, par marie

      a propos de parking sur la Plaine , qui détient les clefs de l’espace piétons interdit aux voitures et qui tous les soirs est ouvert permettant aux clients des bars de garer leur voiture sur un espace interdit de stationnement ?
      espace public, espace privé c’est pas très clair .en face de la Poste le trottoir est étroit et de l’autre côté le bar a converti le trottoir en terrasse , mettant même des tables hautes sur la rue .
      ça serait simple que les forains mettent leurs déchets dans des poubelles .ça éviterait leur dispersion quand il y a du vent et ça couperait l’herbe sous les pieds aux ennemis de la plaine popu



  • vendredi 30 octobre 2015 à 21h03, par Malva

    Pour y vivre, je trouve quand même que ce tableau dépeint une réalité un peu trop idyllique et fantasmé. La plaine d’aujourd’hui, c’est aussi et surtout des arbres de plastique, des déchets partout, des bonnes odeurs d’urine et d’oxyde de carbone, des rats, un parking géant, des bruits de klaxonnes, de l’affichage sauvage, des tags pas vraiment artistiques, des piétons qui n’arrivent même pas à se croiser sur les trottoirs pour s’y rendre, des vélos qui galèrent entre les bagnoles, etc.

    • samedi 31 octobre 2015 à 01h57, par Melchior

      « des arbres de plastique (y’a qu’a supprimer la production des sacs plastiques et revenir au bon vieux cabas de nos mamies), des déchets partout (que font les services de nettoyage de la ville), des bonnes odeurs d’urine (de vrais toilettes publics comme dans le temps plutôt qu’une boite à merde électronique tout le temps en panne) et d’oxyde de carbone (la majorité des habitants sont bien trop pauvres pour avoir un véhicule, et ceux qui se saignent pour un véhicule pour bosser n’ont-il pas le droit de se garer dans leur quartier ? Pendant ce temps le parking Vinci est souvent vide et s’en met plein les poches), des rats (le Plaine est-elle responsable de la prolifération des rats comme dans toute ville portuaire ? Et les gabians c’est la fautes des habitants du quartier de la Plaine), un parking géant (occupé en majorité par les nighteurs du week-end), des bruits de klaxonnes (pas plus qu’ailleurs !), de l’affichage sauvage (que je préfère aux sucette Decaux et ses publicités agressives, arrogantes et débiles), des tags pas vraiment artistiques (alors faudra laisser les tags artistiques et nettoyer les autres, c’est bien ça ? Mais comment distinguer une croute d’une croute admirable de le population branchée et de bon goût), des piétons qui n’arrivent même pas à se croiser sur les trottoirs pour s’y rendre (bah comme ça ils prennent le temps de se faire la bise plutôt que de se croiser sans se voir pardi !), des vélos qui galèrent entre les bagnoles (pour ça faut voir avec vélo en ville !) ».
      Bref, c’est le lot des quartiers populaires. C’est pas tant qu’on est attachés à toute cette merde mais il semblerait que les beaux quartiers policés, propres,fleuris, avec de belles pistes cyclables et de beaux marchés provençaux avec de bons produits soient réservés à une autre population d’une autre « classe », un autre standing et une autre « gamme ».



  • samedi 31 octobre 2015 à 09h22, par ooracheloo

    Je ne suis pas pour la gentrification du tout mais l’immobilisme c’est pire non ? Je pense qu’il faudrait un juste milieu pour trouver un amenagement qui convienne à tout le monde ! Je connais la plaine depuis de nombreuses années, elle n’a pas bougé d’un yota. Non je ne suis pas d’accord une piste cyclable ca serait bien, moins de circulation aussi.

    • samedi 31 octobre 2015 à 12h31, par Melchior

      L’immobilisme ? Et bien l’Assemblée de la Plaine existe depuis qques années, se bouge pour habiter son quartier, réinvestir l’espace et faire bouger les choses. Et avant l’ass. de la Plaine. Il y a eu bien d’autres.
      Ici, personne n’est contre les pistes cyclables et les habitants du quartier sont les premiers à souffrir du trop plein de voitures. Mais c’est pas avec des solutions toutes pensées hors-sol et matinées d’écologie que le quartier s’en portera mieux.
      De nombreuses années ? Des gens ici y passent toute leur vie, de la naissance jusqu’au cercueil. Il ne sont pas en transit.
      Avant de dépenser 11 millions d’euros pourquoi ne pas réparer l’éclairage public, rendre gratuit le parking Vinci, déboucher les canalisations, refaire le macadam, lever les grilles autour du parc histoire d’aérer la place, installer un city stade à la place du parc à merde de chiens, y mettre des distributeurs de sac à merde de chiens, installer des tables et des bancs en dur pour les gens se rencontrent... bref tout le contraire de l’urbanisme et de la politique de la ville.



  • dimanche 1er novembre 2015 à 10h40, par Rosa

    Merci Lémi pour ce bel article, Merci Melchior d’en remettre une couche !
    Que la plaine dure, bouge, et lutte contre cette gentrification rampante... Dans d’autres lieux de Marseille (canebière, rue de la république), ils jouent la montre, font des façades d’annonces de ce qu’il va y avoir « bientôt » histoire que la populace s’habitue doucement (cf photo de l’article)... Est-ce que s’organiser ensemble (avec l’assemblée par exemple) va suffire ??? On verra, mais on va pas laisser faire sans rien défendre !



  • vendredi 6 novembre 2015 à 15h42, par PaxMassilia

    C’est bien beau tout ça, mais en attendant la situation se dégrade rapidement à la Plaine. On en parle des aggressions le soir ? On en parle des incivilités. Ok on est à Marseille mais bon puisqu’on s’occupe de notre quartier autant s’occuper de chez nous d’abord...On nous parle de place populaire mais ce discours libidineux fait vraiment bobo parisien en fait. Moi j’habite ici depuis 15 ans et c’est de pire en pire, surtout le soir c’est vrai.

    Il y a un juste milieu et il est simple : imposer aux forains de ramasser leurs déchets, interdire le stationnement sauvage, mettre un éclairage digne de ce nom et installer des urinoirs (puisque le bourrin du coin est pas capable de se retenir et pisser chez lui ou dans le bar !).

    et s’ils ont du fric à la mairie : agrandir les trottoirs, on passe pas avec une poussette !!

    • lundi 9 novembre 2015 à 11h12, par Melchior

      Il n’a pas que les « bourrins du coin » qui ont envie de pisser. Les passants, les habitués qui n’habitent pas le quartier, les SDF, les incontinents, les enfants etc.
      Si les pauvres sont libidineux alors... La Plaine est un quartier populaire, il n’y a rien de libidineux là dedans. Il n’est pas question d’embellir le tableau, c ’est un quartier complexe avec ses joies et ses peines, ses avantages et inconvénients. Il est question ici de se réapproprier notre espace de vie et non plus de s’en laisser définir les usages par des politico-expert-escrocs. Nous devons les soumettre à nos exigences et volontés. Comment réduire la vie et l’histoire d’un espace à un plan d’aménagement ? Personne n’est dupe.
      Par contre, pour les forains, je pense plus comment les amener à ramasser leurs déchets plutôt que des les « forcer ». On a tout à y gagner.



  • mardi 10 novembre 2015 à 17h15, par Lunatic

    Très fine analyse et surtout très joli portrait du quartier qui colle vraiment à la réalité. Pour autant je valide moins le reste qui consiste à diaboliser les aménagements qui pourraient être effectués. J’ai fais toute mon enfance et adolescence dans le quartier et je continus d’y aller régulièrement, il n’y a eu quasiment aucun changement en 30 ans ou alors vraiment mineur. C’est peut être bien car des usages et des liens sociaux que vous avez décrit s’installent, mais l’immobilisme aussi. Moi je suis pour une juste mesure entre l’existant et des aménagements qui amélioreraient la place, surtout circulatoire, piste cyclable même si c’est une bute, et quelques redéfinitions de l’espace en harmonie avec les bâtiments et la vie du quartier, sans tomber dans les places aseptiser qu’on peut voir partout en Europe. Je suis donc bien d’accord avec vous pour soulever le problème, mais par contre je crains que vos solutions alternatives soient insuffisantes, surtout face à un aménagement massif de 11 millions.



  • vendredi 13 novembre 2015 à 00h54, par nono

    tres bon film !!!

    venez le voir le mardi 17 novembre a Lyon

    http://lyonlibreweb.org/novembrelib...



  • mercredi 18 novembre 2015 à 11h47, par Zazor

    La gentrification elle passe pas que par des grands programmes immobiliers. C’est un truc d’offre et de demande aussi.

    Tant qu’il y aura des merdes de chien et des tessons de bouteille dans le parc pour enfants, ce sera abordable de se loger dans le coin. Par contre faut supporter le côté un peu punk du truc.

    Si un jour la place elle devient agréable (par des moyens institutionnels ou pas) ça va être la ruée, et faudra trouver un autre coin pourri où habiter.



  • vendredi 27 novembre 2015 à 19h01, par Spamouné

    Putaing qu’est ce qu’on y a mis à la Soleam hier soir ! Oh les pauvres aménageurs....



  • vendredi 18 mars 2016 à 14h57, par Pedronimo

    J’imagine que Melchior répondra car il semble sur le qui-vive.
    Si la gentrification peut faire peur, il n’est pas non plus nécessaire de favoriser la poubellisation. 1er pas à court terme : la fin du sac plastique - on va voir ce que cela donne, s’il y en a toujours autant dans les arbres.

    Sur le parking, la solution de rendre gratuit le parking Vinci, je ne suis pas sûr pour plusieurs raisons :
     × pourquoi gratuit ? pour que des voitures ventouses viennent y jouer les arapèdes ?
     × y aurait il un impact ? A la gare St Charles, les 20 ou 30 premières minutes sont gratuites. Parfait si on vient chercher quelqu’un au train. Ce qui n’empêche pas tout le monde de s’enfiler comme des mollusques dans le « dépose minute », transformé en « attends quart d’heure »
     × le quartier qui a des défauts est quand même bien desservi : métro au cours Ju, tram à Chave et côté Libération : si on vient en voiture c’est qu’on l’a vraiment décidé, du coup on peut payer son parking sous la plaine, sous le cours ju, non ? Il faut aussi que les gens sachent que des choses ont un coût. Ou ils font comme moi ils viennent à vélo ?



  • samedi 19 mars 2016 à 20h12, par Fanny

    J’arrive après la bataille juste parce que j’ai besoin d’un endroit pour crier. Gaudin, casse ta pipe ! Derrière TOUT ce qui craint à Marseille, c’est ta vieille figure qui nous agresse en transparence. Ta mairie corrompue jusqu’à l’os, droitière, lâche, menteuse, voleuse, vendue !

    Quand il s’agit de faire des petits bouts de notre ville pour la vendre au plus offrant, bien sûr que Gaudin est sur les rangs ! A quoi d’autre on aurait pu s’attendre, depuis le temps que la ville tombe en ruines ? Des écoles aux ordures, des piscines aux transports, le service public est en dessous de tout. S’il s’agit de « monter en gamme » croyez moi y’a encore du boulot ! Mais la seule chose sur laquelle Marseille surclasse la moyenne nationale, c’est le montant des impôts. C’est que ça doit coûter une blinde de distribuer des tasers à la municipale !

    A Marseille, on est livrés à nous même, alors le résultat n’est pas toujours joli. Et si encore ça n’était que ça, mais maintenant on vient carrément nous mettre les bâtons dans les roues, jusque dans nos quartiers, qui n’ont jamais intéressé personne. Cette ville est à la fois un gâchis et une misère. Marseille c’est pas populaire, c’est pauvre. Une grosse tache de pauvres sur les ors de la côte d’azur. A Marseille on est prêt à se faire matraquer pour un banc public. Parce qu’on n’a rien, et le peu qu’on se trouve, on nous le prend.



  • samedi 19 mars 2016 à 23h44, par et.

    Je lis avec intérêt les débats sur la Plaine que je connais, bien que n’étant pas Marseillais. Ne confondons pas pauvre avec populaire. Le folklore populiste, ça va cinq minutes. Se balader sur une place accueillante et un peu moins encombrée et dégueulasse n’est pas forcément signe de gentrification. Je pense qu’à Marseille il faut un peu plus de maturité concernant l’urbanisme global. Personne ne dit que la rue de la République est un exemple d’échec commercial (la moitié supérieure de la rue est constituée de façades/décors à la place des commerces qui ne viendront jamais.Cest de la gentrification ratée. Vous n’allez tout de même pas regretter les tentatives de requalification de la Canebière qui est un exemple de délabrement comme dans aucune grande ville européenne. Beaucoup semblent vivre dans la nostalgie d’un passé qui ne reviendra pas. Pour quelqu’un d’extérieur qui connaît bien Marseille, le plus choquant est la corruption évidente depuis des décénnies et la première chose à faire serait de ne pas élire des Gaudin ou ses semblables. On peut moderniser une ville sans la gentrifier forcément, pour cela il faut avoir un certain sens de la citoyenneté qui a souvent manqué à Marseille.Si cette prise de conscience du vivre ensemble s’éveille (tant mieux) il va falloir accepter qu’on est en 2016. .
    Allez donc voir ce qui se passe dans d’autres villes sociologiquement comparables à Marseille en Europe et vous verrez que rester sur une idée du passé n’est pas toujours la solution.

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